Archives de catégorie : Finances

Suite (et fin?) du Métro 3

En voie de concrétisation à Albert et Stalingrad, le métro 3 semble n’avoir jamais été aussi menacé. Ce projet, attendu par la population, comporte cependant un risque majeur pour les finances régionales. On le veut, mais peut-on se le permettre ? Hormis les Verts qui n’ont jamais caché leurs réticences, les partis de la majorité régionale sont peu sensibles aux objections de ces opposants, décrits comme des experts en chambre déconnectés des besoins bruxellois. C’est sans compter sur la Commission régionale de Mobilité, dont l’avis très critique n’a cependant pas fait l’objet du consensus habituel.

Les associations redoutent, à juste titre, que ce projet en compromette d’autres, tels que le développement de nouvelles lignes de tram et d’autres priorités importantes pour les habitants de la ville, tel la construction de logements sociaux. Sven Gatz (Open Vld) a déclaré qu’il ne serait plus tenable d’avoir 500 millions d’euros d’investissements stratégiques chaque année pour la mobilité.

Selon la synthèse de L’ECHO, qui en dit (beaucoup) plus ICI, ces dépenses peuvent être neutralisées par rapport à l’objectif de solde SEC (Système européen de comptabilité), mais viennent tout de même alourdir la dette régionale dont l’encours s’élèvera déjà à plus de 10 milliards fin 2024 ! La saga ne semble pas terminée.

Happy Monday: la démocratie en action

La semaine dernière, la deuxième phase du Métro3 était sur la table de la Commission de Concertation. Une soixantaine de personnes, pour la plupart riveraines, sont venues marquer leur opposition au  nouveau projet qui leur a été présenté et qui fait suite à une étude d’incidence. Les maîtres d’œuvre ont tenté de les rassurer en certifiant que la Commission était là pour examiner toutes les remarques avant de conclure. BX1 détaille cela ICI. Finalement avis favorable de Schaerbeek moyennant une série de conditions.

Après une carte blanche de 2021, des professeurs d’université viennent de publier  un article qui critique un coût élevé pour un gain environnemental négligeable et des mobilités qui vont se dégrader pour de nombreux habitants de Schaerbeek et d’Evere, vu la très grande profondeur des stations et leur nombre réduit par rapport au tram 55. Un conflit d’intérêt est aussi mis en avant. IEB pointe un bilan carbone désastreux. Brussels Studies Institute détaille pourquoi l’avenir serait meilleur sans le Métro3. Rien que des procès à charge.

La bonne nouvelle est cependant l’émergence d’un échange démocratique contraint avec la société civile. Un débat entre les différents protagonistes a aussi été organisé par BX1 et révèle une absence de consensus. Le Métro3 plomberait le budget de la Région pendant des années et bloquerait toutes les autres priorités. Ce n’est plus un problème technique mais un problème politique. Un moratoire est demandé, en attendant que le gouvernement tranche la question. Un choix de société pour lequel on a entendu peu d’arguments pour défendre le projet de métro, qui appartiendrait déjà au passé.

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Une autre Belgique

Lors des élections de 2024, une 7ème réforme de l’Etat sera au menu. Elle sera d’autant plus nécessaire, que la 6ème était particulièrement inachevée pour la Région de Bruxelles. Son contenu est évidemment toute la question. Certains commencent à se lancer dans des analyses et à avancer des solutions. Ainsi Paul Magnette a relancé la Belgique à quatre et le ministre bruxellois Sven Gatz a révélé une étude qui démontre que la Belgique à quatre serait impayable …

Dans 4 Millions 7, Charles-Etienne Lagasse publie un éditorial en faveur d’un Etat Wallonie-Bruxelles en cas de démantèlement de la Belgique. On y lit cependant que la Région bruxelloise produit environ 19% du PIB, pour une population de 11% mais n’en retire que 8,34% du produit fiscal. Avec une partie de l’impôt des personnes physiques sur base du lieu de travail, on rapatrierait vers Bruxelles des masses fiscales des navetteurs. Selon le Centre Georgin, la Région bruxelloise passerait ainsi d’un état de bénéficiaire net de 500 millions (à charge de la Flandre) à une position de contributeur net de plus de 2 milliards d’euros. Voit-on Flandre et Wallonie avaliser cette révision de la fiscalité  ? En échange de quoi ?

