Archives pour la catégorie Travail

Nos arbres nous appartiennent

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La forêt de Soignes produit près de 20.000 m³ de bois chaque année. Dans un billet de février de cette année, nous devions déplorer que plus de 75% des troncs sont exportés vers la Chine en camion et puis en bateau. Une partie de ce bois nous reviendra plus tard transformé en meubles. Tout cela, alors que le secteur de la construction en région bruxelloise à lui seul importe 60 000 tonnes de bois par an. Cette aberration semble heureusement appartenir au passé et on peut s’en réjouir.

C’est face à cette absurdité, que Stephan Kampelman –  économiste et spécialiste en économie circulaire à l’Université Libre de Bruxelles – s’est lancé dans la coopérative Sonian Wood Coop, dont la mission phare est : Keep it local. Il n’y avait pas de filière locale du bois en région de Bruxelles. Tout le monde adhérait à l’idée de valoriser localement la forêt, mais certains avaient des doutes quant à la faisabilité économique de l’activité. Notre levée de fonds participative a permis de faire une « proof of concept ». Nous avons réalisé un cycle d’opération à petite échelle pour montrer que c’est possible de rassembler le secteur du bois. Nous mettons en vente le bois sec que nous avons acheté l’hiver passé grâce à notre levée de fonds collaborative. La demande est forte, les utilisateurs sont heureux d’acquérir du bois de la région.

Selon nos projections, d’ici fin 2020, nous n’aurons plus de bois sec à proposer à la vente. Nous sommes déjà en train d’acheter des nouveaux lots de bois à scier et à faire sécher cet hiver. Le bois venant de la partie bruxelloise de la forêt de Soignes est vendu aux enchères par Bruxelles Environnement. Nous avons acheté le premier lot il y a quelques semaines. C’est sans doute la première fois depuis très longtemps qu’un acteur bruxellois achète un lot aux enchères pour le valoriser localement sous forme de bois de sciage. En savoir plus ICI sur be circular.

photo be circular be.brussels

 

Happy Monday: vers un nouvel âge d’or

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Vous lirez sans doute avec plaisir, que la crise du coronavirus pourrait conduire à un âge d’or. C’est une professeure d’économie à l’Institute for Innovation and Public Purpose à Londres qui l’affirme. Carlota Perez, du haut de ses 80 ans, a toujours l’oreille des pouvoirs publics et des grandes institutions, qui la considèrent comme une autorité dans le domaine de l’étude des grandes évolutions technologiques des siècles derniers. Pour elle, nous sommes à un point de basculement difficile, qui voit émerger les populismes à cause de la haine de ceux qui se sentent exclus. Mais les crises finissent par ouvrir la porte à de grands changements. Les destructions peuvent être créatrices. Retourner au « business as usual » ? ou franchir le pas vers une croissance intelligente, verte et équitable ?

En plein confinement marqué par la rareté des contacts sociaux, difficile de croire que nous connaîtrons bientôt un âge d’or. Carlota Perez répond à cette question et à bien d’autres.

Quatre petites phrases pour vous donner envie de lire son interview complète dans L’Echo.

« Avant, les consommateurs prenaient pour acquis que la propriété était la base d’une vie prospère, mais aujourd’hui c’est la location qui règne en maître. »
« Aujourd’hui, la pandémie a créé une situation comparable à une guerre en termes de destruction de l’économie et des moyens de subsistance des populations. »
« Je suis convaincue qu’un revenu de base universel représente la meilleure forme d’assurance contre le chômage au sein de l’Etat Providence moderne. »
« Les pouvoirs publics doivent faire évoluer les règles du jeu de manière à ce que le potentiel technologique se traduise par des bénéfices aussi nombreux que possible pour l’ensemble de la société.

Lucas Cranach l’ancien – L’age d’or – 1530

Happy Monday: vivre les uns avec les autres

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Cela ressemble à un slogan facile ou a un lieu commun, mais lorsque c’est le ministre flamand de l’Intégration et de l’Égalité des chances qui affirme que son objectif est « d’encourager les Flamands à vivre les uns avec les autres et nous plus les uns à côté des autres » on peut se demander comment il va s’y prendre pour en faire une réalité ? Mais l’homme sait de quoi il parle, il a été bourgmestre de Malines. Il a été nommé « meilleur bourgmestre du monde » en 2016 par la City Mayors Foundation pour s’être s’investi, avec sa communauté, dans l’accueil des réfugiés et l’intégration des migrants dans une ville plutôt négligée, qu’il a  transformée en l’une des cités les plus attrayantes de Belgique.

C’est bien du ministre Bart Somers qu’il s’agit. Peut-être serez vous surpris d’apprendre qu’il est élu sur les listes de l’Open VLD. C’est un article de la Gazet Van Antwerpen – heureusement traduit ICI par Daardaar – qui nous apprend comment il s’y est pris à Malines. « Chaque primo-arrivant est encadré par un parrain ou une marraine avec lequel ou laquelle il va passer plusieurs heures par semaine durant un certain nombre de mois. Il apprendra ainsi non seulement notre langue, mais aussi nos valeurs et coutumes. Il étoffera son réseau de connaissances et augmentera ses chances d’accéder à un emploi et un logement. Nous voulons l’étendre à d’autres groupes cibles, comme les personnes dans la précarité, atteintes d’un handicap ou appartenant à la communauté LGBT. Nous pourrons ainsi renforcer les liens au sein de notre société ».

