Archives pour la catégorie Justice

Trois success stories bruxelloises

Issues de familles immigrées modestes, trois personnalités marquantes qui peuvent se réjouir de l’image alternative qu’elles contribuent à donner des enfants de l’immigration bruxelloise. Leurs combats contre la discrimination et l’injustice a été le moteur principal de leur réussite. Si deux d’entre elles ont su comment tirer profit de la qualité de notre enseignement supérieur, le troisième n’a pas fini le secondaire inférieur, mais s’est avéré un véritable self made man. Bruxelles peut être fière de les compter parmi les talents de la ville et les remercie pour le travail qu’elles partagent avec leurs équipes.  

Leila Belkhir. De père tunisien venu en Belgique pour être ouvrier chez Caterpillar, elle reçoit en héritage une éthique du travail : « bien travailler en classe » pour aller au maximum de son potentiel. Toute jeune, elle veut  déjà devenir médecin, « pour soigner ». Et elle y arrivera brillamment. Aujourd’hui infectiologue interniste – experte Covid reconnue – elle s’est engagée et au service de ses pairs. Elue au Conseil médical des cliniques Saint-Luc, elle y est est la seule femme. Vous en saurez bien plus ICI sur son attachante personnalité.

Fatima Zibouh. Elle a grandi à Molenbeek. Elle y a pris conscience des questions d’inclusion et de diversité. Son père était électricien, sa mère n’a jamais été à l’école. Elle, qui n’avait pas de livres à la maison, est la seule à entrer à l’université. Après avoir obtenu sa licence en sciences politiques à l’ULB, elle poursuivra à l’UCL et à l’ULiège, où elle vient d’être reçue docteur. Elle se bat avec conviction contre le nationalisme et le repli communautaire. Aujourd’hui, toujours d’humeur joyeuse, elle assume la responsabilité d’Actiris Inclusive et s’engage dans de multiples actions citoyennes. En savoir bien plus ICI.

Ibrahim Ouassari. Né à Molenbeek, dans une fratrie belgo-marocaine, sa famille compte des ingénieurs, un juge et une soeur universitaire. Malgré ces rôles modèles, lui il quitte qui l’école à 13 ans et est la déception de sa famille. Après divers métiers qui ne lui procuraient pas de sens, à 18 ans, il tombe dans l’informatique par hasard. « Vas sur Internet et débrouille-toi »» est sa formule. Il deviendra consultant, créera des entreprises et sera le co-fondateur de Molengeek, une entreprise peu banale, qui forme des jeunes sans diplôme à l’informatique et au codage. On parle de Silicon Valley belge. Les visites se suivent, dont celle du CEO de Google qui offrira un soutien financier. Ibrahim est nommé administrateur à Proximus. Il devient lui-même un rôle modèle pour les jeunes de Molenbeek. La suite c’est ICI

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/20317

Climat: Région et Fédéral condamnés

C’est le tribunal de 1ère instance de Bruxelles qui vient conclure que les entités fédérales et les Régions enfreignent la Convention européenne des droits de l’homme en ne prenant pas toutes les mesures pour lutter contre le réchauffement. Les 65.478 citoyens qui ont intenté cette action en justice avec Affaire Climat – Klimaatzaak estiment cependant, qu’après six ans de litige, cette condamnation est insuffisante parce qu’elle ne condamne pas le Régions et l’Etat à rehausser leurs objectifs climatiques. Ils vont faire appel et envisagent de porter le dossier devant la Cour européenne des droits de l’homme.

C’est sur 42 pages de constats scientifiques et d’engagements politiques non tenus que la justice vient de condamner le pouvoir politique coupable d’atteinte aux droits fondamentaux. Le climat devient ainsi de plus en plus une affaire de justice. C’est un tournant important. Désormais, l’inaction climatique est coupable, coupable non seulement du point de vue politique, ou éthique, mais aussi en droit, d’un point de vue juridique.

Après les Pays-Bas, l’Allemagne et « l’affaire du siècle » en France, le tribunal de 1ère instance de Bruxelles a pris une position de principe, il a donné raisons aux citoyens victimes de cette négligence coupable de la part des autorités qui ne respectent pas les engagements qu’elles ont pris à Paris et lors des conférences Climat qui ont suivi. C’est encourageant. C’est du droit à la vie qu’il s’agit, même si la condamnation ne fixe aucun objectif chiffré et reste sans conséquences financières.  Vous lirez ICI les réactions des plaignants – l’asbl Affaire Climat Klimaatzaak – ainsi que le commentaire « Climat bla bla bla » de Bertrand Henne à la RTBF ainsi que l’article de fond qu’y consacre L’Echo dans ce pdf.

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/20042

photo de Nicolas Maeterlinck extraite d’un article de vrtNWS

Le Palais de justice: tout savoir

Depuis plusieurs années, le palais de justice de Bruxelles a toutes les apparences d’un endroit oublié et d’une désolation : un sarcophage permanent d’échafaudages, des cascades d’eau qui déferlent à l’intérieur, des plafonds qui s’écroulent dans les salles d’audience et les greffes, des graffitis qui polluent les palissades, des arbres qui poussent sur les façades en descellant les pierres. Est-ce bien l’image que les citoyens veulent laisser de ce palais bruxellois, symbole de la justice belge et carte de visite de notre Etat de droit ? C’est la question que pose la Fondation Poelaert, dans un article du Journal des tribunaux reproduit par Quartier des Arts.

