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Le retour des religions

La diminution drastique de leurs pratiquants ayant fortement diminué l’influence des religions catholiques et protestantes dans notre pays, la séparation de l’Eglise et de l’Etat semblait définitivement consacrée. Le déclin important des partis catholiques CD&V et cdH (aujourd’hui Les Engagés) le confirme. Que ce soit le mariage pour tous, la dépénalisation de l’avortement, la fin de vie ou les questions de genre, Bruxelles et la Belgique ont pris des positions claires sur ces questions éthiques.

Le séisme provoqué par la décision de la Cour suprême des USA nous rappelle cependant que ces acquis de longue lutte n’ont rien d’irrévocable. Le débat parlementaire à propos de l’abattage sans étourdissement a divisé les partis et opposé un certain nombre de leurs membres. Est-ce pour prévenir les réactions d’une partie de leurs électeurs que l’interdiction a été rejetée ? Pas pour des raisons scientifiques en tout cas. Qu’un député bruxellois socialiste Vooruit ait osé affirmer que « Dieu ne permettrait pas que des animaux souffrent » fut inouï sur la scène politique bruxelloise. Dans Bruzz, Steven Van Garse s’interroge dans une Opinie traduite ICI pour vous.

Bruxelles, berceau de la libre pensée, va-t-elle connaître le grand retour des religions dans la conduite de l’Etat et de la Ville ? Pas seulement l’Islam, mais aussi les prédicateurs Pentecôtistes et autres  prêtres Polonais, dont on parle moins. Peut-on compter sur notre particratie – qui sélectionne les candidats parlementaires – pour éviter ce grand retour, alors qu’ils contribuent – parfois de bonne foi – à alimenter les divisions et qu’ils espèrent y gagner des voix ?  La religion créerait-elle des communautés et des solidarités que l’Etat n’est plus en mesure d’offrir ?

Le futur d’une ville cosmopolite comme Bruxelles ne dépendra-t-il pas de la manière dont elle pourra assurer à chacun le droit de vivre ses croyances librement, sans avoir le pouvoir d’en imposer les préceptes aux autres ?

Bruxsels 2030

Bruxelles est candidate au titre de capitale européenne de la culture en 2030. Elle se prépare à le gagner. Trente ans après sa première sélection – avec d’autres capitales – elle est pleine de projets qui se veulent rassembleurs. “C’est une ville super diverse, très internationale, connectée au monde entier. C’est une ville extrêmement jeune.” De beaux atouts, estiment les chargé.es de mission Hadja Lahbib et Jan Goossens, qui ont déjà rencontré plus de 400 personnes et groupes.

Depuis lundi, ils ont ouvert pour une semaine, un vrai laboratoire citoyenSummer Assembly – dont le contenu complet est ICI. C’est trilingue et tout le monde est bienvenu. Encore temps de s’inscrire pour y apporter ses idées et livrer ses commentaires. Cela se passe dans le bel espace « Tour à plomb » 24  Rue de l’Abattoir, en face des Arts et Métiers.

Quelle est votre vision rêvée pour le Bruxelles de demain ? est sans doute une interrogation précieuse et porteuse d’espoir en ces temps incertains. Un programme enthousiaste et varié animera aussi cet été bruxellois. « On se projette dans le futur: cet été nous sommes en 2030 ! Et on envahit les rues, les parcs et les espaces publics de la capitale avec des projets participatifs ! Cet été on sort, on s’amuse, on construit notre avenir à Bruxelles : 2030, nous voilà ! »

Photos de Brussels 2030 et du site de la Ville © Georges de Kinder

Encourager la citoyenneté.

Pour meubler le « cours de rien » – une option face aux cours de religion et de morale laïque – un cours de citoyenneté avait été mis en avant et semble être d’application. Même intention pour le parcours d’accueil obligatoire pour les nouveaux arrivants non européens (tiens, rien qu’eux ?). Reste à savoir quel sera son contenu final et si les communes sont enfin prêtes pour sa mise en application le 1er juin ? Et pourquoi pas destiné à tout un chacun, comme le cours d’histoire des religions évoqué (sans succès) pour l’ensemble des réseaux d’enseignement ?

