Archives pour la catégorie Identité

Un savoir-vivre urbain partagé

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Chaque ville a ses habitudes, ses codes, son étiquette. Des non-dits qui se partagent entre citadins et qui leur permettent de se reconnaître, de se sentir chez eux. Lorsque de nouveaux habitants arrivent, pas évident pour eux de connaître ces codes et de s’intégrer dans une nouvelle société urbaine, parfois plus prompte à juger plutôt qu’à  partager amicalement ses us et coutumes.

Les parcours d’intégration obligatoires en Communauté flamande (inburgering) pour les primo-arrivants non européens ont donné des résultats au niveau de la langue et de la citoyenneté. La Wallonie les a rendus obligatoires il y a peu. A Bruxelles, ces parcours arrivent tardivement, à un moment où l’immigration est de plus en plus européenne et donc non assujettie. Pour les personnes hors Europe, ils sont désormais obligatoires … mais toujours pas mis en application. CAIRN Info consacre une réflexion de fond sur cet forme « d’activisme d’Etat ». Soutien ou sommation ? se demande le CRESPO. Et le CIRÉ s’interroge ICI sur les besoins des bénéficiaires. Le Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation s’intéresse à l’analyse des résultats.

Plus modestement, dans une ville aussi cosmopolite que Bruxelles, ne serait-il pas nécessaire de commencer par rappeler à chacun quelques règles de savoir-vivre qui favorisent de bonnes relations entre citadins ? A l’entrée des parcs, pourquoi ne pas afficher clairement ce qui est permis ou non ? cela pourrait aussi faciliter le travail des gardiens de la paix et des policiers chargés d’informer et – si nécessaire – de verbaliser les contrevenants. Même chose sur le piétonnier, accessible à des deux roues qui mettent trop souvent les promeneurs en péril par leur vitesse excessive. Dans les transports en commun peut-on boire ? manger ? emmener un vélo ? un chien ? Tout cela gagnerait à être plus clairement précisé, pour rendre la vie sociale plus agréable et renforcer l’émergence d’un véritable « peuple de Bruxelles » avec sa jovialité, son humour et sa bonhommie.

des indications claires à l’entrée d’un parc à Tokyo

Tous Bourguignons

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Quand la Bourgogne défiait l’Europe. C’est l’histoire de nos origines, Francophones comme Flamands, le début de notre identité collective multiculturelle. Nous sommes des Bourguignons, c’est Bart Van Loo qui l’affirme. Un auteur flamand talentueux marié à une Bourguignonne, cela donne un livre qui passionne autant que Game of Thrones et qui suinte notre identité de partout. Minutieux, précis, mais aussi éloquent et malicieux, Bart Van Loo a ce talent et cette modestie belge de mélanger savoir, humour et anecdotes truculentes. Brel n’est jamais très loin. En deux minutes, il vous donne ici trois raisons de lire son livre. Un ouvrage qui atteint déjà l’incroyable tirage de 200.000 exemplaires ! Et Guy Duplat vous donne encore ICI des raisons supplémentaires de le lire, traduit en français chez Flammarion.

Entre France et Allemagne, l’histoire du duché de Bourgogne – ce Plat Pays – est aussi notre histoire à nous. A son apogée il recouvrait la Belgique, les Pays-Bas et la Bourgogne actuelle. Des Burgondes et une série de grands ducs – Philippe le Bon, Charles le Téméraire, … et finalement Charles Quint – dont la puissance et la richesse font des envieux dans toute l’Europe. Paris en bave. Culture-Tops et France 3 vous en disent plus sur ce livre d’histoire, qui se lit comme un thriller, dans lequel l’église scande encore la vie des humains, de leur naissance à leur mort.

Pour vous replonger dans cette époque d’avant l’imprimerie, rien de tel que d’aller visiter l’exposition très vivante et animée que la Bibliothèque Royale (KBR)  consacre à l’Albertine aux ducs de Bourgogne. Des enluminures d’une fraîcheur incroyable dans des livres précieux, qui vous livrent tous leurs secrets de fabrication. C’est toute la précieuse bibliothèque des ducs de Bourgogne qui va y défiler, avec la rotation régulière des ouvrages exposés. Comptez bien deux heures de visite. En attendant d’y aller faites-vous en une idée ICI.  Et vous pouvez déjà zoomer à l’infini sur les enluminures numérisées de la KBR.


Oui à une réforme de l’Etat

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Rudi Vervoort affirme que ce n’est pas à cela qu’il pense quand il se réveille le matin. Vous, peut-être non plus ? en ces temps de pandémie. Un coronavirus qui a cependant fait la démonstration de l’inefficacité d’une lasagne de 9 ministres en charge de notre santé. Même si nous avons d’autres urgences, il nous faut trouver le temps de réfléchir à une nouvelle organisation d’un Etat fédéral toujours inabouti.

Oui, une Belgique à quatre Régions pourrait garantir un futur pour Bruxelles. Oui, il faut établir la liste des problèmes que cette formule va générer. Oui, il faut trouver des réponses à ces problèmes. Oui, les francophones doivent se mettre à la tâche, car cette fois ce sont les Flamands qui sont plutôt « demandeurs de rien ». On ne peut se limiter à de négociations et des marchandages entre partis, il faut aussi associer la société civile à cette réflexion fondamentale dans un grand débat démocratique.

