Archives pour la catégorie Langues

Busés en lecture

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Busés: les jeunes de 15 ans ? leurs enseignants ? notre système scolaire ?
La publication des derniers tests PISA a encore fait grand bruit en Fédération Wallonie Bruxelles, mais aussi en Flandre et dans des pays voisins, comme la France. Si la situation s’améliore un (petit) peu en math et moins en sciences, c’est en lecture que nous sommes toujours sous la moyenne des 79 pays participants. Le journal L’Echo y consacre ICI la meilleure analyse avec la collaboration l’ULiège. Il contextualise aussi l’épreuve. Un article de la RTBF complète cette l’information.

Cette année, les tests ont intégré – très à propos – les nouvelles formes de lecture en ligne et questionnent l’élève sur ses capacités à localiser, comprendre, réfléchir et évaluer. « Faire le tri dans la profusion d’informations non contrôlées sur internet devient une compétence cruciale. Le lecteur qui ne possède pas ce type de compétence critique  est une proie facile pour toutes les tentatives de fraude ou d’hameçonnage et risque de se faire abuser par les rumeurs, fake news et informations non vérifiées qui foisonnent sur Internet » (ULiège).

Alors que ses résultats sont meilleurs qu’en Fédération Wallonie Bruxelles, le ministre de l’Education flamand – Ben Weyts – s’inquiète cependant ICI auprès de Bruzz et de VRTnews en français, de la baisse enregistrée en lecture. Il veut que les programmes d’intégration linguistique deviennent une nécessité absolue. « Nous devons repérer le plus tôt possible les enfants présentant un déficit linguistique et les aider ». La langue parlée à la maison semble avoir une influence fondamentale. Tant parmi les élèves natifs, qui parlent souvent un dialecte flamand à la maison, que parmi les élèves issus de l’immigration, qui parlent une langue différente à la maison. Il faut une approche « sur mesure ».

Conclusion: l’apprentissage précoce de la langue de l’école (enseignement maternel obligatoire) avec une pédagogie adaptée, est encore plus capital à Bruxelles que dans le reste du pays. Il en va de l’acquisition d’une langue riche comme support de sa pensée, du sentiment d’appartenance à l’école, du plaisir d’y aller et des chances de réussite dans les autres matières.

 

Culture flamande: coup de théâtre

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Jan Jambon est aussi ministre de la culture flamande. Il vient de décider de réduire de 6% le budget des institutions culturelles flamandes à Bruxelles et en Flandre, et de 60% les subsides visant les jeunes artistes. VRT news y consacre un article en français et se penche sur sa propre situation. La presse francophone s’interroge également, notamment dans une analyse de La Libre et dans un article de L’Echo qui sent de la revanche dans l’air et prédit des coupes budgetaires pour Bruxelles. On vise les petites institutions tandis que les plus grosses, comme l’AB, n’auront que 3% de réduction, dit le musicien  Jef Neve. « Ils essaient de nous réduire au silence, comme ils tentent de le faire avec la VRT. Ils jouent à la maitresse sévère à laquelle il faut obéir ».

Vous savez tout l’intérêt que nous portons au travail des médias de Bruzz, qui se penchent quotidiennement sur tout ce qui fait Bruxelles avec leurs 63 temps pleins. Les 336.000 euros qu’ils vont perdre auront d’inévitables conséquences sur leur précieux travail d’investigation.

Cette décision témoigne du peu de confiance que le gouvernement flamand place dans le travail des institutions culturelles flamandes. Comment un ministre issu d’un parti qui entend valoriser la culture flamande opère ce genre de coupe ? Michael De Cock du KVS stadstheater ironise dans De Morgen: Pas de panique. Heureusement nous aurons bientôt un vlaamsecanon (canon flamand). Ainsi nous pourrons encore nous souvenir plus tard de ce qu’était la culture ».

 

Ecole maternelle obligatoire ?

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A partir de la rentrée de 2020, l’inscription en 3ème maternelle sera obligatoire pour tous les enfants. L’obligation scolaire commencera donc à 5 ans et non plus à 6. A Bruxelles, certains souhaiteraient aller plus loin, en imposant les 3 années de maternelle à tous, en vue notamment, de familiariser les enfants de toutes origines avec la langue de l’école.

Le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), veut profiter de l’occasion pour tester le plus rapidement possible les connaissances linguistiques des enfants en 3è maternelle. Ceux dont le niveau est jugé insuffisant devront suivre des cours de langue supplémentaires. « L’objectif est d’intervenir le plus rapidement possible. Les enfants qui ne connaissent pas assez bien le néerlandais n’ont pas les mêmes chances de réussite que les autres. Il faut faire en sorte qu’ils puissent débuter à égalité », a-t-il déclaré ICI lors de la matinale de Radio 1 (VRT).

