Archives pour la catégorie Urbanisme

Une vision du futur

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A Bruxelles, comme imaginait-on le futur en 1958 ? Sous-titrée « Bilan du monde pour un monde plus humain » cette première exposition universelle d’après-guerre fera de Bruxelles la vitrine d’un monde à venir. Résolument futuriste et humaniste, elle impose le style « atome », importe le téléphérique et le pousse-pousse à moteur, le spoutnik annonce la conquête de l’espace, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier annonce l’Union Européenne, la Belgique joyeuse évoque la nostalgie pour un certain « bon vieux temps ». Des images Pinterest et de Google en disent plus que les mots sur cette époque.

Un lecteur nous fournit une petite vidéo de 5 minutes de la Sonuma, qui nous y transporte avec beaucoup de plaisir et fait montre de cette foi partagée en la modernité. Si on avait conservé tout cela dans son jus, on aurait aujourd’hui un impressionnant musée à ciel ouvert aux portes de la ville.

Le pavillon d’accueil de l’Expo 58 était planté en pleine ville, sur une place De Brouckère aux néons Time Square, à côté d’une rue Neuve illuminée, mais toujours ouverte à la circulation. Avec le recul, l’Expo 58 aura été un tournant important dans l’histoire de Bruxelles. Elle aura eu un impact considérable sur la vie quotidienne des Bruxellois et des Bruxelloises et aura consacré l’hégémonie de la voiture en ville. Elle force aussi à s’interroger sur le chemin parcouru en matière de politiques urbaines, d’urbanisme, de mobilité, de logement ou d’internationalisation de cette petite ville de province qu’était Bruxelles.

Organiser la mobilité douce

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S’il faut se réjouir de voir la mobilité douce prendre plus rapidement sa place dans la ville et contribuer ainsi à la diminution du trafic automobile et de la pollution, peut-elle se faire au détriment des piétons et des usagers les plus faibles ? Ne sommes-nous pas tous piétons à un moment donné de nos déplacements ? Les communes semblent impuissantes à réguler le développement et le stationnement anarchique des vélos et trottinettes en « free-floating » (stationnement libre sans stations) et la Région reste à la traîne, même si elle promet d’agir.

Les vélos Jump rouges d’Uber, qui ont débarqué du jour au lendemain à Bruxelles-Ville, Ixelles, Saint-Gilles, Etterbeek, Saint-Josse et Schaerbeek, ont causé le ras-le-bol d’une partie de la population et poussé quelques personnes à amasser une dizaine de vélos rouges au coin de deux rues de Saint-Gilles, comme le relate La Libre. On en trouve aussi par terre à la Grand-Place, sur les passages piétons, devant des devantures de magasin, quand ils ne bouchent pas l’entrée d’un immeuble à appartements. Ils viennent d’ailleurs d’être déclarés illégaux. Un premier usager décédé en trottinette devrait accélérer la publication d’un cadre réglementaire plus contraignant.

L’ordonnance régionale impose aux compagnies en free-floating l’acquisition d’une licence, mais ne règle pas le problème de leur stationnement anarchique et ne donne aucun moyen financier aux communes pour l’encadrer. Risquons une piste : aménagement rapide de nombreuses pistes cyclables de bonne largeur, interdiction sur les trottoirs sauf au pas, responsabilisation civile (ICI) des usagers et des compagnies. Quant à la création d’espaces de rangement dédiés et obligatoires pour ces vélos et trottinettes, ils pourraient considérablement améliorer la situation, mais l’obligation d’en faire usage limiterait fortement l’attrait de ces engins que l’on dépose à destination … et donc aussi l’engouement pour cette réelle alternative à l’auto. Il sera intéressant de voir ce qui va sortir de la concertation de nos voisins parisiens annoncée par Le Monde.

photo circulant sur les réseaux sociaux 

 

Confiance confirmée pour le piétonnier

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L’avancement des travaux du boulevard Anspach permet déjà de se faire une idée du résultat final du piétonnier. Sa fréquentation ininterrompue augure bien de l’engouement qu’il pourrait susciter auprès de la population bruxelloise. Les promoteurs ne s’y sont pas trompés et ont misé sur la renaissance des boulevards du centre. Après l’ouverture du centre commercial The Mint et le chantier Cristal City en cours en face de l’Anspach Center, c’est l’arrivée du temple de l’alimentation et de la gastronomie italienne Eataly, qui s’est confirmée par l’acquisition de l’ancien immeuble d’Actiris – et son fameux dôme – juste en face de la Bourse.

L’idée originale d’Oscar Farinetti en ouvrant Eataly à Turin en 2007 était de réunir des petits producteurs de la région piémontaise, pour offrir une alimentation saine et accessible au grand public. Aujourd’hui ce ne sont pas moins de 3.000 PME artisanales qui fournissent Eataly. Nous devrons encore attendre 4 ans avant de découvrir leurs spécialités artisanales et leur food court, vu les gros chantiers qui débuteront par une opération destinée à en enlever tout l’amiante.

