Archives pour la catégorie Economie

Relations avec notre hinterland

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Suite aux mesures provisoires prises pour lutter contre la propagation du covidus-19 à Bruxelles, un éditorial de La Libre évoque, sur un ton menaçant, un désert économique si ces mesures devaient devenir définitives et les navetteurs dans l’impossibilité de rejoindre leur lieu de travail en ville.

Oui, une ville dépend de son hinterland, mais dans le cas particulier de Bruxelles, l’hinterland n’apporte rien aux finances régionales, puisque les navetteurs payent l’intégralité de leurs impôts en Flandre ou en Wallonie. C’est donc l’hinterland qui dépend de la métropole, où se produit la richesse. La Communauté métropolitaine de Bruxelles ayant de moins en moins de chance de voir le jour, les matières qui étaient à son programme, ne font l’objet d’aucune concertation et la situation des 320.000 navetteurs empire, surtout celle de la majorité qui arrive en voiture.

Menacer l’économie de Bruxelles, si la Région continue à limiter l’accès à la ville en voiture en favorisant piétons et cyclistes, ne fait pas preuve de beaucoup de maturité. Oui, la ville doit pouvoir rester habitable pour offrir une qualité de vie à ses habitants et pour éviter la poursuite de l’exode urbain qui mite la campagne. Oui, la ville a besoin des personnes qui font la navette pour occuper une moitié de ses postes de travail. C’est donc du côté des alternatives, que métropole et hinterland doivent se concerter pour coordonner leurs efforts, notamment à propos des parkings de dissuasion aux portes de la ville et à propos de la pression à mettre sur le fédéral pour le RER – et de ses haltes bruxelloises – qui ne cesse d’accumuler les retards. Place donc au respect mutuel et à la concertation constructive plutôt qu’aux menaces.

 

Etes-vous contaminé ?

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Sans doute ne savez-vous pas si vous avez été contaminé par le Covid-19, parce que vous n’observez aucun des symptômes liés au virus et que vous ne vous êtes pas fait tester récemment. Mais l’Etat, lui il le sait, puisqu’il publiait hier dans La Libre qu’un total 62.123 contaminations ont été recensées en Belgique et que la moyenne cette semaine était de 85 cas journaliers, situation stable et rassurante, par rapport à la semaine précédente selon Sciensano.

Et si demain 50.000 Bruxellois.e.s décidaient de se faire tester ? on découvrirait inévitablement un certain nombre de « nouveaux positifs » qui feraient monter brusquement la moyenne et vraisemblablement craindre une deuxième vague à Bruxelles. La Belgique teste peu, normal donc qu’elle recense relativement peu de personnes contaminées. Si les chiffres des hospitalisations et des décès ont une base claire et indiscutable, ne faut-il donc pas se demander ce que signifient les chiffres des contaminations ? et quel est leur intérêt ?

Cela reste un mystère pour moi. Quelqu’un a-t-il une réponse ?
Même si ils devaient devenir la cause d’une explosion des moyennes, ne serait-il pas judicieux de multiplier les tests volontaires ? Le matériel existe, l’Université de Liège serait en mesure réaliser plus de 50.000 tests par jour. A partir de ces informations, en cas d’augmentation sensible des personnes contaminées, des confinements ciblés pourraient éviter de confiner inutilement et massivement tout un pays. C’est une question ouverte, qu’il serait nécessaire de poser, quand on sait ce qu’à coûté le lockdown de la ville, tant sur le plan social, scolaire, sanitaire et émotionnel que sur le plan économique.

 

L’économie de l’inutile

Cet envoi aigre-doux, reçu à la veille de la réouverture des magasins non alimentaires, interroge sur les besoins essentiels de la population de la ville. Pendant ces deux mois de confinement, qui réduisait les sorties aux besoins de base, les passants se déplaçaient prioritairement à pied et à vélo vers des commerces alimentaires de proximité. Plus le moindre embouteillage. Ils étaient finalement tous bien vêtus. Pourquoi l’économie vacillait-elle donc si dangereusement ?

Quand nos achats se centrent sur l’essentiel à cause du lockdown, l’économie est en péril et demande de l’aide à l’Etat et donc au contribuable. Une grande partie de l’économie de Bruxelles serait donc loin d’être essentielle ? Selon la Fédération des commerces et services, les magasins de vêtements du pays ont enregistré une perte de 1,2 milliard d’euros … et pourtant tout le monde reste habillé élégamment ou sportivement. Pour la première fois, une étude évalue aussi le poids carbone et la matière mobilisée de nos biens d’équipement. Le bilan publié par L’Usine Nouvelle est aussi révélateur qu’inquiétant.

