Non à notre infantilisation

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Comme on n’avait pas renouvelé la réserve stratégique de masques, le gouvernement a préféré dire que le port du masque n’était pas utile, plutôt que de reconnaître que ce serait une barrière de plus, mais que nous n’en disposions pas à ce moment de la crise. Comme il ne disposait pas d’assez de tests, le gouvernement a dit, que la bonne stratégie consiste à les réserver aux cas sévères et on n’a donc pas testé le personnel des maisons de repos, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

« Lavez-vous les mains ! ». Bien sûr, il faut des messages simples et clairs, qui soient compréhensibles pour l’ensemble de la population et en ne perdant pas de vue qu’à Bruxelles, la moitié de la population n’a ni le français, ni le néerlandais pour langue maternelle. Mais est-ce une raison suffisante pour trahir la vérité ? Pour ne pas reconnaître ses erreurs vis-à-vis d’un virus inconnu ? Pour ne pas oser imposer aujourd’hui le masque à toutes et à tous à l’extérieur ? Les consignes du gouvernement ne continueront à être bien suivies – dans l’intérêt général – que si la confiance est maintenue. Lorsque l’on nous ment à propos des masques ou des tests, le respect des instructions restera-t-il entier ?

Chercheur en épidémiologie à l’Université libre de Bruxelles, Marius Gilbert, publie régulièrement ses commentaires dans l’hebdo Paris Match. Vous les retrouverez ICI. Il regrette qu’un certain nombre d’acteurs institutionnels pensent qu’il faut rassurer à tout prix. Il y a comme une impossibilité structurelle de reconnaître que quelque chose ne fonctionne pas. Un discours qui se veut trop rassurant par rapport à la réalité finit par être créateur d’angoisse pour la population. » (Michel Bouffioux)

 

6 réflexions au sujet de « Non à notre infantilisation »

  1. Michel Hubert

    Bonjour Yvan, d’accord avec tes analyses mais je ne vois pas comment tu en arrives à recommander le port du masque obligatoire à l’extérieur…

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    1. Yvan Vandenbergh Auteur de l’article

      A propos du port du masque.
      Porter un masque à l’extérieur, c’est protéger les autres de nos invisibles postillons. Une question de respect et de prudence. Un élément de lutte collective contre le virus. Après avoir entendu Maggie De Block déclarer que c’était « scientifiquement inutile », il a fallu attendre le 11 avril pour l’Académie royale de Médecine recommande le port du masque en tissu « pour freiner la propagation des gouttelettes dans l’espace social et donc de limiter la possibilité que le virus se transmette ». Le dossier est ICI. En France l’Académie de Médecine lance sur Twitter « Aux masques citoyens! et estime que le port d’un masque anti-projections doit être « obligatoire dans l’espace public » dès maintenant, pour lutter contre le Covid-19 ».

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  2. Geoffroy Coomans de Brachène

    Sorry cher Yvan, mais je ne peux pas souscrire à ton analyse, tant au sujet des masques que des tests. Certes, l’image semble facile voire évidente, elle n’en est pas moins erronée. Et véhiculer ainsi des clichés faciles ou complotistes ne nous aidera pas à sortir par le haut de cette crise ! Tout d’abord, il faut rappeler que ce sont des comités d’EXPERTS (oui, c’est comme en politique, il ne sont pas tous d’accord) qui ont souhaité ne PAS recommander le port du masque car bien qu’il représente une protection, il est aussi un risque sachant le fait que bien peu de personnes savent réellement le porter correctement (en le touchant et le manipulant sans arrêt, en le plaçant sur la tête, le menton notamment, en ne le lavant pas toutes les 4h à plus de 60°,…). Cela occasionne dès lors une fausse impression de sécurité et des gestes et attitudes qui peuvent être pires pour la propagation du virus. Quant aux tests, je te propose un petit calcul simple, nous sommes plus de 11 millions d’habitants. A raison de 10.000 tests/jour, combien de temps faudra-t-il pour tester toute la population ? Plus de 3 ans !!! Sachant que ces tests ne sont qu’une photographie à un moment donné, ils ne peuvent dès lors être qu’une partie d’une solution biiien plus globale ! Sans compter les « faux positifs » ou les « faux négatifs » (oui, oui, cela arrive plus souvent que tu ne le penses) qui peuvent donner lieu à des attitudes potentiellement risquées. Imagine un instant, tu viens de sortir de l’hôpital où on t’a annoncé que tu étais « COVID négatif ». Fort de ce résultat, tu vas voir tes parents, et tu les contamines bien malgré toi. Sachant que les personnes de plus de 60 ans sont plus à risque et leur mortalité est bien plus élevée (la moyenne d’âge des décès du COVID19 est de 81,2 ans alors que l’espérance de vie est de 81,5 ans !), la culpabilité serait alors immense ! Et ne crois pas que je sois dans la fiction, cela est déjà arrivé en Belgique et le risque de contamination dans le cercle familial est 6x plus élevé que dans le cercle professionnel. Donc, croire et laisser croire qu’il suffirait de porter des masques et faire des tests pour que tout s’arrange est faux, dangereux et contre-productif. Les « gestes barrières » sont la meilleure garantie aujourd’hui de limiter la propagation. Car il faut aussi l’ajouter, contrairement eux idées reçues, on ne stoppe PAS une épidémie comme celle-ci, on peut juste ralentir sa propagation. Mais il faut à tout prix éviter de toucher les populations à risque, càd les plus de 60 ans. Tu le vois bien, nous avons été confinés durant près de 2 mois, et de nouveaux cas sont encore détectés tous les jours. Pour en revenir aux tests, encore faut-il savoir de quel test on parle : de celui qui testera présence de la maladie actuellement dans le corps ou du test sérologique qui détermine si l’on dispose déjà d’anticorps ? Les 2 sont utiles, encore faut-il savoir lequel utiliser et à quel moment. Pour le second, on peut être négatif alors qu’on est en train de faire la maladie, les anticorps n’apparaissant qu’après 10 à 15 jours. Bref, attention aux clichés simplistes du « gentil citoyen contre le méchant Etat », car l’Etat, c’est chacun de nous ! (Et si chacun avait réellement respecté les consignes, nous devrions déjà être sortis de cette pandémie). Sinon, cela ne fera que renforcer la méfiance et les discours populistes et complotistes, déjà bien trop nombreux !

