Archives de catégorie : Mobilité

Gare aux préjugès.

Un écologiste français s’est rendu sobrement à la Cop 27 en train et puis en bateau. Un périple qui lui a pris une semaine et donc deux avec le retour. Ce voyage lui aura finalement coûté 3.000 €, au lieu de 400 en low cost … et avec une empreinte carbone qui a largement dépassé celles des participants partis en avion !

La démonstration semble faite. On ne devrait pas systématiquement s’opposer à l’avion. Pour les courts courriers et certains moyens courriers, il existe des alternatives moins polluantes que l’avion (même si elle restent souvent plus lentes et plus chères que l’avion … détaxé). Par contre, pour les longs courriers, il n’y a pas encore de solution moins polluante qu’un avion qui fait le plein de passagers.

 Reste à se savoir si tous ces déplacements en longs courriers sont bien indispensables et remplis ? Est-il nécessaire d’aller tellement loin pour profiter de 15 jours de vacances sur une plage ? La réunion internationale programmée ne peut-elle se dérouler par visioconférence Zoom ou Teams comme lors de la Covid 19 ?  Fallait-il envoyer 125 Belges à la COP 27 ? Produire moins de gaz à effet de serre ne s’impose-t-il pas au monde occidental, principal responsable du réchauffement climatique subi par toute la planète ?

Tous en voiture électrique ?

En 2035, les voitures à essence et diesel neuves ne pourront plus être vendues dans l’Union Européenne. Les hybrides non plus. La fin des moteurs thermiques approche. L’UE ouvre grand la voie aux véhicules 100% électriques. Tous les Bruxellois passeront-ils à la voiture électrique ? Dans l’article de L’Echo, Patrick Hendrick, professeur à l’école polytechnique de l’ULB, affirme qu’on n’est pas prêt et que les problèmes sont totalement sous-estimés.

« Il faut démultiplier les usines de batteries, il faut du courant, des bornes, des places de parking. Il faut repenser nos villes, nos campagnes, nos zonings. Comment règlementer l’utilisation des bornes pour que chaque utilisateur ne reprenne sa voiture huit heures plus tard, après son travail, en ayant monopolisé la borne ? Il est temps qu’on se bouge, parce que 10 ans, ça passe vite ».

Si on limite la puissance du réseau électrique, la recharge prendra des heures et le propriétaire devra descendre dans la rue la nuit pour débrancher sa voiture. Patrick Hendrick rappelle que la technologie électrique ne doit pas se limiter aux seules batteries. La voiture à pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène doit aussi se développer. « Ces véhicules offrent jusqu’à 800 kilomètres d’autonomie, et on les recharge en 2 ou 3 minutes ». Faudra voir jusqu’où le prix de ces voitures à hydrogène va baisser et si les Bruxellois disposeront d’une ou de plusieurs stations de remplissage d’hydrogène ?

Good Move polarise.

C’est à Schaerbeek, que l’opposition au nouveau plan de mobilité de la Région a atteint son paroxysme. Bornes arrachées, échauffourées, policiers et pompiers agressés: le conseil communal, épouvanté, décide de reporter la mise en œuvre de ses réformes. Au grand dam de leurs partisans, qui bataillaient depuis des années pour rendre le quartier plus sûr, la vie plus saine, plus calme, plus douce… Le projet aura donc capoté juste avant de se concrétiser. Recalé ou reporté ? Bruzz s’explique ICI.

Le journal De Morgen vient de consacrer une analyse approfondie aux origines de ce phénomène de polarisation. Traduit par DaarDaar, l’article vaut la peine d’être lu. Il pose une question fondamentale: à qui appartient la ville ? D’un côté, des citadins sensibles à la cause écologiste, engagés et souvent très diplômés; de l’autre, une classe moyenne inférieure et des riverains moins qualifiés, qui tiennent à leur voiture et deviennent les alliés de tous ceux qui s’opposent une évolution de l’automobilité.

