Archives pour la catégorie Culture

Identité en péril

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C’est à Dublin. CityLab relate ICI la disparition de la peinture murale d’Attenborough qui a fait grand bruit, mais qui n’est pas la seule oeuvre de street art à avoir disparu des murs. Des marchés de rue ont été supprimés, des bars et lieux culturels ont été fermés. Souvent, les constructions qui les remplacent sont conçues pour les touristes. Les habitants craignent que la vitalité et le caractère de la ville ne soient définitivement dépouillés. Ils redoutent que Dublin soit totalement abandonnée aux pressions exercées par les promoteurs et l’industrie du tourisme de masse.

Autres victimes de ce mois: le Bernard Shaw, un pub et une salle de concert, Eatyard, un marché alimentaire sur la parcelle voisine, le départ du Théâtre Tivoli, un bâtiment des années 1930, qui sera remplacé par un hôtel et la démolition programmée d’un pub traditionnel populaire dans le quartier nord de la ville.

Les problèmes actuels de Dublin semblent être les effets secondaires de la popularité et du développement de la capitale irlandaise. L’économie de la ville est en plein essor. Elle a enregistré des niveaux d’emploi record au dernier trimestre de 2018, tandis que la ville s’est fixé un objectif de 3 millions d’arrivées touristiques annuelles supplémentaires d’ici 2028. L’identité et la culture de la ville sont en péril. Le tourisme de masse risque de la mener à un point de non retour. Un avertissement pour la touristification galopante du centre historique de Bruxelles ?

photo CityLab Paul Faith/AFP/Getty

L’intégration pour toutes et tous

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Billet invité

Henri Goldman fait part d’un autre point de vue à propos du parcours d’intégration bruxellois, rendu obligatoire par le gouvernement, mais pas mis en œuvre et pas obligatoire pour tous les nouveaux Bruxellois. Il le développe plus largement dans un chapitre de Demain Bruxsels.

La décision d’obligation a été prise par le gouvernement bruxellois précédent. Mais elle pose des problèmes de mise en œuvre, notamment parce qu’il s’agit d’une compétence communautaire pour laquelle ce n’est pas le gouvernement bruxellois qui est compétent, mais le collège de la Cocom.

Je suis en faveur de cette obligation comme je suis en faveur de l’obligation scolaire. C’est-à-dire comme un service universel. Or, ce n’est pas du tout le cas : sont exemptés de cette obligation tous les ressortissants de l’UE ainsi que les ressortissants turcs, par convention bilatérale les assimilant à des Européens. Soit… une bonne moitié des nouveaux migrants.

De toute façon, le dispositif mis en place est incapable de rencontrer la demande. Seulement un tiers des primo-arrivants non européens trouveront une place auprès des institutions existantes (francophones et flamandes) dans les 3 ans de leur arrivée. Si on voulait pouvoir les accueillir tous, il faudrait au moins doubler les budgets.

 Dans ces conditions, l’accueil des nouveaux migrants s’apparente beaucoup plus au logement social : il n’y a pas assez de places par rapport à la demande. Il faut donc les réserver aux personnes prioritaires. Le système actuel de l’obligation est de ce point de vue complètement pervers, puisqu’il interdira désormais à une infirmière roumaine (donc européenne) recrutée pour s’occuper de nos aînés d’avoir accès au parcours, alors qu’elle obligera l’épouse au foyer d’un cadre japonais de multinationale à le suivre (gratuitement, hein) alors que ça ne lui sera d’aucune utilité, ni d’ailleurs à la société belge.

 

Mode de vie européen ?

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Le mode de vie bruxellois est-il comparable à celui de Lasnes ou de La Louvière ? Semblable à celui des habitants de Stockholm ou de Las Palmas ? Voilà pourtant que l’on nous parle de protéger un « mode de vie européen » … lequel ? Nous avons désormais un commissaire européen en charge de la « Protection du mode de vie européen » plutôt qu’un commissaire à la « Migration ». Un changement d’intitulé qui ne peut être le fruit du hasard. Une concession au groupe des pays de l’Europe centrale Visegrad, hostiles à l’hébergement de tout réfugié ou migrant sur leurs territoires ?

