Archives pour la catégorie Justice

Contribuer oui, mais différemment 

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La manière dont les citoyens et les sociétés sont priés de contribuer aux finances de l’Etat commence à devenir obsolète et de plus en plus inéquitable. S’il est normal que chacun se montre solidaire du financement des soins de santé, du filet de sécurité sociale, des réseaux d’enseignement, des transports en commun, des voies de communication, de l’ordre public, etc … il faut que ce soit en fonction des moyens de chacun. Les différents modes de taxation actuels et leurs accommodements rendent manifestement les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Inédit: l’arrivée d’un nouveau concept fiscal, sous l’impulsion du Professeur Marc Chesney de l’Université de Zurich. Il a échafaudé une toute autre manière de percevoir les contributions des citoyens comme celles des sociétés. Elle est basée sur une redevance minime, collectée automatiquement par les banques, sur toute transaction électronique dans le cadre d’activités économiques et financières, en échange du privilège de pouvoir utiliser un système aussi sécurisé, pratique et élaboré. Une « super-taxe Tobin » en quelque sorte. Des précisions sur les avantages et sur les modalités de perception sont détaillées ICI, dans une excellente carte blanche de Luigi Chiavarini – fondateur Think Tank Harmonia* – publiée par L’Echo.

Cette taxe universelle sur les transferts d’argent devrait être explorée avec toute l’ouverture d’esprit requise, que ce soit pour financer un revenu de base, tel qu’évoqué ICI par Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, ou pour les autres dépenses publiques, liées aux fonctions d’intérêt général, assignées aux contributions perçues par l’Etat. Une piste digne d’être explorée.

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* Harmonia MT est un groupe de réflexion qui a pour objectif de repenser une fiscalité équitable, pérenne et adaptée aux nouveaux paramètres et contraintes de la société. Cfr aussi https://www.micro-tax.org.

Les jeunes se révolteront-ils ?

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Si à 20 ans on vous avait demandé de rembourser l’emprunt qui a permis à vos grands-parents d’acheter leur appartement, vous auriez été bien surpris et peu enclin à supporter cette charge inattendue et non convenue. Trois jeunes diplômés, dénoncent dans une tribune au « Monde » le poids que la politique sanitaire et les dépenses publiques liées à l’épidémie vont faire peser sur les jeunes.

La « dette Covid » n’est pas une dette d’investissement, mais une dette conjoncturelle, principalement utilisée pour financer des dépenses courantes. Pour une large part, ces dépense ne sont pas porteuse de croissance future, mais servent essentiellement à financer l’existant : soutenir la demande des ménages et pallier la baisse de recettes de l’Etat. Il sera ainsi demandé aux jeunes d’aujourd’hui, de rembourser demain une dette qui ne leur bénéficiera pas, qui n’est pas créatrice de valeur à venir.

« Les mesures sanitaires strictes, qui ont eu pour effet le ralentissement économique que nous connaissons, ne sont pas destinés à autre chose qu’à la protection des plus âgés qui, en leur temps, ont connu la croissance et l’emploi. Les jeunes ont renoncé à leurs libertés hier, et paient pour eux aujourd’hui en entrant sur un marché du travail dégradé, et paieront pour eux demain encore en remboursant la dette et en finançant leurs retraites. La planche à billets, que la génération au pouvoir fait tourner, devra bien un jour être remboursée et par qui d’autres que la jeune génération en place ? Vous pouvez lire l’article du Monde ICI.

Sauver la liberté de la presse

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La presse tient le coup, mais pour combien de temps encore ? Chaque journal tente de s’adapter, avec un nombre conséquent de journalistes en télétravail. Les journaux continuent d’être publiés, les sites web sont particulièrement suivis par les internautes en quête d’informations sur le coronavirus. La pub, elle, a déserté. Il est question de revenus publicitaires en baisse de 80% dans certains groupes de presse belges, selon la RTBF. Reste le numérique et les abonnements. Mais il faudrait des centaines de milliers d’abonnés en plus pour pouvoir compenser la quasi-disparition (pour combien de temps ?) de la publicité et la réduction des points de vente.

Bien qu’ils soient de plus en plus consultés par des lecteurs, la plupart des médias de toute l’Europe se disent en grande difficulté financière, car aussi privés de recettes publicitaires. Un certain nombre de gouvernements prévoient des plans de sauvetage. « Les industries touristiques et aéronautiques sont massivement aidées par l’Etat au nom de leur importance pour la société. Pourquoi en irait-il autrement des médias et du journalisme, dont le service à notre démocratie est essentiel ». (Le Temps Suisse). « A quoi bon voir le gouvernement consteller de publicité institutionnelle des journaux qui ne se vendent pas en kiosques ? » rétorque le Jornal ecoomico portugais, qui pense « qu’Il serait bien plus judicieux de miser sur les lecteurs et de leur proposer des abonnements à des prix intéressants et compétitifs ».

Mais l’argent distribué par les Etats ne réjouit pas forcément les journalistes. « Nous ne voulons pas que notre indépendance journalistique soit mise en doute. Nous ne voulons pas de cet argent ». écrit le journal estonien Postimees. Non à « La survie d’épaves journalistiques tenues par des milliardaires qui se font renflouer par de l’argent public » écrit carrément Contrepoints France.
Bref, achetez des journaux, papier ou en ligne, abonnez-vous. L’info indépendante de qualité aura toujours un coût.

