Archives pour la catégorie Urbanisme

Rendre justice sans être partisan ?

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Ce n’est pas parce que Pascal Smet est arrivé au gouvernement que le viaduc Reyers a commencé à s’effriter ou que les tunnels se sont dégradés les uns après les autres. Cinq ans d’inaction de Brigitte Grouwels et sans doute le secret espoir que les tunnels « tiendraient » encore le temps nécessaire pour assister au repli de la voiture individuelle, afin de ne pas devoir engloutir des sommes énormes dans des infrastructures qui appartiendront bientôt au passé. Pascal Smet n’a pas eu le choix et l’argent mis là et dans des parkings de dissuasion aux portes de la ville n’est donc plus disponible pour des projets porteurs pour l’avenir de la cité.

Très décrié pour son « inaction » face à la débâcle des tunnels, il le fut tout autant lorsqu’il a entamé – dans l’urgence – des travaux un peu partout pour les réparer, Pascal Smet aura été une tête de Turc commode pour les commentateurs. Vous trouverez sur son site et son compte twitter le bilan, évidemment flatteur, qu’il tire de son propre passage au gouvernement bruxellois et vous vous forgerez votre propre opinion sur cet homme politique hors du commun, qui a une vision pour Bruxelles et une certaine créativité, mais qui peine souvent à convaincre, même lorsqu’il inaugure un tunnel Porte de Hal, non seulement restauré, mais aussi joyeusement égayé par des artistes bruxellois.

Pas le lieu ici d’orchestrer une propagande électorale pour une femme ou pour un homme politique. Mais face à trop d’injustice et de procès d’intention de toutes parts, ne fallait-il pas tenter de présenter un portrait plus équilibré, dont chacun tirera les conclusions qui lui conviennent ? Surpris aussi, par la décision abrupte de Didier Gosuin de ne plus se représenter, j’aimerais rendre hommage à ce vrai Bruxellois ordinaire, généreux et enthousiaste, qui aura su garder une certaine fraîcheur que certains confondaient volontiers avec de la naïveté. Au-delà des consignes du parti auquel il appartenait, il nous aura accompagnés depuis la création de la Région bruxelloise, tant sur le plan de l’Environnement – qu’il a soutenu pendant plus d’une décennie – que sur le plan de l’Emploi, où il aura réussi à faire régresser le chômage bruxellois et celui des jeunes en particulier. Merci à lui.

Le changement ? Lequel ?

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 » Nos inquiétudes les plus profondes sur l’avenir de notre lieu de vie sont incarnées par d’autres villes. »  Pour les Américains: la Manhattanization, la Brooklynification ou la Portlandification « , à en croire un article du New York Times cité par CityLab. Les Bruxellois pourraient craindre une Barcelonisation, une Berlinisation ou une Parisianisation de la ville, avec augmentation du prix des logements, tourisme de masse et encore plus de congestion. Nous souhaitons cependant toutes et tous un développement sans embouteillages, des emplois technologiques sans crise des sans-abris et des logements abordables sans étalement de la ville. Où sont les modèles ?

Un coup d’oeil en Amérique. Houston la cité modèle ? Le miracle de Mineapolis ?
Jacob Frey, le jeune maire démocrate, fraîchement élu de Minneapolis:  “the only thing people hate worse than the status quo is any change at all”. Il va falloir  » oser des solutions à la hauteur des préjudices que Mineapolis a subis dans le passé. Des efforts vont devoir être entrepris pour favoriser une belle diversité de personnes dans la ville et dans tous les quartiers ». La municipalité a décidé courageusement de mettre fin aux zones de logement unifamilial, qui ont longtemps perpétué la ségrégation. « Beaucoup de gens qui y vivent depuis longtemps, et parfois très mécontents de ce genre de décision, vont regarder autour d’eux et finiront par dire: « C’est une bonne chose. C’est toujours un endroit où il fait bon vivre ”. Et à Bruxelles ?

Nous sommes dans une période de transition entre: ce que la ville était, ce qu’elle est,  et ce que nous voulons qu’elle devienne. L’urgence de la nécessaire transition écologique et du partage des richesses plus la pression des jeunes conscientisés, vont devoir guider les choix que nous allons opérer. Ces choix construiront, dès aujourd’hui, la ville de demain et le nouveau mode de vie qui s’y développera. La fin de l’étalement de la ville, une cité plus dense, des logements plus petits, des espaces publics plus grands et de qualité, des objets partagés, … Même les Américains y pensent et contestent le modèle d’Houston.
C’est passionnant et enthousiasmant. Beau début d’année.

L’Europe existe, je l’ai vue à Bruxelles …

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Bruxelles tente d’incarner, depuis quelques décennies, le visage de l’Europe. La présence du quartier européen est l’une des conditions de survie de l’Europe, mais également de Bruxelles. S’il est avant tout un espace d’expression du système politique européen, il est, pour de multiples raisons – morphologiques, sécuritaires, financières –, résistant à la prise de parole populaire. En acceptant le rôle d’hôtesse de cette entreprise commune qu’est l’Europe, Bruxelles accepte de facto la responsabilité de son ancrage spatial …  extrait d’une introduction de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la biennale de Venise.

Vous n’étiez pas à la Biennale Architettura di Venezia ? Moi non plus. « Eurotopie » y proposait cependant de faire du Pavillon de la Belgique, l’espace public de discussion, de débat et d’engagement qui semble faire défaut au quartier européen. L’installation bleue proposait aux visiteurs quelques pistes de réflexion et un espace de discussion sur la construction du futur de l’Europe et le sens de son ancrage spatial à Bruxelles.

Dans le Quartier européen, on ne peut ni s’extasier, ni être ému devant le  Justus Lipsius du bureau postmoderne CDG, ni devant le Lex de Jaspers & Eyers, ni devant le parlement européen postmoderne de l’Atelier Espace Léopold, déjà obsolète, ni même devant le coûteux Oeuf de Philippe Samyn, dont on attendait plus. Donnent-ils l’image d’une Europe au grand passé architectural ? Donnent-ils une vision d’avenir désirable pour les pays membres ? Tout cela s’est construit pièce par pièce, sans vision d’ensemble. Reste le rond-point Schuman, qui pourrait et  devrait réunir le tout et devenir cette agora populaire des peuples de l’Europe qui fait  effectivement défaut. Le projet retenu il y a un an prend du retard. Des modifications sont en cours. Un député régional de l’opposition tire une sonnette d’alarme.

Esquisse rond-point Schuman des bureaux danois COBE et bruxellois BRUT sur le site de Pascal Smet

 

 

 

 

Architecture: une opportunité à saisir

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Vous vous souviendrez de l’opposition unanime suscitée par le projet mussolinien présenté pour l’aménagement du site de la Cité administrative. Bruzz annonce ICI que ce plan a été complètement revu et le premier architecte réduit au rôle d’exécutant.  Y a-t-on gagné au change ?

Si le nouveau projet tente de relier le quartier Congrès au bas de la ville et si le mur aveugle du parking Pacheco régresse quelque peu, le projet manque toujours de sensibilité urbaine et d’ambition environnementale, comme tous les commentaires le révèlent. Qui rêve de vivre là ?

Soyons de bon compte, le Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) de la Ville est catastrophique, dense et contraignant. Avec Change Brussels et Ecolo/Groen aux manettes, peut-on espérer rediscuter du cahier des charges de ce qui devrait devenir un nouveau quartier bruxellois exemplaire du XXIe siècle ?

 

 


© Max Dudler Architects                                                 Projet refusé  Jaspers-Eyers/Archi 2000