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En route vers une langue européenne ?

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En cette période de crise post-Brexit pour l’Union Européenne, Jean-Marc Sparenberg – professeur à l’ULB – évoque pour nous un retour de l’Espéranto, qui pourrait offrir un nouveau souffle, idéaliste à souhait, dont la jeunesse (et pas seulement elle!) semble avoir particulièrement besoin. Bruxelles pourrait être la ville idéale pour relancer le projet d’une langue européenne, zinneke de langues latines, germaniques, slaves… particulièrement ouverte sur le reste du monde. D’un point de vue purement pratique, l’Espéranto pourrait remplacer l’anglais comme langue de travail européenne, tant au niveau des institutions que de Frontex ou des futurs « casques bleus » européens.

Dans le cadre de l’année des langues, l’ULB invite à une initiation à l’Espéranto le 19 mars prochain, en collaboration avec des étudiants de l’ULB, de la VUB et d’étudiants internationaux. Un projet idéaliste décrit ICI. Intellectuellement fascinant… et joyeux. Une autre utopie pour demain, bien mise en ondes par la RTBF et disponible gratuitement sur AUVIO.

La langue des signes fait aussi un grand retour dans certains pays et les « imagettes » incrustées apparaissent sur plusieurs chaînes TV. Des apprentissages assistés se développent et pas seulement au profit des personnes malentendantes. Malgré les efforts de Gestuno pour en faire l’Espéranto des sourds, la langue des signes est moins universelle qu’on pourrait le croire. En Belgique elle se décline évidemment en une version francophone et une néerlandophone. Néanmoins certains signes commencent à faire le buzz et sont compris par des jeunes de toutes origines, notamment dans les discothèques thailandaises, dont le volume sonore ne permet pas de se parler …

 

92% de francophones à Bruxelles ?

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Selon les résultats d’une étude réalisée par la députée fédérale Sophie Rohonyi (DéFI), analysée par L’Echo, 91,8 % des déclarations d’impôt des personnes physiques ont été remplies en français à Bruxelles en 2019 et donc 8,2 % en néerlandais (?). Vu l’interdiction d’organiser un recensement linguistique, depuis la loi du 24 juin 1961, ce type comptage constitue une indication, faute de mieux. Comme les déclarations ne peuvent se remplir qu’en français ou en néerlandais, elles limitent le choix des Bruxellois à deux langues. Il faut donc être prudent dans les conclusions tirées de cette étude.

Les 91,8 % de déclarations en français confirment cependant qu’à Bruxelles la « lingua franca » ou langue véhiculaire reste le français. Cela ne qui ne signifie nullement que ces personnes sont de culture française ou parlent couramment le français. C’est la langue qu’une majorité de Bruxellois utilisent entre eux pour se parler, espérer être compris … et pour répondre à l’administration. Les chiffres fournis par les déclarations à l’IPP ne permettent cependant pas de faire le point sur la situation de l’anglais, qui constitue une autre « lingua franca » dans certains milieux.

Bruxelles demeure une des rares métropoles internationales où l’anglais n’est pas la langue véhiculaire. Certains s’en réjouissent. D’autres le déplorent. Des études récentes auprès des étudiants montrent que – tant en Wallonie qu’en Flandre – l’anglais progresse au détriment de l’apprentissage du français et du néerlandais, qui demeurent cependant deux des langues officielles du pays et sont obligatoirement enseignées prioritairement dans les écoles bruxelloises. L’anglais reste donc à Bruxelles la troisième langue, si pas la quatrième, lorsque ni le français ni le néerlandais ne sont la langue maternelle des élèves.

Des Brabançons se rebiffent

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Soyons clairs, le Brabant n’a jamais fait partie des Flandres. Depuis 1350, l’autorité du Duc de Brabant s’étendait loin à l’intérieur les Pays Bas et comprenait évidemment les actuels Brabant flamand et Brabant wallon avec déjà Bruxelles comme capitale. Les rapport avec le Comte de Flandres ne furent pas toujours des meilleurs.

Un mouvement pour un Brabant autonome vient de se créer de manière à la fois provocante  et humoristique sous le nom N-BB  – Nieuw Brabantse Belangen – en vue de mettre fin à l’occupation flandrienne du Brabant. N-BB va s’efforcer de promouvoir le caractère multiculturel propre à un Brabant multilingue et ouvert. Et d’ajouter: « Et bien sûr en plusieurs langues ».

