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Tous les Bruxellois pourront-ils voter ?`

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Et bien non, toujours pas. On peut même se demander si l’Etat fédéral y tient ?
Alors qu’ils peuvent voter aux communales (1) et y être éligibles (2), pas moins de 310.000 Bruxellois étrangers – dont 220.000 européens – ne pourront pas participer à l’élection du nouveau parlement bruxellois, parce que la Constitution ne le permet pas et que sa modification n’est pas à l’ordre du jour du parlement fédéral.

Quand un tiers des Bruxellois ne peuvent élire leurs parlementaires, le parlement peut-il encore se considérer comme représentatif ? Le parlement bruxellois en est conscient et vient de consacrer un débat à cette situation que le groupe de réflexion Aula Magna dénonce depuis 10 ans. Le mouvement 1bru1vote a lancé une pétition et diverses actions médiatiques pour revendiquer ce droit de vote pour tous les habitants de Bruxelles aux élections régionales.

Pour les élections européennes, les ressortissants de pays membres de l’Union disposent du droit de vote depuis 1994 et ils sont éligibles. Ils doivent toutefois s’inscrire sur la liste électorale de leur commune avant le 28 février. Mais voilà … la lettre qui le leur rappelle n’a été envoyée par le ministère de l’Intérieur que le tout dernier jour, pour ce qui est des 20.000 courriers destinés aux Européens de Bruxelles et d’Anderlecht. Un expat réagit à ce sujet dans Bruzz. Il a l’impression qu’il s’agit d’une obligation imposée par l’Europe mais que la Belgique le désire pas vraiment. Il regrette aussi que la lettre soit rédigée en français et en néerlandais, mais pas en anglais, alors qu’elle s’adresse à des personnes de toute l’Union Européenne.

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(1) A condition de s’être inscrits sur les listes électorales. Les ressortissants de pays hors UE  ne peuvent toutefois voter qu’après 5 ans de résidence légale et à condition de signer un document dans lequel ils s’engagent à respecter la Constitution, les lois belges et la Convention européenne des droits de l’homme. Ils ne sont pas éligibles.
(2) La fonction de bourgmestre reste réservée aux nationaux belges.

Langues: solution gagnante

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La Région de Bruxelles-Capitale est bilingue (français/néerlandais), contrairement à la Wallonie et la Flandre, qui sont des Régions unilingues. A Bruxelles, l’enseignement de la deuxième langue officielle n’est donc pas une option mais une obligation dès la 3ème primaire et jusqu’à la fin du secondaire. Force est de constater qu’après 9 ans d’étude les résultats sont le plus souvent décevants, en tout cas côté francophone.

Quelle est la cause de cette situation ? Selon l’article de Bruzz, une pénurie de professeurs de néerlandais en Communauté française. Ne s’agirait-il pas aussi d’un manque d’intérêt de la part des jeunes et de la formation ou de la faible motivation d’un certain nombre de « régents germaniques » qui doivent enseigner dans plusieurs écoles pour avoir un horaire complet ? Qui aimeraient plutôt enseigner l’anglais ou l’allemand ? Qui enseignent parfois le néerlandais sans trop de conviction … en attendant d’avoir un poste dans une de ces deux autres langues ? Pas vraiment très motivant.

La solution est cependant à portée demain: que la Communauté flamande fournisse des professeurs de néerlandais aux écoles francophones de Bruxelles et inversement pour la Communauté française. Non seulement les jeunes Bruxellois francophones et néerlandophones bénéficieraient tous de « native speakers » qui maîtrisent bien la langue et seraient désireux de partager leur amour pour cette langue et sa culture. Capables de chanter, de rire, de jouer, de débattre dans la langue à apprendre. Une formule résolument gagnante à côté des classes d’immersion si peu nombreuses à Bruxelles et pourtant très attractives.

Alors que c’est déjà d’actualité avec la Communauté germanophone, pourquoi cela ne se pratique-t-il pas davantage entre les Communautés française et flamande ? parce que les salaires ne sont pas les mêmes dans les deux Communautés. Ne suffirait-il pas que chaque Communauté continue à payer ses profs en  » mission «  à Bruxelles, voire avec l’octroi d’une prime d’encouragement. Des obstacles côté syndicats et l’administration ? Alors, que personne ne vienne s’étonner et se plaindre de constater que les jeunes Bruxellois ne sont pas bilingues … ou préfèrent apprendre l’anglais.

Stop à l’imbroglio bruxellois

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« La Flandre et la Wallonie ont doté la Région de Bruxelles d’une superposition d’institutions complexes qui l’ont presque rendue ingouvernable. Six réformes de l’État se sont succédé sans vision à long terme pour notre ville. Il est temps aujourd’hui de se débarrasser de tout ce fatras qui bride l’ambition de Bruxelles comme ville et comme capitale multiple ». C’est ainsi que débute le chapitre  » En finir avec l’imbroglio institutionnel «  du livre Demain Bruxsels d’Aula Magna. Se débarrasser de cette lasagne institutionnelle, qui empêche la cité de se construire et de « faire peuple », c’est ce que la plupart des Bruxellois.es attendent.

