A qui s’impose la neutralité ?

La séparation des Eglises et de l’Etat est actée dans la Constitution belge. Même imparfaite, elle constitue le fondement et la condition du vivre-ensemble dans un pays aussi multiculturel avec une capitale  aussi superdiverse. Il en découle une totale liberté d’expression et d’affirmation pour les citoyens et une obligation de neutralité pour les personnes qui représentent l’Etat. Dans leur chef, Il ne s’agit pas seulement de l’absence de signes convictionnels, mais aussi d’une obligation d’égalité de traitement et d’une réelle bienveillance vis-à-vis de tous les citoyens.

Si l’Etat et ses représentants sont tenus de ne pas se départir de leur neutralité, il n’en va effectivement pas de même pour les citoyens. Ils sont autorisés – et même encouragés – à cultiver des opinions ou des croyances et à les exprimer. C’est ainsi que le tribunal de 1ère instance de Bruxelles vient de donner raison aux deux étudiantes de la Haute Ecole Francisco Ferrer qui estimaient discriminatoire l’interdiction de signes convictionnels (leur foulard) qui leur était imposée. La Ville ira-t-elle en appel, comme le demande le MR ?

Francisco Ferrer forme de futurs enseignants. S’il est désormais acté que les étudiant.e.s ne peuvent être discriminé.e.s sur base de l’affirmation de leurs croyances, il n’en reste pas moins qu’une fois en fonction, l’interdiction du port de tout signe convictionnel s’appliquera, comme à tout le personnel enseignant des écoles officielles. Peut-on imaginer dans ces écoles, un instituteur avec une kippa ou un turban ou une institutrice voilée ou avec une croix en or ? N’y a-t-il pas un réseau d’enseignement libre confessionnel subsidié à cet effet ? Gageons que nous ne serons pas unanimes sur ce sujet ?

photo extraite de BX1, la chaîne d’info de Bruxelles

2 réflexions sur « A qui s’impose la neutralité ? »

  1. Yvan Vandenbergh Auteur de l’article

    Un commentaire envoyé par François Carton.

    Le peu de commentaires publics à ce billet montre en creux à quel point le sujet reste sensible et nos réflexions intimes probablement ambigües.
    Dommage parce que les non-dits et les ambiguïtés sont trop souvent à l’origine des dérapages populistes dans les urnes de nos démocraties.
    Personnellement, je ne sais que vouloir, je ne perçois pas bien les limites de cette neutralité même après m’être renseigné à des sources fiables. La question de l’Etat neutre pose en fait la question du jusqu’où une société donnée peut accepter une autre culture sans se dénaturer.
    Je n’ai pas de réponse. Pas l’ombre d’une réponse. Pire, je nage en pleine contradiction.
    J’ai habité longtemps un quartier mixte à Schaerbeek sans éprouver aucune gêne. Mon épouse et mes enfants non plus. Mais cela ne m’a pas empêché de ressentir une forme de « retour à la maison » quand j’ai déménagé à Uccle.
    D’autres exemples ? Un foulard musulman ne me fait ni chaud, ni froid mais un foulard noir ou violet-cercueil porté serré qui fait ressembler une femme à un hamster triste me choque; une femme intégralement voilée avec des gants (heureusement rare dans notre pays) m’agresse car je ne peux m’empêcher de le vivre comme un rejet de ma culture.
    Entendre un jeune essayer de garder sa copine en lui disant « Si tu m’as rencontré, c’est qu’Allah l’a voulu, tu ne vas quand même pas aller contre la volonté d’Allah ! » me fait franchement rigoler mais entendre un conducteur de tram invectiver haut et fort un automobiliste en le traitant de « sale mangeur de porc » me donne envie de le secouer comme un prunier etc.
    Bref, j’ai parfaitement conscience d’être dans l’ambiguïté et d’être incapable d’imaginer une limite sociale et politique. Jusqu’où prendre en compte une religion peu aimée dans nos contrées de tradition chrétienne (ah le poids de l’histoire !) et trop souvent dévoyée par le wahabisme? Suis-je raciste et intolérant ?
    Je ne sais pas. Vraiment pas.  »
    François Carton

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  2. potteve

    Le voile/foulard/hijab n’était pas autorisé dans les écoles catholiques jusqu’il y a peu et, malgré tout, les parents de confession musulmane aimaient bien y inscrire leurs enfants en arguant de la meilleure qualité de l’enseignement dans ces établissements. Je pense que le port du foulard (et rien que du foulard) dans les écoles n’est pas le problème majeur (bien qu’il me semble nécessaire que les élèves le retirent pour les cours de chimie, pour des raisons de sécurité, et pour les activités sportives, d’autant plus que celles-ci ne sont pas mixtes) mais qu’il est essentiel que les filles participent à toutes les activités sportives, séances de piscine comprises, sans recourir systématiquement à des certificats médicaux de complaisance.

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