Archives pour la catégorie Europe

Une autre économie en vue ?

___________________________________

Suite à la crise sanitaire et à l’attribution de fonds de relance accordés par l’UE (1), on va pouvoir privilégier le qualitatif, donner du sens, remettre l’économie au service de l’intérêt général… ce sont Aurore Lalucq – députée européenne –  et le chercheur hongrois Vincent Liegey qui affirment cela dans Alternatives Economiques. Il et elle énoncent des pistes pour mettre un nouveau modèle en place. Croissance ou décroissance ? Cela revient à se référer à un indicateur datant de 1944, pensé pour la reconstruction d’après-guerre. C’est absurde. Il faut sortir de l’obsession de cet indicateur, passer du plus au mieux.

Le confinement a permis à beaucoup de personnes – notamment aisées – de se demander ce qui comptait vraiment dans leur vie. Beaucoup se sont alors aperçues de la toxicité de leur rythme de vie, de leur travail, et ont pu se focaliser de nouveau sur leurs enfants, leur alimentation et leur santé. Il y a là des leviers de transformation vers un monde où la recherche de sens domine. Pendant ce temps, d’autres ont continué à travailler dans de très mauvaises conditions, sans voir leurs enfants, en faisant la queue pour l’aide alimentaire… S’interroger sur sa consommation est souvent un luxe que certains n’ont pas. Il est plus simple de renoncer à certains biens quand on y a déjà goûté.

Pourquoi sommes-nous autant attachés à un système qui ne nous fait plus de bien ? Ne pas oublier que l’écologie est une question de pauvres. Ce sont les riches qui polluent le plus et les pauvres qui souffrent le plus de la pollution. Au niveau européen, le Green New Deal peut créer des millions d’emplois dans la protection de la biodiversité ou la rénovation thermique des bâtiments. La relance post-coronavirus ne doit pas être une occasion de relancer les boulots inutiles. Des « entreprises à mission » qui agissent pour le bien commun :… impossible ? Vous en saurez plus en lisant de plus larges extraits de leur réflexion.

(1) s’il faut se réjouir d’apprendre que les entités fédérées de Belgique sont arrivées s’entendre sans drames pour la répartitions du gateau européen, certains s’interrogent sur les minces 6,7%  attribués à Bruxelles, alors que la Région produit 20% de la richesse du pays.

Happy Monday: les réussites de 2020

____________________________________

Avec votre collaboration, je suis parti à la recherche des bonnes nouvelles de 2020, qui ont eu tendance à être éclipsées par l’amoncellement de catastrophes sanitaires et de consignes de plus en plus éprouvantes. En première position: l’Union Européenne. Tant décriée, elle est cependant arrivée à parler d’une seule voix pour assurer des prêts à ses Etats membres afin d’éviter une catastrophe économique, à lancer son New Green Deal et à éviter une compétition féroce pour un vaccin, qui sera finalement disponible partout en Europe à la même date. Même si on apprécierait qu’elle se focalise aussi sur un traitement, on peut se réjouir de ses réussites comme de sa coordination rapide face au virus mutant de Grande Bretagne. Et puis ouf ! – in extremis – pas de Brexit sans deal.

Après des années d’austérité imposée, de diminution des budgets de soins de santé et de revendications pour « moins d’Etat », nous avons à nouveau un gouvernement fédéral et tout le monde s’accorde pour que l’Etat retrouve sa place, veille à l’intérêt général et impose une contribution de solidarité aux citoyens les plus nantis. 2020 a aussi révélé que les métiers essentiels, n’étaient pas ceux que l’on imagine, et que de surcroît ils sont parmi les plus mal payés. Merci à eux, en attendant une reconnaissance et une revalorisation de leurs tâches.

L’absence de touristes a remis des logements court terme en location longue durée et a imposé une réflexion sur le type de tourisme que Bruxelles veut favoriser à l’avenir. Le Trans Europ Express reçoit un nouveau souffle et les trains de nuit veulent concurrencer l’énergivore avion. Un vaste plan Good Move est à l’enquête. Le secteur culturel s’associe pour produire en ligne. La recherche se porte plutôt bien. Les quartiers monofonctionnels commencent à céder la place à davantage de mixité, pour bientôt offrir le « tout à 10 minutes ». Le congé de paternité passera de 10 à 15 jours. Et le centre historique s’illumine pour égayer nos vacances à domicile …

photo extraite de la vidéo de visitbrussels

Qui va payer la dette ?

_______________________________________

Bruxelles soutient sans discrimination ses commerçants (1), ses cafés et restaurants, ses artisans, ses entreprises et les personnes qui ont perdu leur emploi (2). C’était indispensable. La Belgique vient de recevoir une première tranche de 2 milliards d’euros de la Commission européenne sur le prêt de 7,8 milliards prévu pour soutenir l’indemnisation du chômage partiel. Fort bien, ce n’est pas du luxe. Depuis mars, ce sont 12 milliards que la Belgique a dû emprunter, estime Simon Bourgeois, journaliste économique à la RTBF. Et ce n’est pas fini. La planche à billets européenne va devoir continuer à tourner.

