Voter: un devoir démocratique ?

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L’Etat de droit repose sur un régime démocratique élu au suffrage universel. En Belgique le droit de vote est acquis pour tous les citoyens (1), mais aller voter est aussi un devoir. La revue Politique y a consacré un article de Xavier Mabille. La suppression du vote obligatoire programmée par le nouveau gouvernement flamand – pour les communales et les provinciales – a relancé la question de cette obligation, par laquelle la Belgique fait figure d’exception en Europe, avec la Grèce et le Luxembourg. LaLibre publie un édito à propos de cette décision flamande. Les partis politiques francophones ont répété leur attachement à ce devoir, même si chez les libéraux, un certain nombre d’élus la remettent en question au nom de la liberté.

L’obligation faite aux citoyens d’aller voter part d’une volonté de lutte contre l’absentéisme, qui pourrait bien devenir le « premier parti » dans plusieurs pays, mais elle part aussi d’une volonté d’assurer une légitimité aux élus et élues qui vont représenter le peuple dans les parlements. Tout le monde est-il capable de comprendre les enjeux et de faire les choix adéquats ? Bien sûr que non, mais même les personnes fragiles et les illettrés ont le droit et le devoir de voter, sinon le suffrage universel doit être remplacé par un retour au vote censitaire. Les partis, la presse, l’école, les médias sociaux ont l’obligation d’aider chacun à accomplir son devoir en parfaite connaissance des enjeux.

Certains espèrent que le vote obligatoire ramène vers la politique des personnes qui s’en détournent. Sinon, ils craignent de voir les partis se concentrer sur les sujets qui intéressent leur électorat acquis, délaissant d’autres problématiques. Manifester son opposition à la particratie peut aussi s’exprimer par un vote blanc ou un vote nul, plutôt que par l’abstention. Ces « votes » seront visibles, parce que comptabilisés. Ne faut-il pas regretter que l’Etat belge applique de moins en moins de sanctions envers les citoyens qui ne remplissent pas leur devoir électoral ?

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(1) Pour les régionales, le droit de vote n’est pas acquis pour les ressortissants de l’Union Européenne, résidant depuis plus de 5 ans à Bruxelles, et encore moins pour les résidents de pays hors UE. Le parlement bruxellois estime inadmissible qu’un Bruxellois sur trois ne puisse pas voter pour la Région où il réside et paie ses impôts.

 

2 réflexions au sujet de « Voter: un devoir démocratique ? »

  1. potteve

    Le débat sur la pertinence du vote obligatoire en Belgique est ouvert, avec des arguments très valables dans les deux camps. En attendant, pour les électeurs qui ne savent pas ou plus trop pour qui voter et qui n’ont pas le temps d’éplucher les programmes des partis, je trouve personnellement que les « quiz » en ligne, tels que ceux qui étaient disponibles pour les diverses élections de mai dernier et qui, s’ils sont bien conçus, peuvent être d’un grand secours pour permettre aux électeurs de déterminer quels sont les partis qui se rapprochent de leurs valeurs personnelles. Mes 3 filles, qui sont maintenant en âge de voter, ont fait ces quiz et les ont trouvés utiles. Même si je savais déjà pour qui j’allais voter, je me suis aussi prêtée au jeu et je me suis trouvée confortée dans mon premier choix, même si j’ai été très surprise par le 2ème choix qui m’était proposé…

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  2. Pierre Motyl

    Il y a aussi des arguments très valables en faveur de la suppression de l’obligation de voter.
    En effet, nous sommes conscients de vivre dans une particratie rigide, fort éloignée de la vision idéale de l’expression d’une volonté populaire raisonnée. Cette particratie met fondamentalement en cause la séparation des pouvoirs (le parlement ne contrôle absolument plus l’exécutif ni ne prend d’initiative) et les citoyens se sentent depuis longtemps étrangers à tout cela. Cette aliénation est un des facteurs qui permettent l’émergence de nouveaux partis dits ‘populistes dirigés par des démagogues et brandissant une image de pouvoir « fort ». Nombreux sont dès lors ceux qui préfèrent la lisibilité des messages clairs aux jeux d’intérêts des professionnels de la particratie.
    La suppression de l’obligation de vote serait certes un tremblement de terre dans les états-major mais elle aurait pour mérite de mettre en évidence le peu de légitimité et l’obsolescence des partis. L’approche la plus constructive consiste à promouvoir, en parallèle à la critique de l’obligation de vote, son remplacement par le tirage au sort, tel que proposé par David Van Reybrouck… Utopie ?

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