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Un confinement inutile ?

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Le pénible et coûteux confinement général pourrait bien s’avérer inefficace, s’il n’est pas accompagné de tests massifs et du port d’un masque. Des tests, en vue de confiner les personnes infectées et protéger les personnes vulnérables. Des masques pour permettre aux personnes en bonne santé ou immunisées de poursuivre leur vie et de reprendre le travail. C’est ce dont je vous avais déjà fait part la semaine dernière.

Aujourd’hui, cette stratégie est privilégiée par plusieurs scientifiques reconnus.
Je n’en citerai que deux. Le professeur émérite en maladies Infectieuses au CHU Saint-Pierre-ULB, Nathan Clumeck , qui a publié une carte blanche dans laquelle il précise les mesures à prendre. Et puis le professeur Gaël Giraud, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui signe un article très complet  que nous résumons ICI et qui conclut: dépister et fabriquer des masques, sinon le confinement n’aura servi à rien, l’inaction est tout simplement criminelle.

L’efficacité de cette stratégie a déjà été démontrée par la Corée du Sud et par Taïwan. En Europe, les résultats exceptionnels de l’Allemagne démontrent le bien fondé de ce choix. L’Allemagne, qui effectue des centaines de milliers de tests, prévoit de délivrer des certificats. Sarah Knapton, l’éditorialiste scientifique de The Telegraph retient aussi cette stratégie parmi les quatre choix qu’elle a recensés.

Notre comité d’experts n’a-t-il pas préconisé cette stratégie ? ou le gouvernement ne l’a-t-il pas suivi ? Pourquoi ?

D’urgence des masques et des tests

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C’est un cri d’alarme personnel. Pas nécessaire d’être expert pour comprendre que le port d’un masque protège les autres de vos postillons, alors que vous êtes peut-être porteur du virus sans symptômes. Pas nécessaire, non plus, d’être un scientifique pour comprendre qu’il faut massivement tester la population à risques avant qu’elle ne propage le virus sur son lieu de travail, en famille ou au supermarché. Pourquoi ne le fait-on pas ? Les arguments ne manquent pas, mais selon moi, c’est surtout parce que la ministre de la Santé n’a pas reconstitué le stock de masques périmés et doit donc réserver les arrivages au personnel médical. Même chose pour les tests, qui ne sont toujours pas produits à grande échelle, alors que nous disposons d’assez de labos.

Masques. En Asie, dès qu’on est enrhumé on porte un masque dans l’espace public et au travail pour ne pas contaminer collègues et voisins. Ne pas prendre cette précaution serait vu comme irrespectueux, voire incivique. Ici, on nous raconte que cela ne sert à rien. C’est faux. C’est simplement pour éviter un afflux de demandes. Même si les avis restent partagés, le président de la médecine libre en France a décidé de militer pour la généralisation du port du masque. Le Soir détaille les différents types de masques . La Libre détaille comment fabriquer un masque. Et l’OMS explique comment bien les utiliser.

Tests. Comme la Corée du Sud, dont je vous ai déjà entretenu, l’Allemagne mise à fond sur les tests pour contenir le coronavirus. Les usines tournent à plein pour fabriquer des kits de tests. Euronews affirme qu’il s’agirait de pouvoir soumettre pas moins de 200 000 personnes par jour hors hôpitaux. On attend aussi d’en savoir plus sur le  ‘corona home test kit’ belge annoncé par vrtNEWS.  Il permettrait d’effectuer l’examen à la maison, en toute sécurité et discrétion. Selon la RTBF un autre test belge en 15 minutes vient de recevoir sa certification. Un article de The Conversation annonce la perte de l’odorat et du goût comme un repère probable d’infection. Des spécialistes plaident à la RTBF en faveur d’un screening de l’immunité de tous pour pouvoir sortir du confinement l’immense majorité de personnes saines.

Assez de temps perdu, arrêtons de tergiverser et de justifier l’inaction. Suivons l’exemple de l’Allemagne, la meilleure élève d’une Europe désunie. Des masques et des tests.

Une tente médicale où sont pratiqués des tests à Berlin Merci à Kay Nietfeld/dpa via AP

Happy Monday: les service essentiels restent assumés

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Non, ils ne peuvent pas télé-travailler. Ils et elles travaillent de leurs mains. Oui, ils ont plein de raisons de se confiner chez eux et de prendre soin de leur famille. Mais elles sont sur le pont et eux aussi. ils font rouler nos bus. Elles soignent les malades. Ils ramassent nos ordures. Elles sont à la caisse du supermarché. Ils balaient nos rues. Elles réassortissent les rayons. Ils conduisent leur taxi. Elles nous tiennent informés, …

A Bruxelles, il y a du courant électrique, l’eau coule du robinet, le tram roule et la nourriture arrive sans interruption. Cela ne va pas de soi en ces temps de confinement. Il faut en remercier tout ce peuple de Bruxelles à notre service. Pas de gros salaires, un travail pas toujours justement reconnu, c’est au courage de ces travailleurs et à ces travailleuses de l’ombre que notre vie en confinement à Bruxelles reste vivable. Nous ne les en remercierons jamais assez. Pourquoi ne pas leur dire: « merci d’être là », lorsque nous les croisons ?

