Archives pour la catégorie Europe

Couvrir Bruxelles, loin de Bruxelles

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Au cours des derniers mois, de nombreux correspondants étrangers à Bruxelles sont repartis vers leur région d’origine. Si internet et Zoom leur permettent de poursuivre leur travail, Alexander Fanta reconnaît être en manque de ce qui était l’élément vital de cette ville: discuter avec quelqu’un de manière décontractée, faire connaissance avec des gens lors d’événements, se faire des amis rapides chez Kitty O’Shea après une nuit blanche au Conseil européen. Les appels téléphoniques et les événements virtuels peuvent compenser un peu cela, mais ils ne sont pas un véritable substitut.

Dans son article pour Brussels Times, traduit en français ICI, il estime qu’il est encore difficile d’évaluer ce que des reportages virtuels sur Bruxelles signifient pour le journalisme. Même ceux qui sont encore en ville ont plus de mal à rencontrer leurs sources, à entendre des rumeurs intéressantes ou à savoir quel député européen fréquente les lobbyistes lors d’un événement industriel. Il est également devenu plus facile pour les commissaires et les hauts fonctionnaires d’esquiver les questions sans avoir à affronter la presse en personne. Le site de Global Investigative Journalism Network a recueilli de nombreux conseils  pour tenter de maintenir un journalisme d’investigation et débusquer les fake news durant la pandémie. L’Association belge des Journalistes Professionnels (AJP) donne les résultats d’une enquête sur les conditions de travail actuelles des journalistes.

Alexander Fanta pense que les reportages en direct, en personne, resteront essentiels pour la couverture de l’Union européenne. Le journalisme repose sur des conversations informelles avec les sources, sur des découvertes fortuites et sur la connaissance du contexte d’une institution, bien plus que ne le pensent la plupart des non-journalistes. Le retour des journalistes dans la salle de presse ne permettra pas seulement d’échapper à l’ennui du travail à domicile, mais aussi d’insuffler des informations nouvelles dans la couverture de l’UE.

image par Alterio Felines de Pixabay

Tous Bourguignons

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Quand la Bourgogne défiait l’Europe. C’est l’histoire de nos origines, Francophones comme Flamands, le début de notre identité collective multiculturelle. Nous sommes des Bourguignons, c’est Bart Van Loo qui l’affirme. Un auteur flamand talentueux marié à une Bourguignonne, cela donne un livre qui passionne autant que Game of Thrones et qui suinte notre identité de partout. Minutieux, précis, mais aussi éloquent et malicieux, Bart Van Loo a ce talent et cette modestie belge de mélanger savoir, humour et anecdotes truculentes. Brel n’est jamais très loin. En deux minutes, il vous donne ici trois raisons de lire son livre. Un ouvrage qui atteint déjà l’incroyable tirage de 200.000 exemplaires ! Et Guy Duplat vous donne encore ICI des raisons supplémentaires de le lire, traduit en français chez Flammarion.

Entre France et Allemagne, l’histoire du duché de Bourgogne – ce Plat Pays – est aussi notre histoire à nous. A son apogée il recouvrait la Belgique, les Pays-Bas et la Bourgogne actuelle. Des Burgondes et une série de grands ducs – Philippe le Bon, Charles le Téméraire, … et finalement Charles Quint – dont la puissance et la richesse font des envieux dans toute l’Europe. Paris en bave. Culture-Tops et France 3 vous en disent plus sur ce livre d’histoire, qui se lit comme un thriller, dans lequel l’église scande encore la vie des humains, de leur naissance à leur mort.

Pour vous replonger dans cette époque d’avant l’imprimerie, rien de tel que d’aller visiter l’exposition très vivante et animée que la Bibliothèque Royale (KBR)  consacre à l’Albertine aux ducs de Bourgogne. Des enluminures d’une fraîcheur incroyable dans des livres précieux, qui vous livrent tous leurs secrets de fabrication. C’est toute la précieuse bibliothèque des ducs de Bourgogne qui va y défiler, avec la rotation régulière des ouvrages exposés. Comptez bien deux heures de visite. En attendant d’y aller faites-vous en une idée ICI.  Et vous pouvez déjà zoomer à l’infini sur les enluminures numérisées de la KBR.


Un plan de relance durable ?

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Comment utiliser les 5,9 milliards promis par l’Europe pour relancer notre économie, en misant sur la durabilité et la digitalisation ? La Belgique – y compris Bruxelles et les autres entités fédérées – vont devoir expliquer à l’Europe comment elles vont employer l’argent qu’elles se sont réparti. On s’étonne d’y trouver la rénovation du Palais de Justice, des Palais du Cinquantenaire et du Palais de la Bourse. Ils sont propriété du fédéral et leur bon (?) entretien relève de la Régie des bâtiments. Quant au Palais la Bourse, il est propriété de la Ville de Bruxelles, qui semble avoir des difficultés à boucler le budget de sa réaffectation.

Rénover ces bâtiments symboliques de la capitale est indispensable … et depuis fort longtemps, mais glisser les factures dans le plan de relance européen est pour le moins discutable. Difficile d’y voir un effet d’entraînement durable pour l’économie. Des rénovations qui pourraient décrédibiliser l’ensemble du plan belge: chacun semblant être venu avec ses vieux projets à financer par cette manne inespérée. Le secrétaire d’Etat Thomas Dermine défend ces choix, qui ne collent pourtant pas vraiment au projet d’une Europe « plus verte, plus numérique et plus résiliente ».

