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Qui vote aux régionales ?

Cela fait des années qu’Aula Magna milite en faveur d’un droit de vote pour les ressortissants étrangers aux élections régionales. Un habitant de la Région de Bruxelles-Capitale sur trois  [35.3% en 2020] a la nationalité d’un autre pays, mais les Bruxellois internationaux ne peuvent pas voter aux élections régionales. Quelles est alors la légitimité d’une assemblée élue par moins de 65% de la population ?

Un article de BX1 révèle que la plateforme « Brussels Voice », lancée par le commissaire à l’Europe de la Région bruxelloise, Alain Hutchinson, des organisations internationales et le secrétaire d’État bruxellois aux relations européennes et internationales, Pascal Smet, visent à leur donner la parole.  Plus de 1.300 Bruxellois internationaux ont élaboré un Manifeste trilingue contenant 22 propositions politiques pour améliorer Bruxelles. Ce document a été présenté aux députés bruxellois. Y arrivera-t-on par une révision de la constitution ? ou  par la fusion des communes ?

Le Manifeste aborde aussi le coût du logement, la sécurité dans l’espace public et l’accessibilité des services publics. Autre demande: la création d’une assemblée consultative régionale, composée de Belges et de non-Belges tirés au sort parmi tous les habitants de la Ville-Région. Elle aurait un rôle consultatif officiel dans l’élaboration de la politique régionale. « Les habitants internationaux de Bruxelles comptent. Ils sont un élément essentiel de notre société et ne sont pas assez entendus ».

Un pays pour demain

En ces temps de questionnement sur l’avenir de la démocratie, le gouvernement fédéral se lance dans une grande enquête publique, à laquelle tous les citoyens peuvent participer, pour définir la Belgique dans laquelle ils voudraient vivre demain. Tous les citoyens, si ce n’est que la complexité des questions et le vocabulaire utilisé réserveront l’enquête à une minorité de citoyens lettrés et motivés. Vous, qui êtes passionnés par le futur de Bruxelles, pourriez être intéressés à découvrir l’enquête ICI et à prendre le temps d’y répondre d’ici le 5 juin.

Le Soir estime que l’intention de départ suscite le doute : la Vivaldi a eu recours à cette consultation citoyenne pour faire de l’institutionnel sans en faire. Il faudra donc démontrer que ce questionnaire n’est pas qu’un paravent et le citoyen, le jouet d’une manœuvre tactique politicienne. Si L’Echo commente cette initiative de manière relativement neutre, LE VIF se fait l’écho des remarques acerbes du PTB sur la procédure élitiste et de la N.VA qui parle d’un gaspillage d’argent.

Il est aussi curieux de constater que Jette et Ganshoren ne figurent pas dans la Région de Bruxelles-Capitale, mais que Linkebeek et Drogenbos l’ont rejointe subrepticement … Un acte manqué ? Même si on ne sait pas trop comment il va être possible de synthétiser les centaines de commentaires ouverts publiés, il est déjà révélateur d’en lire cette petite sélection non exhaustive, parmi les premiers arrivés.

Pourquoi des frontières ?

Les murs de la première enceinte, qui entouraient Bruxelles dès le XIIIe siècle, étaient supposés protéger la ville contre les ennemis et les envahisseurs de l’extérieur. Ils ont été remplacés par une seconde enceinte plus large, dont la destruction a permis d’installer la petite ceinture et dont la Porte de Hal reste une trace. Aujourd’hui, ce sont les 19 communes qui forment le territoire de Bruxelles. Cette nouvelle frontière distingue notre Région de la Flandre et de la Wallonie unilingues.

Chaque jour, l’actualité est saturée par des questions de frontières et les drames qui s’y jouent. En quinze ans, selon l’Organisation internationale des Migrations, quelques 22 400 migrants sont morts sur les routes vers l’Europe et près de 5 millions d’Ukrainiens ont dû s’exiler, suite au franchissement de leur frontière par l’armée russe. C’est pour se constituer que les Etats-nations ont consolidé des frontières, souvent à la suite de diverses conquêtes, qui leur ont parfois permis de gérer d’immenses territoires au détriment des communautés locales. Ils avaient des marquis et aujourd’hui des garde-frontières.