Tant que les taux sont à 0%, comme aujourd’hui, emprunter c’est gratuit et ne pose pas de problèmes à court terme.  A échéance, le journaliste nous voit souscrire perpétuellement de nouveaux emprunts pour rembourser nos dettes. Les dettes générées par la crise sanitaire seraient, sanctuarisées et resteraient pour toujours à un taux à 0%. Ce n’est qu’une des hypothèses qu’il avance. Dans le même article, on constate que n’est pas l’avis d’Étienne de Callataÿ. François Lenglet, journaliste économique à TF1 et auteur de l’ouvrage « Quoi qu’il en coûte ! », estime lui, que c’est l’épargnant qui sera le grand perdant de la crise.

S’il nous faut un jour rembourser, il va falloir se serrer la ceinture et revenir à l’austérité. Facile à dire, quand on sait qu’on va devoir beaucoup investir pour arriver à des énergies et des économies durables, en vue de limiter les changements climatiques. C’est une nouvelle génération qui va hériter de la patate chaude. En est-elle consciente ? Va-t-elle se révolter ? La génération en place pourrait échapper par la mort à l’obligation de régler la dette. Au contraire, ceux qui naissent ce jour, héritent d’une dette commune, qu’ils devront régler de leur vivant … ou transmettre à leur propre mort, comme le résume Xavier Timbeau dans un article de fond de Cairn.info, pour ceux et celles qui veulent aller (beaucoup) plus loin dans cette réflexion.

(1) ce mardi la Région a lancé Shop local, shop Brussels sur la plateforme mymarket qui va recenser tous les e-commerces du territoire bruxellois avec livraison possible par urbike.be
(2) sauf le secteur culturel, au bord du gouffre, qui est de compétence communautaire, pas régionale

Happy Monday: vivre les uns avec les autres

________________________________________

Cela ressemble à un slogan facile ou a un lieu commun, mais lorsque c’est le ministre flamand de l’Intégration et de l’Égalité des chances qui affirme que son objectif est « d’encourager les Flamands à vivre les uns avec les autres et nous plus les uns à côté des autres » on peut se demander comment il va s’y prendre pour en faire une réalité ? Mais l’homme sait de quoi il parle, il a été bourgmestre de Malines. Il a été nommé « meilleur bourgmestre du monde » en 2016 par la City Mayors Foundation pour s’être s’investi, avec sa communauté, dans l’accueil des réfugiés et l’intégration des migrants dans une ville plutôt négligée, qu’il a  transformée en l’une des cités les plus attrayantes de Belgique.

C’est bien du ministre Bart Somers qu’il s’agit. Peut-être serez vous surpris d’apprendre qu’il est élu sur les listes de l’Open VLD. C’est un article de la Gazet Van Antwerpen – heureusement traduit ICI par Daardaar – qui nous apprend comment il s’y est pris à Malines. « Chaque primo-arrivant est encadré par un parrain ou une marraine avec lequel ou laquelle il va passer plusieurs heures par semaine durant un certain nombre de mois. Il apprendra ainsi non seulement notre langue, mais aussi nos valeurs et coutumes. Il étoffera son réseau de connaissances et augmentera ses chances d’accéder à un emploi et un logement. Nous voulons l’étendre à d’autres groupes cibles, comme les personnes dans la précarité, atteintes d’un handicap ou appartenant à la communauté LGBT. Nous pourrons ainsi renforcer les liens au sein de notre société ».

Multiplier les contacts entre les individus, ne pas se contenter de vivre un entre soi confortable. Avec « School in Zicht », Bart Somers compte aussi favoriser la mixité au sein des écoles avec le ministre de l’Enseignement. Non par la contrainte, mais en encourageant les parents à opter pour des écoles mixtes. La société a tout à y gagner. La jeune génération est amenée à évoluer dans une Flandre multiculturelle. Le fédéral gère les arrivées sur le sol belge, la Flandre veille à l’intégration des primo-arrivants, mais les pouvoirs locaux jouent un rôle déterminant dans la participation réelle au projet de société. Un exemple pour Bruxelles ? où la Région a tardé à mettre des programmes d’accueil et d’intégration en route. Alors qu’elle les a enfin rendus obligatoires au 1er janvier 2020 (pour les primo-arrivants non UE), rien ne sera finalement prêt avant le 1er janvier 2021… Même G-L Bouchez au MR regrette ces retards et ces discriminations.

 

Un axe Bruxelles – Anvers ?

___________________________________

La récente conférence de presse qui a réuni Anne Hidalgo et Edouard Philippe, unis autour du projet « Paris, Rouen, Le Havre, région capitale », a traduit l’émergence d’un intérêt pour l’aménagement des territoires à une autre échelle. L’architecte-urbaniste Antoine Grumbach de conclure son article : l’aménagement à grande échelle repose sur deux marqueurs : la géographie et le système de mobilité, seuls les grands bassins hydrologiques ont la capacité à incarner les marqueurs géographiques de l’identité de véritables régions.

Il poursuit: repenser les grandes métropoles en concevant un aménagement à grande échelle, dans le respect des problématiques écologiques et sociales, est une question que le monde entier doit se poser. Les métropoles de demain sont déjà là ; il suffit de prendre acte de leur dimension géographique et de leur construire une gouvernance adaptée.

Bien que nous n’arrivions toujours pas à créer la zone métropolitaine dont Bruxelles et son hinterland ont besoin, pouvons-nous imaginer une conférence de presse Vervoort – De Wever annonçant l’étude d’un axe Bruxelles-Anvers, dans le registre des grandes métropoles mondiales ? Toutes portuaires, étant donné l’importance du trafic maritime des marchandises qui s’effectue à 80 % par bateau ? Le canal comme véritable axe dans cette grande « banane bleue » mégalopole européenne ?