En attendant La Libre vous en donne un bel avant-goût et Télérama en présente la version parisienne, qui vient de s’ouvrir dans le Marais. Si Eataly se développera sur trois niveaux côté Bourse, l’AD Delhaize fera peau neuve côté Marché aux Poulets, avec un tout nouveau concept de Delhaize urbain. Aux étages on parle de co-working, de bureaux partagés et de logements meublés dans un esprit co-living. Le dôme sera accessible au public et un potager prendra racine au 4ème. Les Grands Magasins de la Bourse pourraient à nouveau illuminer le centre- ville et les commerces spécialisés avoir envie de revenir s’installer sur les boulevards centraux.

 

Happy Monday: bientôt des boulevards urbains

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Fini les autoroutes urbaines de pénétration des années 60, Pascal Smet ne jure plus que par des boulevards urbains pour une ville apaisée et rendue à ses habitants. Les entrées d’autoroute A12 à Neder-Over-Hembeek et E40 à Reyers ont été déclassées. Coup sur coup il a introduit des demandes de permis pour l’aménagement d’une vraie place Schuman, d’une esplanade à Sainctelette face à Kanal, pour la suppression de 300 parkings en surface en vue d’aménager l’avenue de la Toison d’Or et le boulevard de Waterloo au profit des vélos et des piétons, ainsi que pour un « boulevard » Reyers où une expérimentation de réduction du nombre de bandes vient d’être lancée.

Le projet Reyers, qui devrait voir le jour dans quelques années avec l’arrivée d’une Cité des Médias, d’un quartier d’habitations et d’un nouvel espace vert, est le premier à connaître la mue de son entrée carrossable. Le street artist Bonome n’a pas attendu l’aboutissement de l’aménagement routier pour s’y illustrer avec une fresque qui donne un caractère artistique à des murs de béton aveugles, dont on avait fini par oublier l’existence. La ville change décidément avec la contribution de tous

Cela fait des années que des associations de la société civile, telles que l’ARAU, revendiquent de mettre fin à des aménagements qui font la part trop belle à la voiture individuelle. Aujourd’hui les temps sont apparemment mûrs et il se trouve un ministre et un gouvernement pour oser une vraie révolution qui laissera des traces. Bien sûr pas sans craintes, ni sans récriminations, de Ben Weyts d’abord, de BECI ensuite, mais avec cependant un avis favorable et inattendu du Vlaamse Automobilisten Bond et puis ceux repris par la VRT. Quant à l’éditorialiste de BX1 ne peut s’empêcher d’y voir des effets d’annonce liés à l’approche des élections et une manière aussi de tenter d’engager le nouveau gouvernement qui sortira des urnes le 26 mai.

Le ring doit-il disparaître ?

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Pendant que la Flandre songe à élargir le ring qui enserre Bruxelles, Paris s’interroge sur la reconversion du périphérique qui encercle Paris intra-muros et ses 2,3 millions d’habitants. Trop bruyant, trop polluant, trop enfermant, le périph’ parisien, symbole du tout-voiture, est appelé à radicalement changer. « Finissons-en avec le périphérique parisien ! L’assertion est devenue réalité, du moins dans les esprits des élus parisiens, toute tendance confondue ». Une fuite dans la presse révélée par Alternatives économiques annonce les premiers changements envisagés: réduction du nombre de voies dont une serait réservée aux transports en commun, limitation de la vitesse à 50 km/h contre 70 km/h, interdiction des poids lourds… C’est le premier enseignement qu’on peut tirer de la mission d’évaluation conduite par la mairie de Paris sur le devenir du périphérique

« Cette infrastructure autoroutière pose aujourd’hui davantage de problèmes qu’elle n’apporte de solutions. Avec une situation qui empire. Car au-delà des nuisances sonores et de la pollution de l’air, les métropoles, et Paris ne fait pas exception, sont confrontées à l’accélération du changement climatique. Avec à la clé une double nécessité de réduire le nombre de voitures en ville (certaines métropoles, comme Londres ou Milan, ont d’ailleurs mis en place des péages urbains pour l’accès en automobile à leur hyper-centre) et d’augmenter les surfaces dédiées aux espaces verts, pour « rafraîchir » la ville lors des épisodes de canicule ».

Vous en saurez (beaucoup) plus en lisant l’article complet qui se trouve ICI et vous en viendrez sans doute à espérer que la Flandre et Bruxelles le lisent aussi et décident de se retrouver (après les élections …) pour penser le futur et non pour aménager les infrastructures du passé.

photo Alternatives économiques