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Happy Monday: un boulevard piéton

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Le réaménagement des boulevards centraux était au programme de la Ville et de Beliris depuis la fin des années 90. Il aura fallu la carte blanche de Philippe Van Parijs, le succès populaire de l’occupation sauvage de la place de la Bourse par PicNic the Streets et de la persévérance, pour que tous les partis mettent cette piétonnisation à leur programme électoral. La nouvelle majorité a décidé de rendre les boulevards aux piétons, de la place De Brouckère à la place Fontainas. Les derniers travaux pour le plan d’eau de la Bourse et pour les plantations à Fontainas seront terminés en fin d’année. Un appel à projet pour une œuvre d’art sera lancé pour donner une identité à la place Fontainas, entrée sud du piétonnier.

Décidé par Freddy Thielemans, mené à la hussarde par Yvan Mayeur et repris par Philippe Close, le piétonnier est une réalisation majeure, même s’il n’a pas fait que des heureux, y compris parmi ceux qui l’ont revendiqué. Si les riverains ne boudent pas le plaisir d’un air plus pur, le trafic reporté sur le « mini-ring » qui ceinture le piétonnier, empeste d’autres riverains. Le nouveau plan de circulation promis par l’échevin Bart Dhondt (Groen) se fait toujours attendre. La canicule de cet été à mis en exergue la minéralisation excessive des places De Brouckère et de la Bourse, que la Ville destine à de grands événements. Bien que sa mixité – tant citoyenne que commerciale peine à aboutir – vu les réticences d’un certain nombre de Bruxellois aisés – L’Echo en dresse un tableau positif.

Avec un piétonnier livré à la population sans en définir les règles d’usage, les Gardiens de la paix, les stewards de Bruciteam et la brigade cycliste ont du mal à mettre un peu d’ordre dans la circulation anarchique des vélos, des trottinettes, des livreurs, des taxis, des bus articulés, du football et des personnes sans domicile, qui disputent la place aux piétons, à l’honneur ICI. Pour Brussels Studies Institute – qui vient de publier une note de synthèse – le « Grand Piétonnier » constitue le projet urbain le plus important des dernières décennies. Plus qu’un simple aménagement de l’espace public, le «piétonnier» touche de multiples dimensions et échelles de la fabrique de la ville. Il est porteur d’opportunités majeures pour le centre-ville mais aussi pour la Région de Bruxelles-Capitale et la métropole bruxelloise. Vous trouverez leur analyse en primeur ICI.

Happy Monday: vers un autre tourisme

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Septembre 2020. La place Saint-Marc est méconnaissable. Les piétons restent à plusieurs mètres les uns des autres, les souvenirs en plastique ont été remplacés par des masques en tissu et les canaux sont étrangement propres. Les touristes sont partis. L’économie vénitienne s’effondre. L’absence des touristes est devenue aussi choquante que leur omniprésence (Carlo Ratti chercheur au MIT). A Bruxelles, la situation n’est guère différente rue de l’Etuve, aux canaux près.

Pas vraiment un Happy Monday me direz-vous. La crise sanitaire a cependant constitué une opportunité exceptionnelle pour réfléchir à propos du tourisme de masse, de son industrie, du marketing touristique, des city trips et des compagnies low cost au kérosène détaxé. Le chercheur du MIT estime que cette crise devrait nous permettre d’envisager de nouveaux types de mobilité internationale: des « voyages raisonnés » où l’on passe plus de temps au même endroit, plutôt que de courir d’une ville à l’autre. Une manière de contribuer à la modération des excès d’une industrie touristique, particulièrement peu durable et trop souvent humainement stérile. Une « tourismophobie » vécue par les populations locales impactées par un surtourisme ressenti.

La fin du tourisme de masse ne devrait cependant pas rimer avec le retour d’un tourisme élitaire réservé aux privilégiés. Nous voyagerons sans doute moins loin et moins souvent, mais nous pourrons prendre le temps de nous imprégner des lieux découverts et des personnes rencontrées. Bruxelles ne se limite pas à la Grand-Place et à Manneken Pis. Les villes pourraient compter sur l’arrivée de ces « voyageurs raisonnés » que Carlo Rutti décrit avec beaucoup plus de précisions ICI. Il les estime susceptibles de contribuer davantage de civilité, une manière de faire émerger un monde dans lequel les voyageurs s’ancrent davantage dans les lieux par lesquels ils passent. Pouvez-vous vous reconnaître dans ces portraits de voyageurs du futur ? Déjà prêts à passer du tourisme effréné au tourisme raisonné ?

(1) Directeur du centre de recherche au Senseable City Lab (MIT)

Location touristique illégale sanctionnée

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Alors que Bruxelles manque cruellement de logements et que cette rareté pousse les prix à la hausse, la transformation d’appartements en logements meublés touristiques de courte durée a flambé et a soustrait nombre de logements du parc locatif bruxellois. La réglementation mise en place par la Région et le Covid-19 ont certainement occasionné un coup de frein à cette tendance et la récente décision de la Cour de justice de l’Union européenne risque aussi d’avoir un impact, bien au-delà de la ville de Paris. La Ville a vu son règlement justifié par la Cour, parce qu’il constitue une raison impérieuse d’intérêt général. Cette décision ne manquera pas de faire jurisprudence pour toutes les autres grandes villes européennes.

