Archives pour la catégorie Institutionnel

Participation citoyenne au XXIème siècle

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Un billet invité de Michel Van Roye – secrétaire général de Quartier des Arts

En Région bruxelloise, la participation citoyenne en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire est toujours principalement basée sur l’enquête publique annoncée par des affiches rouges et sur la Commission de concertation. Il faut se souvenir que ce processus démocratique a été mis en place en 1976 par Paul Van den Boeynants, sous la pression de l’ARAU.

Globalement, rien n’a changé depuis cette époque … ! Or, la société bruxelloise a fortement évolué. Les citoyens entendent de plus en plus être les acteurs de leur environnement. On peut légitimement soutenir que les meilleurs experts du développement d’un quartier sont ses habitants, les analyses de chacun pouvant bien sûr être orientées par des intérêts particuliers, mais certainement aussi par l’intérêt général.

La seule tenue des Commissions de concertation ne répond plus à cette demande d’une meilleure participation. L’absence d’évolution des processus de participation citoyenne crispe les rapports entre les décideurs publics et les citoyens, et plus particulièrement le milieu associatif. « Tout pour le peuple, rien par le peuple » était une maxime de l’Empereur Joseph II …

Vous découvrirez avec intérêt la conclusion de ce billet, que vous pouvez lire ICI . 

 

Happy Monday: trois bonnes nouvelles

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Ce lundi, pas moins de trois informations réjouissantes à vous livrer.

Immersion. L’école Charles Buls lance une classe de première primaire en immersion français néerlandais. Une première à la Ville de Bruxelles, selon l’article de BX1. Deux institutrices parfaitement bilingues donneront les cours un jour en français et un autre en néerlandais. Onze élèves participeront à cette classe. A la fin de l’année, les institutrices espèrent qu’ils et elles deviendront de vrais Bruxellois, au moins bilingues et ouverts aux autres cultures. Les écoles unilingues seront-elles un jour l’exception à Bruxelles ?

Piscines en plein air. Bruxelles est une des seules capitales européennes sans piscine en plein air, une situation particulièrement lourde en temps de coronavirus et de canicule. Ce sont les familles les moins privilégiées et sans vacances qui déplorent le plus cette situation. Mais il y a de l’espoir, selon les infos de BX1 et de Bruzz, plusieurs projets seraient actuellement à l’étude. Il resterait à la Région à décider lequel soutenir, pour que le installations soient à la disposition de tous les Bruxellois, quelle que soit la commune où ils vivent. La Ville de Bruxelles se tâte encore à propos des quatre projets que l’échevin des Sports étudie. Il en fait une priorité : « Avec la systématisation des épisodes de chaleur, nous devons garantir l’accès à l’eau pour tous ».

Spectacles vivants accessibles. La Fédération Wallonie Bruxelles a pris la décision de limiter la distance physique dans les théâtres à 1m au lieu de 1,5m. Cette mesure va permettre à plusieurs théâtres de prendre le risque de réouvrir, malgré un équilibre budgétaire encore incertain. En dernière minute la Communauté flamande a pris la même mesure, évitant ainsi un apartheid particulièrement dommageable entre citoyens bruxellois.

Pas besoin de despote éclairé

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Malgré l’imbroglio actuel, les gens n’aspireraient pas à un despote, fut-il éclairé. Ils veulent pouvoir peser sur les choix qui les concernent. Ils veulent que l’on entende les demandes de la société civile. C’est Isabelle Ferreras, professeur de sociologie à l’UCLouvain – qui a déjà eu la parole ICI – qui affirme cela. En tant que scientifique, elle entend analyser calmement les conséquences des événements actuels, sans les dramatiser ou se lancer dans la futurologie. Elle livre ses réflexions dans un grand entretien accordé à Dominique Berns dans Le Soir. « Réinventer la démocratie s’impose comme l’urgence absolue. Les instruments particratiques actuels sont dépassés. Au niveau de la démocratie politique, il faut compléter la démocratie représentative par la démocratie participative »

« L’urgence est de prendre conscience que nous devons gouverner notre avenir et, pour cela, nous remettre en position de prendre les décisions indispensables à notre survie collective sur cette planète. Autrement dit: de réaffirmer la primauté du politique ». Dans son entretien, elle explique comment elle envisage une démocratie participative tant sur le plan politique que dans l’entreprise.

Sur le plan travail, selon elle, on peut mettre en œuvre la « garantie d’emploi » pour tous dès demain. Un chômeur «coûte» 40.000 euros par an à l’Etat. C’est plus qu’il n’en faudrait pour lui offrir un salaire décent et lui permettre de (ré)intégrer le marché du travail. L’expérience française des «territoires zéro chômeur de longue durée» a montré qu’une solution existe. « Les exécutifs wallon et bruxellois ont inscrit la mise en place de «territoires zéro chômeur» dans leurs déclarations de politique régionale. On se demande bien ce qu’ils attendent pour agir ? » La suite de cet entretien est à lire ICI.

