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Enseignement: préparer 2040

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C’est le titre d’un chapitre primordial de Demain Bruxsels que vous pourrez lire en entier ICI. Quelle éducation pour des jeunes qui vivront dans un monde dont nous ignorons tout ?
Alain Deneef y aborde de manière détaillée, et souvent inédite, la situation particulière de l’enseignement francophone et de ses réseaux à Bruxelles. Résultat à la fois de l’issue de la première guerre scolaire, du Pacte scolaire de 1958 et de l’avènement d’un Etat fédéral belge basé sur deux Communautés et trois Régions. Une situation qui a donné naissance à un « système en couches » qu’il décortique et dont il relève les forces et les faiblesses. Il met beaucoup d’espoir dans l’adoption prochaine (?) du Pacte d’Excellence, qui devrait pallier un certain nombre de manquements. Il confirme aussi la nécessité de rendre l’enseignement maternel obligatoire à Bruxelles pour familiariser tous les enfants avec la langue de l’école. Toute personne désireuse de créer une école, y trouvera réponse à de nombreuses questions organisationnelles.

Lorsque Alain Deneef aborde la nécessaire revalorisation du métier d’enseignant, de la formation et de la rémunération des maîtres, il rappelle que la Communauté française fonctionne avec une enveloppe fermée. C’est ainsi que pour mieux rémunérer les enseignants, il suggère de « diminuer le nombre de professeurs en augmentant le nombre d’élèves par classe. Des études montrent que, moyennant une formation solide, de bons professeurs peuvent tenir des classes plus nombreuses ». Personnellement je ne peux me rallier à cette solution, parce que les classes sont déjà souvent trop peuplées et parce qu’il ne s’agit pas de « tenir » une classe, mais de pouvoir accompagner chaque jeune dans le développement de ses potentialités et de pouvoir apporter les remédiations individuelles nécessaires pour mettre fin à de trop nombreux et souvent inadéquats redoublements. Ils ont coûté 386 millions en 2015 et pourraient être mieux utilisés pour financer les revalorisations de salaires et les remédiations.

Il nous faut un enseignement adapté à la situation particulière de Bruxelles – socialement dualisée et linguistiquement éclatée. Si « régionaliser » l’enseignement  » n’améliorerait pas ipso facto sa qualité, outre le fait que la construction actuelle a perdu sa crédibilité, le bon sens commande d’en tenir compte dans la manière d’articuler l’offre scolaire. En lieu et place, c’est une même politique qui est menée de Bruxelles à Arlon « . Il ne  pourra plus s’agir seulement d’enseigner des connaissances (vite dépassées) mais de concevoir une éducation qui nécessite réflexion. Elle devra inciter à  » apprendre à apprendre « , à douter, à vérifier, à collaborer et elle ne se passera pas seulement à l’école avec des horaires de 50 minutes, mais aussi dans des associations où l’on s’implique, dans des événements culturels qui interpellent, dans des engagements de jeunes, comme le tout récent Youth for climate cité en exemple dans le monde entier.

Bruxsels trilingue

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Dans la plupart des rues et des commerces de la cité, c’est encore le français qui reste le sésame pour être compris à Bruxelles. Ne nous y trompons pas: le français n’y domine que comme lingua franca, une sorte d’esperanto qu’utilisent les populations dont la culture et la langue maternelle ne sont pas majoritairement le français. C’est dans ce français à la belge, que baignent la plupart des jeunes Bruxellois, dès qu’ils sortent de chez eux. Par ailleurs, l’apprentissage de la deuxième langue de la capitale est un cours obligatoire dès l’âge de huit ans. A l’arrivée, des jeunes Bruxellois bilingues ? et trilingues lorsque la langue parlée à la maison n’est pas la langue de l’école ? En théorie seulement, vu les faibles performances de l’enseignement du néerlandais dans nos écoles francophones, à propos duquel il est urgent de s’interroger comme le fait flandreinfo.be.

