Police: où en est le respect mutuel ?

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Il se promène en zone piétonne sans masque. Le policier fait son boulot et lui demande de le porter. Il refuse. Le policier insiste. Il persiste et prononce des injures. Le policier demande sa carte d’identité. Il refuse. Nouvelles injures. Le policier perd patience. Il perd aussi son sang froid et en vient aux mains. Pourquoi ne l’a-t-il pas simplement menotté et emmené au commissariat pour vérifier son identité ? L’agent était-il seul ? Des témoins ont assisté à la scène. Une vidéo existe. Traduit par DaarDaar, Het Nieuwsblad en dit plus.

Le président du syndicat de police SNPS estime qu’une enquête approfondie est nécessaire pour comprendre ce qui s’est réellement passé. « Le comportement de certaines personnes vis-à-vis de la police devient excessif. Il n’est pas normal d’être insulté ou menacé à chaque contrôle ! Nous sommes confrontés actuellement à un manque de respect flagrant. Les agents sont des êtres humains et leur seuil de tolérance a, lui aussi, ses limites. Ils subissent une énorme pression ». Mais à Bruxelles, un agent s’en est pris à un candidat réfugié. Plus que du manque de respect, il l’a tabassé et a détruit son téléphone. Un jugement sévère a été rendu. Plusieurs courses-poursuites sont engagées avec des jeunes qui y perdent la vie. Les sirènes hurlent. Bruzz aligne des faits et tire des conclusions. Par ailleurs, des jeunes caillassent des voitures de police, quand ils n’y mettent pas le feu. Un homme crache sur une policière et la contamine … Cela commence à bien faire.

Les policiers sont là pour veiller au respect des règles et pour assurer la protection des citoyens. À ce titre ils méritent le respect et nul n’est en droit de les agresser dans l’exercice de leur profession sans encourir des peines sévères. Quand les policiers exercent une violence injustifiée vis-à-vis de citoyens, il faut qu’ils soient punis ou écartés, afin de préserver la confiance que les citoyens doivent pouvoir maintenir envers les prérogatives de la police, qui a le droit de faire usage de la force, mais de manière justifiée, mesurée et proportionnelle.

En France aussi, les critiques pleuvent sur les forces de l’ordre, qui devraient retrouver une certaine légitimité et la population, retrouver une police sur laquelle elle pourrait compter, comme suggéré ICI. Faudra revenir prochainement sur la situation particulière de la police de Bruxelles.

En vacances à Bruxelles

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Nora, 9 ans et demi, ne partira pas au Maroc cette année à cause du corona.  « Moi, la première fois que je suis sortie, c’était fin mai, » renchérit sa copine Isra, qui elle non plus ne partira pas. Cela après un confinement difficile, en petit appartement. « En plus, ma télévision était en panne». Beaucoup d’enfants ont souffert d’avoir été confinés à l’étroit et de ne plus voir leurs ami.e.s. Le mot d’ordre, maintenant, c’est sortir, sorti, sortir. C’est Arthur Sente qui raconte cela dans son reportage pour Le Soir.

Alors qu’un été sans vacances et sans grands événements se profile de plus en plus clairement, réinvestir les places, les rues et les plus petits interstices urbains devient salutaire. Aux quatre coins de la capitale des initiatives fleurissent et questionnent le partage actuel de l’espace public. Les cafés sont autorisés à élargir leurs terrasses, pourquoi des habitants sans jardin ne pourraient-ils pas installer une pelouse  ou un bac à sable sur l’emplacement de parking devant leur porte ? comme Xavier et Leen à Schaerbeek, qui tiennent tête à l’administration avec leur « CitizenGarden ».

Le Soir poursuit: plusieurs initiatives citoyennes ont été sélectionnées dans le cadre de l’appel à projet Bruxelles en Vacances lancé par le gouvernement régional en juin, petit subside et autorisation d’occuper l’espace à la clé. D’autres voient le jour de manière plus autonome ou avec le concours de communes. Les grands principes sont les mêmes: donner de l’air à la ville, mais aussi pousser la réflexion sur l’utilisation qui est faite de l’espace public urbain, encore largement dominé par la présence des voitures. Un été qui pourrait laisser des traces.

