Archives de catégorie : Jeunes

Favoriser l’entre-soi ?

Billet d’humeur

En offrant des primes et en promettant un dumping fiscal aux commerces de standing du centre-ville qui accepteraient de venir s’installer dans les rues commerçantes d’Uccle, le bourgmestre et son échevine du Commerce espèrent débaucher quelques belles enseignes, voire même des théâtres. Ils semblent ne pas avoir de scrupules à accentuer sans vergogne la ville duale. Créer leur petit Neuilly-sur-Senne ?

Avec des commerces de luxe à leur porte, avec des livraisons à domicile et des cyclistes sous-payés pour leur apporter leurs repas, les Ucclois ne devront-t-ils bientôt plus quitter leur commune ? L’entre-soi érigé en mode de vie et la voiture individuelle en mobilité prioritaire ? Avec le bois de la Cambre comme autoroute urbaine …

Le retour des paroisses serait-il le futur de Bruxelles ? Peut-être une question de génération. Il est des jeunes qui finissent par s’ennuyer à Uccle. On commence à les voir au centre dès le jeudredi. Ils se donnent RV à la terrasse du café Au Soleil ou au Fontainas. Ils s’habillent chez Ramon et Valy ou chez  Privejoke. Ils sortent au Belgica, au Cabaret Mademoiselle ou Chez Maman ou alors à Saint Géry. Ouf !

Plus dans les analyses du Soir et de L’Echo.

Vous sentez-vous en Belgique ?

Le président des socialistes flamands, le jeune Conner Rousseau au franc parler, ne se sent pas en Belgique quand il traverse Molenbeek (en voiture). Toute la presse en parle et les critiques fusent de partout, résumées ICI. Pareil pour Georges-Louis Boucher, après son débat avec le Vlaams Belang, mais lui, il a pu compter sur Louis Michel pour voler à son secours. Les propos de Conner Rousseau ont par contre été dénoncés jusque dans son propre camp à Bruxelles, et notamment par l’échevin Vooruit de l’Enseignement  de Molenbeek Jef Van Damme ainsi que dans cet article.

Theo Francken (N-VA) a twetté: « Les socialistes votent depuis des années contre un renforcement du cadre légal en matière d’immigration. Les socialistes se sont emparés de Bruxelles, de tradition libérale, en s’appuyant sur l’immigration de masse qu’ils ont promue et continuent de promouvoir. (…) Laissez-moi rire« . L’extrême droite flamande et néerlandaise s’y engouffrent avec délectation. Dans l’article de La Libre, le politologue Dave Sinardet livre quelques réflexions de fond plus intéressantes.

Tout cela révèle une fois de plus les stéréotypes de nombreux non-Bruxellois envers la capitale. Molenbeek constitue un punching-ball facile. Bruxelles mérite mieux. Même si elle ne cesse de reporter le parcours d’intégration obligatoire, elle se charge d’offrir une éducation et des soins de santé à des citoyens paupérisés, que les deux autres Régions n’ont pas toujours envie d’accueillir, sauf les plus nantis qui finissent souvent par s’installer dans un des deux Brabant. La bourgmestre de Molenbeek a bien fait d’inviter Conner Rousseau à une visite sur le terrain et il a accepté.

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Un voyage en ville

Pas nécessaire de prendre l’avion pour découvrir les cultures et les cuisines du monde, elles sont (presque) toutes présentes à Bruxelles, dont les citoyens sont issus de plus 170 nationalités. Encore faut-il aller à leur découverte. C’est ce que Hans Vandecandelaere a fait pendant deux ans, avant de rédiger en 2012 son ouvrage « Bruxelles, un voyage à travers le monde » en néerlandais, avant de le traduire en 2014. Hans est un historien dont je n’appréciais par toujours le caractère parfois trop partisan, particulièrement à propos de la gentrification, mais j’ai découvert son talent de brillant raconteur d’histoires grâce à cet ouvrage que m’a offert un lecteur du blog.

Oui, ce livre de 500 pages se lit comme un récit de voyage. Narrations et témoignages sont au centre de ses propos. Le livre est documenté mais passionnant de bout en bout. C’est un véritable ouvrage de référence, que tout Bruxellois devrait avoir lu pour pouvoir prétendre connaître sa ville. Il est parfois difficile de le trouver neuf, mais il figure toujours en bibliothèque et aussi en occasion.