C’est un article du journal Le Monde, qui révèle cette victoire capitale de la Ville de Paris dans sa lutte contre les abus d’Airbnb. « Mardi 22 septembre, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu sa décision dans l’affaire qui oppose la Ville à deux loueurs en meublés touristiques – les sociétés Cali Apartments et HX. Une décision très attendue par Paris, et 21 autres villes européennes, ainsi que par la plate-forme de location touristique Airbnb, dont une grande partie de l’activité est en jeu dans cette affaire. » Un autre article dresse par ailleurs le portrait-robot des propriétaires déjà condamnés par la règlementation parisienne.

Dans leur arrêt, les juges européens déclarent la législation française conforme en tout point au droit de l’UE, estimant que la lutte contre la pénurie de logements destinés à la location de longue durée constitue une raison impérieuse d’intérêt général justifiant la réglementation d’un Etat membre. Ils remarquent que « l’activité de location de locaux meublés de courte durée a un effet inflationniste significatif sur le niveau des loyers, en particulier à Paris et dans d’autres villes françaises (et européennes ndlr) », reconnaissant donc à la Ville de Paris et à l’Etat le droit d’instaurer un régime d’autorisation. Selon eux, le régime existant, à Paris, est d’ailleurs « proportionné à l’objectif poursuivi, clair, objectif, non arbitraire et transparent ». Dont acte.

 

Plantations ou évènements: le bourgmestre répond

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Nous avons dit ICI tout le bien que nous pensions de la conception du nouveau parc Fontainas, bien qu’actuellement il soit mal entretenu. Mais c’est suite aux deux billets, à propos de la minéralisation des places du centre-ville, de leur manque de fraîcheur et d’ombre, qui ont paru ICI et , que Philippe Close nous détaille son point de vue.

« Nous avons cherché à atteindre un équilibre entre les espaces dédiés à la promenade, aux rencontres et à l’événementiel. Equilibre signifie toujours compromis et par conséquent nous ne pourrons jamais satisfaire tout le monde. Néanmoins, nous avons dû composer avec les contingences de terrain, comme la dalle de métro citée et les travaux d’étanchéité.

Ceci étant, en fonction des études menées par les spécialistes, nous avons pu ménager suffisamment d’espaces verts et de plantations… sachant aussi que les espaces de verdure de la place Fontainas annoncent aussi la belle superficie du parc Fontainas. La place De Brouckère, quant à elle, comporte peu d’arbres étant donné sa vocation d’agora. L’entrée du métro a d’ailleurs été repoussée vers le boulevard Adolphe Max pour accroître encore davantage la surface disponible. Quant à l’espace fraîcheur, il s’agira effectivement du plan d’eau de la rue Auguste Orts ».

Dont acte. De Brouckère, agora pour de futurs grands événements. Mais la Bourse pourra-t-elle devenir cet espace de fraîcheur annoncé, sans les bancs et les arbres qui génèrent de l’ombre propice à la rencontre ? ou est-ce un deuxième lieu pour accueillir des événements ?

photo extraite de Brussels the place to be

Place aux arbres ou aux évènements ?

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Suite au billet « A la recherche de fraîcheur », un lecteur m’invite à lancer un échange ouvert à propos de l’absence d’arbres à la Bourse et à De Brouckère. Il demande d’en dire plus sur les causes de cette absence. Il fait probablement allusion à la dalle du métro, qui couvre la presque totalité de la surface du piétonnier et empêche des plantations en pleine terre. Ce problème a cependant été résolu à de nombreux endroits, par l’installation de bacs souterrains permettant l’installation d’arbres grâce à un arrosage automatique. Vous pouvez en voir l’excellent résultat sur cette photo, prise au boulevard Anspach.

Quand la Ville nous dit, qu’à De Brouckère côté UGC, elle a planté six arbres aux seuls endroits où elle disposait de pleine terre, elle a raison, elle va d’ailleurs en rajouter de ce côté. Toutefois, on a connu de vigoureux platanes en bac, côté Métropole, ne suffisait-il pas d’enterrer les bacs, comme à Anspach ? Cette photo de la RTBF révèle le contraste avec la nouvelle place minérale.

Quant à la Bourse, le même système de bacs enterrés aurait pu être adopté en de nombreux endroits. Il y avait la profondeur nécessaire comme le démontre cette photo, mais on s’est contenté d’un unique petit arbre. Mon hypothèse: rien ne pouvait faire obstacle à la tenue de Grands Evénements occasionnels sur ces deux places. Même le plan d’eau de la Bourse à été repoussé vers la rue Orts. Cette minéralisation des places du centre ville – dont font aussi partie la place de la Monnaie et la place Rogier – prive les habitants de nature, ombre et fraîcheur.
C’est mon point de vue, le débat est ouvert à vous et à la Ville, si elle désire justifier ses choix.