Pour limiter la consommation de ressources – qui ne sont pas illimitées –  Alternatives Economiques suggère de développer une économie dite de fonctionnalité, où l’achat du droit d’usage des biens se substituerait à l’achat du bien lui-même. On l’a déjà vu pour les autos partagées, mais ils en disent plus à propos de la production de biens qui durent et ils condamnent les ravages de l’obsolescence programmée en vue de relancer la consommation. Il appartient au pouvoir politique d’avoir le courage de mettre des règles. «Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement» Pierre Joliot-Curie auteur de La recherche passionnément chez Odile Jacob.

 

Industrie automobile: à soutenir ?

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Les acteurs du secteur automobile belge (FEBIAC) proposent de mettre en place une incitation financière à l’achat de véhicules neufs, ce qui aurait – selon eux – l’avantage de relancer le marché et de renflouer les caisses de l’Etat. Un article d’IEW publié par Inter Environnement Bruxelles, révèle qu’ils implorent le gouvernement de leur venir en aide. En s’appuyant sur une enquête fort légère, ils ressassent leur argument fétiche: la voiture, vache à lait des Finances de l’Etat. Une argumentation éculée qui ne tient pas compte des coûts d’entretien des infrastructures et des frais de santé occasionnés par les moteurs à combustion, à une heure où il faudrait plutôt encourager les citoyens à se diriger vers d’autres pratiques de mobilité.

En période d’incertitudes financières, le remplacement de son véhicule ne relève pas d’une dépense prioritaire ou essentielle, surtout pour des citoyens dont les revenus ont été lourdement impactés par la crise sanitaire. Le parc automobile belge est globalement jeune. La durée de vie optimale d’un véhicule, pour réduire son empreinte CO2, se situe entre 15 et 20 ans (source : T&E. 2018. CO2 émissions from cars : The facts). Aucune raison donc que l’Etat encourage le consommateur à racheter une nouvelle voiture, les nécessaires zones de basses émissions (LEZ) occasionnent déjà suffisamment de dépenses pour certains citadins.

Une taxation des formes de mobilité non durables et l’abandon des avantages indus (comme la voiture de société) ne devraient-elles pas alimenter le budget de l’Etat ? afin d’atteindre au plus tôt une certaine résilience. Un mesure nécessaire qui pourrait aussi générer de sérieuses économies.

Quelles entreprises faut-il sauver ?

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Cette question, que nous avons déjà évoquée en demandant l’établissement d’une feuille de route, est capitale, au moment où l’Etat et les Régions ont commencé à distribuer divers types d’aides à certaines entreprises et personnes. La question se pose toujours pour Brussels Airlines – filiale à 100% de Luftahansa – et plus récemment pour la compagnie Swissport Belgium qui vient déposer son bilan. Elle se pose aussi pour un grand nombre de très petites entreprises fragilisées par la crise sanitaire et tout particulièrement pour le secteur culturel, qui commence à nous manquer. Des économistes déplorent ICI un certain nombre de choix inadéquats.

L’Etat – donc la collectivité – doit-il et peut-il sauver tout le monde ? Si c’est non, sur quelles critères faut-il s’appuyer pour établir les choix ? On se souviendra des charbonnages que l’Etat belge à maintenu en activité à coups de millions … pour devoir quand même les fermer tous quelques années plus tard. Se pose donc la question de la sélectivité qualitative à définir de manière impartiale. Ces mesures de soutien doivent-elle être assorties de conditions ? De quelle nature ? Y a-t-il une opportunité pour orienter les entreprises aidées vers des comportements « éthiques » (développement durable, lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, participation des travailleurs et des autres parties prenantes) ?

Ce sera le sujet de la réflexion des « Mardis intimes » de la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale. Cela se passera par internet le mardi 16 juin de 12h45 – 14h00. Même si vous n’êtes pas membre, vous pourrez néanmoins y participer activement, suffit d’envoyer un courrier à Dina Geron chaire-hoover@uclouvain.be qui vous vous indiquera comment vous connecter. Vous trouverez aussi le programme complet des séances consacrées aux conséquences de la crise Coronavirus en cliquant ICI.