Ni interdiction, ni obligation

Il a donc fallu que la justice prenne position sur la discrimination vécue par une candidate à un poste à la STIB, pour que la classe politique s’émeuve et se trouve sommée de clarifier la notion de neutralité, pour éviter la multiplication des décisions prises au cas par cas par les juridictions, contraintes de trancher. Le gouvernement bruxellois est en ébullition, tandis que nos élus au parlement ne semblent pas décidés à mettre cette question de société en débat. Une question que nous avions déjà évoquée ICI en son temps, mais qui figure aujourd’hui en tête de l’actualité et que nous ne résumerons pas en trois paragraphes.

« Ni obligation, ni interdiction » proclamaient cependant déjà en 2010, les jeunes filles en colère du Mouvement des Droits Fondamentaux, dont vous lirez les revendications dans le pdf en bas de page. Si la liberté d’expression devrait pouvoir s’exercer librement par tout citoyen de toutes les manières pacifiques – y compris par le port de vêtements et de signes d’appartenance – il reste cependant l’obligation de neutralité requise de la part des agents de l’Etat et des fonctions d’autorité. Henri Goldman résume fort bien ICI le choix à effectuer entre quatre options, pour définir quelles personnes sont visées par cette obligation de neutralité, qui ne se limite d’ailleurs pas à l’apparence, si on veut garantir une égalité de traitement à tous les citoyens.

Que disent les textes légaux à propos de neutralité dans notre Etat qui consacre une nette séparation entre Eglises et Etat ? Le point dans cette brève synthèse avec Francis Delpérée, professeur de droit constitutionnel, Patrick Charlier, directeur d’Unia et Caroline Sägesser, chargée de recherche au CRISP et spécialiste de la laïcité. Bertrand Henne livre aussi ses conclusions à la RTBF. Pour Véronique Maurus dans Le Monde: tout foulard n’est pas un voile. Hervé Hasquin – ancien recteur de l’ULB – est formel:  la laïcité devrait être neutre. Tout n’est pas dit. Même les partis se montrent divisés. Un véritable débat de société ne devrait-il pas s’ouvrir dans la sérénité à la Région ? Il pourrait être d’un importance capitale pour l’avenir d’une ville cosmopolite comme Bruxelles.

Connaissons-nous nos voisins ?

Que savons-nous des Wallons et des Flamands qui vivent à nos côté ? sans oublier les germanophones ? Souvent peu de choses. Beaucoup d’idées reçues et d’anecdotes. Trop de clichés aussi, remontant parfois à une période révolue. Nous partageons cependant des langues avec eux, des cultures et beaucoup d’activités économiques. Les Ardennes et la côte restent nos destinations préférées pour les courts séjours. Aujourd’hui, coup d’œil sur les Flamands de Flandre. Seraient-ils moins flamingants qu’on ne le croit souvent à partir de nos lunettes bruxelloises ?

Une enquête récente, menée par l’Université d’Anvers et la VUB – à la demande du  Standaard  et de la VRT – éclaire la question et relève l’ambiguïté des sentiments. Joyce Azar et Marc Reynebeau se livrent à deux analyses et pointent divers paradoxes. La Flandre serait moins à droite que ses intentions de vote le laissent penser. Alors que la N-VA domine le gouvernement flamand, les sondés sont désormais moins de la moitié à lui faire confiance, alors qu’ils étaient plus de la moitié à faire confiance au gouvernement précédent. Qu’est ce qui préoccupe le plus les Flamands ? 

A la faveur de la crise sanitaire, la structure de l’Etat refait surface parmi les plus grandes préoccupations des Flamands … et de certains Bruxellois. Elle arrive devant la migration, qui était encore en 2019 leur principale inquiétude. 33% des Flamands veulent que la Belgique décide seule de tout, alors qu’à peine12% veulent que ce soit la Flandre qui gère seule toutes les compétences. Au total, environ deux-tiers des personnes interrogées voudraient que le fédéral ait plus de compétences. L’enquête révèle aussi une perte de confiance  globale dans la démocratie représentative. Marc Reynebau du Standaard titre cependant « Le bon Flamand est en fait un bon Belge ». Si le sujet vous intéresse, vous trouverez plus de nuances … et de contradictions, dans les articles de Daardaar et de la RTBF.