En forte compétition à Bruxelles, les partis tentent de tirer profit d’une émotion grandissante. MR et PTB même combat ? Socialistes communaux contre socialistes régionaux ? Coalitions divisées, la question de la mobilité prend des airs de… lutte des classes. L’instauration des zones de basses émissions avait déjà suscité des sentiments similaires. On ne gouverne pas contre le peuple. Là, où la communication fut la plus défaillante, la révolte s’est avérée la plus forte. En tirera-t-on les leçons avant d’en arriver à une bataille de gilets jaunes ?

photos extraites de l’article de la VRT et de Bruzz

D’autres habitudes.

Il n’y a rien de plus difficile que de devoir modifier ses habitudes. C’est rarement par sagesse que nous adoptons d’autres comportements, mais le plus souvent à la faveur d’une crise ou d’une contrainte. Mieux isoler nos maisons, arrêter de chauffer les murs, baisser la température, limiter les déplacements motorisés non indispensables, autant d’attitudes que nous aurions pu adopter depuis longtemps. Il a bien souvent fallu attendre la crise des énergies et la flambée des prix pour que nous passions à l’acte.

Faudra-t-il que la qualité de l’air en ville se détériore et qu’elle aboutisse à des décès, pour que nous acceptions de réduire l’usage de la voiture privée et pour que nous arrêtions de circuler dans les rues résidentielles, dont nous polluons les habitants ? Les réactions parfois violentes des personnes qui refusent la mise en œuvre du plan Good Move interpellent, même si des améliorations pourraient lui être apportées par un dialogue constructif.

Si nous avons largement profité du soleil et l’agréable température de ce WE, nous n’ignorons pas que cet été indien inattendu comporte son lot de menaces. Faudra-t-il subir des inondations à Bruxelles pour limiter les gaz à effet de serre qu’émettent nos maisons, nos déplacements, nos modes de chauffage et tous ces bâtiments publics, bureaux et entreprises ? Sans renforcement des politiques actuelles, le GIEC annonce un réchauffement de +3,2°C d’ici la fin du siècle, alors qu’il serait possible de diminuer nos émissions de GES de moitié d’ici 2030. Allons-y joyeusement !

Les entreprises reviendront.

Pour quelques éditorialistes, le plan Good Move pourrait générer la fuite d’un certain nombre d’entreprises installées à Bruxelles et plus particulièrement celles basées sur l’économie de la connaissance. Les difficultés de circulation et de stationnement ainsi que les embouteillages quotidiens seraient la cause de leur désaffection. Un certain nombre de commerçants et un syndicat d’indépendants tiennent les mêmes propos basés sur un sondage assez basique. Le projet de ville apaisée de Good Move serait la cause d’un déclin économique de Bruxelles ou les prémices d’une autre vie urbaine.

Olivier Willocx , le CEO de la Chambre de Commerce de Bruxelles (BECI) se livre dans une interview à La Libre. Il affirme que la stagnation de l’économie de la connaissance à Bruxelles n’a rien à voir avec l’accessibilité. Si les nouveaux plans de mobilité ont pu faire fuir quelques entreprises, ils en attireront bien d’autres après une période de stabilisation, comme cela a été le cas ailleurs en Europe. « Je fais le pari que demain, certaines des grosses entreprises qui ont quitté Bruxelles vont complètement revenir dans le centre. Simplement parce que cela reste la zone la plus accessible et que le schéma sans voiture devient quelque chose d’attirant.”

Selon Olivier Willocx, le futur de l’emploi réside loin de la périphérie. “Un certain nombre des moins de 30 ans, y compris diplômés, voire hautement diplômés, n’ont pas leur permis de conduire. Les zonings de Wavre ou de Zaventem n’attirent plus les jeunes, qui préfèrent sans hésiter travailler dans le centre de la capitale ». Pour lui, « la bataille de la ville de Bruxelles s’inscrit dans la durée et non dans l’immédiateté”. Un mauvais moment à passer donc.