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Un retour aux urnes s’impose ?

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La Belgique post coronavirus va-t-elle soutenir la relance de tous les secteurs économiques et renouer au plus vite avec le passé ou doit-elle sélectionner ses soutiens pour jeter les bases d’un autre mode de vie plus soucieux du climat et de la planète ? La question est capitale et se pose pour la première fois. Quelle est la position exacte des partis à ce sujet ? Nous n’en savons rien. Ne devraient-ils pas être invités à définir et communiquer leur position par rapport à ce challenge ? Ensuite, en démocratie, ce sera aux électeurs de décider.

Ce n’est que fort de l’aval d’une majorité de la population, qu’un nouveau gouvernement démocratique pourra être mis en place pour relever ces défis. Intéressant de lire le point de vue des éditorialistes flamands à ce sujet. Aubry Touriel – Journaliste indépendant passionné par la Flandre, Liégeois d’origine, Anversois de coeur – a rédigé pour Daardaar cette analyse en français. La RTBF a effectué un tour d’horizon auprès l’ensemble des partis francophones. Voilà de quoi vous faire une idée de la situation.

Il y a un an que nous avons voté. Les Belges voteraient-ils de la même manière, depuis que nous avons basculé dans un autre monde ? Il n’y a que de nouvelles élections qui apporteront la réponse, après avoir pris connaissance des programmes de chacun des partis. La constitution d’un gouvernement minoritaire, sur base des élections passées, est-elle sérieuse face aux défis à relever ? Les neufs ministres en charge de la santé n’ont-ils pas démontré à suffisance la nécessité de simplifier le paysage institutionnel du pays et en particulier celui de la Région de Bruxelles ?

De très petites entreprises en péril

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Lorsque Brussels Airlines envisage de licencier un millier de personnes, tout le monde est sur le pont et la Première ministre discute en direct de 300 millions d’aide demandée par le patron de Lufthansa. Mais lorsque plus de 100.000 très petites entreprises sont en péril ou au bord de la faillite, personne ne semble s’émouvoir et personne ne propose des aides spécifiques pour celles qui doivent être sauvées à tout prix, à la fois au nom de l’emploi, de la diversité des commerces et des besoins des citoyens.

Depuis que la plupart des commerces – hors Horeca – ont pu réouvrir, c’en est fini du du programme Prime Unique des Régions et du droit Passerelle, mais ce n’est pas pour autant que les clients sont déjà revenus. Peur de sortir de chez eux. Moins d’argent à dépenser. Les commerces spécialisés, qui ne proposent pas des produits de première nécessité, voient arriver peu de clients. Certains tentent déjà d’essayer de se mettre à l’abri de la faillite. D’autres ont été contraints de remettre des préavis prévisionnels, de crainte de ne pouvoir payer de lourdes indemnités de licenciement dans quelques mois. Et cela sans considérer leur propre situation. Demain, que ferons-nous sans librairies, sans bijoutiers, sans serruriers, sans artisans et créateurs ? A quoi ressembleront nos vitrines vides et éteintes ?

Les très petites entreprises (TPE) c’est plus de 100.000 entreprises qui occupent chacune de 1 à 10 personnes. Elles se sont avérées créatrices d’emploi avec plus de 30.000 embauches en 2016, comme les chiffres le démontrent ICI. Le fédéral et la Région auraient tort de sous-estimer ce secteur d’activité. Ne devraient-ils pas préparer d’urgence un programme d’aide spécifique ? La Wallonie semble avoir un tel programme, mais q’attend Bruxelles ? Il y va de milliers d’emplois et de services utiles à la population.

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UCM La microsociété ou TPE est fiscalement définie comme la société ou personne physique qui respecte, à la date de clôture des comptes, au moins 2 des limites suivantes :

  • max. 10 travailleurs occupés en moyenne annuelle
  • max. 700.000 € de chiffre d’affaires annuel hors TVA
  • max. 350.000 € en total du bilan

 

Prêts pour l’après coronavirus ?

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Revenu universel dès l’âge de 18 ans pour “donner un avenir aux jeunes” qui arrivent sur le marché du travail, congé paternel obligatoire, revalorisation des salaires des soignants et des métiers “féminisés en première ligne” pendant la crise du coronavirus. Qui exige cela ? Un article d’Huffpost nous apprend que c’est EDS, un nouveau groupe politique qui vient de se constituer au sein de l’Assemblée nationale française sous le nom « Ecologie, démocratie et solidarité ».

La plupart des membres de ce groupe politique ont quitté La République en Marche où ils estiment avoir été marginalisés au fil des années du quinquennat d’Emmanuel Macron. Des dissidents d’autres partis les ont rejoints, comme le précise Wikipédia. Le groupe ne se veut “ni dans l’opposition, ni dans la majorité”, mais fort d’une “liberté absolue” et d’une “indépendance”. L’accélération de la transition écologique est au sommet de leurs priorités avec une proposition-choc : 5 milliards par an accordés aux collectivités locales pour les accompagner dans ce changement.