En finir avec le vélo

Un lecteur du blog nous transmet ce message du PDG d’Euro Exim Bank Ltd

« Un cycliste est un désastre pour l’économie du pays. Il n’achète pas de voiture et ne prend pas de crédit automobile. N’achète pas d’assurance automobile. N’achète pas de carburant. N’envoie pas sa voiture pour entretien et réparations. N’utilise pas les parkings payants. Ne cause pas d’accident majeurs. Ne nécessite pas d’autoroute à plusieurs voies. Ne devient pas obèse …

Des gens en bonne santé ne sont pas nécessaires pour l’économie. Ils n’achètent pas de médicaments. Ils ne vont pas dans les hôpitaux ni chez le médecin. Ils n’ajoutent rien au PIB du pays. Au contraire, chaque nouveau point de vente Mc Donald crée au moins 30 emplois – 10 cardiologues – 10 dentistes – 10 experts en perte de poids en dehors des personnes travaillant au point de vente Mc Donald. Un cycliste ou un Mc Donald ?  Ça vaut le coup d’y penser ».

PS: la marche c’est encore pire, ils n’achètent même pas un vélo 

A quoi servent nos contributions ?

Par nos impôts et cotisations sociales, nous contribuons toutes et tous à remplir les caisses de l’Etat. Mais qu’a-t-il fait des 248 milliards € perçus en 2019 ? Un tiers (81,7Md) a été attribué aux Régions et Communautés. Un autre tiers à la sécurité sociale (89,9 Md), un petit 13% aux communes et provinces. L’Etat a gardé un peu moins de 20% (43,7 Md) pour financer ses propres services. Un article – dans le pdf en bas de page – vient de rendre plus transparent l’usage que notre Région fait des dotations reçues et de nos contributions. Hier in het Nederlands. Le site régional Openbudgets en dit plus et est accessible en trois langues.

A y regarder de plus près, sur base d’Eurostat 2019, on constate que le poste le plus important est de loin le financement des pensions de notre population vieillissante: 52,5 Md (21,2% du budget). Suivi par les soins de santé 36,1 Md (14,6%), sans compter l’invalidité et la maladie, qui comptent pour 16,5 Md (6,7%). Vient ensuite l’enseignement avec ses 23,9 Md (11,8%). Loisirs, culture et cultes se voient attribuer 6 Md (2,4%). La recherche fondamentale 5,6 Md (2,3%). Le chômage et l’exclusion sociale représentent 11,2Md (4,5%).

La dette publique n’a coûté « que » quelques 10,2 Md (4,1%) en 2019, vu les taux d’intérêt exceptionnellement bas. L’Environnement a dû se contenter d’un petit 2,5% du budget, soit 6,1 Md. Si nous sommes fiers de pouvoir contribuer au budget de l’Etat, nous sommes aussi exigeants quant à l’usage qu’il fait de nos deniers pour préparer notre futur. La crise sanitaire a montré que nos services de santé de qualité manquent de bras et que son personnel mérite d’être revalorisé. Pour les pensions, une solution doit être trouvée pour qu’elles soient équitables et restent finançables. Les divers types de transports publics et partagés ne devraient-ils pas être soutenus comme alternative à la voiture individuelle ?

Happy Monday: des citoyens crient victoire

Citoyens et organisations non gouvernementales viennent de gagner le procès intenté à la société pétrolière Shell. Pour la première fois, un objectif climatique est imposé de jure à une multinationale: Shell devra se conformer aux accords de Paris et réduire ses émissions de CO2 de 45% d’ici fin 2030. Cette contrainte exercée sur une puissante société privée ouvre une brèche importante, même si Shell a annoncé qu’elle ira en appel. Il y avait déjà une décision de la Cour constitutionnelle fédérale allemande qui donne raison aux citoyens et ONG: la loi fédérale Climat viole les droits fondamentaux, explications ICI. D’autres affaires recevables sont pendantes en Belgique et devant la Cour européenne des droits de l’homme. Ce n’est pas rien. 

Diverses sociétés cotées en Bourse font aussi face à la fronde d’un certain nombre de leurs actionnaires, qui n’acceptent plus le mépris affiché pour la protection de l’environnement. Exxon Mobil et Chevron ont dû faire des concessions environnementales à leurs actionnaires révoltés, contrairement à ceux de TotalEnergies, qui ont voté à une large majorité pour la poursuite des activités de forage. Des banques doivent également subir les reproches de leurs clients pour la poursuite de leurs investissements dans l’extraction du charbon et du pétrole.

Sensibles à la montée en puissance de ce courant environnementaliste, de nombreuses sociétés tentent d’améliorer leur image par un simple « greenwashing ». C’est un simulacre qui ne satisfait plus de nombreux citoyens, ils exigent  désormais une attitude plus responsable de la part des producteurs et de ceux qui les financent. Bonne nouvelle aussi pour Bruxelles, en ce lundi ensoleillé.

photo Pixabay