C’est suite à la crise sanitaire, que les 27 Etats membres de l’Union européenne se sont mis d’accord sur un endettement commun, en vue d’exécuter un plan de relance dénommé « Next Generation EU ». Il précise qu’il doit s’agir d’une reprise durable et résiliente qui crée des emplois et qui répare les dommages immédiats causés par la pandémie de COVID-19, tout en soutenant les priorités écologiques et numériques de l’Union. Transition écologique, compétitivité et innovation, cohésion sociale et territoriale en sont les trois piliers. Si une partie de nos projets s’y inscrit, peut-on en dire autant de ces travaux de rénovation ? Un arrangement « à la Belge » ne va-t-il pas nous faire rater une occasion qui ne se représentera plus ?

photo de l’article de BX1

Une autre économie en vue ?

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Suite à la crise sanitaire et à l’attribution de fonds de relance accordés par l’UE (1), on va pouvoir privilégier le qualitatif, donner du sens, remettre l’économie au service de l’intérêt général… ce sont Aurore Lalucq – députée européenne –  et le chercheur hongrois Vincent Liegey qui affirment cela dans Alternatives Economiques. Il et elle énoncent des pistes pour mettre un nouveau modèle en place. Croissance ou décroissance ? Cela revient à se référer à un indicateur datant de 1944, pensé pour la reconstruction d’après-guerre. C’est absurde. Il faut sortir de l’obsession de cet indicateur, passer du plus au mieux.

Le confinement a permis à beaucoup de personnes – notamment aisées – de se demander ce qui comptait vraiment dans leur vie. Beaucoup se sont alors aperçues de la toxicité de leur rythme de vie, de leur travail, et ont pu se focaliser de nouveau sur leurs enfants, leur alimentation et leur santé. Il y a là des leviers de transformation vers un monde où la recherche de sens domine. Pendant ce temps, d’autres ont continué à travailler dans de très mauvaises conditions, sans voir leurs enfants, en faisant la queue pour l’aide alimentaire… S’interroger sur sa consommation est souvent un luxe que certains n’ont pas. Il est plus simple de renoncer à certains biens quand on y a déjà goûté.

Pourquoi sommes-nous autant attachés à un système qui ne nous fait plus de bien ? Ne pas oublier que l’écologie est une question de pauvres. Ce sont les riches qui polluent le plus et les pauvres qui souffrent le plus de la pollution. Au niveau européen, le Green New Deal peut créer des millions d’emplois dans la protection de la biodiversité ou la rénovation thermique des bâtiments. La relance post-coronavirus ne doit pas être une occasion de relancer les boulots inutiles. Des « entreprises à mission » qui agissent pour le bien commun :… impossible ? Vous en saurez plus en lisant de plus larges extraits de leur réflexion.

(1) s’il faut se réjouir d’apprendre que les entités fédérées de Belgique sont arrivées s’entendre sans drames pour la répartitions du gateau européen, certains s’interrogent sur les minces 6,7%  attribués à Bruxelles, alors que la Région produit 20% de la richesse du pays.

Happy Monday: les réussites de 2020

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Avec votre collaboration, je suis parti à la recherche des bonnes nouvelles de 2020, qui ont eu tendance à être éclipsées par l’amoncellement de catastrophes sanitaires et de consignes de plus en plus éprouvantes. En première position: l’Union Européenne. Tant décriée, elle est cependant arrivée à parler d’une seule voix pour assurer des prêts à ses Etats membres afin d’éviter une catastrophe économique, à lancer son New Green Deal et à éviter une compétition féroce pour un vaccin, qui sera finalement disponible partout en Europe à la même date. Même si on apprécierait qu’elle se focalise aussi sur un traitement, on peut se réjouir de ses réussites comme de sa coordination rapide face au virus mutant de Grande Bretagne. Et puis ouf ! – in extremis – pas de Brexit sans deal.

Après des années d’austérité imposée, de diminution des budgets de soins de santé et de revendications pour « moins d’Etat », nous avons à nouveau un gouvernement fédéral et tout le monde s’accorde pour que l’Etat retrouve sa place, veille à l’intérêt général et impose une contribution de solidarité aux citoyens les plus nantis. 2020 a aussi révélé que les métiers essentiels, n’étaient pas ceux que l’on imagine, et que de surcroît ils sont parmi les plus mal payés. Merci à eux, en attendant une reconnaissance et une revalorisation de leurs tâches.

L’absence de touristes a remis des logements court terme en location longue durée et a imposé une réflexion sur le type de tourisme que Bruxelles veut favoriser à l’avenir. Le Trans Europ Express reçoit un nouveau souffle et les trains de nuit veulent concurrencer l’énergivore avion. Un vaste plan Good Move est à l’enquête. Le secteur culturel s’associe pour produire en ligne. La recherche se porte plutôt bien. Les quartiers monofonctionnels commencent à céder la place à davantage de mixité, pour bientôt offrir le « tout à 10 minutes ». Le congé de paternité passera de 10 à 15 jours. Et le centre historique s’illumine pour égayer nos vacances à domicile …

photo extraite de la vidéo de visitbrussels