Archives pour la catégorie Culture

Neutralité de l’école, mais les étudiants ?

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Fini les pin’s triangle rouge, les Buddha T-shirts ou les arc en ciel LGTBIQ pour les étudiant.e.s ?
Dans les écoles de l’enseignement officiel, les enseignants ne peuvent afficher leurs opinions ou croyances d’aucune manière, normal dans des écoles publiques qui se doivent de demeurer neutres. Mais qu’en est-il des étudiant.e.s ? La Haute école Francisco Ferrer de la Ville de Bruxelles interdit le port de signes convictionnels à ses élèves. …et de tous les autres signes religieux, politiques et philosophiques visibles. Un groupe d’étudiantes s’est opposé à ce règlement et a soumis la question à la Cour constitutionnelle, qui a publié un arrêt qui autorise la Haute école à maintenir ce règlement.

La neutralité de notre enseignement est-elle menacée parce que les jeunes qui en bénéficient développent des points de vue ou affichent des opinions ou des croyances ? L’école ne doit-elle pas encourager les jeunes à effectuer des choix et même à militer pacifiquement pour défendre leurs opinions, comme ils l’ont fait massivement pour le climat ? « La laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une ». Le juriste d’ Infor Jeunes et Unia font le point et expriment étonnement et déception face à l’arrêt.

C’est l’occasion du grand retour du foulard. Une carte blanche dans Le Soir en dit plus. Le Collectif contre l’Islamophobie s’insurge. Des jeunes femmes manifestent dans la rue. La militante laïque Nadia Geerts et l’échevine Faouzia Hariche de la Ville de Bruxelles se réjouissent de cette décision, tandis que Rudi Vervoort se distancie de ses amis PS en privilégiant plutôt une laïcité inclusive. Nous devrons revenir sur cette décision, qui soulève plus de questions qu’elle n’en résout.

Happy Monday: ces maisons de maître nous caractérisent

Maison Beukman à Ixelles – in Wikiwand

L’architecture de leur patrimoine immobilier caractérise les villes, leur donne une identité. C’est ce que chaque ville donne à voir de ses habitants. Une certaine identité bruxelloise se dévoile sans doute au travers de ses nombreuses maisons unifamiliale et « maisons de maître ». Un journaliste anglais a décidé de faire le tour des maisons emblématiques de villes comme Londres, Berlin, Amsterdam ou Paris. Feargus O’Sullivan écrit pour CityLab depuis Londres et ses pas l’ont amené à Bruxelles. il a été frappé par nos maisons de maître, parfois richement décorées, qui contrastent avec la réputation de discrétion (low-key) de Bruxelles.

« Tandis que les habitants de Paris et de Berlin s’entassent dans les appartements de hauts immeubles à plusieurs étages, les Belges du XIXe siècle construisent des maisons unifamiliales richement décorées. Bruxelles a beau apparaitre comme l’une des capitales non officielles de l’Europe, à certains égards, elle n’est pas du tout représentative d’une ville européenne typique ». Contrairement à Paris et Berlin, au XIXe siècle le développement de l’habitat bruxellois en deuxième couronne ne s’est pas manifesté par des immeubles à appartements, mais plutôt par des rangées de maisons unifamiliales, souvent même de vraies « maisons de maître » (Herenhuis).

Dès que l’on s’éloigne des boulevards centraux, construits sur le modèle parisien, on se trouve face a de s alignements de hautes maisons unifamilales verticales s’ouvrant directement sur la rue. Les catholiques se sont plutôt dirigés vers un style éclectique ou néogothique, tandis que les libre penseurs s’adressaient à Victor Horta et autres architectes Art Nouveau, souvent considéré comme un art dégénéré …  Je vous invite à découvrir ICI ce regard extérieur d’un journaliste anglais sur notre ville et son parc immobilier ou ICI vers une traduction non illustrée de l’article, assurée avec DeepL.