C’est une première dans l’histoire de Belgique: la réforme de l’État va être préparée en consultant d’abord les citoyens, dixit la Vivaldi. Paul De Grauwe et Philippe Van Parijs invitent à réfléchir aux conditions de réussite de ce dialogue. Béatrice Delvaux en parle aussi dans un article où elle annonce un débat vidéo organisé par Re-Bel avec les deux ministres en charge de la réforme Annelies Verlinden et David Clarinval, ainsi que l’historien David Van Reybrouck et d’autres experts étrangers des panels citoyens. La rediffusion de ce débat sera disponible avec ce lien en fin de semaine. Mais voilà, dès à présent, le point de vue percutant (et sa traduction) de l’ancien journaliste Walter Zinzen, pour qui toute réforme de l’Etat commence nécessairement par un statut réaliste pour Bruxelles. Il apporte largement de l’eau à notre moulin.

 

Happy Monday: sous les pavés la Senne

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Bruocsella est née entre les deux bras d’une rivière jadis généreuse. Sans eau, pas de vie urbaine, parce que pas d’énergie, pas de transport fluvial, pas de teinture de draps … et pas de bière. Aujourd’hui voûtée, la Senne ne traverse plus le centre de Bruxelles. Les Bruxellois souhaitent revoir la Senne et RTL détaille les projets de ce retour. Plus au nord, après un premier tronçon, la Senne va revoir le jour sur plus de 200 mètres selon les plans publiés dans la revue de Bruxelles Environnement. Les travaux d’ouverture de l’ancien pertuis et la restauration des berges devraient être terminés pour le printemps. Une partie des plantations qui seront établies sur le site ont même été prélevées sur place avant les travaux.

Le bassin de la Senne c’est aussi la vallée de la Woluwe, celle du Maelbeek, du Neerpedebeek ou encore celle du Molenbeek. Savez-vous que Bruxelles compte encore des sources ? Pas moins de158 étangs sont présents sur notre territoire. S’ils jouent un rôle ornemental important dans la cité, ils constituent aussi d’importants bassin d’orage qui nous protègent des inondations et soulagent nos égouts. S’il en est au Bois de la Cambre ou au Parc de la Pede, il en est aussi au coeur de la ville, comme les Etangs d’Ixelles ou celui du Jardin Botanique. Quant à la Senne, elle devrait bientôt aussi être à ciel ouvert au Parc Maximilien.

L’eau à Bruxelles, c’est finalement toute une histoire. La Coordination Senne vous livre tous les secrets de l’eau à Bruxelles avec de très belles photos. La RTBF propose aussi une promenade aménagée pour vous faire redécouvrir notre cours d’eau originel. C’est tout un maillage bleu qui est en train de se retisser, un patrimoine bleu qui ressurgit. Même les toitures vertes, les potagers urbains et les jardinets qui remplacent des emplacements de parking sont comme des éponges qui retiennent l’eau, procurent de la fraîcheur et luttent contre la minéralisation de la ville et les canicules.

La Senne à Forest et le projet au Parc Maximilien


Basta la lasagne

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À Bruxelles, il y a de nombreuses couches institutionnelles, tout est compliqué parce que nous ne sommes ni la Flandre, ni la Wallonie et pas même un simple mélange des deux. Une Région différente, à qui les deux autres ont imposé un bilinguisme qu’elles ne pratiquent pas. C’est pour concilier régionalistes et communautaristes que Bruxelles est une Région à part (presque) entière, vu qu’elle dépend des communautés française et flamande pour sa culture et son enseignement. D’où COCOF, VGC, COCOM … et autres institutions bicommunautaires.

Voilà plus d’une quinzaine d’années que Manifesto, puis l’Appel des Bruxellois et les Etats Généraux de Bruxelles organisés par Aula Magna, ont dénoncé cette lasagne institutionnelle, qui freine le développement de Bruxelles. Plus de quinze ans que « communautaristes », « belgicains » et autres « demandeurs de rien » s’opposent à une Belgique basée sur quatre Régions. Mais nous avons eu raison d’être persévérants, parce qu’aujourd’hui les « régionalistes » sont de plus en plus nombreux à sortir du placard et à oser exprimer leur choix publiquement. Y compris des présidents de partis, en vue des élections de 2024, qui pourraient bien être déterminantes.

Dans Bussines AM de Newsweek, le président du PS vient d’affirmer vouloir éviter de s’assoir à la table des négociations en étant ‘demandeur de rien’. Paul Magnette aurait même un plan bien ficelé sur lequel son parti travaille, même si les attentes au sein de la Vivaldi sont pour le moment minimes. Le PS a mis en place pas moins de 6 groupes de travail en interne pour discuter de la nouvelle structure de l’Etat. Le président du PS a même déjà rencontré les présidents du MR et d’Ecolo. Et le cdH et DéFI seront prochainement invités pour prendre part aux discussions. Le modèle du PS ? Quatre Régions à part entière, et la fin des Communautés. Il reste du pain sur la planche, de nombreuses questions à résoudre, mais on semble aller dans la bonne direction. La suite des proposition de Paul Magnette est à lire ICI.

photo kakuko sur pixabay