Mobiliser le peuple de Bruxelles

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Vendredi ils n’ont pas osé ! Bruxelles est désormais la région la plus touchée d’Europe – avec la Wallonie – mais ne prend pas de mesures radicales. « Si cette croissance exponentielle n’est pas infléchie, d’ici une à deux semaines, il y a plusieurs unités de soins intensifs qui seront saturées. Cela veut dire qu’il faudra choisir qui peut aller en soins intensifs et être peut-être sauvé » affirme l’épidémiologiste Simon Dellicour. Marius Gilbert va plus loin, il lance un appel à un reconfinement généralisé rapide. Il n’est pas le seul. Plutôt on interviendra, plus l’impact pourra être réduit.

En concertation, le gouvernement et les entités fédérées n’ont pas osé prendre les mesures qui s’imposent et déclencher l’électrochoc nécessaire pour créer l’adhésion à un effort collectif indispensable pour inverser la tendance. La Wallonie vient de durcir ses règles. Bruxelles pas (encore). Des pans entiers de la population bruxelloise sont encore dans le déni ou dans l’insouciance. Le politique ne les réveillera pas. La société civile doit se mobiliser. Marius Gilbert invite les professeurs à parler aux jeunes dans les écoles et les universités. Il invite les stars de foot et de cinéma à parler aux milliers de personnes qui les écoutent. Il invite les influenceurs à faire passer le message à leurs milliers de followers.

Vous êtes plus de 500 à lire ce billet. Vous avez chacune et chacun des relations, des groupes d’amis, des milieux où vous avez de l’influence. Mobiliser le peuple de Bruxelles peut aussi passer par vous. Il s’agit à la fois de communiquer des messages simples et clairs, comme cette remarquable petite vidéo indienne sans textes face à ces ces petits pictogrammes en bas de page. Mais il ne s’agit pas seulement d’informer, comme le fédéral le fait ICI (en 4 langues seulement …) mais aussi de convaincre qu’on a tout à gagner à se faire tester, à respecter les consignes de base, par solidarité si ce n’est par conviction. Rester à distance et se laver les mains. Ne sortir de chez soi (masqué) que pour des déplacements essentiels. Le peuple de Bruxelles ne se sauvera que par solidarité.

les 12 logos d’actualité sont disponibles en plus grand ICI

 

 

 

(1) avec laWallonie

Payer pour rouler

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Taxe d’immatriculation, taxe de circulation, péage, taxe kilométrique, vignette… les moyens ne manquent pas pour contraindre l’automobiliste à contribuer aux frais qu’il occasionne à la collectivité. Mais sont-ils justes et équitables ? C’est l’usage de la voiture qui doit être taxé et non sa possession. C’est le journal économique L’Echo qui publie cet écrit et qui  poursuit: la Région de Bruxelles a décidé de remplacer les taxes actuelles par une taxation intelligente, variable en fonction de certains critères (kilomètres parcourus, heure, type de véhicule). Ce principe est juste et nécessaire. Il est juste car il fonctionne selon le schéma du « pollueur payeur ». Rouler en gros SUV rue de la Loi à 9h n’a pas le même impact que circuler dans une petite voiture électrique dans un quartier décentralisé en pleine nuit.

Pour garantir cette équité, le projet doit être souple et bien proportionné. Les mesures sur la table vont dans ce sens puisque, par exemple, la taxation est nulle le week-end ou après 19 heures. Il ne faut pas davantage de taxes mais des taxes mieux réparties et plus efficaces. Pour changer des comportements, rien de tel que de frapper au portefeuille. Réduire la congestion du trafic, diminuer notre empreinte carbone et améliorer la qualité de l’air en ville. C’est bon pour la santé, pour l’environnement mais aussi pour l’économie: une mobilité performante renforce l’attractivité d’une région alors que des embouteillages coûtent des milliards à notre économie.

Bruxelles doit toutefois éviter de construire un mur fiscal à ses frontières, qui en ferait un repoussoir pour les entreprises. Le projet bruxellois doit s’inscrire dans une refonte plus globale de la fiscalité automobile en Belgique. Il faut notamment éviter des effets néfastes pour les navetteurs. Cela fait des années qu’un accord de coopération entre Régions se fait attendre. L’heure ne peut plus être à l’immobilisme. La Flandre et la Wallonie doivent embrayer. Bruxelles les a-t-elle consultées avant de décider ? Nous reviendrons sur leurs vives réactions.

> Bruxelles, Capitale de l’innovation climatique une expérience de 24h qui commence ce soir

 

Tester massivement et rapidement

Billet d’humeur
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Lundi, il obtient de son médecin traitant d’être testé rapidement, suite à une rencontre avec une personne avec qui il a diné la semaine dernière et qui l’a appelé pour lui dire qu’elle a été testée positive au Covid-19. Le lendemain elle lui annonce qu’elle a des symptômes. Il prend rendez-vous avec son médecin mardi pour un test PCR. Le médecin lui dit qu’il a de la chance: « demain les personnes à risques sans symptômes ne pourront plus se faire dépister» ». Désormais, elles devront se mettre spontanément en quarantaine de 10 jours. Cela pour désencombrer les labos d’analyse, qui ne lui donneront pas les résultats de son test de mardi … avant samedi.