C’est particulièrement à partir des années 50 qu’une nouvelle ville a éclot au coeur d’un paisible Bruxelles de province. Aujourd’hui plus de la moitié de ses habitants ont des racines hors du pays. Restaurateurs chinois et vietnamiens dans le quartier de la Bourse, restaurants turcs de la chaussé d’Haecht, expatriés super diplômés dans le quartier Schuman, aristocratie russe dans une vallée uccloise. Et puis toutes ces personnes d’origine mixte, ces nouveaux zinnekes, qui participent au classique métissage bruxellois. Un voyage à travers les humains et la littérature.

 

Le sexe et la ville

Oh là là !  ce n’est pas tous les jours que l’on parle de sexe sur ce blog. L’autre jour dans le tram, deux gamins de moins de 10 ans s’esclaffaient discrètement devant une pub pour Moules-Frites, un site qui donne la parole aux jeunes à propos de leur santé et de leur vie sexuelle. C’est cru, c’est direct et aborde tous les sujets sans tabous : la première fois, le plaisir, le consentement, l’amour, la masturbation, le genre, l’amour, les IST, …  Vous en saurez plus dans cet article de la RTBF. Bruxelles va se lancer dans des campagnes de sensibilisation scolaires.

Mai 68 et l’arrivée d’une pilule révolutionnaire – qui a permis le contrôle de la fécondité – avaient déjà bouleversé la conception de la vie familiale, de la place des femmes et des jeunes dans la société. Les centres de planning familial, la Free Clinic et la dépénalisation de l’avortement y ont aussi  largement contribué. Ont brisé des tabous. Si les années sida y ont mis un coup de frein, l’arrivée de traitements a diminué la peur … et limité la prudence. Aujourd’hui c’est la connaissance du corps, c’est l’égalité des genres – très détaillée ICI –  et leur fluidité fort bien exprimée par Le Monde, qui s’affirment dans l’espace public.

Récemment, un projet de loi a été voté à la Chambre pour tenir compte de l’évolution de la société. Il a notamment inscrit la notion de consentement et décriminalisé le travail sexuel, une première en Europe. Cet article en dit plus. Me too a signifié la rupture d’un certain silence. Signe des temps, Bruzz annonce la première édition du Brussels Porn Film Festival alternatif du 21 au 24 avril au Nova et à L’Aventure. BX1 dit qu’il entend proposer un « regard éclectique, enthousiaste et critique » sur la pornographie à partir d’une sélection parmi 1.300 films de 93 pays.

Fait-elle encore rêver ?

Bruxelles fait-elle encore rêver ? Ce WE, il y avait au Heysel une participation record de 70.00 visiteurs pour s’immerger dans l’univers de Made in Asia Festival. C’est 35 fois plus que pour la dernière marche des jeunes pour le climat. Ce phénomène de pop culture asiatique mérite d’être observé sur cette brève vidéo. Plaisir, phantasmes et insouciance s’affichent sur tous les visages. Il faut s’en réjouir. Ne faut-il pas aussi se poser quelques questions ?

L’Europe fait-elle encore rêver ? La vieille Europe peut-elle encore enthousiasmer ses jeunes, en dehors de ceux qui ont eu la chance d’effectuer un parcours Erasmus ? L’Asie lointaine a-t-elle remplacé le rêve américain des chercheurs d’or ? Les mangas ont-ils pris le relais de Tintin ? Les sushis vont-ils damer le pion à notre cornet de frites ? On n’en est pas là, mais l’Europe a bien quelques questions à se poser. 

Pandémie, changement climatique, pauvreté, guerre à nos portes. Quand la réalité est trop dure à supporter, n’est-il pas tentant d’essayer de s’en échapper ? Le Métavers s’y emploie et beaucoup y investissent. Mark Zuckerberg y a placé 10 milliards de dollars. Contraction de méta et univers, ce nouveau monde virtuel – mais immersif – est  proche du jeu et déjà accessible via les réalités augmentées et virtuelles. Chacun installé avec son casque VR dans le monde qu’il s’est choisi. Dans quelles mains reposeront les objectifs et ambitions de cette avancée, qui doit encore mériter le nom de progrès.