 

Légal de filmer nos policiers

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“Oui, oui et encore oui ! Certains citoyens l’ignorent encore, mais filmer une intervention policière est tout à fait légal. On insiste: ce droit concerne bien tout le monde, pas juste les journalistes” écrit Julien Thomas dans un article du magazine Moustique. “Sur la diffusion des images, on peut discuter. On ne peut pas diffuser d’images qui porteraient atteinte à la dignité des personnes, qui relèveraient de leur vie privée”. Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits humains (LDH) ajoute: « Ils sont en intervention dans l’espace public, dépositaires de la force publique, et ils doivent donc accepter de se laisser filmer ».

Des consignes claires existent en interne dans certaines zones de police sur le droit des citoyens de filmer. D’autres zones organisent des formations sur ce thème. mais elles ne sont cependant pas obligatoires. « La police n’a pas le droit de faire saisir le matériel de journalistes ou de les obliger à effacer leurs photos. Cela arrive encore régulièrement », explique Martine Simonis, directrice de l’Association de la Presse Professionnelle (APJ). Pour elle, les journalistes jouent un rôle essentiel sur le terrain lors d’intervention policières. « C’est une garantie pour les policiers, mais encore plus pour les citoyens, de savoir que les journalistes puissent être leurs yeux et leurs oreilles et que les journalistes puissent filmer et diffuser les images si une intervention se passe mal, qu’il y a une violence non légitime». Ce que l’AJP veut absolument éviter, c’est d’en arriver à une situation où les violences policières deviennent quasi systématiques comme en France.

Des violences policières semblent actuellement de plus en plus fréquentes sur le territoire de Bruxelles. Un autre article de Moustique met en évidence un certain nombre de dérapages. Ils échappent trop souvent aux poursuites et aux sanctions adéquates. Dans un rapport de 2019, le Comité P s’inquiétait lui-même d’un risque “d’estompement de la norme dès lors que certains faits avérés ne sont in fine pas poursuivis, ni sanctionnés”. Autrement dit, le développement d’un sentiment d’impunité. Ce même sentiment d’impunité peut aussi habiter des citoyens, usant de violences verbales et physiques, qui se retrouvent libérés rapidement ou avec des peines minimes. Le respect mutuel s’impose de la part des policiers comme des citoyens, mais le respect ne se cultive-t-il pas et ne se mérite-t-il pas tous les jours ?

Olivier de Schutter agressé par un policier place Royale – merci au photographe François Dvorak

Monde culturel: un sentiment d’injustice

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“Nous conservons ce sentiment de profonde injustice quand on voit que les gens se serrent dans les avions côte à côte et qu’ils enlèvent leur masque lorsqu’on leur sert à boire. Il n’y a pas de distance sociale dans les avions, pourquoi en faut-il dans les salles de théâtre qui sont très conscientes des mesures à appliquer ? Ce n’est pas parce qu’on est des artistes qu’on est des fanfarons. Cette nouvelle a déçu beaucoup de gens et va empêcher beaucoup de salles d’ouvrir parce qu’elles ne pourront pas mettre 200 personnes”. C’est Thierry Debroux, directeur du Théâtre royal du Parc qui assène ces injustices, qu’il partage avec la plupart de ses collègues bruxellois.

Comment programmer une saison sans connaître les mesures sanitaires qui seront en vigueur à la rentrée ? Pourquoi créer de nouveaux spectacles ou répéter des morceaux si on n’a pas de spectateurs pour les découvrir ? Comment assurer un équilibre budgétaire avec des salle à moitié vides ? C’est un vide sidéral qui s’ouvre devant le mode culturel, ses acteurs, ses techniciens, ses auteurs. Les étudiants récemment diplômés n’auront même pas accès au statut d’artiste, puisqu’ils n’auront jamais pu se produire. Haut lieu de culture, Bruxelles n’a plus rien à nous montrer, n’a plus rien pour nous émouvoir, pour nous faire vibrer ou nous mettre en question. Où est ce public qui partage ses émotions avec nous ?

Les mesures sanitaires s’imposent à tous pour des raisons de santé publique. Mais, lorsque pointent des discriminations, on soupçonne l’intervention de puissants lobbies et intérêts économiques. Pourquoi Walibi et Pairi Daiza peuvent-ils accueillir du monde dans leurs parcs d’attraction mais pas les forains de la Foire de Bruxelles ? Pourquoi peut-on on être côte à côte dans des avions pendant des heures, mais pas au théâtre ou au cinéma ? Le virus fait-il ces distinctions pour se répandre ? Le gouvernement Wilmès va devoir s’expliquer s’il veut conserver sa crédibilité.

A le demande de quelques lecteurs, voilà ce qui est permis à Bruxelles, selon la dernière mise à jour pratique de visit.brussels du 21 aout 2020. Dernière minute: perpétuel oublié, le secteur événementiel se manifestera à la place Poelaert le 5 septembre.

Illustration transmise par Simon Paco