L’économie de l’inutile

Cet envoi aigre-doux, reçu à la veille de la réouverture des magasins non alimentaires, interroge sur les besoins essentiels de la population de la ville. Pendant ces deux mois de confinement, qui réduisait les sorties aux besoins de base, les passants se déplaçaient prioritairement à pied et à vélo vers des commerces alimentaires de proximité. Plus le moindre embouteillage. Ils étaient finalement tous bien vêtus. Pourquoi l’économie vacillait-elle donc si dangereusement ?

Quand nos achats se centrent sur l’essentiel à cause du lockdown, l’économie est en péril et demande de l’aide à l’Etat et donc au contribuable. Une grande partie de l’économie de Bruxelles serait donc loin d’être essentielle ? Selon la Fédération des commerces et services, les magasins de vêtements du pays ont enregistré une perte de 1,2 milliard d’euros … et pourtant tout le monde reste habillé élégamment ou sportivement. Pour la première fois, une étude évalue aussi le poids carbone et la matière mobilisée de nos biens d’équipement. Le bilan publié par L’Usine Nouvelle est aussi révélateur qu’inquiétant.

Pour limiter la consommation de ressources – qui ne sont pas illimitées –  Alternatives Economiques suggère de développer une économie dite de fonctionnalité, où l’achat du droit d’usage des biens se substituerait à l’achat du bien lui-même. On l’a déjà vu pour les autos partagées, mais ils en disent plus à propos de la production de biens qui durent et ils condamnent les ravages de l’obsolescence programmée en vue de relancer la consommation. Il appartient au pouvoir politique d’avoir le courage de mettre des règles. «Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement» Pierre Joliot-Curie auteur de La recherche passionnément chez Odile Jacob.

 

Happy Monday: rendez-vous avec l’eau

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Cet été, nombre de Bruxellois passeront finalement une grande partie de leur temps de vacances en ville. Océade a été vendu aux Polonais ! Et toujours aucun espace aquatique à l’air libre en vue. Reste la piscine du David Lloyd Clubs … pour ceux qui ont les moyens d’en être membres. En dehors de Bruxelles il y reste aussi le domaine d’Hofstade (Zemst) et d’autres espaces nautiques en Brabant dont ICI la liste.

Pool is Cool n’a pas pu réaliser sa piscine le long du canal à cause d’un coronavirus bien connu, ce sera donc pour 2021. Mais ils ne sont pas en reste: s’il fait chaud, ils vous proposent d’emprunter gratuitement leur Water Monster. Suffit de le relier à un tuyau d’arrosage de 20m et la fête commence pour votre mouvement de jeunesse, pour votre braderie de quartier ou dans un  simple espace vert ou même au centre d’un carrefour interdit à la circulation par votre commune. Pour un week-end ou quelques jours, il est entièrement équipé et le transport peut se faire avec une remorque à vélo  ou par une voiture normale. Jeunes et vieux enfants ne l’oublieront jamais.

Avec un peu moins d’eau, pourquoi ne pas se lancer dans le jeu de piste urbain pour adultes et enfants « Le secret du Manneken Pis » d’ Escape the City ? A jouer en groupe de 2 à 6 personnes. Infos pour d’autres aventures et inscription ICI. Belles vacances à la découverte de notre ville, de ses parcs et jardins. Déjà visité la Maison d’Erasme ? Les jardins de l’abbaye de La Cambre ? Le Jardin du Fleuriste ? Et pourquoi pas redécouvrir les villes de Flandre et de Wallonie ?

Une ville sans feux rouges

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En descendant la rue du Lombard, Manu – qui y habite depuis longtemps – est bien étonné, et un peu inquiet, de ne plus voir de feux rouges en arrivant au carrefour avec la rue du Midi. Voilà quelque temps qu’ils ont été enlevés sans avertissement. Les passages pour piétons ont été repeints. Les automobilistes habitués des lieux s’avèrent aussi étonnés que lui et s’engagent prudemment dans le carrefour. Les feux de circulation étaient omniprésents dans tout le paysage urbain du centre-ville. Sont-ils indispensables au maintien de voiries plus sûres ? En ajouter plus ? En supprimer ? La revue CityMetric (traduite en français) consacre un article de fond à cette épineuse question qui agite les villes.

Une ville sans feux rouges est-elle donc imaginable ?

En obligeant les conducteurs à ralentir pour examiner leur environnement, ils retrouvent leur capacité à adopter un comportement socialement responsable, alors qu’un feu vert leur donnait le droit de foncer, pour ne pas rater le suivant. Oui, à Bruxelles, les automobilistes s’arrêtent quand quelqu’un met son pied sur un passage piéton et souvent la personne les salue. En 2015 déjà, Le Soir titrait un article « Et si on supprimait les feux rouges ? ». Bien sûr cela ne convient pas partout, mais en de nombreux endroits, cela pourrait changer les mentalités et inciter à partager l’espace public plus courtoisement avec tous ses usagers.

