Archives pour la catégorie Gouvernance

Traitement ou vaccin ?

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On parle beaucoup de ce vaccin miraculeux qui devrait nous délivrer des affres de cette pandémie. Avec 3 milliards de clients potentiels, on peut comprendre l’intérêt que lui portent les laboratoires privés et les universités. Même en ayant allégé les conditions d’expérimentation, peut-on croire qu’un vaccin puisse être testé valablement, déclaré efficace et mis sur le marché en 2021 ? Pour être prêtes, certaines firmes ont commencé à mettre leur vaccin en fabrication, sans attendre la fin des études en cours, quitte à devoir détruire leur stock, si les études devaient s’avérer négatives. Quant on sait, qu’après 35 ans de recherches, on n’a toujours pas de vaccin contre le sida, ni contre l’hépatite C après 20 ans, on mesure l’ampleur de la tâche. J’espère me tromper.

La Belgique aurait cependant déjà commandé 7,5 millions de doses à AstraZeneca. De quoi vacciner 3,75 millions de personnes, à raison de deux administrations. Si vaccin il y a – et s’il s’avère efficace – qui pourra en bénéficier ? sera-t-il gratuit ? sera-t-il obligatoire ? La question ne manquera pas de se poser parmi les opposants à tout vaccin et parmi ceux qui voudront disposer d’un recul avant de s’engager dans une vaccination. Non vaccinés, les enfants seront-ils encore admis en crèche ? et les ouvriers et employés sur leur lieu de travail ?

Pas de vaccin contre le sida et l’hépatite C, mais des traitements efficaces. On ne meurt (presque) plus de ces maladies. Pourquoi la recherche de traitements Covid-19 semble si peu développée ? Un marché moins large ? Une première inoculation humaine du covid vient d’être soutenue par le gouvernement britannique selon European Scientist – traduit ICI avec DeepL. Si approuvée sur le plan éthique, elle devrait aider à la compréhension de la maladie, à l’élaboration de vaccins, mais aussi à la recherche d’un traitement. Si on disposait d’un remède efficace contre le Covid-19, la panique devant la pandémie ne manquerait pas de reculer.
En attendant, sortez couverts, le masque serait au Covid-19, ce que le préservatif est aux MST.

Happy Monday: Bruxelles n’est plus à la traîne

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Mesures fédérales insuffisantes pour contrer le développement rapide du virus dans tout le pays. La Wallonie prend des mesures complémentaires dès vendredi. La Région de Bruxelles en prend de plus strictes samedi. Là, il va falloir communiquer de manière efficace et susciter l’adhésion de toutes les couches de population. Contrôles et sanctions seront nécessaires, mais ne se suffiront pas pour faire respecter les consignes. Le virologue Steven Van Gucht demande à tous les Belges de rester chez eux autant que possible: « Les prochains jours seront décisifs ». Le professeur de santé publique de l’ULB recommande l’autoconfinement volontaire aux Bruxellois soucieux de l’intérêt général.

Comment « bien vivre » jusqu’au 19 novembre sans rencontrer plus de 4 personnes ? sans cinéma, sans théâtre, sans maisons de jeunes ni de sports d’équipe ? sans cafés et restos ? Il va falloir être très créatif à l’approche de l’hiver. Ce sera le prix à payer pour faire descendre la courbe des contaminations et éviter la saturation de nos hôpitaux. Pour ceux qui sont connectés, il reste (heureusement) WhatsApp, Facebook, Instagram gratuits et Netflix – pour ceux qui peuvent se le payer. Pour ceux qui n’ont pas peur des grands mots, il y a même le soutien des Psy et de la Philo. Et les bonnes idées de Prosantégo, pas seulement pour les pros de la santé.

Hier, mes voisins ont fait un grand bouillon de poule aux légumes frais et m’en ont apporté une ration. L’avant-veille, je leur avait réservé deux parts du navarin d’agneau que j’avais cuisiné. On s’est regardé manger sur Zoom et fait nos commentaires, comme au resto. Dimanche j’ai invité une amie londonienne à prendre le 44 pour faire un tour masqué en forêt de Soignes. Mes neveux discutent sur WhatsApp pour voir comment passer Noël et Nouvel An sans déprimer. J’espère que le Samusocial s’est organisé pour que les personnes sans domicile disposent d’un toit, suite au couvre-feu. Et puis quoi au parc Maximilien ? à part des descentes de police ?

L’adversité rassemble les Bruxelloises et les Bruxellois. C’est nous qui arrêterons le virus.
Vous avez des idées ou des expériences à partager ? Enjoy Life – Play Safe.

montage photo Erwin Declerck 

Tester massivement et rapidement

Billet d’humeur
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Lundi, il obtient de son médecin traitant d’être testé rapidement, suite à une rencontre avec une personne avec qui il a diné la semaine dernière et qui l’a appelé pour lui dire qu’elle a été testée positive au Covid-19. Le lendemain elle lui annonce qu’elle a des symptômes. Il prend rendez-vous avec son médecin mardi pour un test PCR. Le médecin lui dit qu’il a de la chance: « demain les personnes à risques sans symptômes ne pourront plus se faire dépister» ». Désormais, elles devront se mettre spontanément en quarantaine de 10 jours. Cela pour désencombrer les labos d’analyse, qui ne lui donneront pas les résultats de son test de mardi … avant samedi.