Multiplier les contacts entre les individus, ne pas se contenter de vivre un entre soi confortable. Avec « School in Zicht », Bart Somers compte aussi favoriser la mixité au sein des écoles avec le ministre de l’Enseignement. Non par la contrainte, mais en encourageant les parents à opter pour des écoles mixtes. La société a tout à y gagner. La jeune génération est amenée à évoluer dans une Flandre multiculturelle. Le fédéral gère les arrivées sur le sol belge, la Flandre veille à l’intégration des primo-arrivants, mais les pouvoirs locaux jouent un rôle déterminant dans la participation réelle au projet de société. Un exemple pour Bruxelles ? où la Région a tardé à mettre des programmes d’accueil et d’intégration en route. Alors qu’elle les a enfin rendus obligatoires au 1er janvier 2020 (pour les primo-arrivants non UE), rien ne sera finalement prêt avant le 1er janvier 2021… Même G-L Bouchez au MR regrette ces retards et ces discriminations.

 

Un revenu inconditionnel jeune ?

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A Bruxelles, à défaut de statistiques récentes, les jeunes seraient au moins deux fois plus souvent au chômage que les adultes, leur taux de pauvreté deux fois plus élevé, et trois fois plus que celui de la plupart des retraités. Dans sa Chronique, François Dubet (1) estime qu’avec les effets du Covid sur le marché du travail, leur situation va se dégrader sensiblement. On comprend que le gouvernement cherche à préserver les emplois existants par le chômage partiel. Il crée toutefois une situation où le chômage est externalisé sur les jeunes. Le gisement d’emplois précaires et de stages va se réduire drastiquement: beaucoup de jeunes ont déjà perdu leurs jobs d’été et d’hiver. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou chômeurs, beaucoup sont pauvres, se logent mal voire pas du tout, ne mangent pas à leur faim, se soignent peu et sont de plus en plus isolés.

Les jeunes sont dans le trou du filet des aides sociales. La France – et la Belgique dans une très large mesure – a choisi des politiques « familialistes » qui aident les familles à aider leurs enfants plus qu’elles n’aident directement les jeunes eux-mêmes. Autrement dit, quand la famille n’est pas derrière et qu’on n’a pas la chance d’avoir un emploi ou des jobs qui s’enchaînent, la pauvreté s’installe.

Pour éviter cela – et faute d’un revenu universel – François Dubet propose de leur donner à tous un revenu minimum leur permettant de survivre au mieux, sinon de vivre bien, un revenu permettant de combiner les études et les emplois. Evidemment, cette prestation devrait être dégressive au fur et à mesure que s’élèvent les ressources propres des jeunes, qui auraient donc toujours « intérêt à travailler ». Il reste l’obstacle fiscal et cette crainte « que les bénéficiaires fassent n’importe quoi de leur revenu ». Ce revenu inconditionnel n’a cependant rien d’utopique. Il existe déjà au Danemark. Des précisions dans la Chronique de François Dubet et un éclairage plus radical de Basta.

(1) sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux – in Alternatives Economiques

 

Vivre autrement en centre-ville

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Ramener la bourgeoisie dans le centre historique de la ville était déjà le projet du bourgmestre Anspach. En voûtant la Senne, pour des raisons d’hygiène, il a déplacé la population fragilisée qui vivait dans le centre. C’est par concours, qu’il a incité les promoteurs à y construire des immeubles à appartements de style haussmannien. S’il y eut des réussites, comme l’hôtel Métropole ou le Passage du Nord, la bourgeoisie a cependant préféré s’installer dans des maisons de maître unifamiliales de la seconde couronne. La Ville a donc été contrainte d’y construire elle-même, y compris l’imposant Palais du Midi. Attirer et maintenir la classe moyenne en centre-ville reste un réel défi.

Plus d’un siècle plus tard, en pleine crise sanitaire, la société Cohabs n’a pas peur de faire des 4.000 m2 d’étages vides du Passage du Nord, la plus grande «cohabitation» de Belgique. Ils y disposent de 64 chambres qu’ils comptent diviser en 4 colocations distinctes pour conserver l’esprit de communauté cher à l’entreprise. Plusieurs espaces communs traversés par des arbres, une salle de sport, un coworking et un toit potager. Si Cohabs a surtout proposé des colocations branchées dédiées aux jeunes actifs généralement nichées dans des maisons de maître décorées avec soin, ici, ils ne visent pas seulement à ramener des riches en ville. « Des chambres seront réservées à des personnes en transition, des mères célibataires, des locataires plus fragilisés, dont le loyer plafonnera à 450 euros. Un habitat groupé en coeur de ville ? Une expérience de mixité que l’on ne demande qu’à voir fonctionner et réussir.

« C’est un projet qui va redynamiser le quartier, surtout acquis aux bureaux et aux commerces, et qui y ramènera de la vie« . Un projet audacieux qui bouscule les grands plateaux, autrefois occupés par l’hôtel Métropole voisin avant son déclin, via un bail emphytéotique. Un puits de lumière va éventrer l’un des flancs de la galerie, « celui où les plateaux sont les plus profonds (600-700 m²) et donc les plus sombres. Y seront plantés deux immenses arbres s’élançant du 2e au 4e étage, traversés à hauteur du 3e étage par une passerelle ». Le 1er étage sera réservé aux espaces communs et le 4e sera un roof top de 140 m². Soit quatre colocations de 15 à 20 chambres, deux au 2e étage et deux en duplex aux 3e et 4e étages. Un pari audacieux mais calculé.


Plans Atelier d’Architecture du Congrès  https://aac-hossey.be/passage-du-nord