Cela donnera-t-il des idées à certains parlementaires belges qui peuvent aussi se sentir marginalisés au sein de leurs partis respectifs pour mener à bien le projet de société post Covid-19 ? Une occasion de créer un nouveau groupe parlementaire au sein du parlement bruxellois, au-delà des appartenances linguistiques et idéologiques ? Certains y pensent, mais passeront-ils à l’acte ?

 

Happy Monday: un chien dans le jeu de quilles

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Isabelle Ferreras est une bruxelloise, professeur de sociologie à l’UCL et ce n’est pas tout (1). Avec deux collègues, elle a pris l’initiative de rassembler des chercheurs et des professeurs de tous horizons autour d’un véritable manifeste en faveur d’une reprise post confinement, sur de nouvelles bases. Le texte a rapidement recueilli plus de 3.000 signatures « académiques », et non des moindres. C’est un exploit. Il a été publié dans 30 grands journaux de 23 pays de cinq continents. Un autre exploit.

Démocratiser l’entreprise, démarchandiser le travail et dépolluer la planète, c’est un résumé de leur credo pour « le monde d’après ». Rien de vraiment neuf pour la mouvance associative bruxelloise – qui vient d’exiger la mise sur pied d’ un Conseil de la Transition – mais, repris par ces signatures de poids, on en vient à espérer que ce manifeste pèsera suffisamment, lorsque des arbitrages devront être effectués, face aux exigences de soutien de tous les acteurs économiques. Soutien qui ne devrait être accordé sans critères et sans conditions, comme en 2008 avec les banques ou comme déjà manigancé par le conglomérat Blackstone.

L’exemple de Brussels Airlines illustre parfaitement le chantage à l’emploi qui planera sur les négociations. Ici, avec Lufthansa, qui a distribué des bénéfices à ses actionnaires allemands, mais réclame des centaines de millions à L’Etat belge pour essuyer une partie de ses pertes corona. Il faudra y mettre de sérieuses conditions et sans accord, les bons créneaux horaires laissés libres par Brussels Airlines ne tarderont pas à être repris par d’autres compagnies. Et quand FN armes de guerre demandera de l’aide pour conserver l’emploi liégeois que fera l’Etat ? Et les low cost de Ryanair pour l’emploi carolo ? Et les industries pétrolières pour la Flandre ? Et l’industrie des plastiques pour la Campine ?

Des critères d’abord, des aides sélectives ensuite, pour ceux et celles qui veulent voir émerger un nouveau monde.

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(1) Isabelle Ferreras dispose d’un master science politique de Harvard, est actuellement chercheur senior associée à la faculté de droit de Harvard dans le programme sur Labor and worklife program, est membre de l’académie royale classe technologie et société … excusez du peu .

Sacrifier une génération ?

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« Nous sommes capables de mesures drastiques contre le coronavirus, pas contre le réchauffement climatique … » c’est une affirmation en forme d’interrogation de François Gemenne – professeur en Sciences Po à ULiège, qui délivre une décapante interview à Alternatives Economiques. « Face à un danger immédiat, nous sommes capable de prendre des mesures radicales et extraordinairement coûteuses. On a pourtant répété qu’il fallait faire les choses progressivement, ne pas brusquer les gens, que ce ne soit pas trop coûteux… Et là, d’un coup, on a fait partir en fumée des années d’efforts d’austérité. »

Pourquoi ? Nous craignons tous d’attraper le virus, alors que nous pensons que le changement climatique, lui il est lointain et touchera d’abord les autres avant de nous affecter nous-mêmes. Personne n’est à l’abri tant que chacun n’est pas à l’abri. Nous surveillons chaque jour les courbes des décès et des hospitalisations, nous guettons ces données comme le lait sur le feu ! Pour le climat, à force de calibrer nos modèles sur des échéances lointaines, et sans météo journalière du carbone, l’urgence n’est pas perceptible. « En 2050, beaucoup de ceux qui lisent ces lignes aujourd’hui seront déjà morts, donc forcément cela nous paraît très lointain”.

Nos sociétés se sont révélées solidaires comme jamais. Depuis des années, on nous serine qu’on fait passer le profit avant l’humain, et là que fait-on ? Exactement l’inverse ! On déclenche une crise économique monumentale, qui fait plonger toutes les Bourses du monde, pour protéger les plus fragiles. C’est une très belle leçon que nous nous donnons à nous-mêmes. Et puis, le sacrifice des jeunes, qui sont beaucoup moins vulnérables au Covid-19 et qui seront les premiers touchés par la crise économique et le chômage massif qu’elle entraînera, me semble particulièrement marquant. Un économiste fait la proposition contestée d’une « taxe corona » à charge des personne âgées.