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Industrie automobile: à soutenir ?

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Les acteurs du secteur automobile belge (FEBIAC) proposent de mettre en place une incitation financière à l’achat de véhicules neufs, ce qui aurait – selon eux – l’avantage de relancer le marché et de renflouer les caisses de l’Etat. Un article d’IEW publié par Inter Environnement Bruxelles, révèle qu’ils implorent le gouvernement de leur venir en aide. En s’appuyant sur une enquête fort légère, ils ressassent leur argument fétiche: la voiture, vache à lait des Finances de l’Etat. Une argumentation éculée qui ne tient pas compte des coûts d’entretien des infrastructures et des frais de santé occasionnés par les moteurs à combustion, à une heure où il faudrait plutôt encourager les citoyens à se diriger vers d’autres pratiques de mobilité.

En période d’incertitudes financières, le remplacement de son véhicule ne relève pas d’une dépense prioritaire ou essentielle, surtout pour des citoyens dont les revenus ont été lourdement impactés par la crise sanitaire. Le parc automobile belge est globalement jeune. La durée de vie optimale d’un véhicule, pour réduire son empreinte CO2, se situe entre 15 et 20 ans (source : T&E. 2018. CO2 émissions from cars : The facts). Aucune raison donc que l’Etat encourage le consommateur à racheter une nouvelle voiture, les nécessaires zones de basses émissions (LEZ) occasionnent déjà suffisamment de dépenses pour certains citadins.

Une taxation des formes de mobilité non durables et l’abandon des avantages indus (comme la voiture de société) ne devraient-elles pas alimenter le budget de l’Etat ? afin d’atteindre au plus tôt une certaine résilience. Un mesure nécessaire qui pourrait aussi générer de sérieuses économies.

Notre monnaie: reprendre la main

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Pour pallier les conséquences économiques de la crise sanitaire, l’Etat fédéral et la Région ont multiplié les mesures d’urgence. Ils ont déployé des droits « passerelle », des dispositifs de chômage partiel et accordé des reports d’impôts et cotisations. L’euro que nous manipulons quotidiennement dépend évidemment (et heureusement) de la Banque centrale européenne (BCE). Elle a décrété la fin de l’austérité, elle a sorti l’artillerie lourde en injectant 120 et puis 750 milliards dans l’économie. La crise révèle à quel point la monnaie – présentée à tort par les économistes comme un instrument technique dont la gestion devrait être laissée aux mains des seuls experts – mériterait d’être réintégrée dans le débat public.

C’est Laurence Scialom, économiste à l’université Paris-Nanterre, qui développe ce point de vue dans cet article d’Alternatives Economiques. Pour elle, les citoyens ont perdu la main sur la politique monétaire, mais il existe des moyens pour reprendre le contrôle et mettre la création monétaire davantage au service de la transition écologique et d’objectifs prioritaires, comme ce fut le cas au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il est aussi possible de rendre ces mécanismes intelligibles à tous, afin de favoriser l’émergence d’un véritable contre pouvoir citoyen sur les enjeux monétaires. Remettre au goût du jour des politiques de fléchage du crédit nécessite de définir des secteurs prioritaires, et d’adapter nos réglementations bancaires en fonction.

La proposition iconoclaste qu’elle porte avec Baptiste Bridonneau est la suivante : la BCE procède à des annulations partielles de dettes et l’usage des fonds ainsi dégagés est investi dans la transition, sous le contrôle du Parlement européen. Et si tout cela vous semble trop simpliste, relisez l’article complet, qui détaille et justifie cette vision.

Mobiliser notre épargne ?

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Certains évoquent l’idée de mobiliser l’épargne dormante (colossale) des citoyens pour venir en aide aux PME qui sont durement touchées par la crise. L’Echo s’en montre très partisan dans un éditorial. Encore que, les milliards d’euros déposés sur les comptes d’épargne sont en fait déjà mobilisés. Ils sont utilisés pour prêter de l’argent aux entreprises et aux ménages, notamment pour financer les prêts hypothécaires. Il y a cependant de l’épargne qui pourrait encore mieux être utilisée. Des banquiers l’avouent en aparté: ils ont trop d’épargne dans leurs murs.

