Archives pour la catégorie Mobilité

Une ville accessible

Vous l’aviez imaginé comme cela l’an 2.000 ? Non, il ne nous aura pas tous dotés d’ailes dans le dos, ni même d’un drone – qui se contente jusqu’ici de livrer des marchandises à domicile – pas même un taxi volant ou une voiture autonome immédiatement en vue. Etre plus mobile et plus rapide n’est plus vraiment une fin en soi. Tout à dix minutes de son domicile et pour aller plus loin, l’avenir présage plutôt un partage plus équilibré de l’espace public entre plusieurs modes de transport publics et privés, avec une priorité aux modes les plus doux. Non, on ne va cependant pas mettre votre grand-mère sur un vélo, fut-il électrique. Oui, il va falloir demander un peu plus de discipline et de respect aux adeptes des vélos, trottinettes et autres mono-roues, qui mettent trop souvent les piétons en danger.


Bruxelles 2040 – Etude prospective en matière de mobilité confiée aux bureaux d’étude Technum (devenu Tractebel) et Espaces-Mobilités: un autre partage de l’espace disponible en entrée de ville

Dix ans plus tard – en 2050 – voilà comment Vincent Callebaut imagine les villes: plus denses, plus vertes et dépolluées. Cet architecte visionnaire belge, formé à l’ULB et dans la lignée des cités végétales de Luc Schuiten. Il s’est rendu célèbre par des projets d’écoquartiers à l’allure futuriste, qui intègrent tant les énergies renouvelables que l’agriculture urbaine. Sauf évidemment, si après réchauffement climatique et épuisement des resources, nous finissons tous dans des sortes de favelas – avec tout de même l’eau courante – comme l’annonçait Edgar Morin dans une conférence à Bruxelles. Il en reprend le concept dans une interview, tout aussi visionnaire, où il affirme « qu’il est vital de penser autrement » et il décrit un avenir plus simple, pour une l’humanité contrainte à une frugalité heureuse.

©Vincent Callebaut Architectures – Paris en 2050

 

Roulez, roulez, roulez …

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Roulez, roulez, roulez … et ne payez qu’en automne. C’est ce que j’ai entendu de manière tonitruante de la part de  Mercedes-Benz sur les ondes de la RTBF. Bien sûr, c’est une pub qu’ils payent, mais quand même, entendre cela sur la chaîne publique, juste après une info sur la qualité de l’air qui se détériore à nouveau, après la fin du confinement et le retour des embouteillages. Ce n’est pas ainsi que l’on écartera le spectre de la prochaine crise, qui sera climatique et sans vaccin. Sur son site, Mercedes-Benz confirme la promotion et aucun modèle proposé ne semble électrique, ni même hybride. Pendant ce temps, la FEBIAC annonce fièrement : Toujours plus de Belges roulent en SUV… et retournent vers le diesel !

Actuellement, ni la RTBF, ni le Jury d’Ethique Publicitaire (JEP) ne paraissent s’émouvoir. Le JEP a cependant déjà condamné des campagnes « contraire à la dignité humaine ». Ce n’est pas le cas de celle-ci, il ne s’agit pas de dignité humaine mais « seulement » de santé humaine et de ressources difficilement renouvelables. Le JEP s’est pourtant donné pour mission d’assurer « une publicité loyale, véridique et socialement responsable ».

Il n’y a plus de publicité pour le tabac, celle pour l’alcool est sévèrement règlementée. Il ne s’agit pas de prohiber la voiture, mais de cesser de pousser à l’achat et à la consommation. « Ma voiture c’est ma liberté », le slogan ne disparaîtra pas de si tôt, surtout après la pandémie, mais faut-il encore permettre d’inciter à « Rouler, rouler, rouler … » ? même pour des professionnels, dont ce peut être l’outil de travail. A quand « Volez, volez, volez, … » de la part de Brussels Airlines, avec une aide probable de 300 millions de l’Etat sans conditions ?

Relations avec notre hinterland

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Suite aux mesures provisoires prises pour lutter contre la propagation du covidus-19 à Bruxelles, un éditorial de La Libre évoque, sur un ton menaçant, un désert économique si ces mesures devaient devenir définitives et les navetteurs dans l’impossibilité de rejoindre leur lieu de travail en ville.

Oui, une ville dépend de son hinterland, mais dans le cas particulier de Bruxelles, l’hinterland n’apporte rien aux finances régionales, puisque les navetteurs payent l’intégralité de leurs impôts en Flandre ou en Wallonie. C’est donc l’hinterland qui dépend de la métropole, où se produit la richesse. La Communauté métropolitaine de Bruxelles ayant de moins en moins de chance de voir le jour, les matières qui étaient à son programme, ne font l’objet d’aucune concertation et la situation des 320.000 navetteurs empire, surtout celle de la majorité qui arrive en voiture.