L’eurodéputé belge Philippe Lamberts (Ecolo) réagit par un communiqué:  » C’est un scandale absolu. Ils reprennent la vision de l’extrême droite selon laquelle la question migratoire est d’abord un enjeu de protection d’un soi-disant mode de vie européen, dont on n’a d’ailleurs pas idée de ce qu’il signifie « . il est suivi par un billet d’un jeune historien du cdH. La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n’est pas en reste et publie une carte blanche pour justifier son choix.

Le mode de vie bruxellois n’est sans doute pas partagé par tous les habitants de la cité. Les parcours d’intégration, toujours pas rendus obligatoires par le gouvernement bruxellois, ne doivent pas y être étrangers, la faillite éducative de nombreuses écoles non plus. A côté de cela, certains apprécient les résultats de 20 ans d’inburgering (« citoyennisation ») de la Flandre, au niveau de la mise au travail, de la citoyenneté, de la maîtrise de la langue – encore renforcée par la toute récente pédagogie « Néerlandais, langue étrangère ».

Finalement, il ne s’agirait pas tant de protéger un mode de vie que de le partager et de le faire apprécier. Au Canada ou en Australie, les primo arrivants sont fiers de se dire canadiens ou australiens, une fois leur parcours d’intégration terminé et leur carte nationale attribuée. Ils chantent même l’hymne national …

 

Conflit de générations ?

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« Empires déchus et désirs retrouvés » s’affiche en anglais à l’entrée du Festival Horst,qui se tenait ce week-end le long de la Senne, dans une friche militaire désaffectée de Vilvorde Nord, à 12 km de Bruxelles. Plus loin: “ Notre génération s’apprête, se prépare et s’arme pour la chute à venir. De l’écosystème, du capitalisme, d’une démocratie illusoire, de l’humanité, de l’éthique ? ”.

Une nouvelle génération post industrielle lucide se préparerait elle un futur ? se développerait elle à notre insu ? Une génération dont certains osent refuser l’avion, limitent leur consommation de viande, se déclarent non binaire, se montrent intransigeants et cohérents, sans programme, ni chef de file. De Morgen parle d’une génération qui aime la musique, le recyclage, l’architecture et la beauté. L’art sauvera-t-il la planète ?
Comme en mai 68, ne voyons-nous rien venir ? alors qu’une nouvelle génération commence à contester notre mode de consommer, notre mode de vie et finalement ce qu’il reste de notre civilisation.

Que savent les Reynders, les Di Rupo ou les Dewever de tout cela ? Quelles réponses apportent-ils aux Anuna, Adélaïde, Kyra, Greta et aux 75.000 jeunes qui marchaient dans nos rues avec leurs gourdes et leurs calicots en carton pour demander aux adultes de se soucier de l’héritage qu’ils vont leur laisser ? Les festivaliers Horst se préparent à la décadence d’une civilisation dans une joie communicative … et ils veulent renouer avec leurs désirs.

« Fallen empires and refound desires »

Happy Monday: Bruxelles mise en valeur

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Le prix Atomium de Bruxelles a été attribué ce WE à l’album événement du Dernier Pharaon de Blake et Mortimer, signé par le quatuor belge François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux. Le Soir rappelle que ce prix récompense les auteurs qui ont le mieux mis Bruxelles en valeur  et Le Dernier Pharaon est une ode graphique émerveillante au Palais de Justice, à la Basilique de Koekelberg, au Botanique, à la Grand-Place…

L’album caracole en tête des ventes de livres sur Amazon depuis une semaine. Il se trouve sur tous les comptoirs des boutiques de BD. La Maison Autrique et la galerie Champaka en profitent pour exposer les recherches et les à-côtés graphiques de François Schuiten. Il vous reste à découvrir l’album, à visiter les expos, si vous êtes amoureux de BD, de Bruxelles ou des deux.
Tous les détails ICI.

Dans une interview dans L’Echo, la fille de l’ancien conservateur du palais de justice profite de l’occasion pour s’indigner face à la manière dont le politique s’occupe du palais. « Je voudrais que l’on traite le palais de justice de façon plus sérieuse qu’actuellement. Il suffit de regarder comment le monde politique traite le monde judiciaire. C’est triste que l’on doive faire une bande dessinée pour attirer l’attention sur le palais de justice « . 

Selon la Fondation Poelaert, la totalité des échafaudages devrait avoir disparu pour 2030 et l’ensemble de la rénovation du Palais pourrait s’achever en 2036 …