Ce n’est pas si simple, il n’y a pas qu’à … parce que des majorités spéciales, voire des modifications de la Constitution seraient nécessaires pour y arriver et qu’il est illusoire – à court terme – d’obtenir les majorités nécessaires dans les deux groupes linguistiques du fédéral. En attendant une inévitable – mais tardive – réforme de l’État, qui pourrait tout remettre à plat, la situation de Bruxelles pourrait être fortement améliorée à l’initiative des seuls responsables politiques bruxellois. Avec Alain Maskens – qui est notre meilleur spécialiste en matière institutionnelle – nous avons essayé de défricher le terrain et de proposer une stratégie qui permettrait au gouvernement et au parlement bruxellois de prendre la main rapidement et de faire bénéficier tous Bruxellois et toutes les Bruxelloises de plus de cohérence et d’efficacité.

Il suffirait que la Région fusionne les pouvoirs des 19 communes. Aiiie ! fusion. Rassurez-vous, les « communes » subsisteraient, avec des frontières revisitées et sous une forme proche des Mairies d’Arrondissement parisiennes. Elles seraient en charge des antennes Etat civil, de l’entretien des rues, des petits permis d’urbanisme et de tout ce qui fait la vie locale. La nouvelle grande commune de Bruxelles – installée à l’hôtel de ville – aurait tout pouvoir pour gérer une Police unique, la politique Culturelle, l’Aide sociale, l’Etat civil, l’Instruction publique, les Espaces verts …  La proximité avec le citoyen serait assurée par un soutien accru à des structures basées sur les quartiers et par la mise en place de nombreux petits commissariats de quartier à l’image des koban japonais. La Région continuerait à gérer toutes les compétences que la loi lui a conférées.

La version complète du chapitre « En finir avec l’imbroglio institutionnel » du livre Demain Bruxsels est disponible ICI en ook HIER in het Nederlands.

Chiffrer les promesses

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Demain on rase gratis …
Fini les promesses non chiffrées en vue des élections du 26 mai. La loi sur le chiffrage des programmes électoraux de 2014 – révisée en 2018 –  a chargé le Bureau Fédéral du Plan (BFP) de se livrer à un réel exercice de transparence démocratique. « Le Plan se chargera d’établir une estimation chiffrée de l’impact de des priorités (des partis) entre 2020 et 2024 sur les finances publiques, le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité sociale, l’environnement et la mobilité » précise l’article de La Libre.

 « Les membres du Bureau du Plan qui travailleront sur ce chiffrage des (priorités) des partis politiques seront sur le pont jour et nuit, et sans possibilité de prendre des jours de congé jusqu’à la remise des résultats ». Après plusieurs contacts avec les partis, le Bureau du Plan communiquera les résultats définitifs le 26 avril, un mois avant les élections.

Il faut saluer cette innovation démocratique qu’il sera nécessaire d’évaluer après cette première mise en œuvre. On pourrait faire le parallèle avec la proposition d’un lecteur, qui demandait que de manière systématique, le coût environnemental de toute décision ou permis soit chiffré et soit joint au dossier.

Bruxelles est à nous ! Brussel is van ons !

 

« Brussel is van ons » c’est ce que chantaient les ketjes de toutes les couleurs de Cureghem, entendus lundi soir à La Tentation. Message central de cette soirée, tout comme celui du livre Demain Bruxsels, qui invite à « construire ensemble le peuple de Bruxelles » en adaptant les institutions qui brident nos aspirations. Avec une sono quelque peu dépassée par la présence de quelques 340 Bruxelloises et Bruxellois, le débat fut animé. Philippe Van Parijs a tenté d’en livrer à chaud les premières conclusions. Lisez les ICI. C’est comme si vous y étiez.

Extraits. Pour la construction d’un peuple la langue est souvent essentielle. Contrairement à la Flandre et à la Wallonie, Bruxelles ne peut espérer se construire comme peuple par le ralliement à une langue commune, mais bien dans le multilinguisme, par la diffusion des trois langues-liens :  le français, le néerlandais et l’anglais comme langue de la communauté internationale.

750.000 personnes sont venues s’installer à Bruxelles en 10 ans, dont 500.000 en provenance de l’étranger. Mais 750.000 l’ont quittée, dont 350.000 vers l’étranger. Stagnation démographique donc ? Pas du tout. A Bruxelles, on naît bien plus qu’on ne meurt. En 10 ans, la population bruxelloise totale a gonflé de plus de 100.000 habitants. Est-il possible de faire peuple avec une population aussi diverse et aussi fluide ? Beaucoup en doutent, comme Jules Destrée, dans sa célèbre lettre au roi *. Le peuple qu’il s’agit de construire n’est pas celui du populisme, celui qu’on veut opposer à la « classe politique ».  C’est un peuple qu’il s’agit de construire ensemble, avec l’aide des citoyennes et citoyens qui sont prêts à sacrifier une part de leur vie pour se porter candidats et assumer des responsabilités politiques. Le rôle de la société civile n’est pas de les harceler mais de les aider à bien faire.

Une sorte de chant du cygne d’Aula Magna, qui vous proposera en juin de participer à un forum qui verra peut-être sa renaissance sous une autre forme. On en reparlera.

 

* Dans une lettre au roi en 1912, Jules Destrée déclarait qu’il n’y a pas de Belges, seulement des Flamands et des Wallons, et d’ajouter :
« Une seconde espèce de Belges s’est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races en perdant leurs qualités… Cette population de la capitale, dont quelques échantillons épars existent en province, n’est point un peuple : c’est un agglomérat de métis ».
Un siècle plus tard Jan Jambon le paraphrase : « Tegen de wil van een volk kan je nooit ingaan. Alleen zijn de Brusselaars voor mij geen volk, geen natie… Brussel is een versnippering van van alles en nog wat. »