Isabelle Ferreras a une conviction: seule la démocratie permet de prendre des décisions collectives légitimes et donc efficaces. Il ne s’agit pas de mieux expliquer, mais d’impliquer les citoyens.

 

600 jours sans gouvernement: stop

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Pas de gouvernement de plein exercice depuis la chute de celui de Charles Michel, il y a plus de 600 jours. Ensuite, le 26 mai 2019 nous avons choisi parmi les candidat.e.s un certain nombre de représentants, afin de constituer un gouvernement pour gérer le pays. Voilà plus d’un an qu’ils discutent entre eux, prononcent des exclusives, se chamaillent, sans pour autant travailler à la tâche pour laquelle ils et elles étaient candidat.e.s. La classe politique dans son ensemble ne se disqualifie-t-elle pas gravement se demande L’Echo ? Des lecteurs du blog se demandent aussi s’il ne serait pas nécessaire de placer une date butoir, au-delà de laquelle leurs émoluments s’arrêteraient ? En dix ans, nous avons déjà vécu trois ans sans gouvernement écrit Le Soir. Pour certains lecteurs, cela suffit. La particratie a atteint ses limites.

Si les partis n’arrivent pas à constituer une coalition d’ici septembre, on parle de nouvelles élections. Mais nous nous sommes déjà exprimés il y a plus de 400 jours, maintenant c’est à nos élus à s’entendre pour gérer le pays, qui attend des décisions sur le plan sanitaire, climatique, économique, institutionnel, de la mobilité et de l’immigration. Les intérêts partisans ne peuvent primer sur l’intérêt général du pays. Encore heureux que la Belgique dispose de pouvoirs locaux communaux et régionaux, qui ont constitué leurs majorités depuis longtemps et font face à l’imprévu, tout en assurant le quotidien des citoyens.

Il y a urgence à se ressaisir s’exclame L’Echo. Certains lecteurs envisagent de procéder à des mises en demeure de former un gouvernement, sous réserve de sanctions. D’autres suggèrent qu’en fonction du nombre voix recueillies, les partis désignent un certain nombre de candidats ministres et que le parlement vote, après les savoir entendus, comme le fait le parlement européen pour la désignation des commissaires. D’autres fournissent des pistes de réformes structurelles, qui devraient permettre aux hommes politiques de mieux faire leur travail, dans notre intérêt à tous. Il est urgent de sortir de l’impasse dans laquelle les partis nous ont fourvoyés.

 

Happy Monday: experts remis à leur place

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Les risques d’un « gouvernement des juges » ont déjà été évoqués ici, mais qu’en est-il d’un « gouvernement des experts » ? Il est heureux que virologues et statisticiens existent, il faut bien évidemment les écouter et parfois même les départager, surtout quand la présentation des chiffres n’est pas relevante. Faut-il pour autant, que ceux que nous avons élus pour veiller à l’intérêt général de notre vie en société, les suivent aveuglément ? même au risque de détruire nos lieux de rencontre, nos cultures, nos liens sociaux, nos amitiés ?

Éradiquer le virus est l’objectif final des experts. C’est le but d’un vaccin. Ils y sont parvenus avec la polio, mais pas avec le Sida ou l’Hépatite C. Alors nous vivons avec, grâce aux traitements qui ont été découverts pour ces maladies. Avec le temps qui s’allonge et les mesures sanitaires qui se renforcent, le prix que nous payons pour les mesures d’éradication du Covidus-19 est-il encore acceptable ? Le risque zéro est-il atteignable ?  et quand on monte dans une voiture ? et quand on respire l’air de la vill ? ou lorsque l’on vit dans une zone Seveso ou près d’une centrale nucléaire ? Le risque zéro peut-il être un objectif de santé publique ?

Ce sont les questions utiles et rafraîchissantes que viennent de poser François Gemenne et Olivier Servais. Ils élèvent le débat avec intelligence et affirment leur position, dans une carte blanche publiée par Le Soir. Quels risques sommes-nous prêts à prendre pour avoir le plaisir de manger, de boire, d’aller au théâtre, de voyager, d’aimer, … Vivre avec les autres comporte des risques. Vivre reclus et sans microbes (?) est-il garant d’une vie humaine longue et accomplie ? Les auteurs estiment qu’il revient au pouvoir politique de ne pas céder à l’hystérie hygiéniste – qui nous a déjà fait enterrer notre seul cours d’eau – mais d’arbitrer un débat démocratique sur le niveau de risque que citoyens et citoyennes sont prêts à accepter pour continuer à vivre ensemble … non sans danger. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik annonçait déjà en avril: « On a le choix entre vivre mieux ou subir une dictature ».