Archives pour la catégorie Urbanisme

Oui, l’architecture c’est politique

______________________________________

C’est la réponse à la question que pose la Cellule Architectures de la Fédération Wallonie Bruxelles, qui publie tous les trois ans un livre qui dresse le portrait d’architectures contemporaines à Bruxelles et en Wallonie. Pour sa troisième édition, elle publie un inventaire abondamment illustré. 45 architectures exemplaires désignées pour la première fois par des jurys citoyens. Des maisons privées, des habitats collectifs, des lieux de travail, des équipements collectifs et des espaces publics. L’ouvrage recense également 45 actions engagées pour transformer les villes, les paysages et les vies. Un certain aperçu ICI.

Ce sont les deux commissaires chargés de la sélection – un architecte et une historienne – qui ont voulu aller vers les habitants et sortir du cénacle traditionnel des architectes parlant aux architectes. « On veut reconnecter ce livre au monde réel, aux personnes qui vivent dans ces villes, ces places… ». Bruxelles et ses écoles d’architecture on produit parmi les meilleurs exemples d’architecture Art nouveau et Art Déco. Mais après la “bruxellisation », l’architecture contemporaine ne s’est-elle pas avérée pauvre, fonctionnaliste ou simplement postmoderniste ? On en est encore à devoir citer les anciens sièges de Citroën, de Bruxelles Lambert (aujourd’hui ING), de Glaverbel ou de la Royale Belge/Axa, pour illustrer l’architecture bruxelloise d’aujourd’hui …

Peu d’oeuvres bruxelloises grandioses dans ce recueil, mais un véritable renouveau de la part de jeunes architectes soucieux du choix des matériaux, de leur durabilité, de leur recyclage et d’une réelle collaboration avec les habitants. Loin des « quatre façades entourées de thuyas », des maisons souvent modestes, mais aussi audacieuses, qui s’affirment dans leur rue et que ces architectes aimeraient habiter. Faut-il construire ou rénover ? Est-ce qu’on a tous un lieu dans lequel on se sent bien ? Le beau entraîne un sentiment. Saint-Vide / Leegbeek la vingtième commune bruxelloise. Des dizaine de Post-it interpellant de la part de simples citoyens. Vous l’aurez compris, j’aime ce livre et il sera en librairie dès novembre.

photos extraites de « Inventaires #3 de Wallonie-Bruxelles »

Un axe Bruxelles – Anvers ?

___________________________________

La récente conférence de presse qui a réuni Anne Hidalgo et Edouard Philippe, unis autour du projet « Paris, Rouen, Le Havre, région capitale », a traduit l’émergence d’un intérêt pour l’aménagement des territoires à une autre échelle. L’architecte-urbaniste Antoine Grumbach de conclure son article : l’aménagement à grande échelle repose sur deux marqueurs : la géographie et le système de mobilité, seuls les grands bassins hydrologiques ont la capacité à incarner les marqueurs géographiques de l’identité de véritables régions.

Il poursuit: repenser les grandes métropoles en concevant un aménagement à grande échelle, dans le respect des problématiques écologiques et sociales, est une question que le monde entier doit se poser. Les métropoles de demain sont déjà là ; il suffit de prendre acte de leur dimension géographique et de leur construire une gouvernance adaptée.

Bien que nous n’arrivions toujours pas à créer la zone métropolitaine dont Bruxelles et son hinterland ont besoin, pouvons-nous imaginer une conférence de presse Vervoort – De Wever annonçant l’étude d’un axe Bruxelles-Anvers, dans le registre des grandes métropoles mondiales ? Toutes portuaires, étant donné l’importance du trafic maritime des marchandises qui s’effectue à 80 % par bateau ? Le canal comme véritable axe dans cette grande « banane bleue » mégalopole européenne ?

Happy Monday: un boulevard piéton

_______________________________________

Le réaménagement des boulevards centraux était au programme de la Ville et de Beliris depuis la fin des années 90. Il aura fallu la carte blanche de Philippe Van Parijs, le succès populaire de l’occupation sauvage de la place de la Bourse par PicNic the Streets et de la persévérance, pour que tous les partis mettent cette piétonnisation à leur programme électoral. La nouvelle majorité a décidé de rendre les boulevards aux piétons, de la place De Brouckère à la place Fontainas. Les derniers travaux pour le plan d’eau de la Bourse et pour les plantations à Fontainas seront terminés en fin d’année. Un appel à projet pour une œuvre d’art sera lancé pour donner une identité à la place Fontainas, entrée sud du piétonnier.

Décidé par Freddy Thielemans, mené à la hussarde par Yvan Mayeur et repris par Philippe Close, le piétonnier est une réalisation majeure, même s’il n’a pas fait que des heureux, y compris parmi ceux qui l’ont revendiqué. Si les riverains ne boudent pas le plaisir d’un air plus pur, le trafic reporté sur le « mini-ring » qui ceinture le piétonnier, empeste d’autres riverains. Le nouveau plan de circulation promis par l’échevin Bart Dhondt (Groen) se fait toujours attendre. La canicule de cet été à mis en exergue la minéralisation excessive des places De Brouckère et de la Bourse, que la Ville destine à de grands événements. Bien que sa mixité – tant citoyenne que commerciale peine à aboutir – vu les réticences d’un certain nombre de Bruxellois aisés – L’Echo en dresse un tableau positif.

