Archives pour la catégorie Jeunes

Faire classe dans les bois ?

Alors que la reprise dans les écoles suscite des interrogations chez les enseignants, les parents et les élèves, l’école dans les bois – très répandue au Danemark en toutes saisons – ne pourrait-elle pas être une solution à envisager en période de pandémie ? A Bruxelles, parc et bois sont proches, mais les écoliers restent confinés à l’intérieur, les excursions sont interdites, alors que le virus est beaucoup moins actif à l’air libre que dans les classes. Comprenne qui pourra.

Habillés d’une combinaison, de bottes et de gants, les parents danois n’ont aucune crainte à voir grimper les enfants aux arbres, à jouer avec de l’eau et à se salir. Faire l’expérience de la nature. Etre émerveillé. Ressentir de la joie, du bonheur, mais aussi de la peur, en sachant entouré par les autres. Apprécier les odeurs, les sons, les goûts, les textures, … S’asseoir près de la chaleur et des bruissements du feu. S’interroger pour comprendre ce qui se passe dans la nature. Croiser la vie et la mort.

Dans le Nord, faire la sieste en terrasse, quelle que soit la météo, est une tradition, car le froid renforce le système immunitaire des enfants. A Bruxelles, vous vous rappellerez l’expérience de BOS évoquée ICI et aussi tentée au Luxembourg et dans plus de 1000 écoles en Allemagne. « Faites du monde naturel – y compris la peur et le risque – une part de l’expérience d’apprentissage quotidienne des enfants ».

Où le virus se propage-t-il le plus aisément ? Où les enfants développent le mieux leur curiosité et leur autonomie ?

 

Maintenir le lien

_____________________________________

Les rues sont à nouveau désertes. C’est le confinement, saison 2. Retrouverons-nous la fraternité du balcon ? Avons-nous appris du premier confinement ? Ou avec l’hiver et les attentats, celui-ci sera-t-il plus dur à vivre ? Pour y survivre psychologiquement, Euronews a interviewé le psychiatre Serge Hefez, qui évoque d’emblée la nécessité du maintien du lien. « Ce qui permet de supporter les drames à répétition c’est de se sentir reliés les uns aux autres, c’est à dire de sentir qu’on participe d’une communauté, d’une société partageant la même communauté de destin, parce que son sacrifice est pour le bien commun ».

Des discours clivants commencent cependant à apparaître à Bruxelles à la faveur de communications gouvernementales hésitantes. La société se fragmente. Il y a le déni. Il y a les anti-masques et les anti-vaccins. Il y a ceux qui seront les privilégiés du virus, qui vont avoir du travail, contre certains commerçants ou gens du spectacle, qui sont les laissés-pour-compte. Il y a les personnes âgées, qui peuvent se dresser contre des jeunes pas assez prudents. Il y a ces attentats, qui pourraient monter les communautés les unes contre les autres, développer une islamophobie, dont les musulmans seraient les premières victimes. Ils pourraient nous faire perdre ce sentiment de fraternité, d’unité, de solidarité.

La société on la fabrique et elle nous protège. Le peuple multicolore de Bruxsels est encore en construction. Cela va demander plus d’efforts pour maintenir le lien, parce qu’il y a plus d’angoisse ou d’indifférence. « Il va y avoir une tendance au repli sur soi, surtout pour les personnes seules et âgées. Se forcer à téléphoner, envoyer des messages, participer à des réseaux sociaux de confiance ». Serge Hefez de conclure:  Partager, partager, ne pas se laisser confiner à l’intérieur de soi, dans cette solitude. Et The Conversation recommande très scientifiquement … de parler, pour maintenir le lien social pendant l’épidémie.

 

Happy Monday: Bruxelles n’est plus à la traîne

_____________________________________

Mesures fédérales insuffisantes pour contrer le développement rapide du virus dans tout le pays. La Wallonie prend des mesures complémentaires dès vendredi. La Région de Bruxelles en prend de plus strictes samedi. Là, il va falloir communiquer de manière efficace et susciter l’adhésion de toutes les couches de population. Contrôles et sanctions seront nécessaires, mais ne se suffiront pas pour faire respecter les consignes. Le virologue Steven Van Gucht demande à tous les Belges de rester chez eux autant que possible: « Les prochains jours seront décisifs ». Le professeur de santé publique de l’ULB recommande l’autoconfinement volontaire aux Bruxellois soucieux de l’intérêt général.

Comment « bien vivre » jusqu’au 19 novembre sans rencontrer plus de 4 personnes ? sans cinéma, sans théâtre, sans maisons de jeunes ni de sports d’équipe ? sans cafés et restos ? Il va falloir être très créatif à l’approche de l’hiver. Ce sera le prix à payer pour faire descendre la courbe des contaminations et éviter la saturation de nos hôpitaux. Pour ceux qui sont connectés, il reste (heureusement) WhatsApp, Facebook, Instagram gratuits et Netflix – pour ceux qui peuvent se le payer. Pour ceux qui n’ont pas peur des grands mots, il y a même le soutien des Psy et de la Philo. Et les bonnes idées de Prosantégo, pas seulement pour les pros de la santé.

