Faire parler les statistiques

________________________________________

Statbel vient de publier – pour la première fois – des statistiques sur la diversité des origines des Belges, dont les Bruxellois. On peut faire dire beaucoup de choses aux statistiques. Souvent intéressantes. Un certain esprit critique s’impose cependant dans leur analyse. Ces résultats n’échappent pas à la règle de l’interprétation, comme vous le verrez à la lecture de quelques titres divergents rencontrés dans la presse:

– Un Belge sur 5 a des origines étrangères (L’Avenir)
– Un résident belge sur huit est de nationalité étrangère (Le Soir)
– Désormais 20% de la population belge est d’origine étrangère  (RTBF)`
– Les résidents non-belges atteignent plus d’une personne sur trois à Bruxelles (Le Soir)
– A Bruxelles, trois personnes sur quatre sont d’origine étrangère (Le Vif)
– Driekwart Brusselaars heeft buitenlandse roots (Bruzz)
– In Brussel-stad heeft meer dan 80% buitenlandse achtergrond: voor het eerst (Nieuwsblad)
– In België heeft een op de drie inwoners buitenlandse roots (De Standaard)
– In Vlaanderen Bijna 1 op 10 heeft buitenlandse nationaliteit (Statisitek Vlaanderen)

Vous trouverez dans cette compilation – établie par Philippe Van Parijs – la liste des communes avec en colonne 1 les belgo-Belges, 2 les néo-Belges, 3 les non-Belges, 4 les nés en Belgique, 5 les nés à l’étranger et puis en 6 les totaux. Dans la Région de Bruxelles-Capitale, il n’y a qu’à Watermael-Boistfort que les belgo-Belges ont encore la majorité absolue (comme dans toutes les communes brabançonnes, sauf Vilvorde, Zaventem et Kraainem). A Bruxelles-Ville les nés en Belgique et nés à l’étranger sont à égalité. Sur les 2.8 millions de « Brabançons » (RBC + VBr + BrW), 1.35 million sont étrangers ou d’origine étrangère récente et habitent dans leur grande majorité (67%) à Bruxelles, tandis que 1.45 million sont Belgo-Belges et habitent dans leur grande majorité (78%) dans les deux provinces de Brabant. Vous lirez aussi avec intérêt « Mythes et réalités de l’immigration en Belgique » un dossier que L’Echo a déjà publié fin 2018 (accessible aux lecteurs inscrits – gratuitement – à L’Echo).

infographie RTBF

Quelle police pour Bruxelles ?

_______________________________________________

Oui, nous voulons une police pour notre cité. Quelle police ?  Une police à l’image de la ville ? mais moins de 25% de nos policiers habitent Bruxelles. Une police au service de quel ordre public ? Un usage de la force proportionné et un sang froid professionnel ? Une formation de base et une formation continue ? Bodycam versus smartphone ? Où est le respect mutuel ? Quelle place pour la famille et l’école dans l’éducation à la citoyenneté et de l’inburgering pour les nouveaux arrivants ? Voilà quelques questions évoquées lors du hearing d’Aula Magna du 9 janvier, entre le directeur de l’Ecole de police, le porte-parole de la police Bruxelles-Ixelles, le directeur de la Ligue des Droits Humains et une professeure de criminologie de la VUB.

Vous avez raté le débat ? Vous inquiétez pas, sont disponibles, la copie du débat et celle des questions ainsi que les slides de l’Ecole de police. Vous entendrez les réactions de Guy Vanhengel – président de la commission Police du parlement bruxellois – mais aussi les questions des participants, qui élargissent le débat et l’approfondissent. On ne se vole pas dans les plumes entre société civile et policiers, pas d’affrontements, mais de vrais questionnements. Pas le temps d’écouter ? un participant à rédigé un résumé en vol.

Une autre police serait-elle en gestation ? Une police qui protège ? Des valeurs qui doivent s’imposer ? Qu’en pensent les policiers de terrain ? leurs syndicats ? nos parlementaires ? les jeunes, absents du débat ? Plus tard, il faudra aussi aborder la question des « casseurs professionnels« , qui infiltrent et dénaturent de nombreuses manifestations pacifiques.

C’est quand la dernière fois qu’un policier vous a demandé votre carte d’identité ? Pour certains, c’est toutes les semaines. Contrôle au faciès, propos racistes, arrestations abusives, harcèlement, violences policières, … des bavures. Pas évident pour des jeunes – qui y sont régulièrement confrontés – d’oser témoigner et encore moins de porter plainte ou de croire en la justice. Un confinement qui crée de la tension. On peut les lire ICI à propos de Saint-Gilles. Des jeunes d’Anderlecht se livrent sans langue de bois à ZINTV, pour une discussion de 10 minutes. A condition de respecter leur anonymat, de peur de représailles. Ils sont encore sous le choc de la mort d’Adil, victime d’une course-poursuite avec la police.

image extraite de la vidéo ZINTV

 

 

Happy Monday: Les champs des possibles

___________________________________

C’est le titre du projet de verdurisation et de piétonnisation des Champs Elysées, que vient de présenter Anne Hidalgo, maire de Paris. Jugée trop bruyante, bondée, polluée, dégradée et même sale, la mairie de Paris a lancé un plan de réaménagement des « Champs ». L’objectif: réduire toutes ces nuisances, rendre l’avenue beaucoup plus agréable aux piétons et améliorer la qualité de l’air en végétalisant les espaces d’ici 2030. C’est le magazine Numéro qui en livre le contenu et plus de photos ICI.