Les personnes sans symptômes, souvent infectées à leur insu, sont des vecteurs de transmission. L’urgence d’un testing rapide est plus que jamais de mise. « L’impossibilité de les repérer met à mal l’efficacité du contact tracing et de notre capacité à endiguer la circulation du virus », assène l’immunologue Michel Goldman (ULB). Alors que la BBC annonce que la ville chinoise de Qingdao a été capable de tester ses 9 millions d’habitants en 5 jours, pourquoi tant de lenteurs chez nous ? Selon un article du Soir, un contrôleur des finances a jugé désormais inutile de faire quelques entorses à l’interminable réglementation des marchés publics. Malgré les cris d’alerte des experts, ni lui, ni aucun ministre d’ailleurs, n’a jugé bon de revenir sur cette décision, qui est la cause des retards dans l’arrivée des machines et robots destinés au testing.

N’est-ce pas faute de savoir qui est contaminé – et donc contagieux – que les autorités sont contraintes d’administrer des « punitions générales » à tous les citoyens et à de nombreux commerces et événements du pays ? Alors, n’est-il pas temps de se ressaisir ? L’Université de Liège semble avoir des solutions. Il faut les analyser rapidement pour pouvoir les mettre en oeuvre au plus tôt, en mettant fin à une bureaucratie tatillonne et paralysante. Tester massivement et rapidement. Non ?

Se loger, un luxe ou un droit ?

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Dans les grandes villes européennes, les prix de l’immobilier et le montant des loyers ont augmenté à des niveaux inabordables avec un salaire moyen. Bruxelles n’y échappe pas et la situation a contraint les familles modestes à habiter à l’étroit dans des logements inadaptés au confinement et souvent coûteux en terme de charges, pour cause de mauvaises performances énergétiques. Le Monde constate que les travailleurs essentiels au fonctionnement élémentaire d’une ville – tels que les policiers, les pompiers, les enseignants ou les infirmières sont contraints d’habiter en périphérie et de faire la navette, avec ses effets sur la mobilité et sur l’efficacité socio-économique. Plusieurs villes exigent un encadrement  des loyers, parfois aussi bénéfique au propriétaire. A Bruxelles, nous avons les Agences Immobilières Sociales (AIS) qui gèrent la location de 6.000 logements à la place des propriétaires, à des loyers inférieurs au marché.

La ville, qui manque toujours de 40.000 logements sociaux, ne régule pas les loyers, mais a opté pour une formule de loyers de référence – purement indicatifs – le montant du loyer étant toujours fixé librement par le bailleur. Sur base d’éléments tels que la localisation, le nombre de chambres, la superficie habitable, la localisation, les performance énergétique et l’éventuelle concurrence des logements publics, vous aurez une évaluation du loyer qui tient compte du marché local. Que vous soyez locataire ou bailleur, actuel ou futur, vous pouvez faire le test ICI.

A Berlin, autre formule. Avec 80 % des habitants locataires de leur logement, la flambée des prix a été une véritable bombe sociale. Il y a eu une régulation des loyers, contestée par une propriétaire. La Cour constitutionnelle a tranché « Il est conforme à l’intérêt général d’empêcher l’éviction des catégories de population les moins performantes économiquement hors des quartiers où la demande est forte ». Pour la Cour, le mécanisme qui régule le prix des locations ne constitue pas une entorse démesurée au principe de propriété privée, garanti par la Constitution.

 

Légitimité de l’usage de la force

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Seules les forces de l’ordre sont autorisées à faire usage de la force, encore faut-il que ce soit une réponse légitime et proportionnelle. Les manifestations pacifiques des membres d’Extinction Rebelion à la place Royale ou celles du personnel soignant, ont révélé une perte de sang-froid et parfois même une colère ou un acharnement de la part de certains membres des forces de l’ordre. Le commissaire Vandersmissen – dont on peut s’étonner qu’il fut encore en charge du maintien de l’ordre avec le tempérament vengeur qu’on lui connaît – a dû être temporairement suspendu de ses fonctions, suite à l’indice d’un dérapage, qu’il conteste par ailleurs.

Suite à la mort du jeune Adil fuyant un contrôle et aussi celle de Medhi, par des policiers blanchis par le parquet, la tension monte et les caillassages des forces de police se multiplient, même si le chef de corps met l’augmentation des plaintes en doute. Si le respect réciproque entre policiers et citoyens devrait être en mesure de réguler la protection des citoyens et le maintien de l’ordre, force est de constater que ce respect mutuel fait trop souvent défaut.
Le maintien de l’ordre sera l’objet de la prochaine rencontre d’Aula Magna le 7 novembre.

Si le sujet vous intéresse, on projette actuellement au Vendôme et à L’Aventure le documentaire « Un pays qui se tient sage », dont l’auteur est interviewé ICI. Il questionne la légitimité de la violence d’Etat à partir de vidéos de témoins  (l’arme des citoyens) et de commentaires de sociologues, de philosophes et de juristes, dont la remarquable Monique Chemillier Gendreau. Le film concerne la situation française et peut sembler largement à charge, vu que la plupart des responsables de l’ordre public ont refusé de s’exprimer. On y fait sans doute aussi trop facilement l’impasse sur les casseurs professionnels, qui se mêlent régulièrement aux manifestations citoyennes. Une autre émission étend ICI le débat qui agite d’autres pays d’Europe.