Archives de catégorie : Justice

Survoler la ville ?

Bruxelles est la Région la plus densément peuplée du pays et c’est pourtant au-dessus de la capitale que l’on envoie délibérément un très grand nombre d’avions, qui portent ainsi atteinte à la santé d’un maximum de citoyens. La route du canal traverse même Bruxelles de part en part. Cela fait 15 ans de plaintes. La cartographie globale se trouve ICI et Droit de suite vient de livrer un résumé de la situation. Toutefois, un avion de moins au-dessus de Bruxelles, c’est nécessairement un avion de plus au-dessus de la Flandre. C’est ainsi que le dossier du survol est devenu source de conflit entre Régions et peine à être résolu par le fédéral, qui se contente de payer de lourdes amendes, plutôt que de respecter les normes de bruit de la Région bruxelloise avalisée par la justice.

Il peut sembler logique de tenir compte de la densité des populations survolées lors du choix des pistes et des routes imposées aux avions par le contrôleur aérien. C’est le coeur du mémorandum de l’association Bruxelles Air Libre Brussel. Si ce critère était prioritaire, la plupart des mouvements s’effectueraient au-dessus de la périphérie nord de Bruxelles, dont les habitants ne pourraient supporter une telle exposition. Expropriation, isolation, établissement d’une zone d’interdiction de construction, tout cela a été évoqué, mais jamais mis en œuvre. Le nouveau ministre fédéral de la Mobilité s’en explique ICI. La Première qui y consacre 4 dossiers à 08:45 depuis hier.

Certains estiment que l’aéroport urbain de Zaventem – dont les pistes principales se terminent à moins de 2 km d’Evere – ne pourra se maintenir si proche de la ville qu’à condition de limiter son activité: en mettant fin aux vols de courte distance, en fermant l’aéroport de 22h à 07h et refusant les avions les plus bruyants. Les avions cargo indispensables peuvent trouver leur place à Bierset et les vols low cost à Charleroi. Les trains à grande vitesse peuvent relier la plupart des grandes villes à moins de 750 km. Il doit devenir inacceptable qu’il soit moins cher d’aller à Londres en avion plutôt qu’en train. Le maintien de l’aéroport pourrait bien être à ce prix, depuis que la lutte pour le Climat est devenue prioritaire. Le gouvernement va devoir trancher.

Happy Monday: ici et nulle part ailleurs ?

Acquittés. Quatre citoyens bruxellois, qui ont hébergé sept migrants en errance, avaient été condamnés pour « trafic d’êtres humains ». La cour d’appel de Bruxelles les a acquittés en juin. Les migrants – qui avaient aussi été condamnés en première instance – ont vu leurs peines allégées, la cour reconnaissant à tous les prévenus leur position « en première ordre » de victimes dans cette affaire. Une claque de la cour pour le procureur général et un ouf de soulagement pour les victimes d’une très longue procédure, dont l’un a cependant purgé 8 mois et demi de  prison préventive, qui ont chamboulé sa vie.

Nos musées ont osé. Confronter un Saint-Sébastien du XVe siècle d’Hans Memling à une oeuvre récente de l’artiste bruxellois Fabrice Samyn, ne manque pas d’audace, mais le pari est gagné. Fabrice Samyn défie les temps, défie le temps et son érosion, la dégradation de toute chose. Il maîtrise parfaitement la peinture et s’avère soucieux du savoir-faire des maîtres anciens, mais il n’hésite pas à les confronter aux médias d’aujourd’hui. Il les réveille. Ses œuvres sont judicieusement dispersées dans les salles Old masters et celles du musée Magritte rue de la Régence.

Policier par passion. « Choisis un job que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie » repris par Mohammed Youfsi, inspecteur de police depuis juillet 2019. Il ajoute sur twitter « Un métier que je ne changerais pour rien au monde, servir et protéger est une réelle passion pour moi, ayant grandi dans un quartier difficile à Bruxelles, je veux prouver que quand on veut, on peut ! ». Le voilà avec le sourire irremplaçable de sa mère.

En sécurité avec la police ?

76% des jeunes Bruxellois ne se sentiraient pas en sécurité avec la police, 68 % déclarent avoir déjà été victimes de profilage ethnique lors d’un contrôle, d’une perquisition ou d’une arrestation. C’est une enquête du Conseil de la jeunesse de la Commission communautaire flamande (VGC) auprès de 1.968 jeunes bruxellois qui le révèle, écrit De Standaard, repris dans un article de Moustique. Même si cette enquête n’a pas un caractère scientifique suffisant, elle révèle néanmoins à quel point la relation est biaisée. Elle montre également que les jeunes ignorent trop souvent leurs droits et leurs obligations.

« Seuls 17 % des jeunes associent la police à la sécurité, 12 % au respect. Les sentiments de peur, de colère et d’impuissance dominent. Les chiffres s’aggravent à mesure qu’une personne est entrée en contact avec la police à une ou plusieurs reprises. 29% déclarent avoir été victimes de violences verbales, 13% de violences physiques. La moitié des jeunes ont déjà été contrôlés par la police, dont 10 % plus de dix fois sur la seule année 2020 ».

