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Picqué: un mauvais socialiste ?

A la veille de son départ, Charles Picqué livre sa différence à Bruzz. Extraits.

Mixité sociale. Saint-Gilles jouit d’une grande mixité sociale. C’est en partie parce que nous avons acheté une série de maisons (180 bien réparties). Il ne faut pas concentrer les résidents vulnérables en un seul endroit. On opte trop souvent pour des solutions de facilité: des appartements superposés comme des kots à lapins. Notre mission n’est pas de constituer des réserves de pauvres ! Nous ne pouvons pas changer la ville juste pour gagner des élections.

Gentrification. Nos revenus ont augmenté parce que de nouveaux résidents payent plus d’impôts. Nous sommes devenus si attrayants que des dangers nous guettent. De plus en plus de personnes achètent ici pour investir et le coliving se développe exagérément. Nous continuons à être présents pour les résidents moins fortunés, avec nos propres logements moins chers et nos offres sociales, pour un équilibre entre la dynamique économique et la solidarité.

Parcours d’intégration. J’ai toujours trouvé très hypocrite de laisser entrer autant de nouveaux arrivants et, dans le même temps, de ne dégager aucune ressource pour gérer ce flux et donner une formation.

Abattage sans étourdissement. J’aurais sans aucun doute voté pour son interdiction. Mais il faut entamer un vrai dialogue avec les communautés musulmane et juive pour expliquer le sens de cette interdiction. Il faut aussi s’attaquer au bien-être global des animaux. Le fond de l’affaire c’est qu’on veut se garder des parts de marché en vue des élections.

Des coups de feu.

Pas moins de 14 coups de feu en rue à Molenbeek depuis la rentrée. Il ne s’agit donc plus d’un simple fait divers, mais d’un problème politique. L’axe Anvers – Rotterdam est devenu la filière principale pour les drogues dures en Europe. Bruxelles Ouest semble avoir été choisie pour établir des territoires et écouler la marchandise grâce à des petites mains. Les sommes saisies par la zone de police dépassaient déjà les 3 millions d’euros en 2020. A ce niveau, c’est à la police fédérale d’agir, mais elle est désargentée, depuis les coupes sombres du gouvernement Michel.

Un article de La Libre en dit beaucoup plus. Extrait « Des trafiquants proposent jusqu’à 500 euros à un gamin de 15 ans simplement pour surveiller une rue et donner l’alerte en cas de présence policière. On attire des petites mains par de l’argent facile. Les grands trafiquants savent que notre système ne va pas enfermer des jeunes mineurs. Ils seront rapidement relâchés, créant un sentiment d’impunité, ce qui ne fait que décourager parquet et policiers. » L’image de Bruxelles en prend un coup. Des bourgmestres s’expriment dans Le Vif.

Un animateur de rue, qui désire rester anonyme, confirme que le choix des territoires n’est pas anodin. Des jeunes en rupture d’école et sans emploi voient leurs aînés se pavaner en BMW. Ils ne vont pas résister longtemps à l’argent qui leur est proposé pour des tâches subalternes ou même pour écouler de la cocaïne ou de l’héroïne. Ce n’est pas la police de Bruxelles Ouest – à qui il manque 122 agents opérationnels – qui va pouvoir faire face à cela, quoi qu’elle en dise. Une table ronde pour créer un task force avec les communes, le fédéral et le judiciaire s’avère indispensable.

Fini la Belgique à quatre ?

Paul Magnette à beau minimiser la portée de ses propos dans les colonnes du Soir de ce weekend, il s’agit bien d’une volte-face sur le dossier communautaire. L’institutionnel ennuie le président du PS,  qui ne veut plus discuter d’une « 7e réforme de l’État », ne parle plus de Belgique à 4 Régions et n’entend plus transférer les compétences de la Communauté française aux Régions. Ferme au congrès wallon de Namur, il finira par dire : « Une septième réforme de l’État en 2024 n’est ni nécessaire ni souhaitable. » Les réactions et commentaires n’ont pas manqué. Bruxelles se réveille groggy.

