Archives pour la catégorie Justice

Une loi anti discrimination

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C’est en Allemagne, et plus précisément à Berlin. Fort de son statut de Ville-Etat, Berlin vient de voter une loi anti-discriminations inédite, majorité contre opposition. Les victimes de discriminations – raciales, religieuses, sexuelles, ou encore liées au handicap – pourront désormais demander des dommages et intérêts, selon un article de RTL info.

La loi prévoit un large éventail de cas de figure, de l’aveugle refusé dans un lieu public avec son chien parce qu’il est interdit aux animaux, aux « blagues misogynes » que pourraient lancer des fonctionnaires en présence d’un tiers, en passant par d’éventuels contrôle de police au faciès.

En cas d’accusation de discrimination, ce sera désormais aux policiers de prouver qu’ils ne se sont pas rendus coupables de tels agissements. C’est cette disposition qui irrite particulièrement les opposants au nouveau dispositif, alors que jusqu’à présent, c’était à la victime présumée de démontrer qu’elle avait été discriminée.

Les Bruxellois ne s’en laissent pas conter


À l’automne 1356, le comte de Flandre, Lodewijk van Male, a conquis Bruxelles, la capitale du Brabant. Il voulait s’approprier le Brabant et se proclamer Duc de Brabant. C’était sans compter avec Everard t’Serclaes. Oui, oui, celui que l’on voit étendu sur le côté de la Grand-Place. C’est N-BB  Nieuw Brabantse Belangen qui relate l’histoire à sa façon (traduction libre).

Le 24 octobre, un groupe de partisans franchit les remparts de Bruxelles, près du Warmoesbroek où habitait Everard. Ils pénètrent jusqu’à la Grand-Place et réussissent à enlever la bannière de Flandre de l’hôtel de ville. Ils jettent le drapeau dans la rivière. Lorsque la population a vu l’étendard brabançon flotter à nouveau sur l’hôtel de ville, elle s’est rebellée et a chassé le reste des troupes de Flandre. Cette rébellion a ouvert la voie au retour du véritable duc de Brabant et a obligé le duc à garantir aux Brabançons des libertés étendues dans une Charte dite de la Joyeuse Entrée, dont le contenu est évoqué ICI.

Sans les actes héroïques d’Everard t’Serclaes et de ses compagnons, la révolte populaire ne se serait jamais manifestée. De l’avis de la N-BB, il mérite quelques statues supplémentaires à travers la ville … et d’ajouter ironiquement: avec la disparition prochaine de celles de Léopold II, il y aura de la place pour de nouvelles statues de ce véritable héros brabançon.

 

Le racisme: pas un sentiment mais un délit

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Plus de dix mille personnes se sont retrouvées pacifiquement à la place Poelaert, pour le respect de la vie et pour dire non à tous les racismes. Les exactions d’un groupe de casseurs professionnels ne peuvent occulter la dignité de ce rassemblement. Ce fut un plaisir de constater que la moitié des participants étaient des blancs, venus soutenir les revendications du mouvement Black Lives Matter. Si la distance physique fut impossible à respecter, la quasi totalité des manifestants ont restreint les risques en extérieur par le port d’un masque.

La police est-elle là pour nous protéger ? nous protéger tous ? Ce policier, responsable du meurtre de Georges Floyd, aura déclenché une réaction sans précédent en Europe, contre le racisme qui sévit trop souvent dans les corps de police … comme dans la population. Les policiers accusés de violence n’en sont souvent pas à leurs premières plaintes. Les dossiers ouverts par Unia et la Ligue des Droits Humains sont en hausse et s’ils ne concernent pas que Bruxelles et la police, ils y sont cependant largement majoritaires. Hamid Benichou nous fait part du cas d’un commissaire raciste, qui a été suspendu 3 mois – pas plus – après avoir tenu des propos très désobligeants envers un policier issu de la diversité en pleine intervention. Et ICI, Hamid parle de son vécu dans l’exercice de son métier de policier.

La Belgique fut pionnière, en adoptant en 1981, la « loi Moureaux » visant à réprimer les actes inspirés par le racisme ou la xénophobie, avec des sanctions à la clé. Mais près de vingt ans plus tard, un plan d’action national de lutte contre le racisme se fait toujours attendre. Une fois l’émotion actuelle retombée, le politique va-t-il vraiment s’emparer de la question du racisme bien épinglé par L’Echo ? La première ministre annonce la reprise de la conférence interministérielle contre le racisme, qui devrait accoucher d’un premier plan d’action national. Une étape.