Menacer l’économie de Bruxelles, si la Région continue à limiter l’accès à la ville en voiture en favorisant piétons et cyclistes, ne fait pas preuve de beaucoup de maturité. Oui, la ville doit pouvoir rester habitable pour offrir une qualité de vie à ses habitants et pour éviter la poursuite de l’exode urbain qui mite la campagne. Oui, la ville a besoin des personnes qui font la navette pour occuper une moitié de ses postes de travail. C’est donc du côté des alternatives, que métropole et hinterland doivent se concerter pour coordonner leurs efforts, notamment à propos des parkings de dissuasion aux portes de la ville et à propos de la pression à mettre sur le fédéral pour le RER – et de ses haltes bruxelloises – qui ne cesse d’accumuler les retards. Place donc au respect mutuel et à la concertation constructive plutôt qu’aux menaces.

 

Une ville sans feux rouges

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En descendant la rue du Lombard, Manu – qui y habite depuis longtemps – est bien étonné, et un peu inquiet, de ne plus voir de feux rouges en arrivant au carrefour avec la rue du Midi. Voilà quelque temps qu’ils ont été enlevés sans avertissement. Les passages pour piétons ont été repeints. Les automobilistes habitués des lieux s’avèrent aussi étonnés que lui et s’engagent prudemment dans le carrefour. Les feux de circulation étaient omniprésents dans tout le paysage urbain du centre-ville. Sont-ils indispensables au maintien de voiries plus sûres ? En ajouter plus ? En supprimer ? La revue CityMetric (traduite en français) consacre un article de fond à cette épineuse question qui agite les villes.

Une ville sans feux rouges est-elle donc imaginable ?

En obligeant les conducteurs à ralentir pour examiner leur environnement, ils retrouvent leur capacité à adopter un comportement socialement responsable, alors qu’un feu vert leur donnait le droit de foncer, pour ne pas rater le suivant. Oui, à Bruxelles, les automobilistes s’arrêtent quand quelqu’un met son pied sur un passage piéton et souvent la personne les salue. En 2015 déjà, Le Soir titrait un article « Et si on supprimait les feux rouges ? ». Bien sûr cela ne convient pas partout, mais en de nombreux endroits, cela pourrait changer les mentalités et inciter à partager l’espace public plus courtoisement avec tous ses usagers.

Abbeville fut la première ville de France sans feux tricolores, suivie par Decize. Mais ce sont de petites villes direz-vous. Aujourd’hui, après Nantes, c’est Bordeaux qui expérimente la fin des feux rouges, avant Paris. Au final, cela semble modérer le trafic automobile tout en le fluidifiant. Priorité totale au piéton. Plus personne n’attend inutilement et comme tout le monde se montre plus attentif aux autres, il semble qu’il n’y ait pas davantage d’accidents.

L’avion mis au pas par le covidus ?

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Les Bruxellois survolés, de jour comme de nuit, vont-ils pouvoir retrouver leur santé physique et mentale grâce à un redoutable virus ?

« Moins d’avions et des prix de billets plus élevé : le COVID-19 va ébranler l’aérien. On ne voyagera plus en avion comme avant » c’est Raphaël Meulders qui l’affirme dans La Libre. Il répond aussi à ces deux questions: « Le train, la voiture ou le bus vont-ils supplanter l’avion sur les courtes distances ? »  « Est-ce la fin de l’heure de gloire pour les compagnies aériennes ? ». Le journaliste s’en explique ICI et encore LA. Il est aussi question du remplacement de l’avion sur les courtes distances par le train. Une résolution du PS vise à soutenir financièrement les trains de nuit en Europe, grâce à la taxation du kérosène des avions. Le MR, la N-VA et le Vlaams Belang on voté contre, comme vous le verrez ICI.

Austrian Airlines va recevoir une aide d’Etat conditionnée à des mesures sociales et environnementales. Plus aucun billet d’avion sous les 40 €. « Cette mesure fait de nous des pionniers en Europe” affirme la ministre autrichienne de l’Environnement, l’écologiste Leonore Gewessler. C’est l’un des points clés du plan de sauvetage de la compagnie. Le but ? Lutter contre le dumping “social et environnemental” des compagnies low cost.

On le voit, le développement incontrôlé de l’aéroport urbain de Zaventem et le soutien demandé à l’Etat pour sauver Brussels Airlines ne vont plus de soi aujourd’hui. L’Etat belge serait mal inspiré de ne pas y mettre des conditions. Tout récemment, face à un Arnaud Feist – patron de Brussels Airport Company – qui déclare ICI « À part le PTB, je ne vois pas qui voudrait nationaliser l’aéroport », sept professeurs d’université rétorquent dans une carte blanche « Nationaliser Brussels Airlines est le seul choix d’avenir ».