A rendering of a typical facade and lower floorplan of a Brussels maison de maître.
Illustrator: Josh Kramer/Bloomberg CityLab

Quelle architecture pour la ville de demain ?

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Un billet invité de l’architecte David Roulin

David Roulin est bruxellois et dirige le bureau Art & Build Architects. Le confinement imposé a été l’occasion pour lui de préciser la vision de l’agence quant au futur de l’architecture urbaine. Il constate que la nature n’a pas attendu les architectes et les urbanistes pour concevoir des structures parfaitement adaptées à une fonction et à un contexte. Pour lui, s’inspirer de la nature, c’est tendre vers cet idéal, c’est concevoir un bâtiment comme un organisme vivant, évolutif, réactif et résilient. C’est apprendre à composer avec ces règles invisibles qui ont produit autant de richesse, de diversité et de beauté sur notre planète. La ville elle-même s’apparente à un organisme vivant, composée de cellules, de tissus et d’organes qui interagissent entre eux, réagissent à leur environnement, vieillissent, sont parfois malades et possèdent la faculté de se régénérer, d’opérer une mutation.

Il pense qu’il faut arrêter d’opposer ville et nature. Les individus ont besoin de la ville, et la ville a besoin de la nature. Les deux notions sont parfaitement compatibles pour autant qu’un juste équilibre soit préservé, en respectant le vivant. La ville est un extraordinaire laboratoire de recherche quant à l’évolution de nos comportements et de notre manière de construire, et les concepteurs du cadre de vie sont en première ligne de cette recherche, cristallisant dans leurs réalisations toute la complexité de ce qui fait l’organisation des êtres humains sur terre.

Il se montre un fervent partisan du bois et des circuits courts. La construction bois démontre chaque jour ses vertus, non seulement en matière d’empreinte carbone et de bien-être des occupants, mais aussi en matière d’organisation des chantiers grâce à la préfabrication. La période de confinement a aussi révélé un autre enjeu de la ville de demain, celui de la mixité des usages. Nous pouvons parfaitement vivre, travailler et consommer dans un périmètre restreint voir dans un seul et même immeuble. La terrasse est apparue, en période de confinement, comme un complément indispensable de notre espace de vie. Végétalisée ou non, elle est un lieu de respiration, de décompression. David Roulin parle aussi de mixité, de la nécessaire convertibilité des bâtiments et de notre espace vital. Cliquez ICI pour lire l’intégralité de son intervention et découvrir d’autres photos.

Biotope_Biodiversity in the City

Happy Monday: on arrive à se parler

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« C’était au temps où Bruxelles brusselait », mais Bruxelles bruxsels toujours. Le parler bruxellois n’a pas dit son dernier mot … sauf que, aujourd’hui, il cause en 104 langues. Lieu de rencontre exceptionnel entre la culture germanique et la culture latine, il n’est pas étonnant que le parler bruxellois – brusseleir beulemans ou brussels vloms – soit un doux mélange de français et de flamand. Largement minoritaires à Bruxelles, les Bruxellois néerlandophones en ont cependant forgé une partie de l’âme. Aujourd’hui, le multilinguisme a enterré le mythe d’une capitale « tweetalig » au profit d’une nouvelle identité plurielle, unique au monde, dont le maroxellois n’est qu’un exemple.

Dans la fosse, ça parle flamand. Sur scène, ça chante français. Au bar: « Wat wilt u drinken ? – Deux bières, s’il vous plaît – Très bien ». Flamands et Francophones décomplexés se respectent et ne font plus de chichis. Des étudiants en journalisme de l’ULB se sont livrés à une enquête unique et passionnante dans les méandres du nouveau paysage linguistique de notre ville. Le journal Le Soir la résume ICI. Si cet aspect de la vie bruxelloise vous passionne, procurez vous le dossier complet dans Le Soir du samedi 27 juin. Vous aurez déjà un bel aperçu des opinions récoltées par les étudiants auprès de Dominique Dognié, Dirk Jacobs, Jürgen Jaspers, Philippe Van Parijs, Rudi Janssens, Pauline Degrave, Eric Corijn, Jean-Jacques De Gheyndt … Et d’autres points de vue recueillis auprès de nouveaux Bruxellois.