« Les frontières mettent en question la « communalité ». Elles interrogent ce que nous avons justement en commun, les limites de la communauté, tout en construisant, simultanément, un « nous » toujours incertain et ouvert à la reformulation ». C’est ce qu’affirme une (lourde) étude académique disponible ICI, pour qui veut aller plus loin. Pour certains, l’avenir de l’Europe c’est l’Europe des Régions ou l’Europe des Villes, malgré le poids encore considérable de certains de ses Etats- nations.

Une autre Belgique

Lors des élections de 2024, une 7ème réforme de l’Etat sera au menu. Elle sera d’autant plus nécessaire, que la 6ème était particulièrement inachevée pour la Région de Bruxelles. Son contenu est évidemment toute la question. Certains commencent à se lancer dans des analyses et à avancer des solutions. Ainsi Paul Magnette a relancé la Belgique à quatre et le ministre bruxellois Sven Gatz a révélé une étude qui démontre que la Belgique à quatre serait impayable …

Dans 4 Millions 7, Charles-Etienne Lagasse publie un éditorial en faveur d’un Etat Wallonie-Bruxelles en cas de démantèlement de la Belgique. On y lit cependant que la Région bruxelloise produit environ 19% du PIB, pour une population de 11% mais n’en retire que 8,34% du produit fiscal. Avec une partie de l’impôt des personnes physiques sur base du lieu de travail, on rapatrierait vers Bruxelles des masses fiscales des navetteurs. Selon le Centre Georgin, la Région bruxelloise passerait ainsi d’un état de bénéficiaire net de 500 millions (à charge de la Flandre) à une position de contributeur net de plus de 2 milliards d’euros. Voit-on Flandre et Wallonie avaliser cette révision de la fiscalité  ? En échange de quoi ?

Jules Gheude, se livre à une analyse interpellante de l’éditorial de Ch-E Lagasse. Il y rappelle notamment qu’une étude de Rudi Janssens de 2013, indique que 73,9% des Bruxellois souhaitent l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4,6% optent pour une association avec la Wallonie, et 4% avec la Flandre. Et de conclure: les Bruxellois sont profondément attachés à leur spécificité. Les pièces du puzzle sont sur la table, chacun devra trouver des avantages quant à la manière de les assembler.

Bourgmestres en conférence

La Conférence des bourgmestres bruxellois n’a aucune existence juridique, mais personne ne peut empêcher les bourgmestres de se rencontrer. Ils ne s’en privent pas. De quoi parlent-ils ? On n’en sait rien, parce qu’ils ne publient ni ordre du jour, ni procès-verbal. Ce n’est pas la transparence qui les caractérise. Si cette instance de coordination avait tout son sens avant la création de la Région, elle est aujourd’hui une forme de « gouvernement de l’ombre ». La Libre se demande si elle n’a pas trop de pouvoir.

La commune, c’est un autre niveau de responsabilités que la Région et il ne serait sans doute pas inutile de revoir les compétences qui doivent demeurer aux communes et celle qui auraient intérêt à être régionalisées pour plus de cohérence. Quoi qu’en dise le ministre-président de la Région, la conférence des bourgmestres a-t-elle à se mêler des compétences régionales et faire Parlement à la place du Parlement ?  Ce n’est pas pour rien, que dès 2024, il sera impossible de cumuler un mandat d’échevin ou de bourgmestre avec celui de parlementaire.

Lorsqu’il y a enfin un règlement de stationnement régional, un bourgmestre peut décider de ne pas l’appliquer, c’est discuté en Conférence des bourgmestre et cela peut tout bloquer. Quand Rudi Vervoort, affirme que pour l’urbanisme ou la mobilité, la commune doit être l’interlocuteur direct, on peut se demander si c’est le ministre-président qui parle ou le bourgmestre empêché d’Evere ?  On assiste parfois à de vraies  luttes de pouvoir. On ne fera pas ville ainsi. Il est des matière locales qui sont mieux gérée avec une grande proximité et des politiques urbaines qui ont intérêt a être définies au niveau de la Ville-Région.