Archives pour la catégorie Identité

La cohabitation, mode de vie urbain du futur ?

Dans la Silicon Valley, où le prix du logement est prohibitif, la startup Starcity projette de démarrer, cet automne, la construction du plus grand immeuble de cohabitation jamais construit: 800 unités de logement répartis sur 18 étages, avec un grand nombre d’espaces communs. C’est un pari fou, qui est soutenu par le City Council de San Jose, qui vient de créer un nouveau zoning de catégorie « co-living », en vue d’écarter les obstacles qui pourraient entraver le développement de ce nouveau mode d’habiter. Une réponse au problème du logement des employés des entreprises ? une alternative au rêve de villa quatre façades, qui a montré ses limites sur le plan urbanistique et sociologique ?

C’est CityLab qui publie cette info et y consacre un article très documenté, qui va vous étonner. C’est bien à l’éclosion d’un nouveau mode de vie urbain, moins individualiste, auquel on pourrait assister. Peut-être aussi une réponse pour les nombreuses familles recomposées, pour les mères célibataires, pour les seniors, pour les personnes isolées ou volontairement célibataires. Il sera intéressant de voir comme la vie s’y déroulera, une fois ce grand bâtiment construit et occupé. Ce n’est cependant pas la première expérience de Starcity qui se trouve face à une waiting list de plus de 8.000 personnes… Même si les loyers sont en-dessous des prix du marché, il ne s’agit clairement pas de logements sociaux, même s’ils pourraient en être une source d’inspiration contemporaine

Jon Dishotsky, un de co-fondateurs, se souvient ICI avec émotion, que son père – professeur à Stanford – a hébergé une douzaine d’étudiants du monde entier dans sa maison de Palo Alto. Ils payaient un loyer modeste, partageaient les repas avec la famille et s’occupaient de Jon quand ses parents étaient occupés. Un étudiant ingénieur nigérian l’a même aidé à construire une zip line (tyrolienne) dans le jardin et à gagner plusieurs concours scientifiques. Son père est toujours en contact avec certains de ses ex-students. La co-habitation, Jon est donc tombé dedans était petit.

 

La Belgique implosera-t-elle ?

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Dans un billet récent, l’essayiste wallon Jules Gheude, évoque l’implosion de la Belgique – écrite dans les astres – selon lui. La question ne manque pas d’intérêt pour Bruxelles. Vous connaissez le rêve N.VA d’une Flandre indépendante. Ce n’est pas le score du Vlaams Belang qui freinera cet objectif final. Une marche vers un certain confédéralisme semble bien être en route. Dans cet  extrait du Brexit à la flamande du journaliste Paul Goossens pour De Standaard , il apparaît clairement que cela ne se pourra pas se faire sans Bruxelles. Il constate que « Bruxelles a dépassé la tutelle wallo-flamande. A son tour, Bruxelles se manifeste comme une communauté avec sa propre identité imaginaire. Une négociation sur le confédéralisme n’est concevable que si Bruxelles est à la table des négociations comme partenaire à part entière et participe à la décision. » (traduction libre).

Frank Vandenbroucke (SP.A) écrit : « Comme un Brexit pur est impossible si l’on ne cède pas l’Irlande du Nord à la République d’Irlande, de la même façon, le confédéralisme n’est pas possible si l’on ne cède pas Bruxelles aux francophones » … sauf que Bruxelles n’est pas demandeur d’être partie prenante d’une Belgique résiduelle menée par la Wallonie. Hervé Hasquin (MR) confirme la place de Bruxelles : « La dynastie ne fait pas l’union de la Belgique. C’est Bruxelles. Je ne vois pas la Flandre emmener Bruxelles dans ses bagages, idem pour la Wallonie ». Et Jean-Luc Crucke (MR) de conclure dans une interview à La Libre:  » Il faudra discuter dans la discrétion d’une Belgique à quatre Régions « .

Certains commentateurs pensent que la Belgique ne se séparera pas à cause de l’énorme dette publique que l’on ne sait comment répartir. D’autres pensent que la Belgique subsistera parce que l’Europe ne lui concède qu’un siège et combat les tendances séparatistes, comme on l’a vu avec la Catalogne. Pour le philosophe Philippe Van Parijs,  » La Belgique subsistera à cause de Bruxelles. Pour des raisons différentes, ni la Flandre ni la Wallonie n’acceptera de s’en défaire, et ni l’une ni l’autre ne peut se l’approprier.”  Il s’en explique davantage dans cet extrait de son livre Belgium. Une utopie pour notre temps.  Vous voilà rassurés ?

 

Bruxelles capitale d’un pays bilingue ?

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Un rêve dépassé. En 1932, quand les francophones ont refusé l’inscription du bilinguisme au niveau de l’ensemble du pays, la Belgique a raté le train du bilinguisme. C’est la conclusion du  résumé historique qu’Olivier Mouton a publié dans La Libre. « Revendications du Mouvement flamand, les francophones estiment que le bilinguisme étendu à tout le pays représente une concession trop importante « . Puisque le bilinguisme pour l’ensemble de la Belgique est refusé, la Flandre et la Wallonie seront des régions strictement unilingues … qui décideront plus tard que la Région de Bruxelles se doit d’être une région bilingue comme capitale du pays.

