Archives pour la catégorie Justice

Des policiers agressés

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En contact plus fréquent avec la population, pour faire respecter les consignes sanitaires ou pour des opérations de trafic de drogues, des policiers bruxellois ont dû faire face à plusieurs reprises à la violence des personnes contrôlées. Une policière se dit écoeurée par l’inertie de notre système judiciaire. Le respect mutuel indispensable entre citoyens et forces de l’ordre était à l’ordre du jour de la rencontre programmée le 7 novembre par Aula Magna, elle sera finalement reportée au mois de janvier, face à l’absence de dernière minute d’une des trois personnes intervenantes.

Tout type de violence physique à l’encontre de qui que ce soit est intolérable. On vient cependant d’assister, tout récemment, à de multiples violences à l’égard de policiers en service à Ixelles ainsi qu’à Saint-Josse. La rapide remise en liberté provisoire des personnes arrêtées a ému et ne peut que renforcer un sentiment d’impunité dans le chef des agresseurs, même si cette remise en liberté ne signifie pas qu’ils ne seront pas sanctionnés. Le MR a voulu apporter son total soutien à la police par la voix du député bruxellois David Weytsman, chef de file MR à Bruxelles-Ville, qui a aussi réagit sur Twitter. Christos Doulkeridis, bourgmestre (Ecolo) d’Ixelles, veut une stratégie concertée contre la petite criminalité.

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), s’est montré particulièrement décidé dans un article du Standaard (traduit ICI par DaarDaar). Il a immédiatement exigé que le parquet rende des comptes et promis la poursuite et la condamnation des agresseurs, s’il apparaît qu’ils ont commis des faits répréhensibles. Vu le principe de séparation des pouvoirs, « il a joué là avec les limites de ce qu’un ministre de la Justice peut se permettre : demander des explications, c’est autorisé, mais intervenir dans une affaire en cours, non ».

 

Happy Monday: pas de guerre de religion

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C’est à la cathédrale, que les représentants de la Fédération des Mosquées de Bruxelles ont demandé à rencontrer l’évêque auxiliaire de la ville, pour lui exprimer “en tant que Belges de confession musulmane, leur solidarité avec la communauté catholique, avec tous les frères chrétiens, avec les laïcs, sans oublier les cousins juifs”, comme le relate ce reportage de BX1.

Toute vie est précieuse. “On ne peut tuer quelqu’un au nom de Dieu! Nous croyons en un Dieu de la vie, un Dieu dont la personne humaine est la plus belle de ses créations. Quels que soient les motifs, on ne peut tuer au nom de Dieu”.

“Apprendre à mieux se connaître pour vivre ensemble, les uns AVEC les autres et non les uns ET les autres, parce que c’est là que s’infiltrent les extrémistes” a déclaré Mohamed Belabed, tandis que Jean Kockerols précisait ”Il convient que les responsables religieux réagissent aussi, avec fermeté, avec clarté, ensemble“, en saluant l’initiative de la Fédération des Mosquées de le rencontrer ce samedi. C’est ensemble que chrétiens et musulmans dénoncent tout acte terroriste.

prise de vue extraite du reportage de BX1

Allo ? Police ?

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Le maintien de l’ordre public est une tâche qui relève du corps de police. Dans un Etat de droit, les citoyens ne peuvent se faire justice eux-mêmes. C’est à la police qu’il appartient de les protéger et de faire respecter la loi. Si nécessaire, elle peut faire un usage proportionné de la force. Elle est formée pour cela, doit être capable de conserver son sang-froid et dispose de plusieurs outils d’intervention, dont notamment l’usage d’une arme à feu.

Avec le Covid-19, la police a été en contact plus étroit avec la population, pour la sensibiliser aux gestes barrière et pour verbaliser les réfractaires. Cela ne s’est pas toujours passé sereinement, surtout dans les quartiers où l’exiguïté des logements rendait l’injonction  “rester chez soi“ problématique. On ne peut cependant accepter que des représentants de l’ordre se fassent agresser ou caillasser par des citoyens. Il ne peut y avoir classement sans suite pour les coupables de tels actes. Les sanctions doivent être rapides, pour éviter tout sentiment d’impunité.