La révolte des villes

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C’est un philosophe et éditorialiste proche de la droite radicale flamingante qui profite de ce qu’il appelle « la gestion calamiteuse du coronavirus en Belgique » pour émettre une Opinion dans Doorbraak, traduite ICI par DaarDaar. Selon lui, « les instances supérieures ont manqué à leurs obligations et ont perdu donc toute légitimité dans la gestion de cette crise. Il s’est produit un événement remarquable, que les politologues semblent ne pas avoir remarqué, alors qu’il s’agit d’un véritable bouleversement du système fédéral belge. Des bourgmestres se sont mis à définir leurs propres règles, et même à exiger des systèmes de traçage pour pallier les manquements des autorités fédérales et régionales ».

« Après la longue succession de gaffes de Maggie De Block (et celles de Philippe De Backer ndlr) au niveau fédéral à propos des masques, des tests et maintenant des systèmes de traçage, les autorités locales ont fini par prendre conscience de la nécessité de prendre les choses en main ». En effet, lorsque les autorités supérieures ne prennent pas leurs responsabilités ou ne sont pas assez claires (1), au bout du compte c’est au bourgmestre qu’il revient de maintenir ou de restaurer sur son territoire l’ordre public, qui comprend la propreté, la salubrité, la sûreté (sécurité) et la tranquillité publiques.

« Au demeurant, les villes flamandes peuvent témoigner d’une longue tradition d’autonomisme et de révolte, entre autres grâce à leurs beffrois. Pensons à Bruges et à sa révolte contre l’occupant français qui déboucha sur la Bataille des Éperons d’or, à Gand avec son chef rebelle Jacob van Artevelde, mais aussi aux républiques gantoises et anversoises de 1577 à 1585, en rébellion face au pouvoir espagnol. La révolte des villes et communes revêt actuellement une importance capitale et constitue une source d’inspiration pour quiconque rêve de souveraineté ». Les libertés communales, leurs Chartes et leurs privilèges ne sont pas un vain mot sur le territoire de l’actuelle Belgique, et cela déjà depuis le Moyen Âge.

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(1) C’est parce que le gouvernement fédéral n’a pas été clair dans la définition qu’il donne à ce qu’il qualifie de « grands événements » – toujours interdits en période de coronavirus alors que les parcs d’attraction et les marchés sont autorisés – que la foire du Midi a dû être interdite par le bourgmestre Philippe Close, 

 

L’invisibilité des personnes âgées

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René a 68 ans. Il est célibataire. Il a toute sa tête et a gardé intact son humour un peu cynique. Les connaissances qu’il a accumulées au cours de sa carrière d’ingénieur à la STIB pourraient encore être utiles aujourd’hui. Mais voilà, un problème de cheville l’a cloué sur une chaise roulante. Son manque d’autonomie physique l’a conduit à choisir une maison de repos. Il a le sentiment d’être devenu inutile. La crise du coronavirus lui a fait craindre le pire dans sa résidence, où personne n’était testé et où la liste des annonces de décès n’arrêtait pas de s’allonger. Le sentiment de ne plus compter pour personne, juste un peu de compassion.

La crise sanitaire a révélé le peu d’égard accordé à la vieillesse et à la mort. Une occasion de changer de regard sur la retraite et le grand âge à Bruxelles. Les seniors n’ont-ils pas été maintenus trop longtemps en maison de repos pour éviter la saturation des hôpitaux ? Les maisons de repos ne sont-elles pas trop souvent devenues un business comme un autre ? avec ses restructurations en vue d’une meilleure rentabilité ? La crise a montré que les métiers d’aide aux personnes sont essentiels et qu’ils doivent être mieux valorisés. Des soins à domicile optimalisés ne devraient-ils pas permettre aux personnes âgées de rester chez elle et au sein de leur entourage le plus longtemps possible ? Nous n’avons même pas été capables de gérer le deuil et d’enterrer dignement.

« Une société repose à la fois sur les vivants et les morts. On ne disparaît pas des mémoires, des souvenirs. La notion de transmission est donc fondamentale. Nous avons besoin de ces rites de passage pour continuer nos vies. La problématique du deuil fait partie des choses qui ont été très mal gérées durant cette crise, montrant une absence totale de préparation. Ce qui nous a conduit à enterrer les gens à la sauvette » affirme le sociologue Serge Guerin. « On ne peut pas faire des vieux des robots joyeux qui n’ont vocation qu’à être des consommateurs. Il ne faut pas se contenter d’occuper les seniors. Les personnes âgées doivent être les auteurs de leur vie. Elles doivent avoir la possibilité de s’engager dans des projets associatifs mais aussi de s’intégrer dans le milieu de l’entreprise ». Il en dit bien plus dans cette interview de L’Echo.