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Réunir l’administration

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Les 2.000 agents de l’administration de la Région vont être regroupés en un seul bâtiment, dès que la « Silver Tower » sera achevée à la gare du Nord. Une décision prise avec peu de transparence et peu d’ambition, selon le bouwmeester, qui estime qu’elle est déjà obsolète avant  même d’être terminée. Ne doit-on pas s’étonner de voir la Région louer un bâtiment neuf qui s’équipe de murs-rideaux (1) en verre qu’on croyait d’un autre temps ? A New York, le maire fait obligation à tous les gratte-ciel en verre et en acier de la ville d’être rénovés à grands frais, pour se protéger du soleil et limiter l’usage de l’air conditionné.

Je ne suis pas ingénieur, mais je doute qu’une façade entièrement vitrée et sans aucun pare-soleil puisse offrir une performance énergétique compatible avec les exigences actuelles au niveau climatique. J’attends d’être contredit valablement par les spécialistes.

Il faut espérer que le gouvernement régional se soit entouré de toutes les garanties pour assurer les meilleures performances énergétiques pour ce bâtiment, dans l’intérêt du confort de ses fonctionnaires, de ses charges de climatisation et de la préservation du climat.

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(1) Le mur-rideau (aussi appelé « façade rideau ») est un type de façade légère. C’est un mur de façade qui assure la fermeture de l’enveloppe du bâtiment sans participer à sa stabilité (les charges étant transférées à la fondation principale par des raccordements aux planchers ou aux colonnes du bâtiment). Les panneaux sont donc appuyés, étage par étage, sur un squelette fixe. Le CTB: on ne peut plus vitrer sans un bon contrôle solaire.

Bruxelles s’émancipe

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Bruxelles, petite métropole d’âmes multilingues, mais aux règles bilingues. 184 nationalités (et plus encore d’idiomes) mais deux Communautés. Décalage entre la ville qui vit et les institutions qui se figent sur l’ambiguïté belge. La Belgique s’est construite sur deux modèles : celui qui divise le territoire en trois Régions et celui qui répartit les citoyens en trois Communautés. A l’intersection de ces deux théories, Bruxelles. Qui doit se battre, depuis trente ans, pour s’asseoir à la table des grandes, la Flandre et la Wallonie. Et s’arranger avec la coexistence, sur ses 162 kilomètres carrés, de deux Communautés. D’où une organisation d’une complexité paralysante. C’est Véronique Lamquin qui résume ainsi Bruxelles dans un article du journal Le Soir.

Septante pour cent des Bruxellois citent le bilinguisme de la Ville-Région comme un élément fondateur de la bruxellitude, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir suivre des cours de néerlandais ou en faire suivre à leurs enfants. Une affirmation citoyenne du Soir, qui anticipe une évolution politique ? Pas sûr que les esprits soient mûrs, dans le reste du pays, pour concéder à Bruxelles l’émancipation institutionnelle dont elle a besoin pour devenir une véritable Ville-Région.

Bruxelles a toujours été le caillou dans la chaussure confédérale…
La N-VA veut imposer un « choix aux Bruxellois »: les habitants de la capitale devraient opter entre appartenance francophone ou néerlandophone. Des sous-nationalités inacceptables pour les francophones, pour nombre de Bruxellois néerlandophones et pour tant d’allophones. La fronde de l’Open VLD bruxellois face aux exigences de leur présidente nationale, le changement de nom des socialistes bruxellois néerlandophones de One Brussels ou le rapprochement de plus en plus fort entre les deux partis verts de Bruxelles, augurent bien d’une création possible de partis bruxellois multilingues, indépendants de leurs instances communautaires.
On veut y croire.

Voter: un devoir démocratique ?

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L’Etat de droit repose sur un régime démocratique élu au suffrage universel. En Belgique le droit de vote est acquis pour tous les citoyens (1), mais aller voter est aussi un devoir. La revue Politique y a consacré un article de Xavier Mabille. La suppression du vote obligatoire programmée par le nouveau gouvernement flamand – pour les communales et les provinciales – a relancé la question de cette obligation, par laquelle la Belgique fait figure d’exception en Europe, avec la Grèce et le Luxembourg. LaLibre publie un édito à propos de cette décision flamande. Les partis politiques francophones ont répété leur attachement à ce devoir, même si chez les libéraux, un certain nombre d’élus la remettent en question au nom de la liberté.

