Quatre années gâchées

Automne 2017.  Awet débarque à Bruxelles en ayant fui à 18 ans la dictature de son pays et l’enrôlement forcé, qui a déjà coûté la vie à son frère. Après avoir connu l’enfer lybien et avoir échappé à un naufrage en Méditerranée, il accoste brièvement en Italie. Un plan de répartition européen le destine à un avion en partance pour la Belgique. Il se croit enfin reconnu de facto comme réfugié.

A Bruxelles, il est hébergé et nourri par les bénévoles de la Plateforme Citoyenne. Ensuite Fedasil prend le relais et lui octroie une aide médicale. Les interrogatoires se multiplient. Le temps passe. L’inquiétude progresse. Un soutien psychologique est accordé. Il suit des cours de français. S’inscrit dans une équipe de foot. Se fait des amis. Est prêt à travailler. Un sans faute, pour lui et pour la Belgique. Ouf !

Mais, cela fait maintenant quatre ans, qu’une avocate pro deo s’efforce de faire reconnaître la demande de protection internationale d’Awet. Quatre longues années d’interviews, de notifications, de recours et d’appels. La décision vient de tomber: un ordre de quitter le territoire. Tout cela pour ça ! Fallait-il quatre ans pour lui signifier cela ? Quel gâchis. Pour lui. Pour nous. Awet déprimé se trouve condamné à l’errance: devenir un « sans-papiers » ou risquer la traversée de la Manche … pendant ce temps nous manquons cruellement de main d’œuvre peu qualifiée. La honte.

photo infomigrants

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2 réflexions sur « Quatre années gâchées »

  1. potteve

    Quand on regarde le taux de fécondité au niveau mondial, on constate qu’il est en baisse presque partout depuis l’époque de la crise financière (2008-2010), sauf en Inde et en Afrique. Si c’est une bonne chose que la population mondiale se stabilise et même diminue, le faible taux de fécondité des pays dits développés pose le problème de pourvoir aux emplois essentiels mais astreignants et mal rémunérés dans des secteurs tels que l’agriculture, les transports, les services aux personnes (nettoyage, maisons de retraite, hôpitaux, horeca, etc.).
    Les gens paniquent au quart de tour (et d’aucuns politiciens n’hésitent pas à en rajouter une couche) quand on parle d’immigration, mais il suffit de voir ce qui se passe maintenant au Royaume-Uni, où ils commencent à se rendre compte que leur économie reposait sur ces travailleurs-là et qu’ils se retrouvent maintenant avec des pénuries de main-d’oeuvre dans leurs maisons de repos, leurs hôpitaux, leurs hôtels et restaurants, leurs champs et leurs camions !
    Alors, soit on essaie de forcer les femmes/familles à faire plus d’enfants en leur accordant des congés parentaux longs et très généreusement rémunérés, ainsi que des horaires de travail compatibles avec des enfants, mais je doute qu’on aura encore un baby-boom façon années 50/60; soit on se résout à accepter un certain nombre d’immigrants et on les accompagne et on les encadre adéquatement (apprentissage de la langue, formation professionnelle, cours de citoyenneté, mixité sociale) pendant tout le temps nécessaire à leur intégration chez nous.
    Il convient de noter que les collectivités locales (notamment, mais pas seulement, dans les régions qui connaissent un exode rural) sont souvent plus ouvertes à l’accueil d’immigrants que les États. J’en ai lu quelques exemples très réussis en France et en Allemagne, où les autorités locales et la population ne regrettent pas du tout de l’avoir fait.

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  2. David Martens

    Résultat d’une bureaucratie grippée et déconnectée (?) malgré le soutien magnifique et engagé de citoyens bénévoles responsables !

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