Archives de catégorie : Tourisme

Manneken Pis City

 Quelle ville aurait l’idée de choisir comme symbole un gamin qui pisse ? Avec leur sens aigu de la dérision, les Bruxellois n’ont pas hésité. On pourrait supposer que la satisfaction de besoins fondamentaux devrait donc y être aisée. Il n’en est rien. Très mal réparties entre ses 19 communes – qui n’ont pas adopté un modèle commun – les toilettes publiques sont en réalité trop souvent de simples urinoirs rudimentaires et mal entretenus … et tant pis pour les dames.

Voilà comment se présente la vespasienne installée à l’extérieur de la gare du Midi, où débarquent les voyageurs du Thalys et de l’Eurostar. Indigne d’une ville et encore plus d’une capitale de l’Europe. Ne serait-il pas temps que le ministre en charge de l’Urbanisme dispose de cette compétence et développe une politique d’équipement à l’échelle de toute la Région ? Qu’il négocie également des contrats rémunérés avec les cafés qui acceptent de mettre leurs installations à disposition. Le futur de Bruxsels est aussi à ce prix. A Paris, ils ont fait le choix d’installer 435 toilettes  publiques gratuites à entretien automatisé, sans doute imparfaites mais sans comparaison.

Survoler la ville ?

Bruxelles est la Région la plus densément peuplée du pays et c’est pourtant au-dessus de la capitale que l’on envoie délibérément un très grand nombre d’avions, qui portent ainsi atteinte à la santé d’un maximum de citoyens. La route du canal traverse même Bruxelles de part en part. Cela fait 15 ans de plaintes. La cartographie globale se trouve ICI et Droit de suite vient de livrer un résumé de la situation. Toutefois, un avion de moins au-dessus de Bruxelles, c’est nécessairement un avion de plus au-dessus de la Flandre. C’est ainsi que le dossier du survol est devenu source de conflit entre Régions et peine à être résolu par le fédéral, qui se contente de payer de lourdes amendes, plutôt que de respecter les normes de bruit de la Région bruxelloise avalisée par la justice.

Il peut sembler logique de tenir compte de la densité des populations survolées lors du choix des pistes et des routes imposées aux avions par le contrôleur aérien. C’est le coeur du mémorandum de l’association Bruxelles Air Libre Brussel. Si ce critère était prioritaire, la plupart des mouvements s’effectueraient au-dessus de la périphérie nord de Bruxelles, dont les habitants ne pourraient supporter une telle exposition. Expropriation, isolation, établissement d’une zone d’interdiction de construction, tout cela a été évoqué, mais jamais mis en œuvre. Le nouveau ministre fédéral de la Mobilité s’en explique ICI. La Première qui y consacre 4 dossiers à 08:45 depuis hier.

Certains estiment que l’aéroport urbain de Zaventem – dont les pistes principales se terminent à moins de 2 km d’Evere – ne pourra se maintenir si proche de la ville qu’à condition de limiter son activité: en mettant fin aux vols de courte distance, en fermant l’aéroport de 22h à 07h et refusant les avions les plus bruyants. Les avions cargo indispensables peuvent trouver leur place à Bierset et les vols low cost à Charleroi. Les trains à grande vitesse peuvent relier la plupart des grandes villes à moins de 750 km. Il doit devenir inacceptable qu’il soit moins cher d’aller à Londres en avion plutôt qu’en train. Le maintien de l’aéroport pourrait bien être à ce prix, depuis que la lutte pour le Climat est devenue prioritaire. Le gouvernement va devoir trancher.

Quels taxis voulons-nous  ?

On parle beaucoup du Plan Taxi de Rudi Vervoort qui tarde à venir *, on parle des propositions des taxis bruxellois  et de celles d’Uber, on entend les craintes des chauffeurs qui restent dans une insupportable incertitude, mais on n’entend rien à propos des utilisateurs de taxis. A croire qu’on a inventé le transport rémunéré uniquement pour créer de l’emploi. Dans la mobilité de demain le taxi pourrait occuper une plus grande place, s’il évolue et tient compte des besoins des Bruxellois. Une alternative occasionnelle à la voiture personnelle ? Un choix de société.

Qu’ont fait les taxis bruxellois du quasi monopole dont ils ont bénéficié pendant tant d’années ? Il a fallu l’arrivée d’Uber pour que des taximen créent enfin Victor Cab et se dotent d’une application performante. L’acceptation des cartes de crédit et l’obtention d’un ticket de course officiel restent toujours très aléatoires, tout comme l’itinéraire le plus court. Le métier ne serait pas rentable, mais ils se revendent à prix d’or les licences qu’ils ont reçues gratuitement de la Région. Ils peuvent bloquer toute la ville avec 100 véhicules et s’en servent en négociation. Ils vont manifester ce jeudi matin, tandis qu’Uber suspendra son App.

