Archives de catégorie : Gouvernance

Pourquoi sommes-nous survolés ?

Certains quartiers de Bruxelles sont à nouveau fortement survolés, de jour comme de nuit. Pourquoi envoie-t-on les avions de Zaventem au-dessus de la ville la plus densément peuplée du pays ? N’y a-t-il pas moyen d’impacter moins de monde ? Une nouvelle étude d’incidences, exigée par la justice et résumée ICI, présente 9 scénarios dont 7 renvoient les nuisances vers des espaces moins densément peuplés de Flandre. Les habitants du Noordrand s’y opposent violemment avec le support de leurs politiciens.

On peut les comprendre, mais l’aéroport est situé en Flandre et c’est le gouvernement flamand qui délivre les permis qui ont autorisé les extensions de cet aéroport mal situé. C’est aussi lui qui refuse d’instaurer des normes de bruit, pour ne pas gêner l’aéroport. C’est lui encore qui s’est aussi opposé – en son temps – au transfert de l’aéroport à Chièvres et mis Beauvechain au frigo. Les élus de Flandre semblent privilégier l’économie et l’emploi plutôt que la santé de leurs habitants.

Dans une carte blanche (pas encoure publiée) je m’insurge contre cette politique flamande, qui exige une « répartition équitable » des survols qui ne tient pas compte des densités de populations survolées. C’est la Flandre qui autorise l’extension de l’aéroport de Zaventem, mais c’est Bruxelles qui devrait en assumer une part importante de nuisances. Plutôt que de tenter de se décharger d’un certain nombre de survols sur Bruxelles, les électeurs du Noordrand ne seraient-ils pas mieux avisés de s’en prendre au laxisme de leurs élus ?

Picqué: un mauvais socialiste ?

A la veille de son départ, Charles Picqué livre sa différence à Bruzz. Extraits.

Mixité sociale. Saint-Gilles jouit d’une grande mixité sociale. C’est en partie parce que nous avons acheté une série de maisons (180 bien réparties). Il ne faut pas concentrer les résidents vulnérables en un seul endroit. On opte trop souvent pour des solutions de facilité: des appartements superposés comme des kots à lapins. Notre mission n’est pas de constituer des réserves de pauvres ! Nous ne pouvons pas changer la ville juste pour gagner des élections.

Gentrification. Nos revenus ont augmenté parce que de nouveaux résidents payent plus d’impôts. Nous sommes devenus si attrayants que des dangers nous guettent. De plus en plus de personnes achètent ici pour investir et le coliving se développe exagérément. Nous continuons à être présents pour les résidents moins fortunés, avec nos propres logements moins chers et nos offres sociales, pour un équilibre entre la dynamique économique et la solidarité.

Parcours d’intégration. J’ai toujours trouvé très hypocrite de laisser entrer autant de nouveaux arrivants et, dans le même temps, de ne dégager aucune ressource pour gérer ce flux et donner une formation.

Abattage sans étourdissement. J’aurais sans aucun doute voté pour son interdiction. Mais il faut entamer un vrai dialogue avec les communautés musulmane et juive pour expliquer le sens de cette interdiction. Il faut aussi s’attaquer au bien-être global des animaux. Le fond de l’affaire c’est qu’on veut se garder des parts de marché en vue des élections.

Les langues en guerre

« Que ferait la France si la Belgique interdisait le français ? » (comme elle l’a décrété pour la Flandre) interroge Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie russe. Les médias belges sont restés étonnamment silencieux sur cette déclaration. On pourrait d’ailleurs aussi se demander ce que feraient les Pays-Bas, si la Belgique devait interdire l’usage du néerlandais, pour tenter d’éliminer l’extrême droite en Flandre ? C’est le prétexte avancé par Moscou pour envahir l’Ukraine et éliminer ses « nazis ».

Philippe Van Parijs évoque cette question dans une réflexion pour The Brussels Times, traduite ICI  pour vous. Jules Gheude s’y est aussi intéressé dans un article pour Doorbraak, traduit ICI, il y donne sa version de l’évolution de la Belgique. Tout cela semble toujours d’actualité pour certains Etats-nations en proie aux velléités d’autonomie, voire d’indépendance, de régions telles que l’Ecosse, la Catalogne, la Padanie, la Bretagne, le Pays Basque ou la Flandre. Un article repris par Cairn.Info relève l’importance que peuvent revêtir l’usage des langues dans les Etats-nation, dont elle livre une analyse de l’état actuel. Les querelles linguistiques n’appartiendraient donc pas encore au passé ?