L’importance d’une telle formation n’a pas échappé à la Chine, qui va lancer à Hongkong un nouveau cours de « citoyenneté et développement social », centré sur la sécurité nationale, le patriotisme, l’identité et l’ordre public dans les classes de lycée. Il remplacera les liberal studies, qui mêlaient jusqu’ici culture générale et philosophie, initiant les élèves à la pensée critique sur le territoire, comme le relate cet article du Monde.

On ne naît pas citoyen, on le devient. La famille, l’entourage et l’école ont un rôle important à y jouer. C’est d’autant plus vrai, qu’à Bruxelles une majorité de personnes n’ont pas de passé commun. Si leur avenir est ici, n’importerait-il pas, pour faire peuple, qu’un genre de  liberal studies, soit mis en place pour dispenser « culture générale et philosophie, initiant les apprenants à la pensée critique ? »

Les langues en guerre

« Que ferait la France si la Belgique interdisait le français ? » (comme elle l’a décrété pour la Flandre) interroge Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie russe. Les médias belges sont restés étonnamment silencieux sur cette déclaration. On pourrait d’ailleurs aussi se demander ce que feraient les Pays-Bas, si la Belgique devait interdire l’usage du néerlandais, pour tenter d’éliminer l’extrême droite en Flandre ? C’est le prétexte avancé par Moscou pour envahir l’Ukraine et éliminer ses « nazis ».

Philippe Van Parijs évoque cette question dans une réflexion pour The Brussels Times, traduite ICI  pour vous. Jules Gheude s’y est aussi intéressé dans un article pour Doorbraak, traduit ICI, il y donne sa version de l’évolution de la Belgique. Tout cela semble toujours d’actualité pour certains Etats-nations en proie aux velléités d’autonomie, voire d’indépendance, de régions telles que l’Ecosse, la Catalogne, la Padanie, la Bretagne, le Pays Basque ou la Flandre. Un article repris par Cairn.Info relève l’importance que peuvent revêtir l’usage des langues dans les Etats-nation, dont elle livre une analyse de l’état actuel. Les querelles linguistiques n’appartiendraient donc pas encore au passé ?

Outils de communication entre les humains, les langues sont régulièrement utilisées des fins politiques, voire instrumentalisées au profit d’Etats-nations en quête de centralisation et de pouvoir. La Belgique n’y échappe pas. Si elle reconnaît trois langues officielles au niveau national, les Régions sont obligatoirement unilingues, sauf Bruxelles, contrainte d’être bilingue. Et tout cela sans parler de l’anglais, qui se verrait bien remplacer un jour le français comme lingua franca de Bruxelles.

photo illustrant l’article de The Brussels Times

Et les animaux ?

Le débat sur l’abattage – avec ou sans étourdissement – fait rage, mais le vote en commission de notre parlement concernait-il réellement le bien-être des animaux ? Ce bien-être serait-il différent en Flandre et en Wallonie, où l’étourdissement est obligatoire et à Bruxelles, où il est interdit, en tout cas pour la commission ? L’édito de Fabrice Grosfilley résume la situation en 4 minutes. L’article de Moustique est plus détaillé.

A Bruxelles, comme ailleurs, y aurait évidemment énormément de choses à faire pour améliorer le bien être des animaux, bien avant leur abattage. Leurs conditions de vie, leur espace vital, leur nourriture, leur transport et puis seulement leur abattage, comme le résume très bien le blog Cosmopolite. Et cela sans parler du broyage des poussins mâles vivants.

Si les partis ont voté différemment à Bruxelles par rapport au reste du pays, ce n’est pas parce que nos animaux sont différents de leurs, … mais  parce que leurs électeurs sont différents et qu’il faut tenir compte de leurs attentes. Si la séparation des églises et de l’Etat est la règle de base pour nos lois… le clientélisme en est une autre. Mais là, je m’écarte de la conclusion de Cosmopolite et peut-être suis-je dans l’erreur ? Ah, si les animaux pouvaient parler …

Non, pas de photos.