Archives pour la catégorie Identité

Un appartement suspendu

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Coincée entre deux immeubles de 10 étages, une maison de maître bruxelloise agonise depuis des années au 26 boulevard Général Jacques. Plusieurs projets tenant du façadisme ou de la pure spéculation ont été recalés. Un propriétaire et un auteur de projet, qui n’ont pas froid aux yeux, viennent d’oser une intervention contemporaine surprenante: un appartement suspendu 10 mètres au-dessus du bâtiment existant. Et, entre les deux, dans le vide créé, un jardin suspendu.

C’est l’échevin de l’Urbanisme Ecolo d’Ixelles, Yves Rouyet, qui détaille ce projet sur son site. Un projet imaginé par Thomas de Wouters d’Oplinter (maître d’ouvrage-mécène) et les architectes Luc Schuiten et Jacques Ceyssens. Il a reçu un avis favorable et enthousiaste de la Commission de concertation d’Ixelles et de la Commission Royale des Monuments et des Sites, ainsi qu’un soutien quasi unanime des riverains. Et l’échevin de conclure: comme quoi, l’audace paye !

Le propriétaire compte y implanter une fondation culturelle, des logements d’artistes et un logement familial. Sa particularité: restaurer scrupuleusement le patrimoine, porter une grande attention aux enjeux environnementaux et, dans le même temps, oser une intervention contemporaine surprenante: un appartement suspendu 10 mètres au-dessus du bâtiment existant. Et, entre les deux, ce jardin suspendu – imaginé par Luc Schuiten – se développera sur la toiture de l’hôtel de maître.

Il va falloir parler de Bruxelles

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Les « missionnaires royaux » ont beau être – Flamand ou Wallon – ils vont devoir parler de Bruxelles. C’est tellement vrai, que Luckas Vander Taelen – qui est journaliste et enseignant, mais aussi membre de Groen, ancien député européen et échevin à Forest – s’est fendu d’un lettre, adressée à cinq présidents de partis  flamands, susceptibles de négocier la mise sur pied d’un prochain gouvernement fédéral. La lettre a été publiée par Doorbraak et j’en ai fait une traduction libre, avec l’aide de DeepL, pour ceux et celles qui ne maîtrisent pas encore bien le néerlandais.

Lukas Vander Taelen est un Bruxellois néerlandophone, qui habite la ville depuis 40 ans, qui la connaît et la trouve fascinante. Il a écrit à ces présidents de partis flamands, parce qu’aucun d’entre eux n’habite Bruxelles. Il faut à la fois, les informer et combattre un certain nombre de préjugés. La vision de Bruxelles de Luckas est singulière et il la partage. Il voit des citoyens qui s’emploient à rendre plus agréable l’environnement urbain dans lequel ils vivent. Des comités de quartier et des groupes d’action qui apparaissent partout et des coopératives qui se mettent en place. Il n’est pas rare que les habitants néerlandophones de Bruxelles soient moteurs de cette évolution. Il y a de quoi être fier et il estime regrettable que cela soit aussi peu connu en Flandre.

Mais, après avoir fait un petit historique de l’évolution de cette ville brabançonne et de sa francisation, il règle aussi ses comptes avec des hommes politiques, flamands comme francophones. Relève des incohérences et des dysfonctionnements dans les structures imposées à Bruxelles. Tout comme celles que la Région maintien en place, alors qu’elle pourrait les rationaliser. Il fait du modèle parisien un exemple pour Bruxelles: un Maire pour la Ville-Région et 19 mairies d’arrondissement. Il conclut: il ne serait pas mauvais, lorsque l’on parlera de Bruxelles, que vous vous informiez bien auprès de gens qui y vivent.

Qui donc recommandera cela aux présidents de partis francophones qui, pour la plupart, n’habitent pas Bruxelles, et ne sont familiers que de la rue de la Loi, voire du Quartier européen ?

Bruxelles a besoin d’une réforme de l’Etat

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Un billet invité d’Alain Maskens

Avec ses neufs ministres de la Santé, la crise sanitaire a mis une 7ème (et dernière ?) réforme de l’Etat à l’agenda du duo Magnette/De Wever. Fruit de compromis entre partis basés sur des identités flamandes ou francophones, la fédération Belgique a démontré l’inefficacité de ses structures. C’est Bruxelles qui est le plus pénalisée par cette situation, elle qui relève de sept gouvernements, parlements et administrations différents selon les domaines. Elle qui est enserrée sur un territoire défini par les compromis linguistiques et non par l’histoire, la géographie ou la rigueur de la gestion.  C’est donc la Région de Bruxelles qui aurait le plus à gagner d’une construction fédérale plus simple, plus cohérente et définitive, comme vous le lirez ICI et puis encore ICI.

Pour y parvenir, on se plaît à rêver d’une réflexion en profondeur, associant politiques et citoyens, regroupant Flamands, Wallons, Bruxellois et Germanophones, et débouchant sur diverses options soumises ensuite à consultation populaire. Tandis qu’en parallèle un gouvernement de plein exercice prendrait en charge la gestion de la quadruple crise (sanitaire, climatique, sociale et économique) qui nous secoue.

