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Covid-19: qui croire ?

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J’ai attendu la conférence de presse du Premier ministre pour actualiser ce billet. On entend tout et son contraire à propos de cet imperceptible coronavirus. Une professeure médecin de l’Université de Lille fait cependant le point ICI sur ce que l’on sait et de ce que l’on ignore encore. La revue Politique en relève les inégalités. Pour ce qui est des lieux de transmission du virus, on a stigmatisé tour à tour les cafés, les transports en commun, les abattoirs de toute l’Europe, les animaux, les écoles et la famille, les étudiants, et les résidents des quartiers populaires. Parfois sans preuves tangibles et avec beaucoup de contradictions.

Les Etats et l’Europe sont mis sur le gril. La France a agi dans la plus grande confusion. La Belgique aussi. Peut-on lui reprocher son ignorance face à ce nouveau virus ? Sans doute que non, mais on peut épingler son imprévoyance: les masques détruits et les commandes inadéquates, les tests qui se font désirer et les centres de dépistage débordés, les incohérences entre les mesures sanitaires pour les salles de spectacle et celles des avions, … Il y a plus grave: le choix de certains experts, dont les liens avec l’industrie pharmaceutique ont déjà été révélés par cet article de 2010. Le docteur Yves Van Laethem, consultant rémunéré par GSK, Sanofi, Crucell, Wyeth et Pfizer … Que reste-t-il de leur impartialité ? Quelle confiance leur accorder ?

La transmission du virus progresse très rapidement à Bruxelles et se développe à travers le pays. Des nouvelles mesures viennent d’être communiquées ce soir par le comité de concertation, pour éviter la saturation des hôpitaux. Jusqu’où la population va-t-elle adhérer aux 5 règles de base ? La Flandre serait moins individualiste et ferait peuple ? Elle s’en tirerait actuellement mieux que la « francophonie » et Bruxelles. Qu’en sera-t-il de l’adhésion du peuple de Bruxelles aux nouvelles mesures ? Pour les mettre en pratique il faut non seulement les connaître et les comprendre, mais aussi les croire utiles pour soi et pour les autres. 

Pour lutter contre ce virus, trois mesures semblent à ce jour scientifiquement établies :
*  La distance physique, le port correct du masque et le lavage des mains
* Le dépistage massif pour identifier et n’isoler que les personnes contaminées
* Le confinement ciblé des foyers de contamination pour éviter la propagation

Encourager la mixité sociale ?

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La mixité sociale – ou plus platement: le mélange des riches et des pauvres – c’est rompre l’entre-soi. Celui d’Uccle, comme celui de Cureghem. Pas évident du tout de quitter sa zone de confort. De s’installer sur le territoire « des bourges blancs quand on est pauvre et basané ». Et inversement. On continue donc à construire des villas à Uccle et des logements sociaux à Molenbeek. Les enfants se retrouvent donc aussi entre eux dans les écoles de ces quartiers, à l’école communale de Molenbeek ou à Dachsbek et Decroly. Le communautarisme n’est pas loin. La ville duale se développe des deux côtés du canal, dans une sorte d’indifférence générale.

Henri Goldman vient de publier sur son “blog cosmopolite » un réquisitoire contre l’hypocrisie de la mixité sociale. Pour lui, la méthode est éprouvée : « Suffit de monter des projets immobiliers avec un peu de logements sociaux et beaucoup de logements “moyens” inaccessibles aux gens du cru. Généralement sur les dernières friches urbaines disponibles au sein des quartiers les plus denses de la ville qui manquent déjà cruellement d’espaces verts et où les gens étouffent dans leurs logements trop exigus. La pente naturelle d’une telle politique de “mixité” décrétée, si elle n’est pas menée avec d’infinies précautions, c’est l’embourgeoisement inéluctable des quartiers populaires et l’exode de leurs habitants actuels hors de la ville ». Il est rejoint dans son analyse par un article du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat.

Tout ne réside-t-il pas précisément dans cette nécessité « d’infinies précautions » ? Créer du logement moyen dans un quartier où la commune possède suffisamment de logements sociaux et conventionnés, écarte le risque d’éviction des personnes les moins fortunées. Il est quelques  exemples à Bruxelles où cette mixité fonctionne et semble profiter à tous. Construire des écoles à cheval entre Molenbeek et Bruxelles, ce serait donner aux jeunes l’occasion de se rencontrer et de se connaître. A l’ouverture du Marché des Tanneurs, Il n’y avait sans doute que des bobos, mais chacun a droit à une alimentation saine et payable et aujourd’hui, on y trouve progressivement une clientèle plus mélangée. La vraie question n’est-elle pas finalement le niveau indécent des salaires les plus bas, souvent pour des métiers pourtant de première nécessité ? Avec l’exode continu de sa classe moyenne, Bruxelles ne souffre-t-elle pas plus de paupérisation que d’excès de gentrification ?

 

Happy Monday: le retour de la scène culturelle

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Flagey a ouvert la voie et invite des artistes belges à retrouver un vrai public en salle.
Au programme, vous trouverez aussi bien le jeune pianiste italien Marco Mantovani, qui a étudié au Conservatoire Royal de Bruxelles, que les musiciens bruxellois du Duo Eido, qui combinent des instruments modernes et historiques. Il y a aussi ces Belges malicieux de 18 ans qui composent Lũpḁ Gang Gang Quartet. Mais Bozar et La Monnaie ne sont pas en reste et ils ne sont pas les seuls à avoir réouvert leurs salles. Il était temps, même si l’équilibre financier est impossible à réaliser – même avec votre présence – avec un taux d’occupation toujours limité pour cause de Covid-19.

