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Un salaire minimum en Europe ?

Avec des salaires planchers qui vont de 330 euros en Bulgarie à 2 200 euros au Luxembourg, le rapport varie de 1 à 7. « Les différences de coût de la vie d’un pays à l’autre peinent à justifier à elles seules ces écarts. Même en tenant compte du panier moyen nécessaire pour vivre, les salaires minimums ne suffisent pas toujours pour atteindre un niveau de vie décent, particulièrement dans les pays de l’Est. Il devient dès lors impératif pour la Commission de donner à ces salaires minimum nationaux un gros coup de pouce » écrit Alternatives Economiques.

Entre 2005 et 2018, la pauvreté au travail est passée de 8,1 % à 9,6 % dans l’Union Européenne, sous l’effet, entre autres, des temps partiels, contrats courts et autres statuts précaires d’autoentrepreneurs. Les trop faibles rémunérations poussent aussi les salariés à faire leurs valises pour travailler dans d’autres pays, et peuvent donc s’avérer contreproductives pour certaines économies nationales. Y a-t-il encore des plombiers en Pologne ?

La présidence française va mettre le projet de directive sur les salaires minimums décents à l’agenda. Il devrait réduire la pauvreté et limiter le dumping social. Le salaire minimum européen est en bonne voie. Ou, faudrait-il dire plus précisément, « les » salaires minimums « adéquats » ? Impossible d’avoir l’unanimité à 27 sur un salaire minimum unique pour toute l’Europe. Un salaire plancher dans chaque pays contribuerait déjà indéniablement à la résorption des inégalités. L’article d’Alternatives Economiques explique comment.

Quatre années gâchées

Automne 2017.  Awet débarque à Bruxelles en ayant fui à 18 ans la dictature de son pays et l’enrôlement forcé, qui a déjà coûté la vie à son frère. Après avoir connu l’enfer lybien et avoir échappé à un naufrage en Méditerranée, il accoste brièvement en Italie. Un plan de répartition européen le destine à un avion en partance pour la Belgique. Il se croit enfin reconnu de facto comme réfugié.

A Bruxelles, il est hébergé et nourri par les bénévoles de la Plateforme Citoyenne. Ensuite Fedasil prend le relais et lui octroie une aide médicale. Les interrogatoires se multiplient. Le temps passe. L’inquiétude progresse. Un soutien psychologique est accordé. Il suit des cours de français. S’inscrit dans une équipe de foot. Se fait des amis. Est prêt à travailler. Un sans faute, pour lui et pour la Belgique. Ouf !

Mais, cela fait maintenant quatre ans, qu’une avocate pro deo s’efforce de faire reconnaître la demande de protection internationale d’Awet. Quatre longues années d’interviews, de notifications, de recours et d’appels. La décision vient de tomber: un ordre de quitter le territoire. Tout cela pour ça ! Fallait-il quatre ans pour lui signifier cela ? Quel gâchis. Pour lui. Pour nous. Awet déprimé se trouve condamné à l’errance: devenir un « sans-papiers » ou risquer la traversée de la Manche … pendant ce temps nous manquons cruellement de main d’œuvre peu qualifiée. La honte.

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Aide sociale ou salaire décent ?

L’augmentation brutale du prix du gaz et la faible performance énergétique de nombreux logement bruxellois pourraient mettre nombre de ménages – sans contrat fixe – en difficulté cet hiver. Le tarif social, accessible à certaines catégories de locataires, peut y palier partiellement. Le gouvernement fédéral annonce aussi une prime unique de 80 € à chacun d’entre nous, pour faire face aux prix élevés de l’énergie.

Belle intention. Merci. Certains estiment cependant que même les salaires les plus bas devraient être suffisants pour couvrir les besoins fondamentaux et même pour mettre de l’argent de côté pour faire face à des imprévus. Comment le fédéral compte-t-il s’y prendre, pour qu’à l’avenir une partie importante de la ville ne reste pas tributaire de toutes sortes d’aides sociales ? Dès lors que certains salaires ou revenus de remplacement ne suffisent plus, n’est-ce pas ceux-là qu’il faut accepter de revoir sans tabou ?

