Archives pour la catégorie Commerce

Happy Monday ? une ville couverte en gestation

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350 ouvriers travaillent tous les jours sur l’immense chantier de l’ancienne Gare Maritime du site Tour et Taxis entamé en 2016. Il s’agit de restaurer et réaffecter des halles métalliques de 175 m de long, qui reposent sur des piliers de fonte de style art nouveau. La « ville couverte » réalisée par le privé, comptera 45.000 m2 destinés aux commerces, aux showrooms et à des établissements horeca. Elle disposera d’un espace central pour des marchés et des événements du type Eat Brussels et la Fête de la BD déjà inscrits. Dans les étages et mezzanines, 35.000 m2 seront disponibles pour des bureaux, dont 7 sur 10 seraient déjà loués.

Conçu pour le promoteur Extensa par le bureau néerlandais Neutelings-Riedijk – qui a déjà réalisé le MAS à Anvers – la réhabilitation de ce patrimoine industriel se chiffrera 100 millions d’euro. Il comportera également 3.000 m2 d’espaces verts et 10.000 panneaux solaires en toiture. Pour se distinguer des centres commerciaux classiques, les promoteurs veulent favoriser « l’expérience visiteurs et non des achats impulsifs » . On pourrait y passer la journée, disent-ils. Hier, le chantier était ouvert aux visiteurs et Bruzz y consacre un reportage photo à faire défiler ICI.

Tout le monde n’applaudit pas à cette initiative. ICI l’avis bilingue du BRAL. Se pose la question d’une mixité pas acquise pour cette implantation à la limite du quartier populaire « Maritime », les risques de gentrification et de hausse des loyers et la question de l’utilité d’un centre commercial de plus. Question déjà soulevée à propos du méga shopping mall de 72.000 m2 prévu par Néo au Heysel et remis en question par l’opposition récente du gouvernement flamand au tracé d’une route d’accès depuis le ring. La Nuit Blanche de samedi a permis de découvrir l’évolution de l’immense site de Tour et Taxis, appelé à devenir un véritable morceau de ville avec un grand espace vert en bordure du canal. Là aussi, des craintes se font cependant jour à propos de l’insuffisance de logements abordables et d’entreprises urbaines productives.

Deux regards, une interrogation

La réaffectation en cours de la Gare Maritime (photo Bruzz)

 

Partout poussent des bâtiments, quartiers et villes, construits à vitesse ahurissante. Leur durée de vie est si faible qu’on peut les appeler « ruines instantanées »
(photo © Thomas Garnier pour Nuit Blanche 2019)

Identité en péril

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C’est à Dublin. CityLab relate ICI la disparition de la peinture murale d’Attenborough qui a fait grand bruit, mais qui n’est pas la seule oeuvre de street art à avoir disparu des murs. Des marchés de rue ont été supprimés, des bars et lieux culturels ont été fermés. Souvent, les constructions qui les remplacent sont conçues pour les touristes. Les habitants craignent que la vitalité et le caractère de la ville ne soient définitivement dépouillés. Ils redoutent que Dublin soit totalement abandonnée aux pressions exercées par les promoteurs et l’industrie du tourisme de masse.

Autres victimes de ce mois: le Bernard Shaw, un pub et une salle de concert, Eatyard, un marché alimentaire sur la parcelle voisine, le départ du Théâtre Tivoli, un bâtiment des années 1930, qui sera remplacé par un hôtel et la démolition programmée d’un pub traditionnel populaire dans le quartier nord de la ville.

Les problèmes actuels de Dublin semblent être les effets secondaires de la popularité et du développement de la capitale irlandaise. L’économie de la ville est en plein essor. Elle a enregistré des niveaux d’emploi record au dernier trimestre de 2018, tandis que la ville s’est fixé un objectif de 3 millions d’arrivées touristiques annuelles supplémentaires d’ici 2028. L’identité et la culture de la ville sont en péril. Le tourisme de masse risque de la mener à un point de non retour. Un avertissement pour la touristification galopante du centre historique de Bruxelles ?

photo CityLab Paul Faith/AFP/Getty

Deux visions pour la société de demain

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Le journal économique français LesEchos a publié un entretien avec Patrick Artus (banque Natixis) dans lequel il estime que « le capitalisme a été à la hauteur de ce qu’on attendait de lui » et que les critiques sont liées à l’émergence « du creusement les inégalités dans les pays riches et au dérèglement du climat ». Le  fondateur du magazine Alternatives Economiques lui répond dans un article qui se demande si le capitalisme est encore adapté aux temps qui viennent ?

