Réduire les inégalités scolaires

________________________________

Tout semble avoir été dit sur les mauvais résultats de l’enseignement en Communauté française et pourtant Ici les chercheurs épinglent la structure de notre enseignement plutôt que la pédagogie. En Flandre aussi, l’inégalité scolaire croît.
« Le redoublement et l’orientation précoce vers des filières fonctionnent comme mécanisme de différenciation entre élèves. La structure de notre enseignement ne favorise par la mixité sociale »

Les chercheurs se demandent aussi « s’il est bien normal que les enseignants aient le même niveau de revenu alors que leurs conditions de travail, les défis pédagogiques rencontrés et le niveau de stress diffèrent fondamentalement d’une école à l’autre ? »  
 _______

Des professeurs mieux payés dans les écoles « difficiles »

EXCLUSIF – STÉPHANIE BOCART Publié le lundi 18 novembre 2013

En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement est inefficace et inégalitaire.
Ce ne peut être une fatalité.

A l’occasion de la 20e édition du Congrès des économistes belges de langue française, une commission sera dédiée à « l’éducation dans la perspective du modèle social ». Dans ce cadre, Dirk Jacobs, Julien Danhier, Perrine Devleeshouwer et Andrea Rea, tous membres du Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (Germe) de l’ULB, viendront présenter leurs travaux sur le thème « Inégalité sociale, ségrégation et performance de l’enseignement obligatoire en Belgique francophone ».

Est-il possible de développer des systèmes éducatifs étant à la fois efficaces et égalitaires ? « Il a souvent été dit qu’il s’agissait-là d’une utopie , déclarent les quatre chercheurs, mais nos analyses montrent le contraire. »
Principal outil d’évaluation, l’enquête Pisa (Programme for International Student Assessment) « teste » les connaissances des élèves de 15 ans issus de 65 pays différents en mathématiques, sciences et lecture. La dernière enquête date de 2009 et portait sur la lecture.
Quels furent les résultats pour la Belgique (Communauté flamande et Fédération Wallonie-Bruxelles) ?
« Alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne se distingue pas significativement de la moyenne de l’OCDE, rappellent les auteurs de la contribution, la Communauté flamande ainsi que la Finlande, le Canada et les Pays-Bas obtiennent des résultats significativement meilleurs. » En outre, parmi les élèves les plus faibles, »en FWB, 23 % ne savent ni lire ni écrire sans difficultés ! » , contre 13,4 % en Communauté flamande. La FWB se trouve donc devant un double défi : « Réussir à former une catégorie d’élèves très performants et assurer un niveau de connaissance minimal parmi tous les élèves, et notamment les plus faibles. »

Autre enseignement de l’enquête Pisa : les élèves issus de familles plus favorisées ont « une nette tendance » à obtenir de meilleurs résultats en lecture que les élèves provenant d’un milieu défavorisé. Une corrélation particulièrement marquée dans l’enseignement francophone. « Plus qu’ailleurs, la position socio-économique des parents prédit les résultats des enfants , pointent les chercheurs du GERME. Si l’école doit fonctionner comme un ascenseur social – ce qui devrait être le cas selon la logique méritocratique – ce dernier est visiblement toujours en panne en Belgique. »

Au vu de ces résultats, il ressort donc que la Fédération Wallonie-Bruxelles « présente un enseignement à la fois inefficace et inégalitaire alors que la Communauté flamande est relativement efficace mais également inégalitaire » .

Pourtant, Pisa démontre aussi qu’ « il n’existe pas de corrélation négative entre l’excellence et l’égalité » . Preuve en est avec la Finlande, qui présente des résultats à la fois performants et égalitaires : « Ce pays combine des moyennes élevées, un grand groupe de ‘top performers’ et une proportion limitée d’élèves qui n’atteignent pas le niveau minimal requis ; de plus, les écarts entre les élèves de différentes couches socio-économiques y sont moins prononcés que dans d’autres systèmes. »

Mauvais élève de la classe
Pourquoi la FWB est-elle donc « le mauvais élève de la classe » ?
Parce qu’elle se caractérise par « une forte ségrégation – académique et socio-économique – ayant des conséquences négatives importantes » , soulignent les auteurs de la recherche, qui pensent que « cette ségrégation constitue l’un des éléments-clés de la problématique de l’inégalité en Belgique » . Ainsi, « les résultats des élèves sont en partie liés au fait qu’ils sont regroupés dans des écoles avec d’autres élèves partageant des profils sociaux similaires » .
De surcroît, l’analyse des résultats Pisa montre que les établissements scolaires les moins bien classés au niveau de l’indice socio-économique sont moins performants en lecture que ceux qui scolarisent un public plus aisé. « Il y a donc un lien entre le profil socio-économique de la population scolaire et le niveau de performance global d’une école » , constatent les chercheurs du Germe.
Autre élément à prendre en compte : « Dans les écoles plus défavorisées, le renouvellement des enseignants est très important. » Pour les auteurs de la contribution, « le problème pourrait donc notamment être lié aux types d’enseignants des écoles et pas exclusivement aux caractéristiques de la population scolaire » . Voilà pourquoi ils s’interrogent : « Peut-être devons-nous oser nous opposer à cette application assez simpliste du principe ‘à travail égal, salaire égal’. Est-ce bien normal que les enseignants aient le même niveau de revenu alors que leurs conditions de travail, les défis pédagogiques rencontrés et le niveau de stress diffèrent fondamentalement d’une école à l’autre ? »
Enfin, les inégalités scolaires peuvent être liées au mode d’organisation de l’institution scolaire. En Belgique, c’est principalement le redoublement et l’orientation précoce vers des filières qui fonctionnent comme mécanisme de différenciation entre élèves. Un système qui « ne semble pas vraiment faire des gagnants, mais bien produire des victimes, à savoir les élèves issus des couches sociales inférieures » .

La Communauté française doit donc faire face à un « important défi » : « Assurer l’égalité des chances et garantir un niveau de performances acceptable pour tous » . Et « nous sommes encore loin du compte » . Pourtant, « la réalisation d’un système éducatif méritocratique et égalitaire n’est pas un fantasme » .

Ainsi, la Pologne a entrepris une vaste réforme structurelle de son enseignement secondaire – pour retarder l’orientation scolaire vers des filières – qui a donné « des résultats remarquables » . « Cette réforme montre que des actions politiques agissant sur les facteurs institutionnels donnent assez rapidement les premiers résultats tangibles , soulignent les quatre auteurs. Cependant, chez nous, les mesures politiques tardent à être implémentées.

En Flandre, l’inégalité scolaire croît

BELGA Publié le lundi 18 novembre 2013

Le déséquilibre dans la répartition entre les écoles des élèves issus de milieux favorisés et défavorisés s’est accrue ces dix dernières années en Flandre, essentiellement dans les grandes villes, selon une étude de deux chercheurs de la KU Leuven, Steven Groenez en Thomas Wouters, citée lundi par « De Standaard » et « Het Nieuwsblad ». Le phénomène est surtout observé dans l’enseignement primaire et secondaire, où les écoles qui comptent des élèves issus de milieux moins favorisés attirent de plus en plus d’élèves issus de ces milieux. Et les écoles qui présentaient un certaine mixité il y a dix ans sont elles aussi touchées par la ségrégation.
Le choix des filières révèle également une inégalité croissante: les élèves issus de milieux plus pauvres iront vers l’enseignement professionnel tandis que les élèves issus de milieux plus riches iront dans le général.
« Cela montre que la structure de notre enseignement ne favorise par la mixité sociale », disent les deux chercheurs.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.