Outils de communication entre les humains, les langues sont régulièrement utilisées des fins politiques, voire instrumentalisées au profit d’Etats-nations en quête de centralisation et de pouvoir. La Belgique n’y échappe pas. Si elle reconnaît trois langues officielles au niveau national, les Régions sont obligatoirement unilingues, sauf Bruxelles, contrainte d’être bilingue. Et tout cela sans parler de l’anglais, qui se verrait bien remplacer un jour le français comme lingua franca de Bruxelles.

photo illustrant l’article de The Brussels Times

Fini la Belgique à quatre ?

Paul Magnette à beau minimiser la portée de ses propos dans les colonnes du Soir de ce weekend, il s’agit bien d’une volte-face sur le dossier communautaire. L’institutionnel ennuie le président du PS,  qui ne veut plus discuter d’une « 7e réforme de l’État », ne parle plus de Belgique à 4 Régions et n’entend plus transférer les compétences de la Communauté française aux Régions. Ferme au congrès wallon de Namur, il finira par dire : « Une septième réforme de l’État en 2024 n’est ni nécessaire ni souhaitable. » Les réactions et commentaires n’ont pas manqué. Bruxelles se réveille groggy.

Pour le président du PS, la priorité du parti doit être la restauration du pouvoir d’achat et la justice sociale. Bien sûr. C’est essentiel et toute l’Europe y est confrontée.  La Belgique n’est pas à la traîne, avec son indexation automatique des salaires et ses aides ponctuelles, à encore affiner. Les salaires devraient évidemment pouvoir être négociés librement avec les entreprises qui ont engrangé de copieux bénéfices, comme les pharmaceutiques, les banques et le secteur de l’énergie.

Réforme de l’Etat ou  pouvoir d’achat ? L’un ne devrait pas empêcher l’autre. Mais, au coude à coude à Bruxelles avec le MR et Ecolo, le PS semble déjà en campagne électorale. On l’a vu avec le refus de l’abattage sans étourdissement et cela malgré le plaidoyer des laïcards du PS, qui se défendent de tout communautarisme.

La 6ème réforme de l’Etat fut particulièrement incomplète pour Bruxelles. Ne plus en vouloir une 7ème aurait des conséquences dramatiques pour la lasagne institutionnelle inefficace imposée à notre Région. Peut-on espérer que l’électorat bruxellois s’en souviendra,  quand tous les partis se seront exprimés à ce sujet ?

Demain on rase gratis.

La STIB est fière de publier son enquête: 72% des Bruxellois sont favorables à la construction de la ligne de métro 3. En dehors d’un certain nombre de riverains, qui aurait de bonnes raisons de s’opposer à une nouvelle ligne de métro ? Avec ses comptes en rouge, la question est de savoir si la Région peut se permettre cette nouvelle ligne ? La facture s’élève à 2,3 milliards et elle risque encore de grimper, suite à des problèmes de sous-sol et à la hausse de prix des matériaux de construction. Les personnes interrogées savaient-elles que l’intégralité des investissements de Beliris seront consacrés au seul métro durant des années et qu’il n’y aura plus un franc pour d’autres projets prioritaires à Bruxelles ?

Il en va un peu de même pour la question des pensions et celle des allocations familiales. Personne ne veut qu’on touche à ces avantages acquis. On peut le comprendre, mais cela reste-t-il payable ? Le gouvernement tente d’anticiper sur la situation, mais craint les réactions des électeurs. Le différend qui oppose Sven Gatz au Budget et Clerfayt à la Famille, illustre bien cette difficulté d’arbitrer. Pareil au fédéral, où le dossier pension est sans cesse reporté, alors que le vieillissement de la population occasionne des surcoûts croissants, y compris en soins de santé. Pourra-t-on raser gratis demain ?

Avec les aides distribuées pour la Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation, les faillites et les prix de l’énergie qui flambent, les budgets des différentes entités fédérées sont mal en point. Reste donc à emprunter. Ce n’est pas interdit, mais cela a désormais un prix. Emprunter c’est reporter la charge de la dette et de ses intérêts sur la génération suivante. Une génération qui aura bien besoin de budgets solides pour faire face au réchauffement climatique qui ne fera qu’amplifier.

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