Les personnes sans symptômes, souvent infectées à leur insu, sont des vecteurs de transmission. L’urgence d’un testing rapide est plus que jamais de mise. « L’impossibilité de les repérer met à mal l’efficacité du contact tracing et de notre capacité à endiguer la circulation du virus », assène l’immunologue Michel Goldman (ULB). Alors que la BBC annonce que la ville chinoise de Qingdao a été capable de tester ses 9 millions d’habitants en 5 jours, pourquoi tant de lenteurs chez nous ? Selon un article du Soir, un contrôleur des finances a jugé désormais inutile de faire quelques entorses à l’interminable réglementation des marchés publics. Malgré les cris d’alerte des experts, ni lui, ni aucun ministre d’ailleurs, n’a jugé bon de revenir sur cette décision, qui est la cause des retards dans l’arrivée des machines et robots destinés au testing.

N’est-ce pas faute de savoir qui est contaminé – et donc contagieux – que les autorités sont contraintes d’administrer des « punitions générales » à tous les citoyens et à de nombreux commerces et événements du pays ? Alors, n’est-il pas temps de se ressaisir ? L’Université de Liège semble avoir des solutions. Il faut les analyser rapidement pour pouvoir les mettre en oeuvre au plus tôt, en mettant fin à une bureaucratie tatillonne et paralysante. Tester massivement et rapidement. Non ?

Un revenu inconditionnel jeune ?

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A Bruxelles, à défaut de statistiques récentes, les jeunes seraient au moins deux fois plus souvent au chômage que les adultes, leur taux de pauvreté deux fois plus élevé, et trois fois plus que celui de la plupart des retraités. Dans sa Chronique, François Dubet (1) estime qu’avec les effets du Covid sur le marché du travail, leur situation va se dégrader sensiblement. On comprend que le gouvernement cherche à préserver les emplois existants par le chômage partiel. Il crée toutefois une situation où le chômage est externalisé sur les jeunes. Le gisement d’emplois précaires et de stages va se réduire drastiquement: beaucoup de jeunes ont déjà perdu leurs jobs d’été et d’hiver. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou chômeurs, beaucoup sont pauvres, se logent mal voire pas du tout, ne mangent pas à leur faim, se soignent peu et sont de plus en plus isolés.

Les jeunes sont dans le trou du filet des aides sociales. La France – et la Belgique dans une très large mesure – a choisi des politiques « familialistes » qui aident les familles à aider leurs enfants plus qu’elles n’aident directement les jeunes eux-mêmes. Autrement dit, quand la famille n’est pas derrière et qu’on n’a pas la chance d’avoir un emploi ou des jobs qui s’enchaînent, la pauvreté s’installe.

Pour éviter cela – et faute d’un revenu universel – François Dubet propose de leur donner à tous un revenu minimum leur permettant de survivre au mieux, sinon de vivre bien, un revenu permettant de combiner les études et les emplois. Evidemment, cette prestation devrait être dégressive au fur et à mesure que s’élèvent les ressources propres des jeunes, qui auraient donc toujours « intérêt à travailler ». Il reste l’obstacle fiscal et cette crainte « que les bénéficiaires fassent n’importe quoi de leur revenu ». Ce revenu inconditionnel n’a cependant rien d’utopique. Il existe déjà au Danemark. Des précisions dans la Chronique de François Dubet et un éclairage plus radical de Basta.

(1) sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux – in Alternatives Economiques

 

Un axe Bruxelles – Anvers ?

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La récente conférence de presse qui a réuni Anne Hidalgo et Edouard Philippe, unis autour du projet « Paris, Rouen, Le Havre, région capitale », a traduit l’émergence d’un intérêt pour l’aménagement des territoires à une autre échelle. L’architecte-urbaniste Antoine Grumbach de conclure son article : l’aménagement à grande échelle repose sur deux marqueurs : la géographie et le système de mobilité, seuls les grands bassins hydrologiques ont la capacité à incarner les marqueurs géographiques de l’identité de véritables régions.

Il poursuit: repenser les grandes métropoles en concevant un aménagement à grande échelle, dans le respect des problématiques écologiques et sociales, est une question que le monde entier doit se poser. Les métropoles de demain sont déjà là ; il suffit de prendre acte de leur dimension géographique et de leur construire une gouvernance adaptée.

Bien que nous n’arrivions toujours pas à créer la zone métropolitaine dont Bruxelles et son hinterland ont besoin, pouvons-nous imaginer une conférence de presse Vervoort – De Wever annonçant l’étude d’un axe Bruxelles-Anvers, dans le registre des grandes métropoles mondiales ? Toutes portuaires, étant donné l’importance du trafic maritime des marchandises qui s’effectue à 80 % par bateau ? Le canal comme véritable axe dans cette grande « banane bleue » mégalopole européenne ?