Intervenir dans les frais de chauffage, alors que nombre de logements bruxellois sont de véritable passoires énergétiques, soulève une autre question pour l’avenir de la ville. Bruxelles Environnement propose un plan stratégique, il s’appelle Rénolution. Pour nombre de logements sociaux peu isolés, l’énergie est un puits sans fond. La situation n’est pas seulement coûteuse pour les locataires, mais aussi dommageable pour le climat, vu les gaz à effet de serre, inutilement envoyés dans l’atmosphère.

La neutralité en question

Plusieurs commentaires, que vous pouvez lire sous le billet d’hier, mais aussi des e-mails reçus pour remettre en question le contenu de la neutralité et son application discutable. La tenue vestimentaire ne suffit pas à garantir l’égalité de traitement de la part des agents du service public. « Ni obligation, ni interdiction » devrait être la règle, sauf pour ceux qui représentent l’Etat, qui se doit d’être neutre et impartial. Mais le conducteur du bus de la STIB ou le concierge de l’école représentent-ils l’Etat ?  Ne faut-il pas le réduire aux « fonctions d’autorité » ? Sur l’exigence de neutralité des apparences, il y a encore eu récemment une carte blanche sur l’affaire Haouach synthétisée ICI.

L’Etat doit être neutre, mais dans le même temps, il privatise de plus en plus de services publics, qui échappent à cette obligation de neutralité et concurrencent le service public. Pour ce qui est de l’école, certains commencent par dire qu’il faut un réseau unique et pluraliste accessible à tous, pour en finir avec le quasi-marché scolaire. On ne peut se satisfaire d’une situation où la majorité des enfants sont scolarisés dans des écoles privées, qui font ce qu’elles veulent. Tant que le foulard est interdit pour les élèves mineures, il est difficile de le défendre pour les enseignants. C’est un compromis culturel provisoire. 

Une sévérité laïque pour les seuls services publics poussera vers le privé les personnes qui veulent afficher leur appartenance, en l’occurrence vers le réseau libre. Nous devons regarder ailleurs que vers la France, qui est très loin d’être un modèle en matière de «  vivre-ensemble » et qui a une conception de la laïcité – « religion d’Etat » – qui n’est pas la nôtre. Il ne faudrait pas s’efforcer de trouver de quoi se mettre sous la dent – maintenant qu’il n’y a plus guère de curés à manger – de laisser libre cours à une impulsion machiste ou xénophobe. Finalement qu’est-ce qui constitue l’interprétation la plus cohérente d’une société libérale ?

 

A qui s’impose la neutralité ?

La séparation des Eglises et de l’Etat est actée dans la Constitution belge. Même imparfaite, elle constitue le fondement et la condition du vivre-ensemble dans un pays aussi multiculturel avec une capitale  aussi superdiverse. Il en découle une totale liberté d’expression et d’affirmation pour les citoyens et une obligation de neutralité pour les personnes qui représentent l’Etat. Dans leur chef, Il ne s’agit pas seulement de l’absence de signes convictionnels, mais aussi d’une obligation d’égalité de traitement et d’une réelle bienveillance vis-à-vis de tous les citoyens.

Si l’Etat et ses représentants sont tenus de ne pas se départir de leur neutralité, il n’en va effectivement pas de même pour les citoyens. Ils sont autorisés – et même encouragés – à cultiver des opinions ou des croyances et à les exprimer. C’est ainsi que le tribunal de 1ère instance de Bruxelles vient de donner raison aux deux étudiantes de la Haute Ecole Francisco Ferrer qui estimaient discriminatoire l’interdiction de signes convictionnels (leur foulard) qui leur était imposée. La Ville ira-t-elle en appel, comme le demande le MR ?

Francisco Ferrer forme de futurs enseignants. S’il est désormais acté que les étudiant.e.s ne peuvent être discriminé.e.s sur base de l’affirmation de leurs croyances, il n’en reste pas moins qu’une fois en fonction, l’interdiction du port de tout signe convictionnel s’appliquera, comme à tout le personnel enseignant des écoles officielles. Peut-on imaginer dans ces écoles, un instituteur avec une kippa ou un turban ou une institutrice voilée ou avec une croix en or ? N’y a-t-il pas un réseau d’enseignement libre confessionnel subsidié à cet effet ? Gageons que nous ne serons pas unanimes sur ce sujet ?

photo extraite de BX1, la chaîne d’info de Bruxelles