Encore récemment sur le piétonnier, les policiers sont jeunes, souvent aussi jeunes que ceux qu’ils contrôlent. Le tutoiement est immédiat et réciproque. Le ton monte. On pourrait se croire face à deux bandes rivales qui se mesurent et se menacent. Ils ne se respectent pas et ne partagent pas les mêmes valeurs. C’est tout de suite de toi à moi. Qui a commencé ? Pas de recul. Pas des jeunes face à la loi, mais face à des adversaires avec armes et chiens. Deux grammes d’herbe trouvés au fond d’une poche justifient le profilage et une fouille en pleine rue.

Il y a un travail à entreprendre au niveau de l’attitude des forces de l’ordre. Un travail en profondeur soulevé par Bernard Devos et un groupe de travail évoqué ICI.

Bruxsels solidaire

Inédit: Bruzz signale que des étudiants de l’enseignement technique bruxellois sont partis à Pepinster pour participer bénévolement aux travaux de restauration de la cité inondée. Chouette. Mais, à une toute autre échelle, les derniers chiffres de la Banque Nationale montrent que les transferts de Bruxelles vers la Wallonie atteignent les 900 millions. Chaque Bruxellois contribue donc annuellement en moyenne à hauteur de 800 euros. Une autre image de la capitale, qui n’a rien d’une mendiante. La Flandre contribue pour  6,2 milliards de transferts vers la Wallonie, soit 900 euros par an par habitant. Vous verrez ICI de quoi se composent exactement ces transferts.

Si on y regarde de plus près, il y a aussi des transferts entre provinces. Les deux Brabant contribuent assez largement au revenus de provinces moins riches en Flandre comme en Wallonie. Une part de la richesse des deux Brabant trouve son origine à Bruxelles, où travaillent un grand nombre de navetteurs. Tout cela n’a rien d’extraordinaire et s’appelle la solidarité. Elle évolue dans le temps. Chacun peut se souvenir des transferts de Wallonie vers la Flandre lorsque le charbon, l’acier et l’industrialisation wallonne en faisait une des plus riches régions du monde. Le même phénomène de transferts s’observe aussi en Allemagne, en France, au Royaume Uni et sans doute partout à travers le monde.

C’est en échafaudant de petits calculs assez égocentrés que les Régions les plus riches espèrent souvent garder leurs richesses pour elles en réclamant leur autonomie ou en déclarant leur indépendance. C’est le cas de la Catalogne en Espagne, de Singapour dans la fédération de Malaisie, du Katanga au Congo, du Québec au Canada, de la Ligue du Nord en Italie, de la droite flamande en Belgique. Les économistes qui nous lisent corrigeront mes propos si nécessaire.

photo Campaign for Education

La confiance se mérite chaque jour

Le billet sur le devoir de transparence continue à faire l’objet de réactions et de commentaires sur le blog, comme ceux que vous pouvez lire au bas de cette page. Non, ce billet ne peut s’assimiler une campagne anti vaccin, ni à une introduction à la théorie du complot. Faute de traitement agréé, la vaccination reste la meilleure manière de freiner la dispersion du virus. N’est-il cependant pas normal d’exiger une information claire et complète – sans exagérer ni minimiser – si on désire que la personne donne son accord en parfaite connaissance de cause. Le  « consentement éclairé du patient » figure à l’article 8 de la loi du 22 août 2002.

En vue de stimuler une vaccination qui tarde, des autorités et des médias n’hésitent plus à passer de l’information à la propagande, voir même à utiliser des moyens de pression et de discrimination. Dans son invitation à se faire vacciner, envoyée aux jeunes, la Cocom se permet d’écrire « Tous les vaccins sont efficaces, sûrs et fiables. Chaque vaccin a fait l’objet de tests approfondis ». Par contre rien pour démentir les propos sur la fertilité ou le magnétisme qui circulent dans les médias sociaux. Mis au courant de cette situation, le délégué général aux droits de l’enfant estime ne pas pouvoir agir. Il y a fort heureusement le groupe de réflexion «Covid Rationnel», dont les propos sobres et remarquablement documentée, méritent notre attention.

Sur le blog Cosmopolite Henri Goldman écrit : « À Bruxelles, le refus de la vaccination est-il autre chose que la marque d’une très large méfiance des classes populaires à l’égard des autorités, qu’elles soient politiques, médiatiques ou scientifiques ? C’est simple : on ne les croit plus et donc on ne suit plus leurs consignes. Dans une société où, à l’occasion de la pandémie, toutes les inégalités se sont exacerbées – souvenons-nous de l’injonction à rester chez soi dans des logements exigus et de la police qui patrouillait dans les quartiers populaires pour faire rentrer les ados chez eux –, il me semble qu’on peut comprendre qu’on ne se précipite pas quand le maître siffle ». Renaud Maes, sociologue et rédacteur en chef de La Revue Nouvelle ne dit pas autre chose ICI.

photo Marisol Benitez pour Unplash