Archives pour la catégorie Sécurité

Trottinettes: fini l’anarchie

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… mais c’est à Paris. Après avoir laissé ce nouveau mode de déplacement silencieux et inodore envahir la ville, après avoir pris quelques mesures peu efficaces et puis misé sur la bonne volonté des exploitants, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, s’est résolue à employer la méthode forte, face au mécontentement grandissant des habitants. Le Monde en détaille les modalités.

En bref, il sera interdit aux trottinettes de stationner sur les trottoirs de la ville, elles devront se parquer sur la voirie, comme les autres véhicules et leur vitesse devra être bridée à 20km/h. (au lieu de 25). Afin de diminuer leur nombre total – évalué à 35 ou 40.000 engins – la Mairie compte lancer un appel d’offres et ne sélectionner qu’un maximum de 3 opérateurs, pouvant mettre chacun 5.000 trottinettes à disposition du public. L’appel d’offres comportera aussi des clauses sociales et environnementales pour lutter contre l’« ubérisation de notre société » et contre des recharges non vertes.

Il est évidemment plus aisé de prendre des mesures pareilles quand une seule Maire gère une ville, plutôt que 19 bourgmestres et un ministre de la Mobilité régional (air connu). En attendant l’arrivée d’un nouveau gouvernement bruxellois plus vert, nous pourrons tirer profit des premiers résultats des mesure parisiennes. Suite à l’augmentation des accidents survenus à des piétons et à des usagers et suite à l’encombrement des (étroits) trottoirs bruxellois, il va être temps d’agir, sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les trottinettes en sursis ?

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Les  start-up multinationales qui ont pris l’initiative d’introduire ces trottinettes partagées, ne s’attendaient peut-être pas à un tel succès dans le centre de Bruxelles, où elles suscitent autant d’amour que de haine. C’est comme si l’espace public leur appartenait. Y compris le seuil de ma maison.  C’est maintenant au pouvoir politique à instaurer les règles d’intérêt général, dont les promoteurs ne se sont pas souciés. La colère populaire gronde. Tarder à agir pourrait coûter la vie à un mode de déplacement certes problématique, mais cependant innovant et complémentaire aux transports en commun.

Depuis le 1er juin, le fédéral impose aux propriétaires de trottinette électriques d’être couverts par une assurance familiale en cas d’accident avec des tiers. Les usagers qui louent une trottinette sont couverts par l’assurance souscrite par les firmes qui les mettent en location. Les trottinettes pourront atteindre 25 km/h sur la chaussée et sont interdites sur les trottoirs, sauf au pas (5 km/h).  Le casque est conseillé mais pas obligatoire. La Région a imposé une licence aux start-up.

Reste la question fondamentale de leur stationnement après usage. L’Echo y a consacré un article. Certaines villes touristiques ont créé des parkings pour trottinettes et vélos électriques sur la voie publique et en ont imposé l’usage, sous peine d’enlèvement. Cela diminue la souplesse du free floating s’ils sont trop espacés, mais cela remet l’espace public à disposition de tous. À Bruxelles la question relève des 19 communes … et donc cela tarde et sera sans doute peu cohérent. Bruxelles Ville a interdit la Grand-Place, envisagerait des emplacements dédiés, seront-ils obligatoires ? Saint-Gilles a interdit le stationnement en 18 lieux très fréquentés. BX1 signale que plusieurs écoles de Laeken se sont mobilisées pour la création d’une piste cyclable pour les élèves sur les trottoirs à proximité des écoles, afin d’éviter les accidents. Tout cela suffira-y-il pour calmer le jeu ?

 

Happy Monday: Bruxelles en marche vers le futur

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Bruxelles a voté pour la transition écologique et la solidarité. Bruxelles peut être fière d’avoir entendu l’appel des jeunes qui n’ont pas le droit de voter, mais qui hériteront de la ville de demain. Le PS et Ecolo sont les gagnants des élections et il est peu vraisemblable qu’une nouvelle coalition puisse se mettre en place sans eux. Un accord de gouvernement avec la majorité néerlandophone devra organiser une transition écologique dont les plus démunis ne peuvent cependant faire les frais.

A voir la répartition des votes, la Ville-Région peut apparaître comme coupée en deux. D’un côté on a voté rouge et de l’autre vert. Ceux pour qui chaque euro compte ont voté en faveur d’une sécurité sociale garantie et ceux pour qui la lutte contre réchauffement climatique est devenu une priorité évidente ont voté en faveur d’une transition écologique dont chacun devrait pouvoir bénéficier.

