Archives pour la catégorie Economie

Quelles entreprises faut-il sauver ?

___________________________________

Cette question, que nous avons déjà évoquée en demandant l’établissement d’une feuille de route, est capitale, au moment où l’Etat et les Régions ont commencé à distribuer divers types d’aides à certaines entreprises et personnes. La question se pose toujours pour Brussels Airlines – filiale à 100% de Luftahansa – et plus récemment pour la compagnie Swissport Belgium qui vient déposer son bilan. Elle se pose aussi pour un grand nombre de très petites entreprises fragilisées par la crise sanitaire et tout particulièrement pour le secteur culturel, qui commence à nous manquer. Des économistes déplorent ICI un certain nombre de choix inadéquats.

L’Etat – donc la collectivité – doit-il et peut-il sauver tout le monde ? Si c’est non, sur quelles critères faut-il s’appuyer pour établir les choix ? On se souviendra des charbonnages que l’Etat belge à maintenu en activité à coups de millions … pour devoir quand même les fermer tous quelques années plus tard. Se pose donc la question de la sélectivité qualitative à définir de manière impartiale. Ces mesures de soutien doivent-elle être assorties de conditions ? De quelle nature ? Y a-t-il une opportunité pour orienter les entreprises aidées vers des comportements « éthiques » (développement durable, lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, participation des travailleurs et des autres parties prenantes) ?

Ce sera le sujet de la réflexion des « Mardis intimes » de la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale. Cela se passera par internet le mardi 16 juin de 12h45 – 14h00. Même si vous n’êtes pas membre, vous pourrez néanmoins y participer activement, suffit d’envoyer un courrier à Dina Geron chaire-hoover@uclouvain.be qui vous vous indiquera comment vous connecter. Vous trouverez aussi le programme complet des séances consacrées aux conséquences de la crise Coronavirus en cliquant ICI.

Pauvreté: on s’arrête, on réfléchit

_____________________________________

Plus visible depuis le confinement, la pauvreté à Bruxelles s’étale. Les personnes démunies ont dû compter sur le retour de la charité et c’est terrible, titre la DH. Chaque jour des centaines de Bruxelloises et de Bruxellois attendent patiemment qu’arrive leur tour pour recevoir un colis alimentaire ou un sandwich et une tasse de café, sans dossiers à remplir. Les initiatives solidaires des Bruxellois sont admirables et se sont multipliées dans plusieurs communes pour venir en aide aux personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Un tiers des Bruxellois. Le Soir en dit plus. C’est insupportable dans une ville aussi riche. Certains pensent qu’il faut en finir avec les rustines et la dépendance, des utopies audacieuses sont à portée de main. Il faut les rappeler. Le grand chambardement serait-il pour demain ?

L’instauration d’un revenu garanti pour tous n’est, pour l’américain Thomas Paine en 1796, qu’une juste indemnisation pour l’appropriation par quelques-uns de la terre, pourtant censée appartenir à tous… Aujourd’hui Mona Chollet résume: On travaille, et, grâce à ce travail, on perçoit de l’argent. Une telle logique est si bien ancrée dans les esprits que la perspective d’instaurer un revenu inconditionnel, c’est-à-dire de verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre, indépendamment de son activité rémunérée, apparaît comme une aberration. Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. C’est possible et c’est ce que Mona Chollet tente de démontrer dans cet article du Monde Diplomatique.

Revenu universel ou gratuité ? c’est ainsi que Paul Ariès résume le dilemme dans un article de la même revue en 2018. Vaut-il mieux donner de l’argent aux citoyens ou leur fournir des services gratuits ? Pour lui, le capitalisme, dont la vocation consiste à transformer le monde en marchandises, ne peut poursuivre ce processus sans menacer l’humanité d’un effondrement à la fois financier, social, politique et écologique. Prendre acte de cette situation conduit à prôner un autre type de revenu d’existence, démonétarisé. En d’autres termes: la gratuité, dont il s’agirait de défendre l’extension, car elle n’a jamais totalement disparu.

Rue Haute, deux personnes âgées reçoivent un colis avec le sourire, mais refusent dignement une tasse de café … pour ne pas abuser

 

 

 

Mobiliser notre épargne ?

_________________________________

Certains évoquent l’idée de mobiliser l’épargne dormante (colossale) des citoyens pour venir en aide aux PME qui sont durement touchées par la crise. L’Echo s’en montre très partisan dans un éditorial. Encore que, les milliards d’euros déposés sur les comptes d’épargne sont en fait déjà mobilisés. Ils sont utilisés pour prêter de l’argent aux entreprises et aux ménages, notamment pour financer les prêts hypothécaires. Il y a cependant de l’épargne qui pourrait encore mieux être utilisée. Des banquiers l’avouent en aparté: ils ont trop d’épargne dans leurs murs.