Hier, mes voisins ont fait un grand bouillon de poule aux légumes frais et m’en ont apporté une ration. L’avant-veille, je leur avait réservé deux parts du navarin d’agneau que j’avais cuisiné. On s’est regardé manger sur Zoom et fait nos commentaires, comme au resto. Dimanche j’ai invité une amie londonienne à prendre le 44 pour faire un tour masqué en forêt de Soignes. Mes neveux discutent sur WhatsApp pour voir comment passer Noël et Nouvel An sans déprimer. J’espère que le Samusocial s’est organisé pour que les personnes sans domicile disposent d’un toit, suite au couvre-feu. Et puis quoi au parc Maximilien ? à part des descentes de police ?

L’adversité rassemble les Bruxelloises et les Bruxellois. C’est nous qui arrêterons le virus.
Vous avez des idées ou des expériences à partager ? Enjoy Life – Play Safe.

montage photo Erwin Declerck 

Mobiliser le peuple de Bruxelles

____________________________________

Vendredi ils n’ont pas osé ! Bruxelles est désormais la région la plus touchée d’Europe – avec la Wallonie – mais ne prend pas de mesures radicales. « Si cette croissance exponentielle n’est pas infléchie, d’ici une à deux semaines, il y a plusieurs unités de soins intensifs qui seront saturées. Cela veut dire qu’il faudra choisir qui peut aller en soins intensifs et être peut-être sauvé » affirme l’épidémiologiste Simon Dellicour. Marius Gilbert va plus loin, il lance un appel à un reconfinement généralisé rapide. Il n’est pas le seul. Plutôt on interviendra, plus l’impact pourra être réduit.

En concertation, le gouvernement et les entités fédérées n’ont pas osé prendre les mesures qui s’imposent et déclencher l’électrochoc nécessaire pour créer l’adhésion à un effort collectif indispensable pour inverser la tendance. La Wallonie vient de durcir ses règles. Bruxelles pas (encore). Des pans entiers de la population bruxelloise sont encore dans le déni ou dans l’insouciance. Le politique ne les réveillera pas. La société civile doit se mobiliser. Marius Gilbert invite les professeurs à parler aux jeunes dans les écoles et les universités. Il invite les stars de foot et de cinéma à parler aux milliers de personnes qui les écoutent. Il invite les influenceurs à faire passer le message à leurs milliers de followers.

Vous êtes plus de 500 à lire ce billet. Vous avez chacune et chacun des relations, des groupes d’amis, des milieux où vous avez de l’influence. Mobiliser le peuple de Bruxelles peut aussi passer par vous. Il s’agit à la fois de communiquer des messages simples et clairs, comme cette remarquable petite vidéo indienne sans textes face à ces ces petits pictogrammes en bas de page. Mais il ne s’agit pas seulement d’informer, comme le fédéral le fait ICI (en 4 langues seulement …) mais aussi de convaincre qu’on a tout à gagner à se faire tester, à respecter les consignes de base, par solidarité si ce n’est par conviction. Rester à distance et se laver les mains. Ne sortir de chez soi (masqué) que pour des déplacements essentiels. Le peuple de Bruxelles ne se sauvera que par solidarité.

les 12 logos d’actualité sont disponibles en plus grand ICI

 

 

 

(1) avec laWallonie

Un revenu inconditionnel jeune ?

____________________________________

A Bruxelles, à défaut de statistiques récentes, les jeunes seraient au moins deux fois plus souvent au chômage que les adultes, leur taux de pauvreté deux fois plus élevé, et trois fois plus que celui de la plupart des retraités. Dans sa Chronique, François Dubet (1) estime qu’avec les effets du Covid sur le marché du travail, leur situation va se dégrader sensiblement. On comprend que le gouvernement cherche à préserver les emplois existants par le chômage partiel. Il crée toutefois une situation où le chômage est externalisé sur les jeunes. Le gisement d’emplois précaires et de stages va se réduire drastiquement: beaucoup de jeunes ont déjà perdu leurs jobs d’été et d’hiver. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou chômeurs, beaucoup sont pauvres, se logent mal voire pas du tout, ne mangent pas à leur faim, se soignent peu et sont de plus en plus isolés.

Les jeunes sont dans le trou du filet des aides sociales. La France – et la Belgique dans une très large mesure – a choisi des politiques « familialistes » qui aident les familles à aider leurs enfants plus qu’elles n’aident directement les jeunes eux-mêmes. Autrement dit, quand la famille n’est pas derrière et qu’on n’a pas la chance d’avoir un emploi ou des jobs qui s’enchaînent, la pauvreté s’installe.

Pour éviter cela – et faute d’un revenu universel – François Dubet propose de leur donner à tous un revenu minimum leur permettant de survivre au mieux, sinon de vivre bien, un revenu permettant de combiner les études et les emplois. Evidemment, cette prestation devrait être dégressive au fur et à mesure que s’élèvent les ressources propres des jeunes, qui auraient donc toujours « intérêt à travailler ». Il reste l’obstacle fiscal et cette crainte « que les bénéficiaires fassent n’importe quoi de leur revenu ». Ce revenu inconditionnel n’a cependant rien d’utopique. Il existe déjà au Danemark. Des précisions dans la Chronique de François Dubet et un éclairage plus radical de Basta.

(1) sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux – in Alternatives Economiques