Bruxsels trilingue

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Dans la plupart des rues et des commerces de la cité, c’est encore le français qui reste le sésame pour être compris à Bruxelles. Ne nous y trompons pas: le français n’y domine que comme lingua franca, une sorte d’esperanto qu’utilisent les populations dont la culture et la langue maternelle ne sont pas majoritairement le français. C’est dans ce français à la belge, que baignent la plupart des jeunes Bruxellois, dès qu’ils sortent de chez eux. Par ailleurs, l’apprentissage de la deuxième langue de la capitale est un cours obligatoire dès l’âge de huit ans. A l’arrivée, des jeunes Bruxellois bilingues ? et trilingues lorsque la langue parlée à la maison n’est pas la langue de l’école ? En théorie seulement, vu les faibles performances de l’enseignement du néerlandais dans nos écoles francophones, à propos duquel il est urgent de s’interroger comme le fait flandreinfo.be.

Dans son livre « Belgium. Une utopie notre temps» (Académie royale de Belgique, 2018) Philippe Van Parijs estime que l’anglais deviendra toujours davantage la lingua franca des Belges, comme elle est déjà celle des Européens. Des Belges n’ayant pas la même langue maternelle recourront de plus en plus à l’anglais pour se parler et se comprendre. Donc, une clé pour l’emploi, pour l’accès à de nombreuses pages du web, pour voyager … et même pour l’affichage qui se décline déjà de plus en plus souvent en anglais … pour ne vexer ni les francophones, ni les néerlandophones. Philippe Van Parijs estime qu’il est nécessaire et possible – comme l’affirme le Plan Marnix – d’être « trilingue + », c’est-à-dire pouvoir pratiquer le français, le néerlandais et l’anglais, en plus de sa langue maternelle. Pas étonnant donc de trouver dans Demain Bruxsels un chapitre « Langues: mobilisation générale » à découvrir ICI.  Un vibrant plaidoyer pour l’apprentissage de l’anglais et surtout du néerlandais, en plus du français, affirmation suivie d’une exploration sans complaisance des obstacles que cet apprentissage rencontre.

De l’autre côté du canal, essayez de demander votre chemin en anglais ?  Dans de nombreux quartiers, l’anglais n’est pas encore présent dans la vie quotidienne. Les jeunes se débattent déjà avec leur langue maternelle, avec la langue de l’école et avec l’apprentissage de la seconde langue. Cela en fait déjà trois. Y ajouter la possibilité d’apprendre l’anglais, pourquoi pas ? Si les jeunes ont le choix, cela ne sera-t-il pas au détriment du néerlandais ? Ne faudrait-il commencer par former des enseignants (pas des philologues) à l’apprentissage pratique, joyeux et verbal des langues étrangères ? Ne manque-t-il pas des classes d’immersion mises en place par les deux Communautés ? Pratiquer quatre langues doit être une offre faite aux jeunes, mais ne peut conduire à une cote d’exclusion et à augmenter encore le nombre de redoublements.

Ne perdons pas de vue que nous pensons avec des mots, il est donc indispensable que chaque jeune dispose d’une langue riche comme support de sa pensée. Langue maternelle ou langue d’adoption. Ensuite, il lui sera possible de traduire cette pensée.

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