Ils poursuivent toujours sur un mode mi-figue, mi-raisin en pastichant les slogans de la Flandre. « Les Flamands sont bien les seuls à avoir peur de l’indépendance ! Ce n’est que lorsqu’ils ne seront plus sous baxter brabançon qu’ils apprendront à gérer leurs affaires ! Arrêtez les transferts ! La Flandre ne peut dépendre éternellement des subsides du Brabant ! Stop de verVlaamsing ! Make Brabant Great again… ». Et pour ceux qui ont lu Tintin et maîtrisent le bruxellois, ils concluent: Eih bennek eih blavek !

Plus sur #brabant2020 et des illustrations ICI.

 

Flamand ! Faites vos affaires en Flandres ! Pas en Brabant ! Pas chez nous !

 

La force de travail de Bruxelles

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Poumon économique de la Belgique, notre Ville-Région procure du travail à plus de 700.000 personnes. Quelques chiffres ICI. Une grande partie de ces emplois se situent dans le secteur tertiaire et demandent des cols blancs, souvent d’un haut niveau de qualification. L’offre d’emplois dans le domaine manuel et manufacturier est insuffisante pour absorber l’ensemble des cols bleus de la cité, dont une part reste sans emploi. L’exigence de bilinguisme et même de trilinguisme souhaitable – même si parfois excessive – est aussi un obstacle à leur engagement. 77 000 Bruxellois ont trouvé un emploi en dehors de leur Région.

Il faut se réjouir de voir près de 330 000 Wallons et Flamands venir nous prêter main forte pour occuper les emplois que nous créons … même si on préférerait les voir venir en transport en commun plutôt que seul en voiture. Voire même, assister à leur  installation dans la ville où ils gagnent leur vie ? Où restent les incitants ?

En Belgique, 85% des travailleurs trouvent un emploi dans leur propre Région et même 75% dans leur propre province. Deux exceptions: le Brabant flamand et le Brabant wallon, où respectivement 47% et 54% travaillent hors de leur province, principalement à Bruxelles.

 

Busés en lecture

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Busés: les jeunes de 15 ans ? leurs enseignants ? notre système scolaire ?
La publication des derniers tests PISA a encore fait grand bruit en Fédération Wallonie Bruxelles, mais aussi en Flandre et dans des pays voisins, comme la France. Si la situation s’améliore un (petit) peu en math et moins en sciences, c’est en lecture que nous sommes toujours sous la moyenne des 79 pays participants. Le journal L’Echo y consacre ICI la meilleure analyse avec la collaboration l’ULiège. Il contextualise aussi l’épreuve. Un article de la RTBF complète cette l’information.

Cette année, les tests ont intégré – très à propos – les nouvelles formes de lecture en ligne et questionnent l’élève sur ses capacités à localiser, comprendre, réfléchir et évaluer. « Faire le tri dans la profusion d’informations non contrôlées sur internet devient une compétence cruciale. Le lecteur qui ne possède pas ce type de compétence critique  est une proie facile pour toutes les tentatives de fraude ou d’hameçonnage et risque de se faire abuser par les rumeurs, fake news et informations non vérifiées qui foisonnent sur Internet » (ULiège).

Alors que ses résultats sont meilleurs qu’en Fédération Wallonie Bruxelles, le ministre de l’Education flamand – Ben Weyts – s’inquiète cependant ICI auprès de Bruzz et de VRTnews en français, de la baisse enregistrée en lecture. Il veut que les programmes d’intégration linguistique deviennent une nécessité absolue. « Nous devons repérer le plus tôt possible les enfants présentant un déficit linguistique et les aider ». La langue parlée à la maison semble avoir une influence fondamentale. Tant parmi les élèves natifs, qui parlent souvent un dialecte flamand à la maison, que parmi les élèves issus de l’immigration, qui parlent une langue différente à la maison. Il faut une approche « sur mesure ».

Conclusion: l’apprentissage précoce de la langue de l’école (enseignement maternel obligatoire) avec une pédagogie adaptée, est encore plus capital à Bruxelles que dans le reste du pays. Il en va de l’acquisition d’une langue riche comme support de sa pensée, du sentiment d’appartenance à l’école, du plaisir d’y aller et des chances de réussite dans les autres matières.