Faute d’action du fédéral, la Flandre est la première Région à organiser un « Fonds Prospérité » et elle espère ainsi engranger un demi-milliard. La Wallonie devrait suivre. Et Bruxelles ? pas de nouvelles. Le nouveau fonds flamand investira dans des PME, des start-ups, des scale-ups et autres entreprises innovantes. Les particuliers pourront ainsi bénéficier durant les trois premières années d’un avantage fiscal de 2,5% sur le montant qu’ils auront investi (avec un maximum toutefois de 1.000 euros par contribuable), tout en profitant aussi d’un avantage en matière de succession.

Vous noterez ICI l’opposition du Nieuwe Brabantse Belangen (N-BB) qui estime que les Brabançons ont déjà subi assez de pertes de revenus avec le corona et qu’ils ne doivent pas voir leur pouvoir d’achat diminuer pour faire repartir l’économie de la Flandre. Le N-BB, veut que l’on s’intéresse plutôt de près aux gros revenus, aux fraudeurs et à l’argent parqué non imposé dans les paradis fiscaux.

L’Europe nous gâte

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Ce n’est pas tous les jours que la presse et l’opinion publique se réjouissent des décisions de la Commission européenne. Le plan de relance de 750 milliards, composé en grande partie de subventions aux Etats et en petite partie de dette remboursable, est une mutualisation inattendue des dettes des Etats, combattue depuis longtemps par les quatre « frugaux », dont les Pays-Bas ont été le fer de lance et l’Allemagne un sympathisant.

En proposant de répartir cette somme colossale entre les pays membres en fonction de leurs besoins, l’Europe fait preuve d’une solidarité avec les plus atteints par la crise sanitaires et la récession économique, un peu comme un Etat national le fait pour sa population. Il faut s’en réjouir et remercier Angela Merkel en particulier, qui ne cesse de nous étonner après sa décision de mettre fin au nucléaire en Allemagne, d’accueillir un million de réfugiés … et de répondre ainsi à l’arrêt mortifère de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. La répartition finale des aides ne se passera sans doute pas sans difficultés, mais l’esprit de coopération a dominé et c’est magnifique pour l’Europe et pour Bruxelles, qui abrite ses principales institutions.

Après avoir voulu rester très proche de vous quotidiennement tout au long de ces difficiles semaines de confinement intégral, je vais revenir au rythme normal de mes petits billets, en vous les livrant à nouveau tous les jours ouvrables, pour vous laisser souffler le week-end et les jours fériés. Belle fin de semaine estivale à chacune et chacun d’entre vous … et veillez bien à maintenir la courbe corona plate, en vous lavant les mains souvent et en portant un masque à l’extérieur.

Un retour aux urnes s’impose ?

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La Belgique post coronavirus va-t-elle soutenir la relance de tous les secteurs économiques et renouer au plus vite avec le passé ou doit-elle sélectionner ses soutiens pour jeter les bases d’un autre mode de vie plus soucieux du climat et de la planète ? La question est capitale et se pose pour la première fois. Quelle est la position exacte des partis à ce sujet ? Nous n’en savons rien. Ne devraient-ils pas être invités à définir et communiquer leur position par rapport à ce challenge ? Ensuite, en démocratie, ce sera aux électeurs de décider.

Ce n’est que fort de l’aval d’une majorité de la population, qu’un nouveau gouvernement démocratique pourra être mis en place pour relever ces défis. Intéressant de lire le point de vue des éditorialistes flamands à ce sujet. Aubry Touriel – Journaliste indépendant passionné par la Flandre, Liégeois d’origine, Anversois de coeur – a rédigé pour Daardaar cette analyse en français. La RTBF a effectué un tour d’horizon auprès l’ensemble des partis francophones. Voilà de quoi vous faire une idée de la situation.

Il y a un an que nous avons voté. Les Belges voteraient-ils de la même manière, depuis que nous avons basculé dans un autre monde ? Il n’y a que de nouvelles élections qui apporteront la réponse, après avoir pris connaissance des programmes de chacun des partis. La constitution d’un gouvernement minoritaire, sur base des élections passées, est-elle sérieuse face aux défis à relever ? Les neufs ministres en charge de la santé n’ont-ils pas démontré à suffisance la nécessité de simplifier le paysage institutionnel du pays et en particulier celui de la Région de Bruxelles ?