Archives pour la catégorie Finances

Des contributions plus équitables ?

Vous avez une entreprise qui réalise des bénéfices dans toutes sortes de pays, mais vous concentrez ces bénéfices dans une filiale, installée dans un pays qui ne taxe pas ou peu les bénéfices. C’est ce que fait Microsoft, qui réalise des bénéfices chez nous, mais les rassemble dans sa filiale irlandaise, qui n’occupe aucun employé, mais où son taux d’imposition est zéro, comme le détaille cet article du Guardian. Cette société n’est évidemment pas la seule à pratiquer ce genre de stratégie en toute légalité.

Les ministres des Finances du G7 viennent de s’accorder pour mettre fin à cette situation. Si la négociation mondiale en cours va jusqu’au bout, au G20 et au sein du Cadre inclusif qui regroupe 139 pays, ce genre de transferts artificiels de bénéfices dans les paradis fiscaux ne sera plus possible. Deux piliers. Le pilier 1 fixe les règles permettant de réaffecter les profits transférés artificiellement vers les pays où l’activité a réellement lieu. Le pilier 2  établit un seuil minimal d’imposition des profits logés à l’étranger. Quand une multinationale arrive à un taux d’imposition compris entre zéro et 3 % grâce aux paradis fiscaux, à l’avenir, elle devra payer la différence entre le taux de 3 % et un taux minimum. Actuellement les pays du G7 l’ont fixé à « au moins 15 % », les ONG réclamant 25%.

Un accord mondial n’a jamais été aussi proche. Deux raisons poussent à l’optimisme. Le président Biden et les Etats-Unis mettent toute leur puissance pour convaincre tout le monde. Du côté de l’OCDE, on travaille 15h par jour pour faire avancer les négociations. Mais tant que rien n’est signé, tout peut encore capoter. Quatre semaines pour réussir. C’est Alternatives Economiques qui dit tout cela et se livre à une analyse plus fine que vous trouverez dans le pdf ci-dessous, si le sujet vous passionne.

https://wordpress.com/post/bruxselsfuture.com/19949

A quel prix nos chers vaccins ?

Beaucoup de mystère et quelques indiscrétions à propos des contrats commerciaux signés par l’Europe avec des firmes pharmaceutiques, avant même l’agréation et la mise sur le marché de leurs produits. Un article  d’Alternatives Economiques (en pdf bas de page), évalue les coûts de fabrication des vaccins Pfizer et Moderna très inférieurs à leur prix de vente, alors même que les laboratoires n’auraient guère innové, ni pris de risques commerciaux. Un vaccin Pfizer-BioNTech revient à 90 cents et un vaccin Moderna à 2,30 dollars. Prix de vente : entre 15 et 20 dollars

Ces firmes n’ont-elles cependant pas dû faire  face à de nombreuses recherches pour pouvoir innover rapidement ? Toujours selon Alternatives Economiques, les deux innovations phares, qui ont permis un développement aussi rapide des vaccins à ARN messager viennent de la recherche publique américaine, pas d’une recherche privée. Pour le brevet ARN messager de l’université de Pennsylvanie les labos n’auraient payé que 75 millions de dollars. Une somme dite ridicule.

Ces profits ne récompensent-ils pas aussi la prise de risque ? Là non plus, ça ne tient pas ! Les deux entreprises ont reçu un énorme flot d’argent public, soit en aides directes, soit par les précommandes de doses, qui supprimaient le risque. Ce sont les Etats qui, en finançant les laboratoires, ont assumé le risque de dépenser de l’argent en faveur de ceux qui ne trouveraient rien (Sanofi) ou des vaccins moins efficaces (AstraZeneca, Jansen). Le coût important des vastes essais cliniques a, là encore, été payé par le public. Voilà un point de vue qui donne à réfléchir, quand on sait qu’il y a 8 milliards d’individus à vacciner en deux doses …

A quoi servent nos contributions ?

Par nos impôts et cotisations sociales, nous contribuons toutes et tous à remplir les caisses de l’Etat. Mais qu’a-t-il fait des 248 milliards € perçus en 2019 ? Un tiers (81,7Md) a été attribué aux Régions et Communautés. Un autre tiers à la sécurité sociale (89,9 Md), un petit 13% aux communes et provinces. L’Etat a gardé un peu moins de 20% (43,7 Md) pour financer ses propres services. Un article – dans le pdf en bas de page – vient de rendre plus transparent l’usage que notre Région fait des dotations reçues et de nos contributions. Hier in het Nederlands. Le site régional Openbudgets en dit plus et est accessible en trois langues.

