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Avez-vous peur des pauvres ?

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Ils ne nous ressemblent pas. Ils ne nous ressemblent plus. Ils incarnent ce que nous ne voulons pas pour nous, ni pour nos proches. Les pauvres seraient-ils les nouveaux pestiférés, les intouchables de notre société ?  La peur ou l’indifférence qu’ils suscitent a donné naissance à un nouveau terme: la pauvrophobie.

Au coeur de la ville, la pauvreté s’affiche comme une réalité quotidienne. Selon Statbel, un Belge sur cinq n’arrive pas à joindre les deux bouts, et à Bruxelles ce serait  pire. « Les plus démunis et en particulier les sans-abri souffrent de l’ignorance et souvent de la condescendance de la société. Un isolement, un sentiment de déshumanisation qui sont parfois plus douloureux encore que la précarité elle-même. » RTBF – L’envers du décor sur 7 à la Une. En attendant une révolte du peuple des bas revenus ? déjà présente dans le mouvement des gilets jaunes.

La présence des personnes pauvres en rue, dans le métro, à côté des banques et des temples de la consommation, donne un visage au phénomène de la pauvreté au XXIè siècle. Difficilement supportable. Les cacher ou les bannir n’est en aucun cas admissible. Ce ne sont pas les pauvres qu’il faut chasser, mais la pauvreté et les bandes organisées qui les exploitent. Comment sont-il si nombreux à passer entre les mailles du filet social développé par notre société d’abondance ? La chute peut être rapide: une séparation, une perte d’emploi, des dettes, une maladie mentale ou physique, un choc. La générosité et la compassion n’en viendront pas à bout. Mais, si vous pouvez un regard, un sourire, une parole vraie, c’est  » un retour parmi la communauté des humains « , me dit quand même une ancienne assistante sociale – aujourd’hui sans domicile fixe.

Non, pas de photo.

Rendre justice sans être partisan ?

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Ce n’est pas parce que Pascal Smet est arrivé au gouvernement que le viaduc Reyers a commencé à s’effriter ou que les tunnels se sont dégradés les uns après les autres. Cinq ans d’inaction de Brigitte Grouwels et sans doute le secret espoir que les tunnels « tiendraient » encore le temps nécessaire pour assister au repli de la voiture individuelle, afin de ne pas devoir engloutir des sommes énormes dans des infrastructures qui appartiendront bientôt au passé. Pascal Smet n’a pas eu le choix et l’argent mis là et dans des parkings de dissuasion aux portes de la ville n’est donc plus disponible pour des projets porteurs pour l’avenir de la cité.

Très décrié pour son « inaction » face à la débâcle des tunnels, il le fut tout autant lorsqu’il a entamé – dans l’urgence – des travaux un peu partout pour les réparer, Pascal Smet aura été une tête de Turc commode pour les commentateurs. Vous trouverez sur son site et son compte twitter le bilan, évidemment flatteur, qu’il tire de son propre passage au gouvernement bruxellois et vous vous forgerez votre propre opinion sur cet homme politique hors du commun, qui a une vision pour Bruxelles et une certaine créativité, mais qui peine souvent à convaincre, même lorsqu’il inaugure un tunnel Porte de Hal, non seulement restauré, mais aussi joyeusement égayé par des artistes bruxellois.

Pas le lieu ici d’orchestrer une propagande électorale pour une femme ou pour un homme politique. Mais face à trop d’injustice et de procès d’intention de toutes parts, ne fallait-il pas tenter de présenter un portrait plus équilibré, dont chacun tirera les conclusions qui lui conviennent ? Surpris aussi, par la décision abrupte de Didier Gosuin de ne plus se représenter, j’aimerais rendre hommage à ce vrai Bruxellois ordinaire, généreux et enthousiaste, qui aura su garder une certaine fraîcheur que certains confondaient volontiers avec de la naïveté. Au-delà des consignes du parti auquel il appartenait, il nous aura accompagnés depuis la création de la Région bruxelloise, tant sur le plan de l’Environnement – qu’il a soutenu pendant plus d’une décennie – que sur le plan de l’Emploi, où il aura réussi à faire régresser le chômage bruxellois et celui des jeunes en particulier. Merci à lui.

Les riches paient-ils trop peu d’impôts?

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Paul De Grauwe pense que oui. Il s’en explique ICI dans Le Soir. C’est un économiste de la London School of Economics et il est membre du parti libéral flamand Open VLD, pas vraiment un gauchiste donc. C’est aussi la proposition de la nouvelle députée américaine démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, d’augmenter le taux d’imposition pour les revenus supérieurs à 10 millions de dollars, qui relance un débat qui préoccupe les économistes depuis longtemps sans pouvoir être qualifiés – comme elle – de « communiste ». Un débat d’actualité face à une révolte du peuple des bas revenus incarnée par de jaunes gilets.