La police est là pour nous protéger. Tous les citoyens ont-ils le sentiment d’être respectés et protégés par la police bruxelloise ? Ceux qui se font souvent interpeler et contrôler l’identité, se sentent-ils protégés lorsqu’ils voient arriver un policier ? Le réflexe n’est-il pas plutôt la fuite… avec ses possibles conséquences. Les policiers qui perdent leur sang-froid et commettent des bavures sont-ils écartés ? Et le citoyen, il appelle qui, quand ils se sent agressé par la police ?
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Le maintien de l’ordre à Bruxelles fera l’objet d’un webinaire d’Aula Magna, avec la participation de Jacques Gorteman, directeur de l’Ecole régionale qui forme nos policiers, d’Olivier Slosse, porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles et d’Els Enhus, professeur de Criminologie à la VUB. Ce sera le samedi 7 novembre de 10h à midi. Y participer en ligne sur Zoom est gratuit, mais il faut demander le code d’accès à l’adresse bruxselscity@gmail.com

 

Le droit de dormir en rue …

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Voilà qui est nouveau. Depuis lundi, des intervenants de terrain – notamment du Samusocial – ont commencé à distribuer des « attestations de non-hébergement » aux personnes vivant en rue à Bruxelles. « Il s’agit de les prémunir d’une amende et de leur assurer de ne pas être dérangés dans leur tentative de trouver un abri de fortune dehors ». Dormir en rue n’est pas un choix de la part des personnes sans abri, que les centres d’accueil n’arrivent pas à héberger, faute de places. « Les verbaliser serait donc une double peine ».

S’il faut se réjouir qu’on veuille leur éviter cette double peine, évoquée ICI par RTL, on est en droit de s’interroger sur cette carence de places d’accueil à l’approche de l’hiver. Avec tous les bâtiments et bureaux vides à Bruxelles et avec tant d’hôtels désertés par les touristes, est-il vraiment impossible de proposer au moins un toit à ces personnes sans domicile ? Comment les associations peuvent-elles se contenter des ces « attestations » ?

Comment les personnes sans domicile pourraient-elles respecter la distanciation physique demandée et le lavage fréquent des mains en leur attribuant simplement le droit de camper dans la rue ? C’est inadmissible pour elles et inadmissible aussi pour les autres usagers de l’espace public. Donner cette « attestation de non hébergement » ne va-t-il pas dispenser les pouvoirs publics de trouver des solutions d’urgence et leur donner bonne conscience ?

photo cathobel.be

Un revenu inconditionnel jeune ?

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A Bruxelles, à défaut de statistiques récentes, les jeunes seraient au moins deux fois plus souvent au chômage que les adultes, leur taux de pauvreté deux fois plus élevé, et trois fois plus que celui de la plupart des retraités. Dans sa Chronique, François Dubet (1) estime qu’avec les effets du Covid sur le marché du travail, leur situation va se dégrader sensiblement. On comprend que le gouvernement cherche à préserver les emplois existants par le chômage partiel. Il crée toutefois une situation où le chômage est externalisé sur les jeunes. Le gisement d’emplois précaires et de stages va se réduire drastiquement: beaucoup de jeunes ont déjà perdu leurs jobs d’été et d’hiver. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou chômeurs, beaucoup sont pauvres, se logent mal voire pas du tout, ne mangent pas à leur faim, se soignent peu et sont de plus en plus isolés.

Les jeunes sont dans le trou du filet des aides sociales. La France – et la Belgique dans une très large mesure – a choisi des politiques « familialistes » qui aident les familles à aider leurs enfants plus qu’elles n’aident directement les jeunes eux-mêmes. Autrement dit, quand la famille n’est pas derrière et qu’on n’a pas la chance d’avoir un emploi ou des jobs qui s’enchaînent, la pauvreté s’installe.

Pour éviter cela – et faute d’un revenu universel – François Dubet propose de leur donner à tous un revenu minimum leur permettant de survivre au mieux, sinon de vivre bien, un revenu permettant de combiner les études et les emplois. Evidemment, cette prestation devrait être dégressive au fur et à mesure que s’élèvent les ressources propres des jeunes, qui auraient donc toujours « intérêt à travailler ». Il reste l’obstacle fiscal et cette crainte « que les bénéficiaires fassent n’importe quoi de leur revenu ». Ce revenu inconditionnel n’a cependant rien d’utopique. Il existe déjà au Danemark. Des précisions dans la Chronique de François Dubet et un éclairage plus radical de Basta.

(1) sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux – in Alternatives Economiques