Jules Gheude, se livre à une analyse interpellante de l’éditorial de Ch-E Lagasse. Il y rappelle notamment qu’une étude de Rudi Janssens de 2013, indique que 73,9% des Bruxellois souhaitent l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4,6% optent pour une association avec la Wallonie, et 4% avec la Flandre. Et de conclure: les Bruxellois sont profondément attachés à leur spécificité. Les pièces du puzzle sont sur la table, chacun devra trouver des avantages quant à la manière de les assembler.

Happy Monday: logement et bâtardise

Accès à la propriété. C’est pour favoriser la propriété privée, que le ministre Gatz veut alléger la fiscalité immobilière bruxelloise pour l’achat d’une habitation propre et unique. L’abattement sur les droits d’enregistrement serait relevé à minimum 200.000 euros et un abattement complémentaire serait consenti pour des rénovations énergétiques. Bruxelles se rapproche ainsi des conditions favorables de la Flandre. L’Echo détaille tout cela ICI.

Occupations temporaires. Le gouvernement bruxellois va dégager plus d’un million d’euros pour soutenir des initiatives d’occupation temporaires de bâtiments vides à des fins sociales. 700 personnes devraient y trouver prochainement un lieu de vie digne et sécurisé. Un début de réponse face au développement rapide de la pauvreté et à l’existence de plus de 6 millions de m2 inoccupés. La Capitale détaille cela ICI.

Construction circulaire. A Evere, des ouvriers et des ingénieurs ont commencé à démanteler un ancien complexe de bureaux. Ils n’utilisent pas d’outillage de démolition lourd et récupèrent énormément de matériaux réutilisables. Le bâtiment avec terrasses deviendra un complexe résidentiel écologique pour 80 familles d’ici 2025. Bruzz en dit plus et publie des photos ICI.

… un Bâtard Festival se déroulera à Bruxelles du 13 au 16 avril. Garanti non spectaculaire, sans grands acteurs, sans faux amour et avec des prix en fonction de vos moyens. Les bâtards à Bruxsels on connaît, ceux-ci affectionnent l’anglais et on va les voir s’affirmer ICI.

Voisin d’énergie

De plus en plus de Bruxellois produisent leur propre électricité grâce à des panneaux photovoltaïques très performants. Ils la produisent le jour, mais en ont généralement besoin le soir. Ils peuvent l’envoyer sur le réseau et la récupérer au moment voulu. Cette redistribution a évidemment un coût pour le distributeur (Sibelga) qui le répercute sur le consommateur en lui revendant plus cher l’électricité qu’il lui a achetée. Cela se négocie actuellement entre le distributeur et les citoyens qui se regroupent pour être producteurs de leur énergie locale.

A titre expérimental, le projet Voisin d’Energie mis en place à Boitsfort – au Coin du Balai – a rassemblé des habitants du quartier désireux de produire, de rassembler et auto consommer un maximum de leur propre production d’énergie. Cela en tentant de se passer de compteurs communicants. Ils commencent à s’organiser pour mieux répartir les excédents produits. Des surplus sont même donnés gratuitement à des organisations sociales locales. Tout cela en collaboration, notamment, avec l’IGEAT de l’ULB et de Sibelga. D’autres expériences sont en cours à Bruxelles dont Ganshoren.

L’expérience se terminera en fin d’année. Elle pourrait s’étendre à d’autres quartiers désireux de devenir producteurs d’énergie et le moins dépendants possible d’un distributeur. Flandre et Wallonie ont déjà traduit en Décrets locaux une Directive européenne, qui entend promouvoir l’auto production locale d’énergie. La Région de Bruxelles vient (enfin) de s’y atteler. On reviendra sur le sujet avec plus compétents que moi.

illustration Ganshoren