C’est là que la Ville de Bruxelles innove, en accordant des dérogations à ses salles, au cas par cas. Le niveau d’occupation pourrait déjà osciller entre 50% et 70%. D’ici à la fin de l’année, la Ville ne veut plus aucun siège vide. C’est avec la collaboration du professeur Nathan Clumeck qu’elle veut favoriser l’occupation de tous les sièges (comme dans les avions). Le professeur émérite y met des conditions de sécurité : la collecte des coordonnées des spectateurs, des réservations obligatoires, l’encadrement du placement du public, une ventilation optimisée (1) des salles et le port obligatoire d’un masque chirurgical, offert à l’entrée à chaque spectateur.

Le monde de la nuit et de l’événement restent les grands oubliés des nouvelles mesures. Il n’est même pas cité et d’aucuns risquent de ne pas survivre. Il est vrai que la situation n’est pas simple à gérer face à une reprise des contaminations et une date improbable pour l’arrivée d’un vaccin. Même si AstraZeneca met déjà en fabrication un vaccin, dont les essais sont loin d’être terminés et approuvés. Le site universitaire The Conversation en français, fait une sérieuse mise en garde. Elle n’a pas empêché l’Europe d’effectuer une commande massive et la Belgique d’en réserver 7.5 millions de doses …

(1) un lecteur recommande SterilAir pour purifier l’air et un autre un simple appareil de contrôle

Marco Montovani, Duo Eidos – photo Marie-Clémence David – et Lupa Gang Gang Quartet à Flagey

 

 

 

 

 

 

 

Contribuer oui, mais différemment 

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La manière dont les citoyens et les sociétés sont priés de contribuer aux finances de l’Etat commence à devenir obsolète et de plus en plus inéquitable. S’il est normal que chacun se montre solidaire du financement des soins de santé, du filet de sécurité sociale, des réseaux d’enseignement, des transports en commun, des voies de communication, de l’ordre public, etc … il faut que ce soit en fonction des moyens de chacun. Les différents modes de taxation actuels et leurs accommodements rendent manifestement les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Inédit: l’arrivée d’un nouveau concept fiscal, sous l’impulsion du Professeur Marc Chesney de l’Université de Zurich. Il a échafaudé une toute autre manière de percevoir les contributions des citoyens comme celles des sociétés. Elle est basée sur une redevance minime, collectée automatiquement par les banques, sur toute transaction électronique dans le cadre d’activités économiques et financières, en échange du privilège de pouvoir utiliser un système aussi sécurisé, pratique et élaboré. Une « super-taxe Tobin » en quelque sorte. Des précisions sur les avantages et sur les modalités de perception sont détaillées ICI, dans une excellente carte blanche de Luigi Chiavarini – fondateur Think Tank Harmonia* – publiée par L’Echo.

Cette taxe universelle sur les transferts d’argent devrait être explorée avec toute l’ouverture d’esprit requise, que ce soit pour financer un revenu de base, tel qu’évoqué ICI par Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, ou pour les autres dépenses publiques, liées aux fonctions d’intérêt général, assignées aux contributions perçues par l’Etat. Une piste digne d’être explorée.

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* Harmonia MT est un groupe de réflexion qui a pour objectif de repenser une fiscalité équitable, pérenne et adaptée aux nouveaux paramètres et contraintes de la société. Cfr aussi https://www.micro-tax.org.

Les jeunes se révolteront-ils ?

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Si à 20 ans on vous avait demandé de rembourser l’emprunt qui a permis à vos grands-parents d’acheter leur appartement, vous auriez été bien surpris et peu enclin à supporter cette charge inattendue et non convenue. Trois jeunes diplômés, dénoncent dans une tribune au « Monde » le poids que la politique sanitaire et les dépenses publiques liées à l’épidémie vont faire peser sur les jeunes.

La « dette Covid » n’est pas une dette d’investissement, mais une dette conjoncturelle, principalement utilisée pour financer des dépenses courantes. Pour une large part, ces dépense ne sont pas porteuse de croissance future, mais servent essentiellement à financer l’existant : soutenir la demande des ménages et pallier la baisse de recettes de l’Etat. Il sera ainsi demandé aux jeunes d’aujourd’hui, de rembourser demain une dette qui ne leur bénéficiera pas, qui n’est pas créatrice de valeur à venir.

« Les mesures sanitaires strictes, qui ont eu pour effet le ralentissement économique que nous connaissons, ne sont pas destinés à autre chose qu’à la protection des plus âgés qui, en leur temps, ont connu la croissance et l’emploi. Les jeunes ont renoncé à leurs libertés hier, et paient pour eux aujourd’hui en entrant sur un marché du travail dégradé, et paieront pour eux demain encore en remboursant la dette et en finançant leurs retraites. La planche à billets, que la génération au pouvoir fait tourner, devra bien un jour être remboursée et par qui d’autres que la jeune génération en place ? Vous pouvez lire l’article du Monde ICI.