A y regarder de plus près, sur base d’Eurostat 2019, on constate que le poste le plus important est de loin le financement des pensions de notre population vieillissante: 52,5 Md (21,2% du budget). Suivi par les soins de santé 36,1 Md (14,6%), sans compter l’invalidité et la maladie, qui comptent pour 16,5 Md (6,7%). Vient ensuite l’enseignement avec ses 23,9 Md (11,8%). Loisirs, culture et cultes se voient attribuer 6 Md (2,4%). La recherche fondamentale 5,6 Md (2,3%). Le chômage et l’exclusion sociale représentent 11,2Md (4,5%).

La dette publique n’a coûté « que » quelques 10,2 Md (4,1%) en 2019, vu les taux d’intérêt exceptionnellement bas. L’Environnement a dû se contenter d’un petit 2,5% du budget, soit 6,1 Md. Si nous sommes fiers de pouvoir contribuer au budget de l’Etat, nous sommes aussi exigeants quant à l’usage qu’il fait de nos deniers pour préparer notre futur. La crise sanitaire a montré que nos services de santé de qualité manquent de bras et que son personnel mérite d’être revalorisé. Pour les pensions, une solution doit être trouvée pour qu’elles soient équitables et restent finançables. Les divers types de transports publics et partagés ne devraient-ils pas être soutenus comme alternative à la voiture individuelle ?

Un Musée du Chat ?

Ouverture prévue pour 2024, le Musée du Chat vient de recevoir son permis pour la construction d’un bâtiment à la gloire du Chat de Philippe Geluck, à proximité de la place Royale. Même parmi les fans du Chat, des questions se posent à propos de cette initiative promotionnelle, financée en grande partie avec l’argent du contribuable. Un Musée du Cartoon Belge, pourquoi pas ? Mais il y a déjà le Centre Belge de la Bande Dessinée pour l’accueillir. Et puis pourquoi un musée spécifique consacré à l’autopromotion d’un seul dessinateur de presse ?

A 18 millions d’euros, le budget fut un sacré challenge. Il sera financé pour moitié par la Région bruxelloise et à hauteur de 4,5 millions par la vente d’œuvres de Philippe Geluck, notamment les Chats de bronze exposés en mai sur les Champs-Élysées. Restent 3,5 millions à provenir de sponsors divers, tandis que l’auteur offrira une partie de ses planches originales aux collections de la Région de Bruxelles-Capitale.

Une pétition circule depuis dimanche pour demander à la Région d’abandonner ce projet. Elle a déjà recueilli plus de 1.700 signatures en trois jours. Vous pouvez la signer ICI. Parmi les artistes à l’initiative de cette démarche, on entend des voix s’étonner de ce projet très individuel, alors que des dizaines d’oeuvre d’artistes modernes reconnus et appréciés dorment dans les caves du musée de la rue de la Régence, faute d’un Musée d’Art Moderne ou d’un Musée du Surréalisme à Bruxelles.

L’Islam de Belgique se fait attendre

Le mois de jeûne a débuté pour les Bruxelloises et les Bruxellois de confession musulmane dans des conditions difficiles pour cause de Covid-19. Malgré diverses suggestions et protestations, aucune dérogation ne leur a été accordée, comme cela fut le cas pour les commémorations des autres religions reconnues. Cette situation soulève à nouveau la question de l’instauration d’un islam de Belgique soumis aux lois du peuple belge. sur laquelle la revue Hommes et Migrations jette un regard. L’Allemagne aussi se trouve dans la même situation.

L’ingérence du salafisme de l’Arabie Saoudite, celle de la Turquie – avec sa Diyanet – et celle de l’ambassade du Maroc, s’avèrent être des obstacles à l’émergence d’un véritable islam de Belgique, dans lequel certains voient une tentative de « vaticanisation » par l’Etat (voir pdf en bas de page). C’est l’Exécutif des musulmans de Belgique qui est supposé prendre l’organisation du culte en charge. Musulmans d’origine marocaine et turque s’y partagent le pouvoir, mais faute de nouvelles élections, il est dans la tourmente, ne se réunit plus et ne décide donc de rien. Il est attendu du ministre de la Justice et des Cultes – qui participe à son financement – qu’il oblige ses membres à fixer un calendrier pour la tenue d’élections.

C’est à cet Exécutif qu’il appartient de jeter les base d’un Islam de Belgique adapté au contexte démocratique belge et européen, respectueux de ses lois et de ses valeurs fondamentales, notamment la séparation Eglise/Etat, la liberté d’expression, l’égalité hommes/femmes, le rejet de tout forme de radicalisme violent. C’est lui aussi – en collaboration avec les autorités compétentes – qui doit se charger d’organiser la formation des imams. Trop souvent, ils ne parlent aucune des langue de notre pays et en ignorent les structures politiques et institutionnelles. Les bases se trouvent dans différents documents, dont le pdf de la Commission mise en place par le ministre Marcourt.

Image par Ahmad Ardity de Pixabay