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Quelle culture générale ?

« Le fondement des sociétés démocratiques et libérales est l’esprit critique, qui se nourrit de la connaissance des humanités. Sans exception, les Etats totalitaires rejettent l’enseignement des humanités, et les États qui rejettent cet enseignement deviennent toujours totalitaires » Takamitsu Sawa, un professeur d’Economie, qui s’oppose à un enseignement supérieur japonais libéral pragmatique, qui devrait se limiter à « produire des ressources humaines qui correspondent aux besoins de la société ».

Connaissance de l’histoire, la nôtre, celle du monde et celle des philosophies et religions, mais aussi la musique, les arts, les sciences, et toute cette culture générale qui nous rend si humains, au-delà de nos seules compétences professionnelles. Le tronc commun scolaire prolongé et l’initiation à la philosophie et la citoyenneté vont-ils arriver à y contribuer dans notre ville cosmopolite ? alors que les employeurs aussi, commencent à y porter intérêt.

Vous n’en croirez pas vos yeux, mais deux professeurs ont osé se lancer dans la rédaction de « La Culture générale pour les Nuls » ! Une magistrale synthèse – plutôt celle des intellectuels occidentaux – qu’il ne faut cependant pas avoir peur de feuilleter ICI. Voyez la longue table des matières, avec les domaines que vous maîtrisez … et tous les autres, qui sont supposés faire partie du bagage de « l’honnête homme (et femme) du XXIème siècle.»

« La culture générale (serait-elle ?) ce qui reste quand on a tout oublié »  (Ellen Key)

Une mixité choisie.

Le CPAS de Saint-Gilles vient d’acheter, rue de Suède, un immeuble complètement à l’abandon. Un article de BX1 précise que le CPAS va le rénover grâce à une subvention de la Région, en vue d’y aménager sept logements de deux à quatre chambres, dans un délai de moins de trois ans. La confirmation d’une politique affirmée de dispersion des ménages sur le territoire.

Cette opération va permettre à la fois d’éliminer un chancre urbain, d’aménager de grands logements pour les familles, d’accroître la mixité sociale et de créer du logement à tarif social sans consommer de terre arable. Bingo ! De plus, les nouveaux habitants bénéficieront des infrastructures de proximité et des écoles existantes. Il ne restera qu’à planter quelques arbres de plus.

De tels logements peuvent être rapidement mis à disposition d’une population à faibles revenus. Cette dispersion volontaire nous change des grands ensembles en béton qui rassemblent de trop nombreuses personnes précarisées, dont les enfants se retrouveront aussi massivement dans les écoles environnantes avec l’étiquette stigmatisante « enfants du Foyer Communal ». Ni spectaculaires, ni médiatiques, de telle opérations permettent aux communes d’accroître leur trop faible parc de logements publics à loyer modéré. Leur pourcentage par commune va vous étonner.

Le retour des religions

La diminution drastique de leurs pratiquants ayant fortement diminué l’influence des religions catholiques et protestantes dans notre pays, la séparation de l’Eglise et de l’Etat semblait définitivement consacrée. Le déclin important des partis catholiques CD&V et cdH (aujourd’hui Les Engagés) le confirme. Que ce soit le mariage pour tous, la dépénalisation de l’avortement, la fin de vie ou les questions de genre, Bruxelles et la Belgique ont pris des positions claires sur ces questions éthiques.

Le séisme provoqué par la décision de la Cour suprême des USA nous rappelle cependant que ces acquis de longue lutte n’ont rien d’irrévocable. Le débat parlementaire à propos de l’abattage sans étourdissement a divisé les partis et opposé un certain nombre de leurs membres. Est-ce pour prévenir les réactions d’une partie de leurs électeurs que l’interdiction a été rejetée ? Pas pour des raisons scientifiques en tout cas. Qu’un député bruxellois socialiste Vooruit ait osé affirmer que « Dieu ne permettrait pas que des animaux souffrent » fut inouï sur la scène politique bruxelloise. Dans Bruzz, Steven Van Garse s’interroge dans une Opinie traduite ICI pour vous.