Faute d’action du fédéral, la Flandre est la première Région à organiser un « Fonds Prospérité » et elle espère ainsi engranger un demi-milliard. La Wallonie devrait suivre. Et Bruxelles ? pas de nouvelles. Le nouveau fonds flamand investira dans des PME, des start-ups, des scale-ups et autres entreprises innovantes. Les particuliers pourront ainsi bénéficier durant les trois premières années d’un avantage fiscal de 2,5% sur le montant qu’ils auront investi (avec un maximum toutefois de 1.000 euros par contribuable), tout en profitant aussi d’un avantage en matière de succession.

Vous noterez ICI l’opposition du Nieuwe Brabantse Belangen (N-BB) qui estime que les Brabançons ont déjà subi assez de pertes de revenus avec le corona et qu’ils ne doivent pas voir leur pouvoir d’achat diminuer pour faire repartir l’économie de la Flandre. Le N-BB, veut que l’on s’intéresse plutôt de près aux gros revenus, aux fraudeurs et à l’argent parqué non imposé dans les paradis fiscaux.

En route vers un autre tourisme ?

___________________________________

Les vacances de cet été restent un grand point d’interrogation. Quelles frontières seront ouvertes ? Y aura-t-il des vols et des visas pour tous ? Prise de température et certificat sanitaire seront-ils imposés ? Revisiterons-nous la Belgique ou nos voisins français ? Mais au-delà de la situation exceptionnelle de cet été, n’est-ce pas le type tourisme, qui s’est développé depuis la fin de la guerre, qui est remis en question, à la fois pour des raisons sanitaires et pour tenter de limiter le réchauffement climatique ?

L’Obs consacre deux articles à cette problématique. L’un est consacré à la réduction de l’offre de transport aérien avec la proposition de suppression des vols courts et des jets privés, chaque fois que le train constitue une alternative de moins de 4h30. Et le débat fait rage sur la nature des contreparties que l’Etat doit exiger du secteur aérien, en échange d’aides publiques massives, comme par exemple demandé par Brussels Airlines. L’autre est consacré à l’avenir du low cost et du tourisme de masse remis en question. Les nombreux emplois perdus pourraient cependant être injecté dans le développement d’un transport ferroviaire écologiquement plus performant.

Si l’aérien est dans le viseur, il ne faut pas négliger le transport maritime. Les croisières transportent désormais 28 millions de passagers par an. Ces énormes paquebots utilisent du fioul « lourd », dont l’utilisation émet de l’oxyde de soufre (SOx) – 10 millions de tonnes, soit 12 % du total –, et des oxydes d’azote (NOx) – qui polluent l’atmosphère. Les 94 bateaux du seul croisiériste Carnival ont émis dix fois plus de SOx que les 260 millions de voitures européennes. « Bombes écologiques », ces croisières sont aussi de véritables « bombes sanitaires » comme on l’a constaté en pleine épidémie de Covid-19 avec le Diamond Princess. Y a-t-il encore un avenir pour ces véritables immeubles flottants ?

Carnival continue à violer les lois sur les émissions de polluants

 

Un retour aux urnes s’impose ?

____________________________________

La Belgique post coronavirus va-t-elle soutenir la relance de tous les secteurs économiques et renouer au plus vite avec le passé ou doit-elle sélectionner ses soutiens pour jeter les bases d’un autre mode de vie plus soucieux du climat et de la planète ? La question est capitale et se pose pour la première fois. Quelle est la position exacte des partis à ce sujet ? Nous n’en savons rien. Ne devraient-ils pas être invités à définir et communiquer leur position par rapport à ce challenge ? Ensuite, en démocratie, ce sera aux électeurs de décider.

Ce n’est que fort de l’aval d’une majorité de la population, qu’un nouveau gouvernement démocratique pourra être mis en place pour relever ces défis. Intéressant de lire le point de vue des éditorialistes flamands à ce sujet. Aubry Touriel – Journaliste indépendant passionné par la Flandre, Liégeois d’origine, Anversois de coeur – a rédigé pour Daardaar cette analyse en français. La RTBF a effectué un tour d’horizon auprès l’ensemble des partis francophones. Voilà de quoi vous faire une idée de la situation.

Il y a un an que nous avons voté. Les Belges voteraient-ils de la même manière, depuis que nous avons basculé dans un autre monde ? Il n’y a que de nouvelles élections qui apporteront la réponse, après avoir pris connaissance des programmes de chacun des partis. La constitution d’un gouvernement minoritaire, sur base des élections passées, est-elle sérieuse face aux défis à relever ? Les neufs ministres en charge de la santé n’ont-ils pas démontré à suffisance la nécessité de simplifier le paysage institutionnel du pays et en particulier celui de la Région de Bruxelles ?