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    1. Yvan Vandenbergh Auteur de l’article

      Je suis toujours heureux de lire des positions argumentées différentes des miennes et j’attendais d’en lire d’autres – y compris par email – avant de répondre. Je pense qu’il faudra attendre la fin de la pandémie et le recul nécessaire pour pouvoir évaluer les choix qui ont été faits dans l’urgence, ici et chez nos voisins. Actuellement, il s’agit effectivement de respecter les consignes par civisme et il s’agit aussi de sauver des vies, en attendant un traitement spécifique et mieux: un vaccin. Pour ce qui est du masque, c’est un « geste barrière » supplémentaire pour protéger les autres de nos invisibles postillons et l’Académie de Médecine en a recommandé le port. Pour ce qui est des tests, je pense qu’on a eu tort de se passer des compétences des médecins généralistes – qui connaissent leurs patients et leur passé – et de ne pas faire appel aux laboratoires de ville, qui pouvaient réaliser les tests prescrits. Laisser travailler du personnel non testé, et même sans contrôle de température, dans des lieux rassemblant des personnes vulnérables, comme les maisons de repos, me semble à tout le moins difficile à justifier. Près de 50% du nombre très élevé de décès en Belgique se situent dans les maisons de repos. C’est d’ailleurs ce grand nombre de décès qui cause aujourd’hui le refus des voyageurs belges dans plusieurs pays dont les frontières sont déjà ouvertes. On ne manquera pas de tirer les leçons de cette aventure et sans doute seront nous mieux préparés pour l’arrivée du prochain virus … et pour le réchauffement climatique.

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  3. LM

    Oui, on nous prend pour des enfants… Les adultes, les enfants eux-mêmes, et aussi ceux qui n’auraient pas eu accès à des études scientifiques de haut niveau, sont capables de comprendre. Un graphique est une courbe et un adulte, un enfant, ou n’importe qui, est capable de voir quand elle “monte” (terme mathématique : courbe ascendante”) et quand elle “descend” (terme mathématique : courbe descendante”). Pire, on nous prend aussi pour des imbéciles, dans le sens cognitif du terme. Les politiciens comprennent-ils mieux que nous ? Je ne sais pas mais la plupart ne sont pas des scientifiques. Beaucoup sont des avocats (sans vouloir discréditer cette formation-là) ! LM

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  4. LM

    Exactement ! C’est la “langue de bois” des politiciens. Le seul que je crois, dans toute cette histoire, c’est Marius Gilbert. Lui au moins, il ose exprimer ses craintes, ses peurs, les erreurs du début, les incertitudes de la science. Les autres scientifiques, par contre, veulent nous rassurer. Tous ces gens qui ne veulent pas reconnaitre exactement ce qui se passe, présentent les signes d’un syndrome : il s’agit du “Syndrome de l’autruche” ! C’est d’ailleurs le même syndrome pour le climat. Tiens, on n’en parle jamais de ce syndrome, pourtant il existe ! LM

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