Pour le président du PS, la priorité du parti doit être la restauration du pouvoir d’achat et la justice sociale. Bien sûr. C’est essentiel et toute l’Europe y est confrontée.  La Belgique n’est pas à la traîne, avec son indexation automatique des salaires et ses aides ponctuelles, à encore affiner. Les salaires devraient évidemment pouvoir être négociés librement avec les entreprises qui ont engrangé de copieux bénéfices, comme les pharmaceutiques, les banques et le secteur de l’énergie.

Réforme de l’Etat ou  pouvoir d’achat ? L’un ne devrait pas empêcher l’autre. Mais, au coude à coude à Bruxelles avec le MR et Ecolo, le PS semble déjà en campagne électorale. On l’a vu avec le refus de l’abattage sans étourdissement et cela malgré le plaidoyer des laïcards du PS, qui se défendent de tout communautarisme.

La 6ème réforme de l’Etat fut particulièrement incomplète pour Bruxelles. Ne plus en vouloir une 7ème aurait des conséquences dramatiques pour la lasagne institutionnelle inefficace imposée à notre Région. Peut-on espérer que l’électorat bruxellois s’en souviendra,  quand tous les partis se seront exprimés à ce sujet ?

Une pauvreté intolérable.

Lorsque l’on lit que « 50% des Bruxellois seraient dans les conditions d’obtenir un logement social » on ne peut s’empêcher de penser que le problème n’est pas tant le manque de logements, que la pauvreté de la moitié de la population, qui ne peut y accéder. Le baromètre 2020 de la pauvreté le démontre et en 2021 cela empire. S’attaquer aux causes de la pauvreté d’autant de familles est un combat qui s’impose au cœur de la ville la plus riche d’Europe, après Luxembourg. La vieille théorie dite du « ruissellement » de la richesse a démontré son manque de pertinence.

Les diverses aides ponctuelles accordées aux chercheurs d’emploi, aux « articles 27 », aux bénéficiaires du R.I.S, de la GRAPA ou du BIM, du tarif social de l’énergie, … n’ont pas réussi à sortir les personnes de la pauvreté. Oui, il faudrait plus de logements bien isolés et à des prix abordables. Oui,  les communes doivent impérativement accroître le nombre de leurs logements publics. Oui, des initiatives comme la gestion publique de logements inoccupés ou de l’immobilier social privé sont bienvenues, mais ne dispensent pas d’une revalorisation des bas salaires, trop souvent octroyés à des fonctions dont l’importance a été démontrée durant la crise de la Covid19.

Passer son enfance dans une famille pauvre a souvent des conséquences dramatiques. L’école, qui doit promouvoir une plus grande égalité, constitue toujours un véritable marché, dans lequel on constate que les enfants pauvres sont trop souvent exclus des meilleurs établissements et leur taux de redoublement semble excessif et décourageant. Bruxelles eut-elle espérer imaginer un futur avec la moitié de sa population en situation de pauvreté ?

Et les animaux ?

Le débat sur l’abattage – avec ou sans étourdissement – fait rage, mais le vote en commission de notre parlement concernait-il réellement le bien-être des animaux ? Ce bien-être serait-il différent en Flandre et en Wallonie, où l’étourdissement est obligatoire et à Bruxelles, où il est interdit, en tout cas pour la commission ? L’édito de Fabrice Grosfilley résume la situation en 4 minutes. L’article de Moustique est plus détaillé.

A Bruxelles, comme ailleurs, y aurait évidemment énormément de choses à faire pour améliorer le bien être des animaux, bien avant leur abattage. Leurs conditions de vie, leur espace vital, leur nourriture, leur transport et puis seulement leur abattage, comme le résume très bien le blog Cosmopolite. Et cela sans parler du broyage des poussins mâles vivants.

Si les partis ont voté différemment à Bruxelles par rapport au reste du pays, ce n’est pas parce que nos animaux sont différents de leurs, … mais  parce que leurs électeurs sont différents et qu’il faut tenir compte de leurs attentes. Si la séparation des églises et de l’Etat est la règle de base pour nos lois… le clientélisme en est une autre. Mais là, je m’écarte de la conclusion de Cosmopolite et peut-être suis-je dans l’erreur ? Ah, si les animaux pouvaient parler …

Non, pas de photos.