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Le partage des richesses

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« Les entreprises belges cotées ont enregistré une belle année 2018. Deux tiers d’entre elles ont augmenté leur chiffre d’affaires » apprenons-nous dans un article de L’Echo ». A qui doit-on ces résultats ? Au cadres ? aux administrateurs ? aux travailleurs ? aux actionnaires ? La question n’est pas tranchée, mais ce qui est confirmé c’est que ces entreprises ont distribué de généreux dividendes aux actionnaires.

Cela pose crûment la question de la redistribution des richesses produites. Bien sûr, si les actionnaires ne bénéficient aucunement de cette augmentation des bénéfices ils investiront ailleurs. Pareil pour les cadres qui pourraient filer à la concurrence. Mais la productivité des entreprises n’est-elle pas aussi à mettre au crédit des travailleurs, souvent très sollicités par des mesures de « restructuration » et de flexibilité accrue de leurs horaires de travail ? Pourquoi leurs salaires ne profiteraient-ils pas aussi de ces bénéfices ? C’est la question que L’Echo ne pose pas.

C’est l’occasion de revenir sur l’irruption de l’intelligence artificielle et des robots qui assistent les travailleurs quand ils ne vont pas jusqu’à les remplacer … sans contribuer à l’approvisionnement des caisses de la sécurité sociale, vu que le travail des robots en est exonéré. Là aussi, le gain de productivité revient uniquement aux propriétaires des machines et ne profite pas aux travailleurs. Ils ne verront pas leur temps de travail allégé, ni leur salaire revu à la hausse. C’est une question qui devrait être traitée au niveau de l’Europe. Son nouveau parlement ne devrait-il pas mettre sur la table la taxation des robots évoquée par Bruno Colmant, mise en avant par Paul Jorion sous le nom de « taxe Sismondi » et aussi par le libéral Georges-Louis Bouchez, qui l’a reprise à son compte dans un article de la Dernière Heure.

Une question de survie

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Anthropologue et sociologue de formation, Paul Jorion – un Belge qui a travaillé dans la banque et l’intelligence artificielle aux Etats-Unis – est aujourd’hui en France un blogueur et essayiste à succès. Il révolutionne depuis dix ans le regard que l’on porte sur la finance et l’économie. Il n’a pas que des adeptes. Avec « La crise du capitalisme américain », il fut cependant l’un des très rares spécialistes de la finance à avoir annoncé l’arrivée la crise des subprimes il y a 10 ans. Cela mérite le respect. Plus récemment, c’est une autre crise qu’il a annoncée : celle de l’extinction possible de l’humanité abordée dans cet ouvrage « Le dernier qui s’en va éteint la lumière ». Pour lui, les Etats-nations européens n’y pourront rien sans une politique commune. Voilà une synthèse de son credo.

Extraits. « Le capitalisme contient une machine à concentrer la richesse qui grippe l’économie et ne laisse plus en présence qu’une poignée de vainqueurs face à une armée de vaincus. La prétendue « science » économique est l’outil de propagande que financent ces vainqueurs. L’État-providence, sous-produit de la reconstruction succédant à une guerre mondiale infâme, n’aura duré qu’une saison. Le robot et le logiciel ont évincé femmes et hommes d’un marché de l’emploi qui se rétrécit. Le verdict est sans appel : nous n’apprenons pas ! Le court-termisme règne en maître, la défense de privilèges exorbitants bloque toute tentative de sauvetage. La finance et l’économie pouvaient être réformées au lendemain de l’effondrement global de septembre 2008. Rien n’a été fait !

Aujourd’hui,  » se débarrasser du capitalisme est devenu pour l’humanité une question de survie ».  » Oui la spéculation peut être interdite comme autrefois, oui, l’État-providence doit être inscrit une fois pour toutes dans nos institutions, oui, la gratuité sur l’indispensable est le remède à la plupart de nos maux, oui, un projet européen ressuscité pourrait être le fer de lance d’un véritable redressement, oui, l’économie a besoin d’une constitution ! Seule la volonté fait défaut « .

« L’économie est une chose trop sérieuse pour être attribuée aux seuls économistes »

Avez-vous peur des pauvres ?

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Ils ne nous ressemblent pas. Ils ne nous ressemblent plus. Ils incarnent ce que nous ne voulons pas pour nous, ni pour nos proches. Les pauvres seraient-ils les nouveaux pestiférés, les intouchables de notre société ?  La peur ou l’indifférence qu’ils suscitent a donné naissance à un nouveau terme: la pauvrophobie.

Au coeur de la ville, la pauvreté s’affiche comme une réalité quotidienne. Selon Statbel, un Belge sur cinq n’arrive pas à joindre les deux bouts, et à Bruxelles ce serait  pire. « Les plus démunis et en particulier les sans-abri souffrent de l’ignorance et souvent de la condescendance de la société. Un isolement, un sentiment de déshumanisation qui sont parfois plus douloureux encore que la précarité elle-même. » RTBF – L’envers du décor sur 7 à la Une. En attendant une révolte du peuple des bas revenus ? déjà présente dans le mouvement des gilets jaunes.