Les Anglais ont quitté l’Union Européenne, mais leur langue restera, ne serait-ce que pour les habitants et visiteurs de Bruxelles qui ne maîtrisent ni le Français, ni le Néerlandais. Ceci étant dit, à Bruxelles, la lingua franca utilisée par la majorité des Bruxellois reste le Français, enseigné à l’école comme première ou deuxième langue, l’Anglais ne venant que plus tardivement en 3ème position. Le Français est aussi la langue de la rue et de la plupart des commerces. Dès lors, se pose la question des affiches, programmes ou conférences, de plus en plus souvent exclusivement en Anglais, même à Bozar. Cela ne tend-il pas à réserver ces activités à une « élite » multilingue qui s’en enrichit et se procure ainsi des positions et des emplois inaccessibles à la population issue de nos écoles ? On reparlera de l’Anglais, comme nouvelle lingua franca bruxelloise, lorsque l’école sera en mesure de délivrer des citoyens trilingues, voir même quadrilingues, si leur langue maternelle n’est pas celle de l’école.

 

 

 

 

Que faire de nos statues ?

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Léoplod II vient de faire la une. Toutes les villes érigent cependant des statues à la gloire de leurs dirigeants, héros et bienfaiteurs … et les capitales héritent en plus de personnages qui ont fait l’histoire et la gloire du pays. Cela forme une sorte de livre d’histoire en plein air. C’est le bariolage de Léopold II qui a soulevé la question du sens de cette histoire et du maintien de certaines statues dans l’espace public. Personnellement, je serais plutôt favorable à leur maintien, parce qu’elles sont une partie de notre histoire. Par contre, je serais d’avis de modifier les inscriptions qui figurent généralement au pied des statues. Godefroy de Bouillon, 1er roi de Jérusalem, franchement ? Léopold II, roi bâtisseur et roi du Royaume Indépendant du Congo sans aucun commentaire à propos de « l’oeuvre civilisatrice de la Belgique au Congo » ?

Qu’une Commission – comme on les aime en Belgique – composée d’historiens et de philosophes, soit chargée de rédiger de nouvelles notices bi ou trilingues à apposer sur toutes ces statues commémoratives. Un exercice d’histoire critique et une information actualisée pour les générations à venir. Il ne peut s’agir de renier ou d’oublier notre passé et les agissements de nos aïeux, il s’agit de remettre tout cela dans son contexte et tenter de comprendre, mais pas nécessairement d’excuser, des actions que nous n’acceptons plus aujourd’hui. Godefroy de Bouillon ne doit pas être déboulonné, mais les croisades ne peuvent plus se résumer à  la délivrance du tombeau du Christ.

Si Anvers s’illustre par un une glorieuse statue de Silvius Brabo coupant la main d’un géant romain qu’il jette dans l’Escaut et Liège, par deux fiers taureaux, Bruxelles, avec son sens de la dérision, se contente d’un petit garçon qui se soulage en plein centre – ville et un Zinneke qui en fait autant rue des Chartreux. Nous n’avons pas que des rois et des princesses, nous avons aussi François Anneessens et les comtes d’Egmont et Hornes, tous trois décapités à la Grand-Place. Mais, nous nous nous asseyons  sur les genoux du bourgmestre Charles Buls et nous avons statufié Tintin, Gaston, Jacques Brel, Nasreddin, Madame Chapeau, un policier qui chute … et bien cachées dans un pavillon du Cinquantenaire, nous illustrons « Les Passions Humaines » avec Jef Lambeaux. Et vous, qui voulez-vous voir statufié à Bruxelles ?