Las, peut-on espérer une telle évolution au départ de marchandages secrets entre des partis fondés sur des identités linguistiques opposées ? Lorsque les démons et symboles identitaires reprennent le dessus ? Avec les Bruxellois absents ? Et puis la formation d’un gouvernement fédéral de plein exercice qui leur est inféodée ? Une fois de plus assisterons-nous à des transferts de compétences contre du fric ? Soyons attentifs et malgré tout optimistes : les Bruxellois pourraient déjà améliorer une partie de leurs institutions à leur seule initiative, comme vous pourrez le constater ICI. Ils auraient tort de s’en priver !

 

La révolte des villes

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C’est un philosophe et éditorialiste proche de la droite radicale flamingante qui profite de ce qu’il appelle « la gestion calamiteuse du coronavirus en Belgique » pour émettre une Opinion dans Doorbraak, traduite ICI par DaarDaar. Selon lui, « les instances supérieures ont manqué à leurs obligations et ont perdu donc toute légitimité dans la gestion de cette crise. Il s’est produit un événement remarquable, que les politologues semblent ne pas avoir remarqué, alors qu’il s’agit d’un véritable bouleversement du système fédéral belge. Des bourgmestres se sont mis à définir leurs propres règles, et même à exiger des systèmes de traçage pour pallier les manquements des autorités fédérales et régionales ».

« Après la longue succession de gaffes de Maggie De Block (et celles de Philippe De Backer ndlr) au niveau fédéral à propos des masques, des tests et maintenant des systèmes de traçage, les autorités locales ont fini par prendre conscience de la nécessité de prendre les choses en main ». En effet, lorsque les autorités supérieures ne prennent pas leurs responsabilités ou ne sont pas assez claires (1), au bout du compte c’est au bourgmestre qu’il revient de maintenir ou de restaurer sur son territoire l’ordre public, qui comprend la propreté, la salubrité, la sûreté (sécurité) et la tranquillité publiques.

« Au demeurant, les villes flamandes peuvent témoigner d’une longue tradition d’autonomisme et de révolte, entre autres grâce à leurs beffrois. Pensons à Bruges et à sa révolte contre l’occupant français qui déboucha sur la Bataille des Éperons d’or, à Gand avec son chef rebelle Jacob van Artevelde, mais aussi aux républiques gantoises et anversoises de 1577 à 1585, en rébellion face au pouvoir espagnol. La révolte des villes et communes revêt actuellement une importance capitale et constitue une source d’inspiration pour quiconque rêve de souveraineté ». Les libertés communales, leurs Chartes et leurs privilèges ne sont pas un vain mot sur le territoire de l’actuelle Belgique, et cela déjà depuis le Moyen Âge.

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(1) C’est parce que le gouvernement fédéral n’a pas été clair dans la définition qu’il donne à ce qu’il qualifie de « grands événements » – toujours interdits en période de coronavirus alors que les parcs d’attraction et les marchés sont autorisés – que la foire du Midi a dû être interdite par le bourgmestre Philippe Close, 

 

L’invisibilité des personnes âgées

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René a 68 ans. Il est célibataire. Il a toute sa tête et a gardé intact son humour un peu cynique. Les connaissances qu’il a accumulées au cours de sa carrière d’ingénieur à la STIB pourraient encore être utiles aujourd’hui. Mais voilà, un problème de cheville l’a cloué sur une chaise roulante. Son manque d’autonomie physique l’a conduit à choisir une maison de repos. Il a le sentiment d’être devenu inutile. La crise du coronavirus lui a fait craindre le pire dans sa résidence, où personne n’était testé et où la liste des annonces de décès n’arrêtait pas de s’allonger. Le sentiment de ne plus compter pour personne, juste un peu de compassion.

La crise sanitaire a révélé le peu d’égard accordé à la vieillesse et à la mort. Une occasion de changer de regard sur la retraite et le grand âge à Bruxelles. Les seniors n’ont-ils pas été maintenus trop longtemps en maison de repos pour éviter la saturation des hôpitaux ? Les maisons de repos ne sont-elles pas trop souvent devenues un business comme un autre ? avec ses restructurations en vue d’une meilleure rentabilité ? La crise a montré que les métiers d’aide aux personnes sont essentiels et qu’ils doivent être mieux valorisés. Des soins à domicile optimalisés ne devraient-ils pas permettre aux personnes âgées de rester chez elle et au sein de leur entourage le plus longtemps possible ? Nous n’avons même pas été capables de gérer le deuil et d’enterrer dignement.

« Une société repose à la fois sur les vivants et les morts. On ne disparaît pas des mémoires, des souvenirs. La notion de transmission est donc fondamentale. Nous avons besoin de ces rites de passage pour continuer nos vies. La problématique du deuil fait partie des choses qui ont été très mal gérées durant cette crise, montrant une absence totale de préparation. Ce qui nous a conduit à enterrer les gens à la sauvette » affirme le sociologue Serge Guerin. « On ne peut pas faire des vieux des robots joyeux qui n’ont vocation qu’à être des consommateurs. Il ne faut pas se contenter d’occuper les seniors. Les personnes âgées doivent être les auteurs de leur vie. Elles doivent avoir la possibilité de s’engager dans des projets associatifs mais aussi de s’intégrer dans le milieu de l’entreprise ». Il en dit bien plus dans cette interview de L’Echo.