Abbeville fut la première ville de France sans feux tricolores, suivie par Decize. Mais ce sont de petites villes direz-vous. Aujourd’hui, après Nantes, c’est Bordeaux qui expérimente la fin des feux rouges, avant Paris. Au final, cela semble modérer le trafic automobile tout en le fluidifiant. Priorité totale au piéton. Plus personne n’attend inutilement et comme tout le monde se montre plus attentif aux autres, il semble qu’il n’y ait pas davantage d’accidents.

Quelle architecture pour la ville de demain ?

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Un billet invité de l’architecte David Roulin

David Roulin est bruxellois et dirige le bureau Art & Build Architects. Le confinement imposé a été l’occasion pour lui de préciser la vision de l’agence quant au futur de l’architecture urbaine. Il constate que la nature n’a pas attendu les architectes et les urbanistes pour concevoir des structures parfaitement adaptées à une fonction et à un contexte. Pour lui, s’inspirer de la nature, c’est tendre vers cet idéal, c’est concevoir un bâtiment comme un organisme vivant, évolutif, réactif et résilient. C’est apprendre à composer avec ces règles invisibles qui ont produit autant de richesse, de diversité et de beauté sur notre planète. La ville elle-même s’apparente à un organisme vivant, composée de cellules, de tissus et d’organes qui interagissent entre eux, réagissent à leur environnement, vieillissent, sont parfois malades et possèdent la faculté de se régénérer, d’opérer une mutation.

Il pense qu’il faut arrêter d’opposer ville et nature. Les individus ont besoin de la ville, et la ville a besoin de la nature. Les deux notions sont parfaitement compatibles pour autant qu’un juste équilibre soit préservé, en respectant le vivant. La ville est un extraordinaire laboratoire de recherche quant à l’évolution de nos comportements et de notre manière de construire, et les concepteurs du cadre de vie sont en première ligne de cette recherche, cristallisant dans leurs réalisations toute la complexité de ce qui fait l’organisation des êtres humains sur terre.

Il se montre un fervent partisan du bois et des circuits courts. La construction bois démontre chaque jour ses vertus, non seulement en matière d’empreinte carbone et de bien-être des occupants, mais aussi en matière d’organisation des chantiers grâce à la préfabrication. La période de confinement a aussi révélé un autre enjeu de la ville de demain, celui de la mixité des usages. Nous pouvons parfaitement vivre, travailler et consommer dans un périmètre restreint voir dans un seul et même immeuble. La terrasse est apparue, en période de confinement, comme un complément indispensable de notre espace de vie. Végétalisée ou non, elle est un lieu de respiration, de décompression. David Roulin parle aussi de mixité, de la nécessaire convertibilité des bâtiments et de notre espace vital. Cliquez ICI pour lire l’intégralité de son intervention et découvrir d’autres photos.

Biotope_Biodiversity in the City

L’avion mis au pas par le covidus ?

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Les Bruxellois survolés, de jour comme de nuit, vont-ils pouvoir retrouver leur santé physique et mentale grâce à un redoutable virus ?

« Moins d’avions et des prix de billets plus élevé : le COVID-19 va ébranler l’aérien. On ne voyagera plus en avion comme avant » c’est Raphaël Meulders qui l’affirme dans La Libre. Il répond aussi à ces deux questions: « Le train, la voiture ou le bus vont-ils supplanter l’avion sur les courtes distances ? »  « Est-ce la fin de l’heure de gloire pour les compagnies aériennes ? ». Le journaliste s’en explique ICI et encore LA. Il est aussi question du remplacement de l’avion sur les courtes distances par le train. Une résolution du PS vise à soutenir financièrement les trains de nuit en Europe, grâce à la taxation du kérosène des avions. Le MR, la N-VA et le Vlaams Belang on voté contre, comme vous le verrez ICI.

Austrian Airlines va recevoir une aide d’Etat conditionnée à des mesures sociales et environnementales. Plus aucun billet d’avion sous les 40 €. « Cette mesure fait de nous des pionniers en Europe” affirme la ministre autrichienne de l’Environnement, l’écologiste Leonore Gewessler. C’est l’un des points clés du plan de sauvetage de la compagnie. Le but ? Lutter contre le dumping “social et environnemental” des compagnies low cost.

On le voit, le développement incontrôlé de l’aéroport urbain de Zaventem et le soutien demandé à l’Etat pour sauver Brussels Airlines ne vont plus de soi aujourd’hui. L’Etat belge serait mal inspiré de ne pas y mettre des conditions. Tout récemment, face à un Arnaud Feist – patron de Brussels Airport Company – qui déclare ICI « À part le PTB, je ne vois pas qui voudrait nationaliser l’aéroport », sept professeurs d’université rétorquent dans une carte blanche « Nationaliser Brussels Airlines est le seul choix d’avenir ».