Dans Bruzz, l’Enseignement communautaire flamand considère le test de langue obligatoire proposé par le ministre comme une bonne idée. Par contre il estime qu’un cours de langue séparé pour ceux qui ne réussissent pas le test n’est pas la solution, il préconise une approche inclusive, dans laquelle toute la classe devient un bain linguistique. « Si les 3 maternelles deviennent obligatoires un cours de langue ne sera plus nécessaire ».

 

Bruxelles s’émancipe

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Bruxelles, petite métropole d’âmes multilingues, mais aux règles bilingues. 184 nationalités (et plus encore d’idiomes) mais deux Communautés. Décalage entre la ville qui vit et les institutions qui se figent sur l’ambiguïté belge. La Belgique s’est construite sur deux modèles : celui qui divise le territoire en trois Régions et celui qui répartit les citoyens en trois Communautés. A l’intersection de ces deux théories, Bruxelles. Qui doit se battre, depuis trente ans, pour s’asseoir à la table des grandes, la Flandre et la Wallonie. Et s’arranger avec la coexistence, sur ses 162 kilomètres carrés, de deux Communautés. D’où une organisation d’une complexité paralysante. C’est Véronique Lamquin qui résume ainsi Bruxelles dans un article du journal Le Soir.

Septante pour cent des Bruxellois citent le bilinguisme de la Ville-Région comme un élément fondateur de la bruxellitude, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir suivre des cours de néerlandais ou en faire suivre à leurs enfants. Une affirmation citoyenne du Soir, qui anticipe une évolution politique ? Pas sûr que les esprits soient mûrs, dans le reste du pays, pour concéder à Bruxelles l’émancipation institutionnelle dont elle a besoin pour devenir une véritable Ville-Région.

Bruxelles a toujours été le caillou dans la chaussure confédérale…
La N-VA veut imposer un « choix aux Bruxellois »: les habitants de la capitale devraient opter entre appartenance francophone ou néerlandophone. Des sous-nationalités inacceptables pour les francophones, pour nombre de Bruxellois néerlandophones et pour tant d’allophones. La fronde de l’Open VLD bruxellois face aux exigences de leur présidente nationale, le changement de nom des socialistes bruxellois néerlandophones de One Brussels ou le rapprochement de plus en plus fort entre les deux partis verts de Bruxelles, augurent bien d’une création possible de partis bruxellois multilingues, indépendants de leurs instances communautaires.
On veut y croire.

Quel rôle pour l’école aujourd’hui ?

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Quel rôle pour l’école aujourd’hui à Bruxelles et dans les pays démocratiques ?Enseignants, parents, étudiants, gouvernants et entreprises s’interrogent. C’est une question fondamentale qui – à ce stade – se situe davantage au niveau philosophique et politique que pédagogique.
A Bruxelles, pour sauver l’école, la Fédération Wallonie Bruxelles planche sur son pacte d’excellence – qui fait l’objet de critiques et de justifications. Le pacte francophone confirme un tronc commun jusqu’à 15 ans, tandis que la Communauté flamande met l’accent sur une identité flamande forte (1) basée sur un « canon » à enseigner à tous, mais ne veut plus d’un tronc commun. Les jeunes Bruxellois néerlandophones devront faire un choix entre le général, le technique et le professionnel dès la fin de la 6e secondaire.

Transmettre le savoir disponible à tous a longtemps été le rôle essentiel de l’école démocratique. Depuis la propagation rapide d’Internet, l’information pour tous et l’ouverture sur le monde se sont répandues et ont changé la donne. Le rôle d’éducation de l’école devrait en sortir renforcé et le développement urgent de l’esprit critique permettre de lutter contre la propagation virale de fake news. Des chercheurs de Standford se sont livrés à une analyse de la situation, le magazine Vice en a fait le résumé. De son côté, La Main à la pâte publie un livre pratique à l’usage des enseignants désireux de développer l’esprit critique de leurs étudiants.

En marge de l’évolution du rôle de l’école, se développent aussi des centres de formation privés au minerval élevé et souvent basés sur les nouvelles technologies. L’intelligence artificielle y a fait son entrée, comme l’évoque ce reportage glaçant de jeunes enfants chinois dotés de leur casque IA, alors que retentit le signal d’alarme de la protection de notre mémoire interne.

(1) dans l’accord de majorité flamand « identiteit » est mentionné 19 fois, « integratie », 53 fois, et il s’agit bien d’une identité et d’une intégration dans une communauté et non dans une Région