Archives pour la catégorie Europe

L’Europe nous gâte

_______________________________________

Ce n’est pas tous les jours que la presse et l’opinion publique se réjouissent des décisions de la Commission européenne. Le plan de relance de 750 milliards, composé en grande partie de subventions aux Etats et en petite partie de dette remboursable, est une mutualisation inattendue des dettes des Etats, combattue depuis longtemps par les quatre « frugaux », dont les Pays-Bas ont été le fer de lance et l’Allemagne un sympathisant.

En proposant de répartir cette somme colossale entre les pays membres en fonction de leurs besoins, l’Europe fait preuve d’une solidarité avec les plus atteints par la crise sanitaires et la récession économique, un peu comme un Etat national le fait pour sa population. Il faut s’en réjouir et remercier Angela Merkel en particulier, qui ne cesse de nous étonner après sa décision de mettre fin au nucléaire en Allemagne, d’accueillir un million de réfugiés … et de répondre ainsi à l’arrêt mortifère de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. La répartition finale des aides ne se passera sans doute pas sans difficultés, mais l’esprit de coopération a dominé et c’est magnifique pour l’Europe et pour Bruxelles, qui abrite ses principales institutions.

Après avoir voulu rester très proche de vous quotidiennement tout au long de ces difficiles semaines de confinement intégral, je vais revenir au rythme normal de mes petits billets, en vous les livrant à nouveau tous les jours ouvrables, pour vous laisser souffler le week-end et les jours fériés. Belle fin de semaine estivale à chacune et chacun d’entre vous … et veillez bien à maintenir la courbe corona plate, en vous lavant les mains souvent et en portant un masque à l’extérieur.

Notre Plan Mobilité récompensé par l’Europe

_____________________________________

Le plan régional de mobilité Good Move avait déjà reçu un accueil plutôt favorable de la pat des citoyens de Bruxelles. Voilà qu’il vient de gagner l’édition 2020 du prix européen de la planification de la mobilité urbaine durable. Un prix décerné chaque année par la Commission européenne par l’intermédiaire du réseau des villes et régions européennes, coopérant pour des solutions de transport innovantes (Polis).

Selon l’article de BX1, le jury aurait particulièrement apprécié la participation importante des citoyens lors d’une enquête publique de 4 mois, ainsi que cette conception de la ville “comme un écosystème“ soutenue par un programme clarifiant les échéances et les moyens à mettre en œuvre. Bruxelles Mobilité précise “Nous avons réalisé des ateliers avec les communes, les zones de police, l’organisation patronale bruxelloise Beci, les opérateurs de transports comme la Stib et différents types d’acteurs pour élaborer ce plan.

Le plan, repris par Le Soir, trace les grandes orientation pour améliorer la mobilité de la capitale au cours des dix prochaines années. Ce plan est censé permettre de réduire l’usage de la voiture de 24% d’ici à 2030 et 34% pour le trafic de transit. Il entend aussi multiplier l’usage du vélo par quatre, de rendre l’espace public aux habitants et de créer 50 quartiers apaisés sans trafic de transit. Tous les détails  de ce plan sont développés ICI.

La planche à billets tourne

________________________________________

Facile de faire tourner la planche à billets avec l’aval de la Banque Centrale Européenne. La Région de Bruxelles, mais aussi le Fédéral, promettent de l’argent frais aux personnes et aux entreprises qui en ont besoin, suite à la crise sanitaire. Ils ont même déjà commencé à en distribuer. C’est nécessaire et même indispensable. Se pose cependant la question des critères et des conditions pour l’attribution de cette aide, ainsi que la limite des montants que la Région et l’Etat vont devoir emprunter pour pouvoir la distribuer. La dette sans précédent qui va être créée par la génération au pouvoir au profit des entreprises et des personnes de cette même génération sera finalement à charge de la nouvelle génération.

Alors que des aides ont déjà été attribuées, les critères généraux sont toujours en discussion au parlement fédéral. Qui faut-il aider ? Sachant qu’on ne peut – et qu’on ne doit – pas aider tout qui le demande. Faut-il imposer des contreparties, comme déjà suggéré pour Brussels Airlines ? ou des engagements à réduire l’empreinte carbone des candidats bénéficiaires ? Comment exclure ceux qui éludent l’impôt ? Evitons de répéter les erreurs de la crise financière de 2008.

