Archives pour la catégorie Travail

Repères perdus

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Billet d’humeur

Bruxelles. Un certain silence. Déjà une semaine de confinement. Du temps retrouvé. Du temps disponible. Pourquoi encore régler le réveil ? Trier la pharmacie. Mille choses à faire. L’impression de vivre une épreuve, plus ou moins confortablement installés chez nous. Nous allons bien, et nous nous sentons mal: étrange sensation. Avec le télétravail, l’impression d’en faire plus qu’au bureau. Sans les rencontres à la machine à café. Improviser à longueur de temps. En fin de journée quel est le bilan ? Sans repères, nous sommes finalement plus perdus que libérés.

« Les enfants font des efforts. Pas facile pour eux, qui ont perdu leur instit et leurs copains. Essayer de maintenir un certain rythme, décider avec eux des horaires “d’école” et des horaires de “récréation”. Pourquoi continuer à travailler sans avoir de devoirs ? Seuls avec nous, l’école est assez artificielle. Les enfants ont perdu leurs repères, eux aussi ». 

Ne pas pouvoir s’empêcher de penser à ceux qui vivent à cinq dans 30 m2. Le huis clos. Comment échapper à l’agacement, à la violence des mots et parfois des actes ? Il y aura des divorces. Le virus met tout à plat. Il ne se contente pas d’envahir le corps des plus fragiles d’entre nous. Il nous mine de l’intérieur. Enfin, il essaie. Résister. Se rassurer en reprenant des sous au distributeur. Inventer une nouvelle vie. Au jour le jour. Profiter du soleil et de l’instant présent, sans savoir pour combien de temps. Vivre sans projet ?

Tous les matins de la semaine, et peut-être aussi le WE, mes billets tenteront de vous tenir compagnie.

photo reçue d’un lecteur

Nos hêtres partent en Chine

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La Forêt de Soignes produit près de 20.000 m³ de bois chaque année. Plus de 75% des troncs seront exportés vers la Chine en camion et puis en bateau. Une partie de ce bois nous reviendra plus tard transformé en meubles. C’est un article de la RTBF qui relève cette situation aberrante.

Comment en est-on arrivé là ? La filière de transformation du hêtre en Belgique a subi de plein fouet la concurrence avec l’Asie. Les coûts de transformation du bois sont beaucoup plus élevés ici que là-bas (les charges salariales, les coûts de l’énergie, les taxes, etc.). Il reste très peu de scieries belges qui transforment encore du hêtre explique Stéphane Vanwijnsberghe, directeur du service forestier de la Région bruxelloise.

Une coopérative bruxelloise – Sonian Wood Coop – veut changer la donne et éviter cet aller et retour de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. Elle veut exploiter le bois de la Forêt de Soignes ici. Le projet est une recherche-action menée entre autres par un chercheur en économie circulaire de l’ULB. Pour Stephan Kampelmann, « au lieu de laisser partir la valeur ajoutée en revendant la matière première à des acheteurs internationaux, il faut garder cette matière ici et créer une économie circulaire, locale ».

Vous pouvez contribuer à ce projet en participant ICI à l’achat d’un premier lot de bois de la Forêt de Soignes.

 

La force de travail de Bruxelles

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Poumon économique de la Belgique, notre Ville-Région procure du travail à plus de 700.000 personnes. Quelques chiffres ICI. Une grande partie de ces emplois se situent dans le secteur tertiaire et demandent des cols blancs, souvent d’un haut niveau de qualification. L’offre d’emplois dans le domaine manuel et manufacturier est insuffisante pour absorber l’ensemble des cols bleus de la cité, dont une part reste sans emploi. L’exigence de bilinguisme et même de trilinguisme souhaitable – même si parfois excessive – est aussi un obstacle à leur engagement. 77 000 Bruxellois ont trouvé un emploi en dehors de leur Région.

Il faut se réjouir de voir près de 330 000 Wallons et Flamands venir nous prêter main forte pour occuper les emplois que nous créons … même si on préférerait les voir venir en transport en commun plutôt que seul en voiture. Voire même, assister à leur  installation dans la ville où ils gagnent leur vie ? Où restent les incitants ?