Cet article, très documenté, vous dira tout sur la situation du bâtiment et sur la réflexion approfondie de programmation, étant entendu qu’une des difficultés sera de phaser les travaux en combinant le maintien du fonctionnement des services judiciaires et la réalisation des travaux de rénovation et de transformation du bâtiment. L’objectif actuel des autorités est de terminer ce chantier pharaonique en 2040  avec une reconstruction émouvante et critique, sur base de documents anciens retrouvés. Notre passé aurait-il un futur ?

Pour en savoir beaucoup plus, voilà trois aspects détaillés et illustrés:

Restauration de l’extérieur du palais (cliquez ici)
Les travaux de sécurisation du palais (cliquez ici)
Restauration de l’intérieur du palais (cliquez ici)

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/20000

Les nouveaux échafaudages témoignent du début des travaux sur la façade principale

Des contributions plus équitables ?

Vous avez une entreprise qui réalise des bénéfices dans toutes sortes de pays, mais vous concentrez ces bénéfices dans une filiale, installée dans un pays qui ne taxe pas ou peu les bénéfices. C’est ce que fait Microsoft, qui réalise des bénéfices chez nous, mais les rassemble dans sa filiale irlandaise, qui n’occupe aucun employé, mais où son taux d’imposition est zéro, comme le détaille cet article du Guardian. Cette société n’est évidemment pas la seule à pratiquer ce genre de stratégie en toute légalité.

Les ministres des Finances du G7 viennent de s’accorder pour mettre fin à cette situation. Si la négociation mondiale en cours va jusqu’au bout, au G20 et au sein du Cadre inclusif qui regroupe 139 pays, ce genre de transferts artificiels de bénéfices dans les paradis fiscaux ne sera plus possible. Deux piliers. Le pilier 1 fixe les règles permettant de réaffecter les profits transférés artificiellement vers les pays où l’activité a réellement lieu. Le pilier 2  établit un seuil minimal d’imposition des profits logés à l’étranger. Quand une multinationale arrive à un taux d’imposition compris entre zéro et 3 % grâce aux paradis fiscaux, à l’avenir, elle devra payer la différence entre le taux de 3 % et un taux minimum. Actuellement les pays du G7 l’ont fixé à « au moins 15 % », les ONG réclamant 25%.

Un accord mondial n’a jamais été aussi proche. Deux raisons poussent à l’optimisme. Le président Biden et les Etats-Unis mettent toute leur puissance pour convaincre tout le monde. Du côté de l’OCDE, on travaille 15h par jour pour faire avancer les négociations. Mais tant que rien n’est signé, tout peut encore capoter. Quatre semaines pour réussir. C’est Alternatives Economiques qui dit tout cela et se livre à une analyse plus fine que vous trouverez dans le pdf ci-dessous, si le sujet vous passionne.

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/19949

Ni interdiction, ni obligation

Il a donc fallu que la justice prenne position sur la discrimination vécue par une candidate à un poste à la STIB, pour que la classe politique s’émeuve et se trouve sommée de clarifier la notion de neutralité, pour éviter la multiplication des décisions prises au cas par cas par les juridictions, contraintes de trancher. Le gouvernement bruxellois est en ébullition, tandis que nos élus au parlement ne semblent pas décidés à mettre cette question de société en débat. Une question que nous avions déjà évoquée ICI en son temps, mais qui figure aujourd’hui en tête de l’actualité et que nous ne résumerons pas en trois paragraphes.

« Ni obligation, ni interdiction » proclamaient cependant déjà en 2010, les jeunes filles en colère du Mouvement des Droits Fondamentaux, dont vous lirez les revendications dans le pdf en bas de page. Si la liberté d’expression devrait pouvoir s’exercer librement par tout citoyen de toutes les manières pacifiques – y compris par le port de vêtements et de signes d’appartenance – il reste cependant l’obligation de neutralité requise de la part des agents de l’Etat et des fonctions d’autorité. Henri Goldman résume fort bien ICI le choix à effectuer entre quatre options, pour définir quelles personnes sont visées par cette obligation de neutralité, qui ne se limite d’ailleurs pas à l’apparence, si on veut garantir une égalité de traitement à tous les citoyens.

Que disent les textes légaux à propos de neutralité dans notre Etat qui consacre une nette séparation entre Eglises et Etat ? Le point dans cette brève synthèse avec Francis Delpérée, professeur de droit constitutionnel, Patrick Charlier, directeur d’Unia et Caroline Sägesser, chargée de recherche au CRISP et spécialiste de la laïcité. Bertrand Henne livre aussi ses conclusions à la RTBF. Pour Véronique Maurus dans Le Monde: tout foulard n’est pas un voile. Hervé Hasquin – ancien recteur de l’ULB – est formel:  la laïcité devrait être neutre. Tout n’est pas dit. Même les partis se montrent divisés. Un véritable débat de société ne devrait-il pas s’ouvrir dans la sérénité à la Région ? Il pourrait être d’un importance capitale pour l’avenir d’une ville cosmopolite comme Bruxelles.