Dans son livre « Belgium. Une utopie notre temps» (Académie royale de Belgique, 2018) Philippe Van Parijs estime que l’anglais deviendra toujours davantage la lingua franca des Belges, comme elle est déjà celle des Européens. Des Belges n’ayant pas la même langue maternelle recourront de plus en plus à l’anglais pour se parler et se comprendre. Donc, une clé pour l’emploi, pour l’accès à de nombreuses pages du web, pour voyager … et même pour l’affichage qui se décline déjà de plus en plus souvent en anglais … pour ne vexer ni les francophones, ni les néerlandophones. Philippe Van Parijs estime qu’il est nécessaire et possible – comme l’affirme le Plan Marnix – d’être « trilingue + », c’est-à-dire pouvoir pratiquer le français, le néerlandais et l’anglais, en plus de sa langue maternelle. Pas étonnant donc de trouver dans Demain Bruxsels un chapitre « Langues: mobilisation générale » à découvrir ICI.  Un vibrant plaidoyer pour l’apprentissage de l’anglais et surtout du néerlandais, en plus du français, affirmation suivie d’une exploration sans complaisance des obstacles que cet apprentissage rencontre.

De l’autre côté du canal, essayez de demander votre chemin en anglais ?  Dans de nombreux quartiers, l’anglais n’est pas encore présent dans la vie quotidienne. Les jeunes se débattent déjà avec leur langue maternelle, avec la langue de l’école et avec l’apprentissage de la seconde langue. Cela en fait déjà trois. Y ajouter la possibilité d’apprendre l’anglais, pourquoi pas ? Si les jeunes ont le choix, cela ne sera-t-il pas au détriment du néerlandais ? Ne faudrait-il commencer par former des enseignants (pas des philologues) à l’apprentissage pratique, joyeux et verbal des langues étrangères ? Ne manque-t-il pas des classes d’immersion mises en place par les deux Communautés ? Pratiquer quatre langues doit être une offre faite aux jeunes, mais ne peut conduire à une cote d’exclusion et à augmenter encore le nombre de redoublements.

Ne perdons pas de vue que nous pensons avec des mots, il est donc indispensable que chaque jeune dispose d’une langue riche comme support de sa pensée. Langue maternelle ou langue d’adoption. Ensuite, il lui sera possible de traduire cette pensée.

Bruxelles est à nous ! Brussel is van ons !

 

« Brussel is van ons » c’est ce que chantaient les ketjes de toutes les couleurs de Cureghem, entendus lundi soir à La Tentation. Message central de cette soirée, tout comme celui du livre Demain Bruxsels, qui invite à « construire ensemble le peuple de Bruxelles » en adaptant les institutions qui brident nos aspirations. Avec une sono quelque peu dépassée par la présence de quelques 340 Bruxelloises et Bruxellois, le débat fut animé. Philippe Van Parijs a tenté d’en livrer à chaud les premières conclusions. Lisez les ICI. C’est comme si vous y étiez.

Extraits. Pour la construction d’un peuple la langue est souvent essentielle. Contrairement à la Flandre et à la Wallonie, Bruxelles ne peut espérer se construire comme peuple par le ralliement à une langue commune, mais bien dans le multilinguisme, par la diffusion des trois langues-liens :  le français, le néerlandais et l’anglais comme langue de la communauté internationale.

750.000 personnes sont venues s’installer à Bruxelles en 10 ans, dont 500.000 en provenance de l’étranger. Mais 750.000 l’ont quittée, dont 350.000 vers l’étranger. Stagnation démographique donc ? Pas du tout. A Bruxelles, on naît bien plus qu’on ne meurt. En 10 ans, la population bruxelloise totale a gonflé de plus de 100.000 habitants. Est-il possible de faire peuple avec une population aussi diverse et aussi fluide ? Beaucoup en doutent, comme Jules Destrée, dans sa célèbre lettre au roi *. Le peuple qu’il s’agit de construire n’est pas celui du populisme, celui qu’on veut opposer à la « classe politique ».  C’est un peuple qu’il s’agit de construire ensemble, avec l’aide des citoyennes et citoyens qui sont prêts à sacrifier une part de leur vie pour se porter candidats et assumer des responsabilités politiques. Le rôle de la société civile n’est pas de les harceler mais de les aider à bien faire.

Une sorte de chant du cygne d’Aula Magna, qui vous proposera en juin de participer à un forum qui verra peut-être sa renaissance sous une autre forme. On en reparlera.