L’écologie politique est encore une notion fort abstraite pour nombre de Bruxellois, alors que l’interdiction d’utiliser leur véhicule diesel est pour certains une réalité concrète et coûteuse. Il va falloir faire preuve de pédagogie. Les Bruxellois ont aussi voté pour des gens qu’ils connaissent et dont les noms les rassurent. Certains partis l’ont mieux compris que d’autres. Les Belges ont-ils voté femmes interroge Le Vif ? Une lectrice se demande si aujourd’hui, toutes les Bruxelloises peuvent se reconnaître dans des candidates en cheveux qui se disent résolument féministes ? Je pense que oui, et sans doute de plus en plus. Culture et éducation ont évidemment aussi eu leur mot à dire ce dimanche.

… j’ai beaucoup hésité à parler d’un Happy Monday, alors qu’un parti d’extrême droite se trouve désormais en 2è position en Flandre et pourrait finir par être fréquentable. Nous en reparlerons demain, avec un oeil aussi sur l’Europe où la droite extrême n’a pas fait le score prévu par les sondages et où les verts progressent.

Photo The Bulletin

Soulèvement

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Des lycéens se mobilisent dans les rues de Bruxelles pour une loi climat, des petits bruxellois réclament un air pur à l’école, des gilets jaunes se révoltent en France et en Belgique pour des revenus décents, des féministes poursuivent leur combat pour l’égalité et ont fait la grève pour la première fois le 8 mars 2019, des hébergeurs et des hébergeuses de migrants ne désarment pas, des bénévoles nettoient la gare du Nord à la place des pouvoirs publics … Toutes ces luttes s’inscrivent dans l’urgence d’un monde qui bouge pour le meilleur ou pour le pire. Leurs messages sont-ils entendus, des solutions sont-elles apportées ?

Des hommes et des femmes se soulèvent quand ils en ont assez d’être assujettis.
La nature se soulève quand elle est maltraitée : des ouragans, des tsunamis, de la sécheresse. Anne Grauwels signe un éditorial sur le soulèvement, la révolte.

« Révolte » dit-elle, car comme Sartre, nous pensons qu’on a toujours raison de se révolter, et parce que le mot évoque un retournement de situation, un bouleversement, un mouvement soudain qui vient nous surprendre, qu’on n’attendait pas spécialement et qui semble pourtant s’inscrire dans la durée. S’ils se soulèvent, « c’est qu’ils n’ont pas l’intention de se rasseoir dans l’immédiat » (1).

(1) Judith Butler dans Soulèvements, Gallimard / Jeu de Paume, Paris, 2016, p. 24

Organiser la mobilité douce

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S’il faut se réjouir de voir la mobilité douce prendre plus rapidement sa place dans la ville et contribuer ainsi à la diminution du trafic automobile et de la pollution, peut-elle se faire au détriment des piétons et des usagers les plus faibles ? Ne sommes-nous pas tous piétons à un moment donné de nos déplacements ? Les communes semblent impuissantes à réguler le développement et le stationnement anarchique des vélos et trottinettes en « free-floating » (stationnement libre sans stations) et la Région reste à la traîne, même si elle promet d’agir.

Les vélos Jump rouges d’Uber, qui ont débarqué du jour au lendemain à Bruxelles-Ville, Ixelles, Saint-Gilles, Etterbeek, Saint-Josse et Schaerbeek, ont causé le ras-le-bol d’une partie de la population et poussé quelques personnes à amasser une dizaine de vélos rouges au coin de deux rues de Saint-Gilles, comme le relate La Libre. On en trouve aussi par terre à la Grand-Place, sur les passages piétons, devant des devantures de magasin, quand ils ne bouchent pas l’entrée d’un immeuble à appartements. Ils viennent d’ailleurs d’être déclarés illégaux. Un premier usager décédé en trottinette devrait accélérer la publication d’un cadre réglementaire plus contraignant.

L’ordonnance régionale impose aux compagnies en free-floating l’acquisition d’une licence, mais ne règle pas le problème de leur stationnement anarchique et ne donne aucun moyen financier aux communes pour l’encadrer. Risquons une piste : aménagement rapide de nombreuses pistes cyclables de bonne largeur, interdiction sur les trottoirs sauf au pas, responsabilisation civile (ICI) des usagers et des compagnies. Quant à la création d’espaces de rangement dédiés et obligatoires pour ces vélos et trottinettes, ils pourraient considérablement améliorer la situation, mais l’obligation d’en faire usage limiterait fortement l’attrait de ces engins que l’on dépose à destination … et donc aussi l’engouement pour cette réelle alternative à l’auto. Il sera intéressant de voir ce qui va sortir de la concertation de nos voisins parisiens annoncée par Le Monde.

photo circulant sur les réseaux sociaux