Avec un piétonnier livré à la population sans en définir les règles d’usage, les Gardiens de la paix, les stewards de Bruciteam et la brigade cycliste ont du mal à mettre un peu d’ordre dans la circulation anarchique des vélos, des trottinettes, des livreurs, des taxis, des bus articulés, du football et des personnes sans domicile, qui disputent la place aux piétons, à l’honneur ICI. Pour Brussels Studies Institute – qui vient de publier une note de synthèse – le « Grand Piétonnier » constitue le projet urbain le plus important des dernières décennies. Plus qu’un simple aménagement de l’espace public, le «piétonnier» touche de multiples dimensions et échelles de la fabrique de la ville. Il est porteur d’opportunités majeures pour le centre-ville mais aussi pour la Région de Bruxelles-Capitale et la métropole bruxelloise. Vous trouverez leur analyse en primeur ICI.

Se loger, un luxe ou un droit ?

_______________________________________

Dans les grandes villes européennes, les prix de l’immobilier et le montant des loyers ont augmenté à des niveaux inabordables avec un salaire moyen. Bruxelles n’y échappe pas et la situation a contraint les familles modestes à habiter à l’étroit dans des logements inadaptés au confinement et souvent coûteux en terme de charges, pour cause de mauvaises performances énergétiques. Le Monde constate que les travailleurs essentiels au fonctionnement élémentaire d’une ville – tels que les policiers, les pompiers, les enseignants ou les infirmières sont contraints d’habiter en périphérie et de faire la navette, avec ses effets sur la mobilité et sur l’efficacité socio-économique. Plusieurs villes exigent un encadrement  des loyers, parfois aussi bénéfique au propriétaire. A Bruxelles, nous avons les Agences Immobilières Sociales (AIS) qui gèrent la location de 6.000 logements à la place des propriétaires, à des loyers inférieurs au marché.

La ville, qui manque toujours de 40.000 logements sociaux, ne régule pas les loyers, mais a opté pour une formule de loyers de référence – purement indicatifs – le montant du loyer étant toujours fixé librement par le bailleur. Sur base d’éléments tels que la localisation, le nombre de chambres, la superficie habitable, la localisation, les performance énergétique et l’éventuelle concurrence des logements publics, vous aurez une évaluation du loyer qui tient compte du marché local. Que vous soyez locataire ou bailleur, actuel ou futur, vous pouvez faire le test ICI.

A Berlin, autre formule. Avec 80 % des habitants locataires de leur logement, la flambée des prix a été une véritable bombe sociale. Il y a eu une régulation des loyers, contestée par une propriétaire. La Cour constitutionnelle a tranché « Il est conforme à l’intérêt général d’empêcher l’éviction des catégories de population les moins performantes économiquement hors des quartiers où la demande est forte ». Pour la Cour, le mécanisme qui régule le prix des locations ne constitue pas une entorse démesurée au principe de propriété privée, garanti par la Constitution.

 

Vivre autrement en centre-ville

_____________________________________

Ramener la bourgeoisie dans le centre historique de la ville était déjà le projet du bourgmestre Anspach. En voûtant la Senne, pour des raisons d’hygiène, il a déplacé la population fragilisée qui vivait dans le centre. C’est par concours, qu’il a incité les promoteurs à y construire des immeubles à appartements de style haussmannien. S’il y eut des réussites, comme l’hôtel Métropole ou le Passage du Nord, la bourgeoisie a cependant préféré s’installer dans des maisons de maître unifamiliales de la seconde couronne. La Ville a donc été contrainte d’y construire elle-même, y compris l’imposant Palais du Midi. Attirer et maintenir la classe moyenne en centre-ville reste un réel défi.

Plus d’un siècle plus tard, en pleine crise sanitaire, la société Cohabs n’a pas peur de faire des 4.000 m2 d’étages vides du Passage du Nord, la plus grande «cohabitation» de Belgique. Ils y disposent de 64 chambres qu’ils comptent diviser en 4 colocations distinctes pour conserver l’esprit de communauté cher à l’entreprise. Plusieurs espaces communs traversés par des arbres, une salle de sport, un coworking et un toit potager. Si Cohabs a surtout proposé des colocations branchées dédiées aux jeunes actifs généralement nichées dans des maisons de maître décorées avec soin, ici, ils ne visent pas seulement à ramener des riches en ville. « Des chambres seront réservées à des personnes en transition, des mères célibataires, des locataires plus fragilisés, dont le loyer plafonnera à 450 euros. Un habitat groupé en coeur de ville ? Une expérience de mixité que l’on ne demande qu’à voir fonctionner et réussir.

« C’est un projet qui va redynamiser le quartier, surtout acquis aux bureaux et aux commerces, et qui y ramènera de la vie« . Un projet audacieux qui bouscule les grands plateaux, autrefois occupés par l’hôtel Métropole voisin avant son déclin, via un bail emphytéotique. Un puits de lumière va éventrer l’un des flancs de la galerie, « celui où les plateaux sont les plus profonds (600-700 m²) et donc les plus sombres. Y seront plantés deux immenses arbres s’élançant du 2e au 4e étage, traversés à hauteur du 3e étage par une passerelle ». Le 1er étage sera réservé aux espaces communs et le 4e sera un roof top de 140 m². Soit quatre colocations de 15 à 20 chambres, deux au 2e étage et deux en duplex aux 3e et 4e étages. Un pari audacieux mais calculé.


Plans Atelier d’Architecture du Congrès  https://aac-hossey.be/passage-du-nord