Bruxelles, berceau de la libre pensée, va-t-elle connaître le grand retour des religions dans la conduite de l’Etat et de la Ville ? Pas seulement l’Islam, mais aussi les prédicateurs Pentecôtistes et autres  prêtres Polonais, dont on parle moins. Peut-on compter sur notre particratie – qui sélectionne les candidats parlementaires – pour éviter ce grand retour, alors qu’ils contribuent – parfois de bonne foi – à alimenter les divisions et qu’ils espèrent y gagner des voix ?  La religion créerait-elle des communautés et des solidarités que l’Etat n’est plus en mesure d’offrir ?

Le futur d’une ville cosmopolite comme Bruxelles ne dépendra-t-il pas de la manière dont elle pourra assurer à chacun le droit de vivre ses croyances librement, sans avoir le pouvoir d’en imposer les préceptes aux autres ?

Encourager la citoyenneté.

Pour meubler le « cours de rien » – une option face aux cours de religion et de morale laïque – un cours de citoyenneté avait été mis en avant et semble être d’application. Même intention pour le parcours d’accueil obligatoire pour les nouveaux arrivants non européens (tiens, rien qu’eux ?). Reste à savoir quel sera son contenu final et si les communes sont enfin prêtes pour sa mise en application le 1er juin ? Et pourquoi pas destiné à tout un chacun, comme le cours d’histoire des religions évoqué (sans succès) pour l’ensemble des réseaux d’enseignement ?

L’importance d’une telle formation n’a pas échappé à la Chine, qui va lancer à Hongkong un nouveau cours de « citoyenneté et développement social », centré sur la sécurité nationale, le patriotisme, l’identité et l’ordre public dans les classes de lycée. Il remplacera les liberal studies, qui mêlaient jusqu’ici culture générale et philosophie, initiant les élèves à la pensée critique sur le territoire, comme le relate cet article du Monde.

On ne naît pas citoyen, on le devient. La famille, l’entourage et l’école ont un rôle important à y jouer. C’est d’autant plus vrai, qu’à Bruxelles une majorité de personnes n’ont pas de passé commun. Si leur avenir est ici, n’importerait-il pas, pour faire peuple, qu’un genre de  liberal studies, soit mis en place pour dispenser « culture générale et philosophie, initiant les apprenants à la pensée critique ? »

La science est-elle neutre ?

Ingénieurs, architectes, agronomes, médecins se réclament à juste titre de leurs connaissances scientifiques pour justifier leurs interventions et leur pouvoir. Mais les sciences diffusées dans l’enseignement supérieur et universitaire sont-elles neutres et donc apolitiques ? La récente protestation d’une poignée d’ingénieurs, fraîchement diplômés, a fait resurgir la question. Au service de promoteurs, de constructeurs, de l’industrie agroalimentaires ou pharmaceutique, ces jeunes scientifiques trouvent-ils leur place ? sont-ils entendus ? sont-ils écoutés ?

The Conversation consacre une analyse intéressante de cette prise de conscience nouvelle, qui touche un certain nombre d’étudiants, mais qui questionne aussi le contenu des cours, l’éthique et la critique qui devraient les accompagner. « Vivement critiques du modèle économique capitaliste, du secteur industriel jugé néfaste sur le plan écologique et des promesses techno-scientifiques présentées comme des instruments de préservation de l’ordre existant, les propos tenus révèlent une dimension revendicative peu répandue au sein d’un corps professionnel qui exprime généralement un faible intérêt pour les questions d’ordre social et politique. »

Les étudiants évoquent « souvent le besoin de comprendre les effets écologiques des technologies étudiées et formulent explicitement la demande que cette dimension soit abordée au sein des enseignements techniques. Ils s’adressent aussi aux directions des écoles et sollicitent l’intégration de cours en sciences humaines et sociales dans les cursus afin d’acquérir des connaissances réflexives et critiques au sujet des sciences, des techniques et de leurs interactions avec la société. » Qu’en est-il dans nos haute écoles et universités ?