Première étape, la place de la Concorde. Elle deviendra presque intégralement piétonne avant 2024, année des Jeux Olympiques. Directement ouverte sur le jardin des Tuileries, rafraîchie par la présence de fontaines et encerclée d’arbres, elle permettra à nouveau aux passants de la traverser et même s’y installer en toute quiétude. Quant à l’avenue, elle verra l’espace réservé à l’auto réduit de moitié, tandis que l’alignement de dizaines d’arbres sur toute sa longueur et la création de nouveaux espaces verts, viendra protéger les piétons et les cyclistes de la chaleur, en laissant circuler un air enfin respirable.

Un plan d’aménagement sur dix ans avec un budget de 250 millions d’euros. Une vidéo bluffante de 5’ en plein écran, vous propose une visite détaillée de la transformation de cette prestigieuse avenue en “un jardin extraordinaire”. Le temps du « tout à l’auto » appartient résolument au passé.

images extraites de la vidéo youtube

L’inexpertise responsable ?

______________________________________

Sur les antennes de la RTBF, le philosophe Philippe Van Parijs était invité à débattre de la notion « d’essentiel » qui s’est trouvée au cœur de l’actualité depuis plusieurs mois. Une profession, une activité « essentielle » pour vous, l’est-elle pour moi ? Y a-t-il un « essentiel » commun ? Ensuite, on lui a demandé si la démocratie avait été malmenée, en particulier par le rôle donné aux experts. Il y a répondu en plaidant pour “l’inexpertise responsable”. Deux mots antagonistes. Un oxymore ? Une expression qui peut surprendre, mais qui ne manque pas d’intérêt, en ces temps où les experts de toutes disciplines ont acquis une influence considérable sur les choix politiques de l’exécutif et sur le nouveau mode de vie qui en découle.

Philippe Van Parijs estime que ce qui peut être attendu des membres du monde académique, ce n’est pas de s’exprimer au nom de leur institution, mais de s’engager à titre personnel. Marius Gilbert en est sans doute un bon exemple, très apprécié des Bruxellois. Ils ne peuvent se contenter de s’exprimer en tant qu’experts, de dépositaires attitré d’un fragment minuscule de la connaissance universelle, mais bien en tant qu’inexperts responsables. Ils doivent se permettre de prendre position de manière argumentée sur des questions dont l’opinion publique et les mandataires politiques ont à débattre. Ils doivent s’appuyer sur une synthèse critique des connaissances pertinentes, dont une part seulement relève de leur expertise et même de leur discipline. Les positions qu’ils prennent font aussi inévitablement appel à des jugements de valeur, qu’ils doivent être prêts à expliciter et défendre s’ils ne sont pas évidents pour tous.

Il ne s’agit pas donc pas d’être ou prétendre être « neutres », « purement scientifiques ». Mais il ne faut pas pour autant renoncer à une distinction claire entre faits et opinions. Il importe en effet d’immuniser les jugements de fait contre l’influence des jugements de valeur et celle des intérêts personnels ou collectifs. « L’inexpertise responsable » consiste à aider les responsables politiques, la société civile organisée et les simples citoyens, en articulant le mieux qu’on peut, analyses factuelles et jugements de valeur, pour fonder des recommandations précises sur des questions controversées.

 

20 ans plus tard: un RER ?

____________________________________

C’est Isabelle Durant (Ecolo)qui avait lancé ce projet il y a 20 ans. Georges Gilkinet (Ecolo) sera-t-il le ministre qui boucle enfin le réseau RER ? Le comité de pilotage vient de se remettre au travail, après un an de torpeur. Georges Gilkinet dans La Libre : Il faut un milliard et demi pour achever le RER côté wallon et bruxellois, et on les a ! Le rail sera la colonne vertébrale de la mobilité de demain. On se passera plus facilement de sa voiture si on peut arriver à Bruxelles plus rapidement en train qu’en voiture. La suite de l’interview se trouve ICI.

Bon historique du projet RER sur Wikipedia. Aujourd’hui, le réseau est quasiment achevé en Flandre, mais on est encore loin du compte sur la ligne d’Ottignies et sur celle de Nivelles-Charleroi. Le ministre se risque cependant à un calendrier: « Un train toutes les 15 minutes sur la ligne Ottignies-Bruxelles d’ici 2026 et un train toutes les dix minutes sur les cinq grands axes mis à quatre voies en 2040”.

Si les Bruxellois ne pourront que se réjouir de voir davantage de navetteurs rejoinder la ville en train, deux questions continuent à les inquiéter. La première c’est que s’il sera plus facile d’arriver à Bruxelles … il sera aussi plus facile de quitter la ville pour s’installer dans la verte banlieue. L’autre question concerne le nombre de gares bruxelloises qui seront desservies. Elles pourraient constituer une sorte de second réseau métro avec titre de transport unique … mais plus d’arrêts allonge inévitablement le temps de parcours des navetteurs. Brussels Studies y avait déjà consacré une étude en 2012. Il va falloir arbitrer.

SNCB train Desiro de Siemens sur Wikipedia