Respect et forces de l’ordre

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Ces dernières semaines, la presse a relevé à plusieurs reprises des problèmes sérieux de manque respect au sein des forces de l’ordre, de manque des respect à l’égard de citoyens contrôlés et de manque de respect à l’égard de policiers en service. Il est fait état ICI de harcèlement sexuel au sein du personnel des zones de police, ICI d’interventions musclées ou risquées vis-à-vis de jeunes et ICI d’agressions de policiers dans l’exercice de leur fonction par des citoyens excités, sans parler des véhicules de police caillassés ou incendiés par des jeunes.

En démocratie, nul ne peut se faire justice lui-même. A Bruxelles, le maintien de l’ordre public est de la responsabilité des bourgmestres, qui disposent d’un corps de police pour faire respecter la tranquillité, la sécurité et la santé publiques. Les policiers ne peuvent agir que sur une base légale et leur intervention doit être proportionnelle au but poursuivi, selon la News Juridique d’Infor Jeunes. Chaque citoyen devrait éprouver le sentiment que la police est là pour faire respecter la loi avec équité, qu’elle est au service de toutes et de tous et qu’elle est là pour protéger chacun.

Pour être respectée, la police doit évidemment être irréprochable et mériter le respect qui lui est dû. Les harcèlements au sein du corps de police, les interventions musclées non justifiées et la fin tragique de plusieurs poursuites ont sérieusement entamé ce respect. Ces abus de pouvoir doivent être sanctionnés pour restaurer la confiance. Une partie de la population n’a plus confiance, ne se sent nullement protégée par la police et cela doit changer. A l’inverse, il ne peut – en aucun cas – être toléré que des représentants de l’ordre soient l’objet de violences physiques de la part de citoyens sur les sentiers glissants du sentiment d’injustice, de la colère ou de la trahison. Eux aussi doivent être immédiatement sanctionnés. Il en va du maintien de l’Etat de droit.

 

Pauvreté: on s’arrête, on réfléchit

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Plus visible depuis le confinement, la pauvreté à Bruxelles s’étale. Les personnes démunies ont dû compter sur le retour de la charité et c’est terrible, titre la DH. Chaque jour des centaines de Bruxelloises et de Bruxellois attendent patiemment qu’arrive leur tour pour recevoir un colis alimentaire ou un sandwich et une tasse de café, sans dossiers à remplir. Les initiatives solidaires des Bruxellois sont admirables et se sont multipliées dans plusieurs communes pour venir en aide aux personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Un tiers des Bruxellois. Le Soir en dit plus. C’est insupportable dans une ville aussi riche. Certains pensent qu’il faut en finir avec les rustines et la dépendance, des utopies audacieuses sont à portée de main. Il faut les rappeler. Le grand chambardement serait-il pour demain ?

L’instauration d’un revenu garanti pour tous n’est, pour l’américain Thomas Paine en 1796, qu’une juste indemnisation pour l’appropriation par quelques-uns de la terre, pourtant censée appartenir à tous… Aujourd’hui Mona Chollet résume: On travaille, et, grâce à ce travail, on perçoit de l’argent. Une telle logique est si bien ancrée dans les esprits que la perspective d’instaurer un revenu inconditionnel, c’est-à-dire de verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre, indépendamment de son activité rémunérée, apparaît comme une aberration. Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. C’est possible et c’est ce que Mona Chollet tente de démontrer dans cet article du Monde Diplomatique.

Revenu universel ou gratuité ? c’est ainsi que Paul Ariès résume le dilemme dans un article de la même revue en 2018. Vaut-il mieux donner de l’argent aux citoyens ou leur fournir des services gratuits ? Pour lui, le capitalisme, dont la vocation consiste à transformer le monde en marchandises, ne peut poursuivre ce processus sans menacer l’humanité d’un effondrement à la fois financier, social, politique et écologique. Prendre acte de cette situation conduit à prôner un autre type de revenu d’existence, démonétarisé. En d’autres termes: la gratuité, dont il s’agirait de défendre l’extension, car elle n’a jamais totalement disparu.

Rue Haute, deux personnes âgées reçoivent un colis avec le sourire, mais refusent dignement une tasse de café … pour ne pas abuser