La présence des personnes pauvres en rue, dans le métro, à côté des banques et des temples de la consommation, donne un visage au phénomène de la pauvreté au XXIè siècle. Difficilement supportable. Les cacher ou les bannir n’est en aucun cas admissible. Ce ne sont pas les pauvres qu’il faut chasser, mais la pauvreté et les bandes organisées qui les exploitent. Comment sont-il si nombreux à passer entre les mailles du filet social développé par notre société d’abondance ? La chute peut être rapide: une séparation, une perte d’emploi, des dettes, une maladie mentale ou physique, un choc. La générosité et la compassion n’en viendront pas à bout. Mais, si vous pouvez un regard, un sourire, une parole vraie, c’est  » un retour parmi la communauté des humains « , me dit quand même une ancienne assistante sociale – aujourd’hui sans domicile fixe.

Non, pas de photo.

Rendre justice sans être partisan ?

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Ce n’est pas parce que Pascal Smet est arrivé au gouvernement que le viaduc Reyers a commencé à s’effriter ou que les tunnels se sont dégradés les uns après les autres. Cinq ans d’inaction de Brigitte Grouwels et sans doute le secret espoir que les tunnels « tiendraient » encore le temps nécessaire pour assister au repli de la voiture individuelle, afin de ne pas devoir engloutir des sommes énormes dans des infrastructures qui appartiendront bientôt au passé. Pascal Smet n’a pas eu le choix et l’argent mis là et dans des parkings de dissuasion aux portes de la ville n’est donc plus disponible pour des projets porteurs pour l’avenir de la cité.

Très décrié pour son « inaction » face à la débâcle des tunnels, il le fut tout autant lorsqu’il a entamé – dans l’urgence – des travaux un peu partout pour les réparer, Pascal Smet aura été une tête de Turc commode pour les commentateurs. Vous trouverez sur son site et son compte twitter le bilan, évidemment flatteur, qu’il tire de son propre passage au gouvernement bruxellois et vous vous forgerez votre propre opinion sur cet homme politique hors du commun, qui a une vision pour Bruxelles et une certaine créativité, mais qui peine souvent à convaincre, même lorsqu’il inaugure un tunnel Porte de Hal, non seulement restauré, mais aussi joyeusement égayé par des artistes bruxellois.

Pas le lieu ici d’orchestrer une propagande électorale pour une femme ou pour un homme politique. Mais face à trop d’injustice et de procès d’intention de toutes parts, ne fallait-il pas tenter de présenter un portrait plus équilibré, dont chacun tirera les conclusions qui lui conviennent ? Surpris aussi, par la décision abrupte de Didier Gosuin de ne plus se représenter, j’aimerais rendre hommage à ce vrai Bruxellois ordinaire, généreux et enthousiaste, qui aura su garder une certaine fraîcheur que certains confondaient volontiers avec de la naïveté. Au-delà des consignes du parti auquel il appartenait, il nous aura accompagnés depuis la création de la Région bruxelloise, tant sur le plan de l’Environnement – qu’il a soutenu pendant plus d’une décennie – que sur le plan de l’Emploi, où il aura réussi à faire régresser le chômage bruxellois et celui des jeunes en particulier. Merci à lui.

Les riches paient-ils trop peu d’impôts?

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Paul De Grauwe pense que oui. Il s’en explique ICI dans Le Soir. C’est un économiste de la London School of Economics et il est membre du parti libéral flamand Open VLD, pas vraiment un gauchiste donc. C’est aussi la proposition de la nouvelle députée américaine démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, d’augmenter le taux d’imposition pour les revenus supérieurs à 10 millions de dollars, qui relance un débat qui préoccupe les économistes depuis longtemps sans pouvoir être qualifiés – comme elle – de « communiste ». Un débat d’actualité face à une révolte du peuple des bas revenus incarnée par de jaunes gilets.

Paul De Grauwe illustre la problématique par un exemple confondant. « Quand une personne qui gagne 2.000 euros par mois gagne 1.000 euros supplémentaires par mois, sa vie change radicalement (…) Donnez 1.000 euros supplémentaires à quelqu’un qui gagne 1 million d’euros par mois, et rien ne se passe dans la vie de ce millionnaire » qui ne le remarquera probablement pas. Il conclut: « Vous pouvez retirer ces 1.000 euros au millionnaire et le donner à la personne qui ne gagne que 2.000 euros par mois. Le millionnaire ne ressentira presque rien et vous rendrez l’autre très heureux ».

100 % sur le revenu qui dépasse un million c’est effectivement beaucoup et sans doute peu raisonnable, mais le prélèvement « pourrait facilement être porté à 70 %, par exemple, sans perte de productivité significative ». Il faudra d’abord se mettre d’accord sur le principe et puis réfléchir à la manière de l’appliquer à l’échelle internationale, pour éviter les déménagements de fortunes. « Si un tel revirement dans les pensées se produit, ici et dans d’autres pays, un nouveau consensus social sera créé, qui rendra possible un relèvement du taux d’imposition des revenus les plus élevés ». Une autre redistribution des richesses qui pourrait éviter une révolte qui couve.

… et le Fonds monétaire international (FMI) de Madame Lagarde a déclaré en novembre « qu’il fallait davantage taxer les plus fortunés pour favoriser la croissance « .