En Belgique, 85% des travailleurs trouvent un emploi dans leur propre Région et même 75% dans leur propre province. Deux exceptions: le Brabant flamand et le Brabant wallon, où respectivement 47% et 54% travaillent hors de leur province, principalement à Bruxelles.

 

Viré de l’école, une chance

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C’est Pierre Wynants, du Comme chez soi à la place Rouppe, qui le confie. D’abord viré de l’athénée, mais aussi de l’école de cuisine CERIA à 14 ans. « Ma chance, ça a été de passer directement au manuel sans passer par l’intellectuel ». Il s’en explique dans un riche entretien dans Le Soir. Mozart et Picasso auraient-ils eu leurs points en musique et en peinture ?  Mozart ne reçoit pas d’autre éducation que celle que lui donne son père et Picasso a fini par renoncer à suivre les cours à l’Académie de Madrid. Il est dans la brutalité de l’instant. Plus tard, il dira: « Tout ce que je sais, je l’ai appris dans le village de Pallarès ». D’accord, ce sont des génies et l’école les aurait sans doute maintenus dans un certain académisme, une certaine convention.

Il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer contre l’école, supposée donner sa chance à tout le monde à Bruxelles, quel que soit son origine, ses compétences et ses talents, même si on est encore très loin du compte. Les inégalités sociales se retrouvent trop régulièrement dans les résultats scolaires. il faut pouvoir dominer la langue de l’école, en connaître les codes, être soutenu par ses parents et bien souvent, être capable d’assimiler une formation essentiellement verbale, assis sur une chaise. Une belle série d’articles de Conversation ICI, autour de l’ascenseur social en panne et « d’apprendre à apprendre » en France. Et chez nous ?

Découvrir et faire éclore les talents. Un beau projet pour l’école. Avec un tronc commun jusqu’à 15 ans d’accord. Avec l’apprentissage du latin pour tous ? avec les arts plastiques, la cuisine l’ingénierie et la création en parents pauvres ? Et ensuite une formation intellectuelle, scientifique ou technique, pour ceux à qui cela convient. Pour les autres, l’apprentissage d’un métier, une formation en alternance entre l’apprentissage en entreprise et les fondements de base donnés à l’école.

L’école donne-t-elle à chacun les moyens de réussir selon ses ambitions ? 
La réussite se résume-t-elle à cette illustration ? tous en cravate et attaché-ccase ?

Illustration de l’article publié par The Conversation

Green Friday, vous connaissez ?

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La fièvre acheteuse du Black Friday étant retombée, une semaine plus tard, il est peut-être temps de s’interroger sur cette manifestation consumériste, venue tout droit des USA, et qui s’est développée rapidement chez nous. Un record de plus de 10 millions de paiements a été enregistré en Belgique, dans les magasins et en ligne lors de ce Black Friday. L’an dernier déjà, 28% des Belges interrogés par Dedicated ont acheté en ligne durant cette journée de promotions et 22% dans les magasins physiques. Pour 73%, Black Friday est d’abord synonyme de bonnes affaires. Test Achats appelle cependant ICI à la prudence.

Black Friday contre Green Friday est le titre d’un article fort bien documenté que bruseslslife.be consacre au modèle de société de surconsommation, « extraire-produire-acheter-jeter » qui épuise la planète et est à l’exact opposé du Green Friday. Surproduction de biens manufacturés, forte utilisation de ressources naturelles et d’énergie, course aux plus petits prix (et nécessairement aux salaires de misère), gaspillage et pollution à outrance, addiction des citoyens, etc. Un certain nombre d’accusations pèsent aujourd’hui sur le Black Friday.

C’est en réaction qu’est né en France le collectif Green Friday. Une recherche d’alternative à la consommation compulsive, aux achats non-nécessaires dictés par la seule logique promotionnelle. Le collectif rappelle « nous achetons 60% de vêtements de plus qu’il y a 15 ans mais nous gardons nos habits deux fois moins longtemps. Nous changeons nos téléphones tous les deux ans alors qu’ils fonctionnent encore parfaitement ». C’est encore sans épingler les embouteillages, causés par les milliers livraisons individuelles effectuées par Amazon et autres livreurs à domicile, que nous évoquerons la semaine prochaine.