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Happy Monday : bientôt des écoles multilingues 

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Les recteurs de l’ULB et VUB s’affirment demandeurs. Des communes se disent très intéressées par une expérience en ook in het Nederlands. Des écoles normales forment des enseignants bilingues. Le Plan Marnix s’active. La presse s’intéresse et en parle. Dans une interview, Rudi Vervoort et Guy Vanhengel font un véritable plaidoyer en faveur d’une école mutlilingue réellement bruxelloise et mettent la pression sur la Communauté flamande et sur la Fédération Wallonie Bruxelles. Auraient-ils lu les chapitres Enseignement et Langues: mobilisation générale ! dans l’ouvrage Demain Bruxsels ?

A ce stade rien n’est fait et les obstacles demeurent nombreux, mais l’émergence d’une école bruxelloise multilingue soutenue par les deux Communautés fait son chemin. Si rien n’a changé sur le terrain, les mentalités ont évolué et les langues se délient. La rectrice de la VUB : « seules les écoles européennes sont multilingues, mais tout le monde n’y accède pas, le coût est très élevé. Il faut normaliser le multilinguisme dans notre ville « .

Les partis divergent encore comme le relèvent Bruzz et BECI. Il va falloir surveiller leurs programmes avant de donner notre voix et il faudra scruter les accords de majorité après les élections. Il va aussi falloir réactiver le Comité de concertation pour définir entre entités fédérées les besoins de la nécessaire exception bruxelloise. On n’a jamais été aussi près but.

L’audace du monde culturel bruxellois

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Depuis quelques années déjà, les institutions culturelles bruxelloises, regroupées au sein du RAB / BKO, prennent le risque de braver les interdits que leur imposent leurs pouvoirs subsidiants respectifs: Communautés française et flamande et Etat fédéral. C’est à ce prix qu’une nouvelle identité culturelle florissante a pu émerger et que Bruxelles – le nouveau Berlin – existe désormais sur la scène culturelle internationale.

Tout récemment, le Théâtre National qui dépend de la Communauté française, le Théâtre flamand KVS qui dépend de la Communauté flamande et l’Opéra La Monnaie qui dépend du fédéral, viennent de prendre  la décision d’unir leurs forces autour du projet « Troika ». Une collaboration qui a pour but avoué de transcender les barrières linguistiques et institutionnelles de la Belgique du XXè siècle, en soulignant l’identité multiple et plurilingue de Bruxelles. Vous en saurez plus dans l’édition française de VRT NWS

Et vous en saurez encore beaucoup plus sur cette ville « superdiverse » en lisant  ICI le chapitre « Une multiculture urbaine » rédigé par Eric Corijn et Fatima Zibouh pour l’ouvrage Demain Bruxsel, dont je vous offre ICI la version complète. Le livre est toujours disponible à la librairie Tropismes, qui organise aussi un débat « Bruxelles, demain ? » entre Eric Corijn et Alain Deneef le 21 mars à 19h. Deux bénévoles ont déjà traduit les deux premiers chapitres du livre in het Nederlands HIER en DAAR.  And HERE English abstract.

Troika – photo KVS – de gauche à droite directeurs KVS, La Monnaie-De Munt et Théâtre National

Tous les Bruxellois pourront-ils voter ?`

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Et bien non, toujours pas. On peut même se demander si l’Etat fédéral y tient ?
Alors qu’ils peuvent voter aux communales (1) et y être éligibles (2), pas moins de 310.000 Bruxellois étrangers – dont 220.000 européens – ne pourront pas participer à l’élection du nouveau parlement bruxellois, parce que la Constitution ne le permet pas et que sa modification n’est pas à l’ordre du jour du parlement fédéral.

Quand un tiers des Bruxellois ne peuvent élire leurs parlementaires, le parlement peut-il encore se considérer comme représentatif ? Le parlement bruxellois en est conscient et vient de consacrer un débat à cette situation que le groupe de réflexion Aula Magna dénonce depuis 10 ans. Le mouvement 1bru1vote a lancé une pétition et diverses actions médiatiques pour revendiquer ce droit de vote pour tous les habitants de Bruxelles aux élections régionales.

Pour les élections européennes, les ressortissants de pays membres de l’Union disposent du droit de vote depuis 1994 et ils sont éligibles. Ils doivent toutefois s’inscrire sur la liste électorale de leur commune avant le 28 février. Mais voilà … la lettre qui le leur rappelle n’a été envoyée par le ministère de l’Intérieur que le tout dernier jour, pour ce qui est des 20.000 courriers destinés aux Européens de Bruxelles et d’Anderlecht. Un expat réagit à ce sujet dans Bruzz. Il a l’impression qu’il s’agit d’une obligation imposée par l’Europe mais que la Belgique le désire pas vraiment. Il regrette aussi que la lettre soit rédigée en français et en néerlandais, mais pas en anglais, alors qu’elle s’adresse à des personnes de toute l’Union Européenne.

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(1) A condition de s’être inscrits sur les listes électorales. Les ressortissants de pays hors UE  ne peuvent toutefois voter qu’après 5 ans de résidence légale et à condition de signer un document dans lequel ils s’engagent à respecter la Constitution, les lois belges et la Convention européenne des droits de l’homme. Ils ne sont pas éligibles.
(2) La fonction de bourgmestre reste réservée aux nationaux belges.