L’obligation faite aux citoyens d’aller voter part d’une volonté de lutte contre l’absentéisme, qui pourrait bien devenir le « premier parti » dans plusieurs pays, mais elle part aussi d’une volonté d’assurer une légitimité aux élus et élues qui vont représenter le peuple dans les parlements. Tout le monde est-il capable de comprendre les enjeux et de faire les choix adéquats ? Bien sûr que non, mais même les personnes fragiles et les illettrés ont le droit et le devoir de voter, sinon le suffrage universel doit être remplacé par un retour au vote censitaire. Les partis, la presse, l’école, les médias sociaux ont l’obligation d’aider chacun à accomplir son devoir en parfaite connaissance des enjeux.

Certains espèrent que le vote obligatoire ramène vers la politique des personnes qui s’en détournent. Sinon, ils craignent de voir les partis se concentrer sur les sujets qui intéressent leur électorat acquis, délaissant d’autres problématiques. Manifester son opposition à la particratie peut aussi s’exprimer par un vote blanc ou un vote nul, plutôt que par l’abstention. Ces « votes » seront visibles, parce que comptabilisés. Ne faut-il pas regretter que l’Etat belge applique de moins en moins de sanctions envers les citoyens qui ne remplissent pas leur devoir électoral ?

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(1) Pour les régionales, le droit de vote n’est pas acquis pour les ressortissants de l’Union Européenne, résidant depuis plus de 5 ans à Bruxelles, et encore moins pour les résidents de pays hors UE. Le parlement bruxellois estime inadmissible qu’un Bruxellois sur trois ne puisse pas voter pour la Région où il réside et paie ses impôts.

 

La Flandre impacte Bruxelles

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Le contenu de l’accord de gouvernement conclu en Flandre aura un impact sur Bruxelles, tout comme celui conclu par la Wallonie et par la Fédération Wallonie Bruxelles. La Flandre continuera à consacrer 5% de son budget à Bruxelles, en grande partie au profit de l’enseignement qu’elle y dispense. Le port de signes convictionnels sera proscrit dans ses établissements d’enseignement officiel. Les critères de reconnaissance des cultes seront renforcés. « Les imams seront formés chez nous », a déclaré Jan Jambon.

Parmi les décisions prises par le nouveau gouvernement flamand figurent aussi celles-ci.
Le parcours d’intégration obligatoire néerlandophone et l’examen seront dorénavant payants (360€). Il y a donc fort à parier qu’à Bruxelles les primo-arrivants choisiront majoritairement le parcours francophone qui reste gratuit. Les demandeurs d’asile ne pourront plus prétendre à une allocation familiale durant la procédure de leur demande et ensuite ils n’auront accès à la caisse flamande d’assurance santé ou à un logement social qu’après avoir séjourné 10 ans en Flandre. Eux aussi auront de bonnes raisons de plutôt s’adresser à Bruxelles ou à la Wallonie.

Sur le plan Climat et Mobilité, la Flandre ne mentionne aucunement l’instauration d’une taxe kilométrique et s’aligne ainsi sur la Wallonie. Bruxelles devra donc trouver sa propre formule, pour limiter l’arrivée de flots de voitures dans la Région. D’autant plus, que l’accord flamand confirme l’élargissement du ring de Bruxelles. D’autres points sont relevés ICI.

Identité en péril

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C’est à Dublin. CityLab relate ICI la disparition de la peinture murale d’Attenborough qui a fait grand bruit, mais qui n’est pas la seule oeuvre de street art à avoir disparu des murs. Des marchés de rue ont été supprimés, des bars et lieux culturels ont été fermés. Souvent, les constructions qui les remplacent sont conçues pour les touristes. Les habitants craignent que la vitalité et le caractère de la ville ne soient définitivement dépouillés. Ils redoutent que Dublin soit totalement abandonnée aux pressions exercées par les promoteurs et l’industrie du tourisme de masse.

Autres victimes de ce mois: le Bernard Shaw, un pub et une salle de concert, Eatyard, un marché alimentaire sur la parcelle voisine, le départ du Théâtre Tivoli, un bâtiment des années 1930, qui sera remplacé par un hôtel et la démolition programmée d’un pub traditionnel populaire dans le quartier nord de la ville.

Les problèmes actuels de Dublin semblent être les effets secondaires de la popularité et du développement de la capitale irlandaise. L’économie de la ville est en plein essor. Elle a enregistré des niveaux d’emploi record au dernier trimestre de 2018, tandis que la ville s’est fixé un objectif de 3 millions d’arrivées touristiques annuelles supplémentaires d’ici 2028. L’identité et la culture de la ville sont en péril. Le tourisme de masse risque de la mener à un point de non retour. Un avertissement pour la touristification galopante du centre historique de Bruxelles ?

photo CityLab Paul Faith/AFP/Getty