Les gouvernements danois et polonais viennent d’annoncer que les entreprises enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun de leurs programmes d’aide. Les Danois éliminent aussi celles qui versent des dividendes et rachètent leurs propres actions. Les Polonais les réservent à celles qui ne procèdent à aucun licenciement. La France s’interroge sur les moyens à mettre en oeuvre pour implémenter ces conditions.

 

Happy Monday: un monde à rebâtir

_______________________________________

Voulons-nous rebâtir le monde d’avant Covid-19 ? Le vice-président de la Commission européenne et le fondateur de la Fondation Solar Impulse ne se contentent pas de dire non, ils viennent aussi avec leurs solutions décrites dans une  carte blanche  publiée par L’Echo. Une autre productivité assez éloignée de la frugalité.

« Qu’avions-nous avant le Covid-19? Une économie léthargique, linéaire et génératrice de carbone, luttant pour augmenter le taux d’emploi et la qualité de vie, tout en épuisant les ressources naturelles, en produisant des déchets dangereux et des polluants toxiques, mettant en danger la population et l’industrie, sans parler de la crise du changement climatique. Est-ce vraiment cela que nous voulons récupérer ? »

 « Il existe une autre voie: viser une croissance qualitative, avec une économie circulaire, durable et hautement compétitive. Au lieu d’utiliser les plans de relance pour soutenir le statu quo – en conservant des modèles économiques obsolètes et en investissant dans des actifs qui seront bientôt abandonnés – nous devrions investir dans la nouvelle économie pour sortir de la crise en meilleure forme que nous y sommes entrés, prêts pour l’avenir: durables, inclusifs, compétitifs et préparés. Il est devenu aujourd’hui plus rentable de protéger l’environnement que de le détruire. »

A titre exemplatif
Le plus grand « soleil artificiel » du monde est situé en Allemagne. Nommée Synlight, la gigantesque structure produit du carburant sans aucune émission polluante. Aussi en construction en Corée du Sud et en Chine, comme vous le verrez sur cette vidéo.

 

Quelles entreprises faut-il sauver ?

_________________________________________

Brussels Airlines demande une aide de 200 millions à l’Etat belge. Filiale à 100% de Lufthansa, il faut se demander pourquoi ils n’introduisent pas cette demande de soutien auprès du gouvernement allemand ? D’autant plus que Lufthansa annonce déjà qu’elle « va prendre des mesures importantes pour réduire la capacité des opérations de vol à long terme. La restructuration de Brussels Airlines sera « intensifiée ». Pour son président, Etienne Davignon, “le principe est désormais acquis que nous allons bénéficier d’une aide de l’État”, déclare-t-il dans un article de La Libre.

Demain, ce sera sans doute la compagnie irlandaise Ryanair et l’Aéroport de Charleroi qui agiteront la menace de nombreuses pertes d’emploi pour solliciter l’aide du contribuable belge. A ce stade, nous n’en dirons pas plus à propos de l’avenir de l’industrie aéronautique – qui ne paie pas de taxes sur son kérosène, ni de TVA sur ses billets d’avion – vu que le député fédéral Gilles Vanden Burre (Ecolo) pose les bonnes questions dans cette interview..

Qui faut-il sauver d’une faillite annoncée ? La réponse n’est pas simple. Quels pourraient être les critères pour un gouvernement qui tiendrait compte à la fois des exigences climatiques, de l’emploi et de la nécessité d’être moins dépendants de l’extérieur pour nos approvisionnements stratégiques ? Ne faudrait-il pas commencer par préciser dans quelle civilisation post-corona nous voulons entrer et disposer du bilan d’après confinement, pour faire les choix adéquats et évaluer leur impact sociétal ? Il est donc manifestement trop tôt pour répondre aux milliers de petites et grandes entreprises, qui vont demander de l’aide. Médiapart évoque ICI ce que pourrait être  ce nouveau monde. En France, la Convention citoyenne pour le Climat publie ICI la synthèse de ses proposition « qui préparent à un modèle économique et sociétal différent, plus humain et plus résilient ».

Toutefois, sans un sursaut collectif, il est à craindre que ceux qui ont organisé – à leur profit – la très vulnérable course à la croissance, voudront imposer demain un business as usual, qu’évoque même l’establishment.