Devant l’adversité les solidarités surgissent de partout. Vous pouvez demander ou offrir des services bénévoles sur un site dédié de facebook. Les Bruxellois font preuve  de beaucoup d’inventivité. Et tous les soirs à 20h, si vous ouvrez vos fenêtres ou allez au balcon, vous verrez vos voisins qui applaudissent ou font de la musique pour remercier le personnel soignant, mais il faut y associer toutes les autres personnes qui sont modestement à notre service et rendent la vie en ville possible. Merci à elles et à eux. Merci à vous.

Applaudir le corps médical mais aussi tous les autres métiers de service
illustration RTBF et Ville de Bruxelles et ICI « Eux ils soignent » une petite vidéo d’une minute et demi

Le Covid-19 pour les nuls

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Nous sommes toujours confinés et il fait nettement plus frais. Une occasion d’essayer d’en savoir plus sur ce virus qui transforme nos vies ? Au-delà de l’actualité quotidienne, voici des informations de première main, par des scientifiques de premier plan, qui diffusent des connaissances précises, mais dans des termes accessibles à toutes et à tous. Si vous pouvez libérer une heure, installez-vous et écoutez ICI, plein écran, la conférence passionnante du professeur Philippe Sansonetti, sur le site du Collège de France. « Chronique d’une émergence annoncée « . Un scientifique et un érudit qui sait parler simplement.

Puisque les épidémies sont inévitables, apprenons à les anticiper, déclare Eric Muraille, biologiste Immunologiste à l’ULB. « Il serait avisé de considérer l’épidémie de Covid-19 comme un test de résilience pour notre système économique et nos services de santé et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Cessons de vivre dans le déni ». Dans un article, paru en français dans The Conversation, Eric Muraille demande le refinancement des services publics de santé et l’abandon d’une gestion court-termiste, basée sur le modèle des entreprises privées. Le 12 mars, même Emmanuel Macron déclarait « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Sur le plan politique, Jean-Dominique Giuliani, qui préside la Fondation Robert Schuman, publie « Les 7 défis capitaux pour vaincre le virus ». Un article qui démontre la nécessité de construire une Europe de la Santé. Comme une évidence lorsqu’il s’agit de protéger le citoyen,
Et à Bruxelles, un collectif de la librairie Berthelot à Forest s’est livré à une véritable réflexion de fond à partir de l’épidémie qui nous confine … et nous laisse sans doute le temps de lire.

>>>  last minute: dans les dernières lignes de son article, Le Soir révèle que les dépistages ont pu être réalisés plus massivement en Flandre. Est-ce bien digne Madame De Block ? Ce choix politique expliquerait pourquoi il y a plus de Flamands détectés positifs (ce qui ne se traduit pas dans le nombre de morts). Les comparaisons entre Régions ne sont pas réalistes si la politique de test n’est pas claire et les chiffres ne sont pas rendus publics. Les dépistages sont fondamentaux, la Corée du Sud l’a démontré. Rapport quotidien dans Sciensano.

Qui « mérite » de rester en vie ?

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La question est crue. Les malades continuent à affluer. Les places en soins intensifs ne tarderont pas à se faire rares.  Commence à se poser la question du tri des patients. Le journal De Morgen (traduit par DaarDaar) y consacre un article. Sur quelle base les places en soins intensifs vont-elles être attribuées ? L’auteur Barbara Debusschere, relate que l’hôpital universitaire de Gand a décidé que désormais seuls les  patients les plus robustes auront encore droit aux soins intensifs …

« Afin d’éviter que les médecins ne doivent décider qui sauver ou non sur le tas, dans ce contexte de pandémie, un manuel éthique destiné aux hôpitaux universitaires a vu le jour”. Les médecins sont priés de trier les patients sur le volet, selon une échelle d’évaluation de santé courante, allant des gens les plus robustes et en meilleure santé à ceux qui sont fort affaiblis, malades en phase terminale et en situation de dépendance complète. Les trois « pires » catégories parmi les neuf n’auront dorénavant plus accès aux soins intensifs. Les meilleurs soins possible doivent pouvoir leur être prodigués au domicile ou au sein de la maison de repos.

Jamais, auparavant, notre société ne s’est trouvée confrontée aussi concrètement à un tel choix. La pandémie nous amène à poser crûment la question de la fin de vie, de l’acharnement thérapeutique, d’une mort souvent inutilement longue et douloureuse, d’une mort coûteuse pour la société.