Langues: solution gagnante

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La Région de Bruxelles-Capitale est bilingue (français/néerlandais), contrairement à la Wallonie et la Flandre, qui sont des Régions unilingues. A Bruxelles, l’enseignement de la deuxième langue officielle n’est donc pas une option mais une obligation dès la 3ème primaire et jusqu’à la fin du secondaire. Force est de constater qu’après 9 ans d’étude les résultats sont le plus souvent décevants, en tout cas côté francophone.

Quelle est la cause de cette situation ? Selon l’article de Bruzz, une pénurie de professeurs de néerlandais en Communauté française. Ne s’agirait-il pas aussi d’un manque d’intérêt de la part des jeunes et de la formation ou de la faible motivation d’un certain nombre de « régents germaniques » qui doivent enseigner dans plusieurs écoles pour avoir un horaire complet ? Qui aimeraient plutôt enseigner l’anglais ou l’allemand ? Qui enseignent parfois le néerlandais sans trop de conviction … en attendant d’avoir un poste dans une de ces deux autres langues ? Pas vraiment très motivant.

La solution est cependant à portée demain: que la Communauté flamande fournisse des professeurs de néerlandais aux écoles francophones de Bruxelles et inversement pour la Communauté française. Non seulement les jeunes Bruxellois francophones et néerlandophones bénéficieraient tous de « native speakers » qui maîtrisent bien la langue et seraient désireux de partager leur amour pour cette langue et sa culture. Capables de chanter, de rire, de jouer, de débattre dans la langue à apprendre. Une formule résolument gagnante à côté des classes d’immersion si peu nombreuses à Bruxelles et pourtant très attractives.

Alors que c’est déjà d’actualité avec la Communauté germanophone, pourquoi cela ne se pratique-t-il pas davantage entre les Communautés française et flamande ? parce que les salaires ne sont pas les mêmes dans les deux Communautés. Ne suffirait-il pas que chaque Communauté continue à payer ses profs en  » mission «  à Bruxelles, voire avec l’octroi d’une prime d’encouragement. Des obstacles côté syndicats et l’administration ? Alors, que personne ne vienne s’étonner et se plaindre de constater que les jeunes Bruxellois ne sont pas bilingues … ou préfèrent apprendre l’anglais.

Bruxsels trilingue

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Dans la plupart des rues et des commerces de la cité, c’est encore le français qui reste le sésame pour être compris à Bruxelles. Ne nous y trompons pas: le français n’y domine que comme lingua franca, une sorte d’esperanto qu’utilisent les populations dont la culture et la langue maternelle ne sont pas majoritairement le français. C’est dans ce français à la belge, que baignent la plupart des jeunes Bruxellois, dès qu’ils sortent de chez eux. Par ailleurs, l’apprentissage de la deuxième langue de la capitale est un cours obligatoire dès l’âge de huit ans. A l’arrivée, des jeunes Bruxellois bilingues ? et trilingues lorsque la langue parlée à la maison n’est pas la langue de l’école ? En théorie seulement, vu les faibles performances de l’enseignement du néerlandais dans nos écoles francophones, à propos duquel il est urgent de s’interroger comme le fait flandreinfo.be.

Dans son livre « Belgium. Une utopie notre temps» (Académie royale de Belgique, 2018) Philippe Van Parijs estime que l’anglais deviendra toujours davantage la lingua franca des Belges, comme elle est déjà celle des Européens. Des Belges n’ayant pas la même langue maternelle recourront de plus en plus à l’anglais pour se parler et se comprendre. Donc, une clé pour l’emploi, pour l’accès à de nombreuses pages du web, pour voyager … et même pour l’affichage qui se décline déjà de plus en plus souvent en anglais … pour ne vexer ni les francophones, ni les néerlandophones. Philippe Van Parijs estime qu’il est nécessaire et possible – comme l’affirme le Plan Marnix – d’être « trilingue + », c’est-à-dire pouvoir pratiquer le français, le néerlandais et l’anglais, en plus de sa langue maternelle. Pas étonnant donc de trouver dans Demain Bruxsels un chapitre « Langues: mobilisation générale » à découvrir ICI.  Un vibrant plaidoyer pour l’apprentissage de l’anglais et surtout du néerlandais, en plus du français, affirmation suivie d’une exploration sans complaisance des obstacles que cet apprentissage rencontre.

De l’autre côté du canal, essayez de demander votre chemin en anglais ?  Dans de nombreux quartiers, l’anglais n’est pas encore présent dans la vie quotidienne. Les jeunes se débattent déjà avec leur langue maternelle, avec la langue de l’école et avec l’apprentissage de la seconde langue. Cela en fait déjà trois. Y ajouter la possibilité d’apprendre l’anglais, pourquoi pas ? Si les jeunes ont le choix, cela ne sera-t-il pas au détriment du néerlandais ? Ne faudrait-il commencer par former des enseignants (pas des philologues) à l’apprentissage pratique, joyeux et verbal des langues étrangères ? Ne manque-t-il pas des classes d’immersion mises en place par les deux Communautés ? Pratiquer quatre langues doit être une offre faite aux jeunes, mais ne peut conduire à une cote d’exclusion et à augmenter encore le nombre de redoublements.

Ne perdons pas de vue que nous pensons avec des mots, il est donc indispensable que chaque jeune dispose d’une langue riche comme support de sa pensée. Langue maternelle ou langue d’adoption. Ensuite, il lui sera possible de traduire cette pensée.