La scission du ministère de l’Instruction publique au profit de deux Communautés linguistiques  et la fixation d’une frontière linguistique auront tôt fait de faire de la Belgique un Etat fédéral composé de 3 Régions et de 2 Communautés. Olivier Mouton écrit : La frontière virtuelle devient un mur de non-communication. La Belgique a raté le train du bilinguisme.

Philippe Van Parijs apprécie ce résumé, mais estime que même si le train du bilinguisme obligatoire avait été pris en 1932, il se serait vite enlisé. Il s’en explique dans son livre « Belgium : Une utopie pour notre temps ». Vous en trouverez ICI un extrait, qui souligne la faible motivation des jeunes à apprendre la langue de l’autre et induit facilement une attitude dédaigneuse. L’irruption de l’anglais a amplifié la situation. Tant en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles, les plus jeunes sont désormais en moyenne bien plus compétents en anglais qu’ils ne le sont dans la deuxième langue nationale. Promoteur du Plan Marnix, Philippe Van Parijs livre ICI ses conclusions personnelles sur le débat très positif qui a réuni les têtes de liste à la Bourse, à propos de l’avenir des langues à Bruxelles.

 

Notre avenir suspendu à l’Europe

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Comme capitale de l’Europe, notre avenir est largement dépendant de l’évolution de l’Europe. Une Europe qui ne fait plus rêver et qui tentait de camper sur ses acquis. L’élection de ce dimanche apparaissait comme celle de tous les dangers. L’Europe en sort bouleversée, mais pas bloquée. L’Europe se polarise: l’extrême droite grandit, mais les partis pro-européens gagnent finalement les élections. Le Monde publie un éditorial vert résolument optimiste. Le choix d’un nouveau président pour la Commission sera le prochain challenge avec l’issue d’un Brexit, qui s’éternise et se radicalise.

Sur le plan environnemental et pour la transition écologique, l’échelon le plus pertinent est bien souvent l’Europe, une Europe qu’on voudrait plus forte, plus verte et plus solidaire. Pour cette élection, on a craint le pire du côté de la désaffection, mais cela a été le plus haut taux de participation depuis 20 ans (un électeur sur deux a voté). Le pire aussi, avec la crainte d’un raz de marée des populistes et des nationalistes, qui n’ont finalement obtenu « que » 172 sièges sur 751, soit 17 de plus qu’en 2014. Après la débâcle des PPE Parti populaire européen et S&D Sociaux-démocrates, qui ont régné en maître pendant 40 ans, c’est l’axe gauche-droite qui s’écroule. Libéraux et Ecologistes devraient jouer un rôle pivot dans un futur Parlement européen fragmenté, comme le décrit Le Monde dans un article en accès libre.

L’écologie aura finalement été un élément structurant de cette campagne. C’est en Allemagne que les Verts ont obtenu leur plus beau score: 20,5% (contre seulement 10,7% en 2014!), et deviennent le deuxième parti, derrière celui au pouvoir, la CDU. Les Grünen enverront 20 députés au Parlement européen. Si le groupe des Verts/ALE a progressé de 17 sièges ce dimanche, c’est aussi grâce au score des Français (12 élus contre 6 en 2014).

Assez curieusement, à l’Europe, Ecolo et Groen seraient en léger recul (?). Aux Pays-Bas la Gauche verte progresse et au Luxembourg, les Verts obtiennent le meilleur score du Benelux avec 18,91%. Les classements pays par pays et les commentaires sont disponibles ICI et LA.

Vers une coalition progressiste

C’est ce qu’affirment Rudi Vervoort et Laurette Onkelinx – toujours présidente du PS bruxellois – dont le parti se tasse, mais demeure légèrement devant Ecolo. Ils commencent donc leurs consultations avec Ecolo, afin de voir si un programme commun est réalisable. Il faudra sans doute y adjoindre Défi pour assurer une majorité stable.

A Bruxelles, le gouvernement régional est composé de deux ailes: la francophone et la néerlandophone qui doivent gérer la Région ensemble. Personne n’a envie de gouverner Bruxelles avec une N-VA, qui veut la cogestion de la ville par les deux autre Régions. Mais voilà, si Bruzz annonce la groene golf de Groen en tête avec 20,6%, la N-VA devient le deuxième parti avec un score 18% et dépasse donc l’Open VLD de Guy Vanhengel et le One.Brussels de Pascal Smet. Une alliance Groen, Open VLD et One.Brussels compterait 10 sièges sur 17 et pourrait se passer de la NV-A.

Les commentateurs bruxellois néerlandophones de Bruzz voient se former une identité propre à Bruxelles : ‘Brussel is een eigen identiteit aan het vormen’. Pour ce qui est de la montée de l’extrême droite en Flandre qui inquiète les Bruxellois, la presse flamande (traduite par la VRT et par Daardaar) estime dans un article que ce score ne tombe pas du ciel et analyse qu’elle reflète une colère de 18% de la population. Pour le PVDA (PTB) c’est une autre approche “ Le fossé n’est pas entre le nord et le sud du pays mais bien entre les partis traditionnels et les gens ordinaires ”.