Paul De Grauwe illustre la problématique par un exemple confondant. « Quand une personne qui gagne 2.000 euros par mois gagne 1.000 euros supplémentaires par mois, sa vie change radicalement (…) Donnez 1.000 euros supplémentaires à quelqu’un qui gagne 1 million d’euros par mois, et rien ne se passe dans la vie de ce millionnaire » qui ne le remarquera probablement pas. Il conclut: « Vous pouvez retirer ces 1.000 euros au millionnaire et le donner à la personne qui ne gagne que 2.000 euros par mois. Le millionnaire ne ressentira presque rien et vous rendrez l’autre très heureux ».

100 % sur le revenu qui dépasse un million c’est effectivement beaucoup et sans doute peu raisonnable, mais le prélèvement « pourrait facilement être porté à 70 %, par exemple, sans perte de productivité significative ». Il faudra d’abord se mettre d’accord sur le principe et puis réfléchir à la manière de l’appliquer à l’échelle internationale, pour éviter les déménagements de fortunes. « Si un tel revirement dans les pensées se produit, ici et dans d’autres pays, un nouveau consensus social sera créé, qui rendra possible un relèvement du taux d’imposition des revenus les plus élevés ». Une autre redistribution des richesses qui pourrait éviter une révolte qui couve.

… et le Fonds monétaire international (FMI) de Madame Lagarde a déclaré en novembre « qu’il fallait davantage taxer les plus fortunés pour favoriser la croissance « . 

Attirer des talents en 2019

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Il est capital pour le développement d’une ville d’être capable d’attirer des talents. Athènes, Rome, Constantinople ou Angkor leur doivent leur grandeur passée. Aujourd’hui, New-York, San Francisco, Honk-Kong, Singapour, Berlin ou même Zürich leur doivent leur attractivité de hub. Bruxelles – petite ville mondiale – profite de son statut de capitale européenne, pour attirer des talents de tout le pays, de toute l’Europe et même de tous les continents. Des cerveaux, des personnes entreprenantes, mais aussi des architectes, des intellectuels, des poètes, des musiciens, des artisans, des artistes …

Un Hit Parade a été dressé en 2018 par IMD World Talent Ranking Report. Loin de couvrir toute la panoplie des talents, il s’avère  plutôt centré autour des aspects éducatifs et financiers. Les chercheurs ont analysé les performances de 63 pays sur le plan « education, apprenticeships, workplace training, language skills, cost of living, quality of life, remuneration and tax rates ». On peut toujours s’interroger sur les critères et la méthodologie mis en oeuvre pour réaliser ce classement, mais vous en trouverez les résultats complets sur le site IMD et l’analyse des résultats par CNBC ICI.

Selon le directeur d’IMD, les pays placés dans le top 10 des hubs ont en commun un investissement important en matière d’éducation publique et une bonne qualité de vie, qui leur permettent de développer le capital humain de la population locale et d’attirer des personnes très qualifiées de l’étranger. Les pays qui ne répondent pas positivement à ces deux critères descendent régulièrement dans le classement, comme la Chine, Hong-Kong, la Grande Bretagne, la Slovaquie ou les Philippines.

En tête du classement, il est assez surprenant de trouver 10 pays européens (sauf le Canada). Avec la Suisse en n°1 et la Belgique en n°11, mais juste devant les USA et Singapour …
Belle performance belge, mais il faut savoir qu’en 2017, la Belgique caracolait encore en 3ème position ! Pour quelles raisons a-t-elle perdu 8 places en 2018 ?

Bruxelles: pauvres enfants pauvres

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Dans la riche capitale de l’Europe, des enfants ne mangent pas à leur faim et n’ont qu’une paire de chaussures. 15% sont en situation de déprivation. Une honte. Tout simplement inacceptable. Des familles n’ont qu’une vieille diesel pour aller travailler et ne peuvent plus entrer, ni circuler à Bruxelles. Nous revoilà face à la crise du partage de l’immense richesse générée par la ville.

La Rtbf consacre un article à la pauvreté des enfants sur base de l’excellente étude publiée par la Fondation Roi Baudouin. En Belgique on est considéré comme pauvre, si le ménage dispose de moins 885€ par mois. 885 euros ? même avec 1.000€ par mois, seriez-vous capable de payer un loyer et de faire vivre votre famille ? Dans la population sans emploi à Bruxelles, plus de 50% des enfants sont déprivés. En cause, des allocations sociales trop basses qui permettent tout au plus d’essayer de survivre. La Ligue des Familles commente. Voilà des conséquences et des statistiques.

En cause aussi, l’incapacité d’accéder aux emplois disponibles à Bruxelles par méconnaissance d’une langue véhiculaire et d’une formation. L’Allemagne d’Angela Merkel s’y est attelée avec succès. «  La langue est le principal obstacle à une bonne intégration. Mais (beaucoup de) réfugiés l’ont appris très vite et ont été en mesure d’occuper rapidement une place d’apprentissage. Pour la culture, c’est plus difficile mais nous apprenons l’un de l’autre », assure un patron allemand ravi, par contre des syndicats moins enthousiastes.