Pas de colère sociale en Flandre ?

« Pourquoi les manifestations dégénèrent à ce point en France et en Belgique francophone, deux régions où – ironie du sort – l’État-providence a été maintenu à flot pendant des années à coups de dépenses financées à crédit. Enseignement bon marché, allocations généreuses, départs précoces à la retraite… Rien n’était trop beau. » C’est une question posée par Het Laatste Nieuws dans cet article traduit par DaarDaar.

Et d’asséner : « Les francophones ont fini par considérer tous ces avantages comme des acquis. Même face à des déficits budgétaires abyssaux, rares étaient les responsables politiques qui osaient remettre le système en question. La France et la Belgique francophone partagent non seulement une langue et une culture, mais aussi une fâcheuse tendance à faire la politique de l’autruche ». Fin de citation.

Dans De Morgen, un autre point de vue. « Un malaise général est bel et bien palpable chez les jeunes Flamands ainsi qu’une frustration face aux nombreux problèmes mondiaux. Au nord du pays, il manque un élément déclencheur concret pour pousser les foules dans la rue. Les Belges francophones regardent souvent la télévision française et y voient exploser les protestations. En Wallonie, les économies imposées à l’enseignement sont beaucoup plus importantes qu’en Flandre. »

 

Un pays ingouvernable ?

Billet d’humeur.

Voilà quelque temps déjà que l’on peut s’interroger sur la stratégie mise en place par Bart De Wever (N-VA) pour élaborer le projet de budget de l’État fédéral. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut peu efficace et parsemée de nombreuses suspensions. Trouver un terrain d’entente entre l’aile droite et l’aile de centre gauche de son gouvernement n’était évidemment pas une sinécure.

En remettant sa démission au Roi, il dramatise volontairement la situation, mais dans le même temps ne démontrerait-il pas que ce pays est ingouvernable ? S’il est ingouvernable, il faut donc le réformer. N’est-ce pas ce que Bart De Wever espère pouvoir faire tôt ou tard et en profondeur ?

Des élections anticipées ? avec des articles de la Constitution à modifier pour permettre la mise en place d’un État confédéral ? La Flandre y aspire, quelques Wallons aussi. Reste Bruxelles. Quel serait son statut et son mode de financement ? Nous y reviendrons, mais voici déjà trois conditions nécessaires, mais sans doute insuffisantes.

Fin de chantiers.

Il en restera encore beaucoup et de de longue durée, mais cela ne devrait pas nous empêcher de nous réjouir de ceux qui sont enfin en voie d’achèvement. La plupart sont des rénovations certes lourdes – mais qui ont évité des démolitions-reconstructions, comme Bruxelles en a connues dans le quartier Nord comme au Midi. Epinglons cependant le fait que les promoteurs n’y prévoient aucun logement à loyer modéré, mais beaucoup de kots étudiants.

Les Grands Magasins de la Bourse vont devenir The Dome, un ensemble multifonctionnel qui hébergera des commerces alimentaires, 55 logements, des bureaux et du coworking. Pas de parking mais des vélos électriques et 5 voitures électriques à disposition. Un programme assez semblable, mais avec hôtel et kots étudiants à Oxy et Brouck’R. La fin de la rénovation de l’hôtel Métropole est aussi enfin en vue.

Côté canal, une grande partie des quais ont été réaménagés et verdurisés. On assistera à l’ouverture en grande pompe du Musée Kanal qui remplace le garage Citroën, ainsi qu’à celle de son voisin le Kaaitheater. Le gros chantier de la place Sainctelette ne sera pas terminé et ne manquera pas d’y susciter des problèmes de circulation. Il faut encore citer le grand chantier  en cours pour 65 logements et bureaux Lebeau au Sablon et un peu plus bas  une demande de permis la réaffectation en flat-hotel (contestée) du beau bâtiment de Fédérale Assurance.

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Action policière en question.

Lors des dernières manifestations organisées sans demande d’autorisation, le rôle de la police était néanmoins d’en permettre le bon déroulement et d’assurer la protection des biens publics et privés. Les dérapages auxquels on a assisté ont fracturé la gauche et généré de vives tensions au sein du PS. Le député bruxellois Martin Casier (PS) a ouvertement critiqué la gestion policière sous l’autorité des bourgmestres socialistes Philippe Close (Bruxelles-Ville) et Willy Demeyer (Liège).

« Certes, il y a eu des violences (inacceptables ndlr)) du côté des manifestants. Mais nous avons aussi observé des violences policières manifestes. J’ai vu des images d’agents s’acharner sur des hommes à terre. C’est inacceptable. Il faut reconnaître publiquement ces faits. » Dans un article sévère, Bruzz s’en prend publiquement à Philippe Close, qui défend l’usage de « la nasse », pourtant interdite par la justice. Le Parti socialiste condamne ces interventions musclées.

Philippe Close souligne « le rôle des parents absents, qui ne savent pas où traînent leurs enfants. La police et la justice font leur travail, c’est la Communauté française qui faillit à sa mission en ne prévoyant pas suffisamment de places en IPPJ. » Comme à Anvers, le bourgmestre compte interdire à certaines personnes de participer aux festivités du Nouvel An, car elles ont causé des dégâts. Moustique livre également un article documenté sur la situation et évoque une boîte noire. Une carte blanche dans Le Soir pointe des interventions policières disproportionnées et demande des mesures pour mieux protéger le droit de manifester.

Que veulent les jeunes ?

Révolte d’élèves et de jeunes en Belgique, France, Espagne, Serbie, Italie …. Que raconte la colère d’une partie de la jeunesse ? Les débordements et la casse ne peuvent faire oublier leurs revendications, même si elles ne sont pas toujours claires et unanimes. Est-ce un un conflit générationnel ? Difficile de faire le point en trois paragraphes. Il faudra aussi revenir sur la place prise par les médias dits sociaux, sur les rapports avec la police et sur les différences avec les jeunes néerlandophones.

Si certains jeunes étaient dans la rue pour exiger davantage de moyens pour l’enseignement, des écoles rénovées et tempérées, un minerval qui n’exclut personne, des professeurs devant les classes et un avenir désirable, d’autres venaient régler leur compte avec une police qui les humilie et les discrimine et puis aussi des mineurs, comme emmenés malgré eux dans une sorte de jeu de rôle grandeur nature excitant. QR y a consacré un débat et un sondage à la RTBF.

S’il faut tenter d’éradiquer les casseurs, il est crucial d’entendre les autres. Leur inquiétude grandit en voyant le climat hors de contrôle et leurs parents qui rament devant la hausse du coût de la vie. Ils commencent à se demander de quoi leur futur sera fait. Lui opposer uniquement une réponse policière serait une erreur, voire une faute. Ils ont des idées. Un dialogue doit s’organiser et vite. Mais avec qui ? Avec quels budgets ?