 

* Dans une lettre au roi en 1912, Jules Destrée déclarait qu’il n’y a pas de Belges, seulement des Flamands et des Wallons, et d’ajouter :
« Une seconde espèce de Belges s’est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races en perdant leurs qualités… Cette population de la capitale, dont quelques échantillons épars existent en province, n’est point un peuple : c’est un agglomérat de métis ».
Un siècle plus tard Jan Jambon le paraphrase : « Tegen de wil van een volk kan je nooit ingaan. Alleen zijn de Brusselaars voor mij geen volk, geen natie… Brussel is een versnippering van van alles en nog wat. »

Un autre Bruxelles est possible

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Il semble y avoir des problèmes d’accès à ce billet: le revoilà. Sorry.

En paraphrasant Ecolo/Groen et son interview décapante  “ Une autre Belgique est possible ”, en la rapprochant avec la sortie prochaine du “ Demain Bruxsels ” d’Aula Magna et avec la mobilisation climatique déterminée de la génération montante, notre Ville-Région pourrait se trouver à la veille de grands changements après les élections de mai. Ville plus verte et plus solidaire ?

Tous les partis vont devoir prendre position par rapport à l’urgence de la transition écologique et énergétique et préciser qui va la payer. S’ils mettront tous du vert à leur programme, il n’est cependant pas exclu qu’Ecolo/Groen – dont c’est la raison d’être – s’avère incontournable au soir du scrutin régional et soit à la barre d’une nouvelle coalition. Carrément un changement de paradigme ? en route pour une autre ville ? une autre vie ?  Je n’ai pas de boule de cristal, mais il semble que l’on n’ait jamais été aussi proche d’un grand chambardement urbain et de l’émergence de nouveaux modes de vie qui tourneraient le dos à une civilisation de consommation ?

Certains se demandent si Ecolo/Groen en est capable ? S’il dispose du personnel politique compétent pour mener la révolution qui s’annonce ? pour imposer un autre partage des richesses ? Bien sûr que non – ils ne sont pas prêts – mais qui l’est ? Les résistances de la population seront énormes, dès lors qu’il s’agirait de changer d’habitudes, de quitter sa zone de confort et de se voir imposer plus de solidarité … Ne vivons-nous pas des temps exaltants ?

Happy Monday: les brosseurs ces héros !

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… et ces héroïnes !  Il ne s’agissait pas d’école buissonnière, ni d’une balade romantique. La pluie, le froid, les menaces des Communautés et de certaines directions d’école, n’ont pas découragé 12.500 jeunes de revenir à Bruxelles jeudi dernier pour exiger leur droit à un héritage sain auprès d’une génération et d’une classe politique qui manquent de courage et de volonté. Il y a des mesures impopulaires à prendre et une répartition des richesses à revoir. Elles s’imposent d’urgence à tous les partis. Merci à la génération montante de le rappeler avec détermination et dignité. Bravo ! 12.500 fois bravo !

Du côté des Communautés et des écoles, la prudence était de mise. Loin de se réjouir de la mobilisation de leurs élèves, certaines ont veillé avant tout à dégager leur responsabilité. Ont interdit de participer, ont exigé des décharges des parents ou proféré des menaces sérieuses après plus de 3 absences aux cours injustifiées. Même des heures de retenue pour arrivée tardive. D’autres établissements ont décidé de soutenir le mouvement, d’accompagner les élèves, d’organiser une « excursion » à Bruxelles, de les encourager du bord du trottoir. Vous aurez vu tout cela dans la presse et ICI vous lirez la belle carte blanche d’un David Van Reybrouck ému dans De Morgen.

Les deux jeunes filles, qui ont démarré l’action en Flandre et rejoint Youth for Climate Belgium, veulent étendre leur mouvement à tout le pays. Elles s’organisent et rêvent de faire de la capitale de l’Europe le point de départ de l’indignation de toute une génération. Du jamais vu, pas même en mai 68.

“ Wij zijn de eerste generatie die de concrete effecten van de klimaatopwarming beleeft en de laatste die er iets kan aan doen”. Traduction:  Nous sommes la première génération à  vivre les effets concrets du réchauffement climatique et la dernière à pouvoir y porter remède.

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