Extraits. « Patrick Artus, pour justifier son satisfecit met en avant « la très forte élévation du niveau de vie des populations », mais au prix de fortes inégalités et d’une mise en péril climatique. Alter Eco avait d’ailleurs relevé l’une de ses notes antérieures où il affirmait que « la dynamique du capitalisme est aujourd’hui bien celle qu’avait prévue Karl Marx ». En d’autres termes, le Bon Dieu (capitaliste) traîne derrière lui des casseroles pas très ragoûtantes. C’est cela qui perdra le capitalisme ».

« La vraie question est de savoir si (le capitalisme) est capable de prendre un tournant majeur avant qu’il ne soit trop tard. Je crains que non. En effet, le capitalisme est miné par la démesure dont il est porteur, cette course au toujours plus – la croissance illimitée et la plus forte possible – qui est son moteur essentiel. Sa dynamique repose sur l’intérêt personnel, la concurrence et l’envie, alors que notre défi est de parvenir à construire ou fortifier les biens communs sur lesquels toute société s’appuie.

 

Les Bruxellois mangent-il l’Amazonie ?

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La forêt amazonienne brûle de toutes parts. De multiples foyers sont cependant volontaires. Ils sont le fait des hommes qui mettent le feu à la forêt, pour agrandir leurs cultures ou leurs pâturages, en vue de répondre à la demande croissante de soja des pays occidentaux qui en nourrissent leur bétail ou alors, pour pouvoir leur livrer plus de la viande de boeuf, dans le cadre d’un accord commercial Mercosur de plus en plus contesté.

La revue European Scientist publie un article basé sur les recherches de plus de 100 auteurs de 51 pays, qui estiment que manger moins de viande – surtout la viande rouge – serait bénéfique pour le climat comme pour la santé humaine. « Nous avons besoin de moins de pâturages pour le bétail et plus d’arbres » dit le professeur Piers Forster de l’Université de Leeds. Changer notre régime alimentaire pourrait contribuer au maintien des forêts existantes.

Nous mangeons toujours trop de viande comme l’explique cet article de L’Echo, toutefois, sans être devenus végétariens, de nombreux citoyens ont décidé de réduire leur consommation de viande rouge, à la fois pour des raisons environnementales, éthiques et financières, comme le relate cet article du journal Le Monde.

Photo d’origine inconnue, envoyée par un lecteur qui ne supporte plus de manger la viande rouge …

 

De nouvelles habitudes alimentaires

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Notre alimentation urbaine va devoir évoluer, à la fois pour des raisons de santé – qui réclame plus de légumes et de fruits, vu une consommation au plus bas en 10 ans – et pour sauver le Sud de la planète, dont nous enrichissons les grands propriétaires terriens par nos importations massives, mais dont nous affamons la population … qui finira par venir frapper à nos portes. Oui, il va falloir diminuer volontairement notre consommation de viande – n’en déplaise au MR – parce que sa production mobilise trop de terres et d’aliments.

C’est Michael Hall, professeur à l’université d’Oxford, qui fait le point de la situation dans un nouvel article pour The Conversation. En conclusion, il propose 8 pistes pour éviter une crise alimentaire globale. C’est encourageant, c’est en anglais, mais particulièrement facile à comprendre.

Les pistes évoquées demandent des changements radicaux tant de la part des producteurs que des distributeurs. Ils devront être stimulés par des politiques coordonnées d’encouragements et de contraintes par les Etats, notamment au niveau européen. Toutefois, plusieurs de ces pistes sont aussi à la portée des consommateurs éclairés et responsables que nous devenons. Et si ce qui est bon pour la planète est aussi bon pour notre santé, c’est du Win-Win, surtout si nos talents culinaires reconnus en font aussi une découverte et un plaisir.