Si les utilisateurs des taxis bruxellois et des locations de voitures avec chauffeur LVC  (Uber, Heetch, …) accordent de l’importance à la protection sociale des chauffeurs – comme à celui des coursiers de Deliveroo – ils attendent aussi de la Région de mettre de l’ordre dans le secteur, sans revenir à la situation monopolistique, qui n’a pas été à l’avantage des utilisateurs. Ils attendent toujours l’arrivée des compteurs intelligents, qui délivrent des tickets officiels ou des factures et luttent contre le travail en noir. Ils attendent également un incitant pour des taxis non polluants, de préférence à l’hydrogène, pour des raisons d’autonomie et de recharge rapide. Les utilisateurs ne peuvent être négligés dans ce véritable bras de fer bruxellois. 

image extraite d’une vidéo de BX1

Une ville animée et habitable

Pour modifier son image de capitale administrative ennuyeuse, la Région, la Ville et des associations ont multiplié les grands événements. Ils ont attiré de nombreux touristes. Plaisirs d’hiver, Bruxelles -les -Bains, Tapis de fleurs, Ommegang, WE de la bière, Jazz WE, Brussels Sumer Festival, Zinneke Parade, Gay pride, 11 juillet, Foire du Midi, Couleur Café … il se passe toujours quelque chose à Bruxelles. Mais cela, c’était avant la Covid-19. Depuis lors, ce sont des événements de plus petite taille qui ont vu le jour un peu partout. Faut-il s’en réjouir ou le regretter ?

Les grands événements, qui se situent presque toujours en centre-ville, attirent un tourisme de masse dont bénéficient évidemment les hôtels, les cafés et restaurants, qui procurent de nombreux emplois, comme rappelé dans un récent billet. Ces événements apportent cependant aussi leur lot de lourdes nuisances sonores et de désagréments lors des montages et démontages subis par les habitants. Cette année, pour cause de Covid-19, ils donc ont été remplacés par une multitude de petits événements, répartis dans les très nombreux quartiers de toute la Région. Ils y ont souvent renforcé la convivialité, sans nuire à la qualité de vie de leurs habitants. En route pour la ville multipolaire ?

On aura pu profiter des Summer Pop, comme autant de petites fêtes de village. On s’est installé dans les confortables sièges de Bronks Plein Air, aménagés pour la détente au Marché aux Porcs. Au Quartier Saint-Jacques ce sont des chaises jaunes qui ont invité à la pause dans toutes les langues, mais ce seront surtout les toutes premières Jacqueries qui animeront les rues pittoresques du quartier ce samedi et encore les deux suivants. Mais ce n’est pas tout, il se passe bien d’autres choses en cette fin d’été, vous les trouverez résumées ICI et LA et encore LA, sans compter le trilingue Bruzz Culture.  Bien du plaisir à partager.

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/20686

Quel tourisme après la pandémie ?

La raréfaction des touristes et des congressistes, suite aux divers confinements et aux mesures sanitaires, pose la question de l’avenir des grands congrès et des citytrips. L’impact sur l’industrie hôtelière, comme sur les restaurants et cafés, a été aussi dramatique que brutal, tant au niveau économique qu’au niveau de l’emploi. Faut-il pour autant tout mettre en œuvre pour revenir au tourisme de masse et à la multiplication des congrès de prestige ? Même s’ils rapportent des devises et créent des emplois non délocalisables, l’impact de ces activités sur la consommation d’énergie fossile – notamment celle de l’industrie aéronautique – vont nécessairement devoir être pris en compte, tout comme la qualité de vie des habitant.e.s de la ville.

A Bruxelles, le centre historique s’est transformé en vue d’accueillir toujours plus de touristes. Il a laissé se multiplier les offres des snacks et de bars à bières, laissé des espaces comme la rue de l’Etuve ou l’Ilot Sacré rivaliser avec Disneyland. Tout cela avec la collaboration des compagnies low cost, des logements airbnb et des grands événements, dont l’impact sur le caractère habitable de la ville et la raréfaction des logements à louer n’a pas toujours été bien évalué. Mais voilà, nous sommes tous touristes à l’occasion, à la côte, dans les Ardenne ou à l’étranger, et il n’est pas question question de nous en empêcher.

Une réflexion ne s’impose-t-elle cependant pas avant de se lancer tête baissée dans une reproduction du passé ? Le tourisme n’est pas une industrie. Venise se rebiffe et se réinvente. Berlin demande à qui appartient la ville ? Paris veut rendre le tourisme durable. A Barcelone le tourisme est le principal problème de la ville. Bruxelles ne pourra échapper à cette réflexion. Des Etats généraux du Tourisme bruxellois ? Pourquoi pas ? Un sociologue partisan de la décroissance du tourisme et le président de l’Office du tourisme de Paris débattent ICI de la « touristification » du monde, du « surtourisme » et des dégâts écologiques et économiques qu’ils peuvent entraîner. Soyez-en certains: ils divergent. Affaire à suivre.

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/20622